Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Juin 2008

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Dimanche 1er juin. Détricoter — c'est tout qui vient.

Il fait beau, contrairement à hier. On reste à la maison, deux lessives à étendre, l'aspirateur à passer, etc. Je ne sors que pour quelques courses — mais dans trois directions différentes : à Hanamasa le matin, quatre cents mètres plein Sud pour fruits et viande de bœuf, à Yoshiya après le déjeuner, neuf cents mètres plein Nord pour des yaourts, enfin à Miuraya vers 19 heures, mille mètres Est-Sud-Est pour du poisson et du beurre — y'en a !

« Et mon mot, alors, personne ne le connaît ?
J'ai écrit mysogyne au tableau, puis, après réflexion, misogyne.
— Le préfixe est utilisé négativement, et « gyne » c'est lié à un mot grec qui veut dire utérus.
Je confondais avec hystérie, mais ce n'est pas pour ça qu'ils ont pouffé. Ni ce qui a provoqué l'intervention d'Aissatou.
— M'sieur ceux-là qui veulent que la femme elle reste au foyer c'est des misogynes ?
— Voilà, par exemple.
Oui mais, a dit Dounia, il faut aussi la protéger la femme, oui mais, a dit Soumaya, rester à la maison toute la journée c'est abuser, oui mais regarde les films porno c'est abuser aussi, a dit Sandra branchée sur le secteur, moi j'dis il faut les interdire parce que c'est un manque de respect, et même moi j'vois, a dit Hinda qui ressemble à je ne sais plus qui, des fois t'as des films ils sont même pas porno eh ben même là t'as des scènes avec du sexe et tout, ouais moi c'est pareil, a repris Sandra, quand j'tombe dessus et j'suis avec mon père oh là là j'ai trop la honte, c'est pour ça maintenant quand il m'fait viens on va regarder la télé et tout moi j'dis non non, ouais, a dit Soumaya ou Imane ou Aissatou, au moins quand on est au bled on est pas obligé d'avoir la main sur la télécommande ou quoi que ce soit, au bled on peut regarder tranquille alors que ici c'est pas pareil on a toujours la main sur la télécommande des fois qu'y aurait du sexe ou quoi que ce soit, ouais moi en Égypte c'est pareil quand j'regarde la télé j'suis tranquille j'ai pas besoin de changer de chaîne tout l'temps alors qu'ici en France c'est même pas la peine tellement tout l'temps y'a des trucs bizarres vous voyez m'sieur ?
— Oui.»
(François Bégaudeau, Entre les Murs, p. 137-138 — et un petit merde à Sorin qui peut rester avec son Houellebecq et sa Carla tant qu'il voudra...)

Ce soir, avons vu Je ne suis pas là pour être aimé (S. Brizé, 2005), film plaisant par son austérité même. En effet, me disais-je, dès trente ans tout le monde est plus ou moins coincé par ses relations antérieures (avec parents, enfants, amis, travail, etc.). Et le jour où une vraie rencontre — un événement — peut changer complètement le cours de la vie, il arrive souvent qu'on n'y donne pas suite, que le courage manque pour s'y risquer. Parce que rompre avec le passé n'est pas instantané : ça arrache, ça déchire, ça détricote. Parce que détricoter — c'est tout qui vient — nécessite beaucoup d'énergie, parce que la plupart des gens de votre entourage seront contre vous, parce que les chances d'échec... on sait ce qu'on quitte... et tout et tout... Mais je ne suis pas là pour raconter ma vie.

Commentaires

1. Le lundi 2 juin 2008 à 07:22, par Manu :

Ai vu également récemment sur Wowow. Pas mal.



Lundi 2 juin 2008. Ta mère ou une autre femme tenant le rôle de ta mère ?

Nous étions déjà quelques-uns à l'avoir dit, à le dire depuis un an : ce gouvernement Sarkozy a des tendances nazies. Ce qui ne veut pas dire qu'il est Nazi (voir explication de texte sur pétasse il y a trois jours). En voici une preuve supplémentaire dans le Contre-Journal avec les questionnaires diffusés dans les écoles, soit en catimini auprès des enfants, soit imposés aux parents sous peine d'amende. On croit rêver — cauchemarder, plutôt ! Et c'est le spectre des fichiers juifs, la saga des délations que l'on revoit en arrière-plan. Sous prétexte de pédagogie ou d'ajustement budgétaire, ce gouvernement, impunément, produit cela — mais c'est un inconscient nazi qui le fait agir. Comment expliquer sinon que des fonctionnaires s'autorisent à inventer de telles questions : "Ta mère est née en France ?", "Ton père est né en France ?", "Quelle langue parles-tu à la maison ?", "Qui vit avec toi à la maison ? (ta mère ou une autre femme tenant le rôle de ta mère ?)", ou, aux parents : "À quelle heure rentrez-vous du travail ?", "Quelle langue parlez-vous à votre enfant ?", "Quelle est votre nationalité ?", "Quel est le montant mensuel dont dispose votre famille pour un mois ordinaire ?"...
JAMAIS une démocratie ne devrait accepter de tels questionnaires. J'ai honte pour la France. J'ai honte d'être français.

En fait, la question, le titre, vous avez remarqué ? On croirait que c'est encore une citation de Bégaudeau, tellement ça épouse le moule de la langue jeune, de la langue pour parler aux jeunes... Comme quand le loup prend la voix de la grand-mère pour montrer patte blanche...

Plus anecdotique : on a sauvé le 14 juillet ! Une circulaire ministérielle (du gouvernement susnommé) voulait nous sucrer la réception démocratique de la fête nationale à l'ambassade. (Même si je n'y vais pas systématiquement, même si je snobbe parfois la garden-party, elle existe et je fais mon choix.)
Sombre mesure budgétaire, avait-on prétendu. Mais tout le monde y voyait comme en plein jour le mépris du peuple — qui rime souvent avec l'amour des yachts.

À part ça, j'ai plutôt pas mal travaillé, aujourd'hui. Des pages web à actualiser (de recherche en équipe, des choses pas encore accessibles), du courrier. Et puis un rendez-vous annulé, sinon je ne m'en sors pas. J'accompagne T. au métro, en fin d'après-midi, et j'achète mon dîner. Elle va discuter archives avec une bibliothécaire jusqu'à dix heures passées — revient pendant que je regarde Des Fleurs pour Algernon (Delrieu, 2006), adaptation quand même très moyenne.

Commentaires

1. Le lundi 2 juin 2008 à 03:57, par brigetoun :

nou n'avons pas fini d'avoir honte, et une des priorités affichées de la "présidence française de l'Europe" sera d'amener les autres pays à uniformiser et durcir les conditions d"immigration. Heureusement, mais la honte n'en est que plus grande, l'enthousiasme des autres est très relative.
Quel beau rayonnement !

2. Le lundi 2 juin 2008 à 07:29, par Manu :

Mais c'est l'horreur, qu'est-ce que c'est que ce truc ??!!??
Je ne pourrai jamais rentrer en France avec mes enfants !

3. Le lundi 2 juin 2008 à 08:02, par Berlol :

Bah, pour l'instant, ça résiste parce qu'il y a encore suffisamment de gens avec de la conscience et de l'humanité pour dénoncer ces fichages mais quand on les aura remplacés par des emplois précaires en sous-nombre, ça sera nettement plus facile. Je pense qu'à ce train-là, si je puis dire (ou devrais-je dire : à ce charter-là), on y verra plus clair (dans l'épuration) durant le second mandat du président...

4. Le lundi 2 juin 2008 à 18:22, par patapon :

Et si Badiou avait raison? Son expression de « transcendantal pétainiste » était un peu alambiquée, mais sur le fond, on pourrait p.e. lui faire crédit d’une certaine lucidité. Moi, je parlerais de « résurgence vichyssoise » (plutôt que de nazisme), mais trève de logomachie… car enfin, cette histoire (dont on n’avait jusque-là pas entendu parler), ça va commencer à se voir et à se savoir, et si les contre-pouvoirs font leur métier, le scandale sera énorme (je me demande au passage comment des gens de bonne volonté, comme Kouchner ou Rama Yade, vont accepter d’avaler cette couleuvre: en tt cas pour Kouchner qui depuis l’affaire des JO a l’air de chercher désespérément une porte de sortie, c’est l’occasion rêvée de claquer la porte). Mais le plus important n’est pas là. La machine mise en marche est lourde, très lourde, donc facile à saboter, et pour qu’elle fonctionne, il faut que des milliers de bonnes volontés ou de passivités s’y associent. Tu dis toi-même que ça résiste encore (quant à un deuxième mandat... refusons de prendre nos cauchemars pour des réalités !). Ce qui est intéressant pour l’instant, c’est donc précisément de voir combien de rouages refuseront de fonctionner. A mon avis, ça va faire pschitt! Suis-je trop optimiste ?

5. Le lundi 2 juin 2008 à 21:39, par brigetoun :

un certain optimisme dans le commentaire ci-dessus,
d'abord il y a déjà eu un petit scandale de ce genre il y a un an, quand on a essayé de généraliser une enquète similaire (sous le prétexte de la lutte contre les dicrimination)
ensuite dans la foi en la sincérité de Kouchner (oui, mais celle d'un croisé) et Rama Yade

6. Le lundi 2 juin 2008 à 23:12, par Berlol :

Oui, un optimisme un peu difficile à avoir, pour moi. Qui suis un optimiste de nature. Mais là... Et puis Yade et Kouchner, ils ont déjà les mains très sales, depuis un an ! Ça ne te suffit pas, Patapon ? Tu peux encore les croire capables de quelque chose de "bien" ?

7. Le mardi 3 juin 2008 à 00:02, par patapon :

A mon avis, quant ils se retrouvent avec Hortefeux (qui, dans l'habitus porcin et haineux, a tout, lui, du haut-fonctionnnaire vichyste) et autres, ils doivent se dire: bon sang, qu'est-ce que je fous ici !? Donc en l'occurrence, faire "qqch de bien", c'est claquer la porte, et j'ose croire (en incorrigible optimiste, je sais) qu'un jour ou l'autre, c'est ce qui va finir par arriver...

8. Le mardi 3 juin 2008 à 02:05, par Berlol :

Un jour ou l'autre, oui. Mais avant ou après les premières déportations ?...

9. Le mardi 3 juin 2008 à 02:09, par patapon :

Évidemment, le plus tôt serait le mieux...

10. Le mardi 3 juin 2008 à 23:39, par raoul de g. :

Je pense que Patapon a plutôt raison de parler de résurgences vichyssoises que de nazisme. Le nazisme est aussi une esthétique (cf Nancy & Lacoue-Labarthe) ce que notre pauvre gouvernement n'a pas le moins du monde. Sauf celui de la vulgarité bling-bling. On me dira que c'est une esthétique, sans doute, mais qui ne fait pas bcp d'émules et ne lie pas les foules.

11. Le mercredi 4 juin 2008 à 01:06, par Berlol :

Oui, oui... J'ai beaucoup réfléchi à ces distingos, entre vichysme et nazisme... De toute façon, nous les employons à titre prophylactique (voire apotropaïque) et de manière analogique. Il s'agit d'abord de faire mouche sur une cible visible pour que les esprits de nos contemporains se trouvent excités au point d'en arriver à "penser" par eux-mêmes — dingue, non ? —, après quoi le comparant devrait céder la place au comparé... pour lui faire quitter la sienne. Et comme cible, façon épouvantail, moi, je vois qu'Hitler fait quand même beaucoup plus peur que Pétain.



Mardi 3 juin 2008. Copies au sec.

Ouhh, mais quel sale temps, ce printemps ! Encore de la bruine fine et froide quand je quitte Tokyo, qui nous bat les vitres pendant que je corrige des copies au sec dans un bolide lancé à 300 à l'heure, qui semble cesser quand je débarque à Nagoya somnolent puis reprendre tandis que j'arrive au bureau.
C'est un fait avéré maintenant, on en parle entre collègues et on doit statuer sur la marche à suivre dès demain : les nouveaux étudiants sont moins bons cette année, et ce dans plusieurs universités puisque T. corrobore. On cherche des raisons dans des changements de programmes, de fonctionnement scolaire, de comportement qui seraient intervenus il y a une douzaine d'années. L'enquête commence...

« M'sieur on peut parler des attentats ?
— Pour quoi dire ?
— Ils arrêtent pas d'dire que c'est les islamistes, alors qu'en fait on sait même pas.
— Y'a quand même de grandes chances, non ?
Mohammed-Ali et Soumaya sont montés au créneau au quart de tour, entrelaçant leurs vociférations.
— Pourquoi ils disent c'est les islamistes ? tant qu'y'a pas d'preuves on sait pas ils ont qu'à s'taire c'est tout y'a pas moyen.
— Et alors qu'est-ce que ça change ?
Mohammed-Ali s'était échappé du peloton vindicatif.
— Ça change qu'ils savent pas c'est tout.
Soumaya a recollé sa roue.
— Même le 11 septembre ils savaient pas.
Imane est entrée dans la course.
— Moi j'étais contente le 11 septembre.
Et moi content de pouvoir en découdre.
— 3000 morts t'es contente ?
Mohammed-Ali est reparti.
— Eh m'sieur faut voir tous les morts les Américains ils font en Palestine et tout.
— Oui, enfin admettons, mais on peut pas éternellement rester dans la spirale de la vengeance.
— Mais les Américains ils tuent des musulmans, c'est normal les musulmans ils s'défendent.
— Même en tuant n'importe qui ?
Brouhaha contradictoire mais je n'écoutais plus que moi.
— Voilà, moi j'm'appelle Pepita, j'ai vingt-quatre ans, j'habite en banlieue de Madrid. J'ai deux enfants en bas âge, j'travaille à Madrid, alors je m'lève à six heures pour prendre le train de banlieue. Et aussi il se trouve que l'année dernière j'ai manifesté contre la guerre en Irak, et contre mon gouvernement allié des Américains pour envahir un pays illégalement. Bon, donc comme tous les matins je prends mon train de banlieue, j'pense à tout ça, à mes enfants, à la guerre et à tout ça, et boum je suis morte.
Comme par un sortilège, mes mots avaient fabriqué du silence.» (François Bégaudeau, Entre les Murs, p. 179-180)

Enfin, le temps m'ayant manqué pour lire la presse littéraire ces derniers jours, je ne découvre qu'aujourd'hui l'excellent article de JDW sur Lutz Bassmann. Un des meilleurs depuis la sortie des deux livres.

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« Fiat Lutz
Post-exotisme. Volodine laisse écrire un de ses personnages, par Jean-Didier Wagneur (in Libération, 22 mai 2008)

Le nom de Lutz Bassmann n’est pas inconnu aux lecteurs des romans d’Antoine Volodine. Il a été le protagoniste du Post-exotisme en dix leçons, leçon onze (1998) et on a pu le croiser dans Des anges mineurs (1999). Incarcéré dans un quartier de haute sécurité, Lutz Bassmann est l’un des reclus exemplaires de la mouvance littéraire et révolutionnaire qu’Antoine Volodine a baptisée « post-exotisme ». Que sait-on de lui ? Peu de choses : militant de l’égalitarisme, il a beaucoup écrit en captivité : les Attentats contre la Lune, le Non-rire, Promenade en enfance, l’énigmatique Retour au goudron… Jusqu’à présent les textes de Bassmann n’étaient que des références dans la bibliographie des 343 œuvres du post-exotisme. La publication d’Haïkus de prison et d’Avec les moines-soldats le font accéder à l’existence.

Identités. Le réflexe immédiat est de ne voir en Lutz Bassmann qu’un hétéronyme d’Antoine Volodine, mais le problème est que, en l’état actuel de nos connaissances, le contraire peut être aussi vrai. Volodine pourrait être lui-même fictif, rêve d’un autre écrivain dans une régression à l’infini, comme dans les Ruines circulaires de Borges. Aussi n’y a-t-il rien ici de la tentation toute romantique de mystifier le lecteur en lui offrant, selon l’expression, un écrivain supposé. Nous sommes devant quelque chose qui ressort de l’ontologie car le post-exotisme squatte depuis toujours la mystique bouddhiste et, à son contact, s’est affranchi du poids des identités. En conséquence, mieux vaut ne pas céder à la fièvre sécuritaire en demandant à Lutz Bassmann de nous présenter ses papiers pour entrer de plein droit dans le monde littéraire.

Les Haïkus de prison racontent la vie carcérale, la déportation dans l’enfer des camps. C’est le quotidien des prisonniers politiques et des droits communs métissant leur existence de celle des autres. Lutz Bassmann les nomme : l’Anthropophage, le Bouriate, l’Idiot, l’homme du Secours rouge… et en décrit les travaux forcés et les jours sombres. Dans cet espace soumis à la loi d’exception, la résistance s’organise, la littérature sert à égarer les gardiens et à maintenir le contact dans la communauté des détenus qui a substitué par force à une avant-garde politique une autre : esthétique.

La question du nom hante Avec les moines-soldats. Ce recueil d’entrevoûtes est agencé, selon la poétique du post-exotisme, en sept parties qui se font écho. Dans la première (« Un exorcisme en bord de mer »), un moine-soldat, Jean Schwahn, a pour mission d’exorciser une étrange villa balnéaire hantée et surmontée de fanions tibétains. La seconde et la sixième offrent deux versions d’une expédition similaire. « Crise au Tong Fong Hôtel » met le personnage principal, Brown, face à une situation énigmatique. Il lui faut se rendre à une date et une heure données face à un hôtel en ruines pour assister à un événement dont il ne sait rien et face auquel il doit improviser. La pièce centrale, « Un univers prolétarien de secours », raconte l’odyssée de Fuchs et de Monge à la recherche d’un monde où la fraternité et l’utopie révolutionnaire existent encore. Cette quête est encadrée par deux entrevoûtes exceptionnelles : « La plongée » qui, dans un autre niveau de réalité, décrit de l’intérieur de la prison les narrateurs et personnages du post-exotisme, et « L’oubli » qui atteint à la perfection d’un poème en prose. « Vain temps après » achève humoristiquement et désespérément le cycle des réincarnations de ces histoires que le lecteur pressent comme une seule, incessante.

Ces exorcismes, interrogatoires, autocritiques, ont pour mission de nommer les démons. Dès la première page, on est aspiré dans le trou noir du post-exotisme où les contraires coexistent. Qui exorcise qui ? Qui rêve qui ? Qui manipule quoi ? Le monde de Bassmann est celui des derniers jours de l’humanité où l’Organisation cherche à étendre sa maîtrise : « Elle savait que l’humanité était fichue et elle ne nourrissait plus l’espoir de voir naître sur terre une société prolétarienne juste et fraternelle. Elle souhaitait sauver en urgence le peu qui restait encore à sauver, et, comme les outils utopiques du passé se révélaient inopérants et même absurdes, elle fondait à présent sa stratégie sur des forces obscures qu’autrefois elle avait dénoncées comme surgies d’esprits arriérés ou typiques de régressions féodales : les rêves, les imprécations schizophrènes, les transes chamaniques, le fakirisme.» Marx a dit que l’histoire se répète deux fois : la première fois comme tragédie, la seconde comme farce ; c’est le sentiment des personnages, sommés de concilier ici, de manière paradoxale et dolente, l’action politique et le rêve.

Cycle. On a souvent mêlé, non sans raisons, Pessoa au post-exotisme, c’est plutôt du côté du surréalisme qu’on en pourrait établir la parentèle. Chez Bassmann comme chez Volodine, l’univers inclut le rêve. Mais, là, la seule réalité reste une sempiternelle condamnation à un non-lieu, le bardo, état intermédiaire entre vie et mort, monde flottant entre mémoire et oubli. Il n’y a pas de sortie possible, ni même de tragique, car la mort n’est pas une fin, seulement le début d’un nouveau cycle de souffrances que l’exercice rituel de la littérature et l’amour fou ont pour tâche de différer. Ainsi du leitmotiv que Monge rumine dans Avec les moines-soldats et que l’on peut voir placardé en ce moment dans nos villes : « Seuls ceux que j’aime, Seuls ceux que j’aime, écoutez ! » (1)

(1) http://www.lutzbassmann.org 


Mercredi 4 juin 2008. Délicats et sombres.

Seule nouvelle vraiment positive du Soir 3 d'hier soir : Scarlett Johansson sort un disque de reprises de Tom Waits, intitulé Anywhere I lay my Head. Comme Marie Drucker ne le dit pas, il y a déjà pas mal de possibilités d'écoute en ligne. Voix grave, arrangements délicats et sombres ambiances, on n'en attendait pas moins d'une actrice qui s'est choisi comme pères spirituels Woody Allen, Bill Murray, Tom Waits, Barack Obama et Bob Dylan ! Je sens que mes hauts-parleurs vont s'en lasser avant moi.
L'album a été enregistré à Louisiana, du côté du bayou faulknerien. Dans la conversation avec Scarlett, Debbie Harry (!) assure que la forte humidité des lieux affecte à l'évidence la tonalité de l'album. Nous sommes donc parés pour l'été japonais... Et puis ça me changera du Ralbum (Laureli / Léo Scheer) qui squatte la platine depuis deux bonnes semaines, au point que j'en parle la langue sans m'en rendre compte...

Hier je me plaignais de la pluie mais quand j'ai vu cette superbe photo de l'ami Bikun au Népal, je me suis dit qu'à tout prendre j'allais garder mon crachin nippon.

En même temps, ça fait envie, ce déluge ! Non ? La brillance... On se dit qu'on courrait pour aller se réfugier au restaurant d'en face, on y arriverait trempé et que ça serait guère moins humide à l'intérieur, avec des saveurs d'épices en sus, des conversations,  des fumeurs qui se la coulent douce sur le perron, on rirait en se regardant tout dégoulinant d'eau et d'adrénaline, on se raviserait en voyant l'état de notre matériel, le sac, l'appareil-photo qu'on essaierait d'essuyer tant bien que mal, on nous prierait de nous asseoir... Un thé viendrait, ou un curry... La pluie s'arrêterait sans que ça n'émeuve personne, dehors l'activité reprendrait, la vache étique ne serait plus là.
Merci, Bikun, cette photo m'a bien fait voyager !

Douche froide dans un courriel officiel :
Mme Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, prononcera le 13 Juin à 13H30 à l'Université de Tokyo, Campus de Recherche de Komaba, une conférence intitulée :
« Japon-France : l'enseignement supérieur et la recherche, un pont entre nous » (interprétation simultanée)
Vous êtes cordialement invité(e).
Plan du campus
La conférence aura lieu au Convention Hall, bâtiment 6 (bloc A)

Je suppose qu'il n'y aura que des apparatchiks de Todai, des grands profiteurs de la réforme japonaise qui sert de modèle à la française, et qu'ils vont tous s'entre-flagorner bien baveusement.
Plutôt crever que d'aller leur donner ma caution ou mon oreille !

Finalement (puisque je me suis reconduit à l'auditif), ça n'est encore pas aujourd'hui que je vais traiter du Ralbum...
Pour le cours de lecture & phonétique, expérience commencée, j'y reviendrai la semaine prochaine.

Débat mouvant, tournant, relativement consensuel sur la question du mariage annulé pour mensonge sur la virginité dans le Ce soir ou Jamais d'hier soir. Marrant : je trouve toujours ça bien quand il y a Régis Jauffret. Peut-être parce que ses emportements sont les miens, parfois même quand je ne le sais pas, parce que je ressens une adhésion a posteriori.
Adhésion a posteriori, ça devrait faire sourire, ça...
C'est d'actualité, ça prolongeait logiquement Lignes de fuite, où le sujet est d'abord littérairement introduit. D'où que je peux aussi m'en sortir par là :

« M'sieur on peut faire un débat ?
— Et le brevet, on s'en fout ?
— Les débats c'est mieux.
— Oui, mais y'a pas de débat au brevet.
Ils ont commencé à parler du mariage homosexuel, les filles n'étaient pas contre, les garçons totalement, dont Hakim qui a fait une grimace dégoûtée en donnant son opinion. Aissatou réfléchissait, Mohammed-Ali a dit que c'est pas comme ça qu'on fait l'amour, Sandra a dit qu'au bled les filles elles se faisaient sodomiser pour rester vierges au mariage, t'as vu, c'était n'importe quoi, les mecs ils faisaient style ils veulent pas des filles vulgaires et eux c'est des animaux, t'as vu. Les filles elles se font recoudre même des fois, a ajouté Katia, même embrasser en public c'est pas possible au Maroc, a dit Hinda qui ressemble à je ne sais plus qui et Sandra l'a regardée en prenant un air coquin allusif.
— C'est pas comme en France, hein Hinda ? » (François Bégaudeau, Entre les Murs, p. 262-263)

Commentaires

1. Le mercredi 4 juin 2008 à 16:32, par patapon :

Merci, cher Berlol, de nous signaler cet excellent lien sur le Japon. Il est en effet assez rare qu'en France, des observateurs jettent un regard aussi lucide sur les ravages de ce qui s'est fait ici avec l'approbation passive de tout le monde (sauf naturellement des universitaires). En France, est-ce que cela passera si facilement? Je me le demande.

2. Le samedi 7 juin 2008 à 02:41, par Philippe De Jonckheere :

Tu es en train de me dire qu'en plus d'être une comédienne admirablement mauvaise, elle tente, avec ses airs outrés de blonde à opulente poitrine de chanter du Tom Waits. Et dire qu'il y a une dizaine ou une quinzaine d'années j'avais pensé qu'on ne pouvait pas faire pire que Rod Stewart qui reprenait comme un pied "Waltzing Mathilda" et "Downtown train", eh bien apparemment si, on peut faire pire. N'empêche ça doit quand même être comique d'entendre un canard à grosses lèvres tenter de chanter des chansons prise à "Franks Wild years", "Bone machine" ou "black ryder", d'ailleurs je ny tiens plus je lance une recherche dans Emule, mais rien que de taper "Tom Waits, Ecarlate Chose" et je me gondole de rire.

Amicalement

Phil

3. Le samedi 7 juin 2008 à 03:12, par Berlol :

Tu peux ne pas apprécier, notamment les 4 chansons à écouter sur MySpace (en suivant le lien que j'ai mis sur le mot "écoute"). Pour l'opulente poitrine, tu prends un peu tes désirs... parce qu'elle est tout à fait moyenne, comme poitrine. A mon goût, c'est beaucoup mieux que Rod Stewart ! (et pas seulement les lèvres et la poitrine) (je me demande d'ailleurs ce qui pourrait être pire que Rod Stewart...). Non, franchement, je vais acheter le disque, moi !

4. Le samedi 7 juin 2008 à 03:48, par Philippe De Jonckheere :

Bon je viens d'écouter les quatre titres de myspace, et c'est bien pire que tout ce que je pouvais imaginer. Elle est encore plus mauvaise chanteuse que comédienne (et pourtant la barre était haute), elle n'a pas de voix, elle chante faux, les intonations ne sont jamais en place, dans "Anywhere I lay my head" on se demande si elle comprend le sens même des paroles. Berlol, plutôt que d'acheter cette galette qui va t'abimer durablement les oreilles, cours vite t'acheter de Tom Waits, "Rain Dogs", Swordfishtrombones" et "Frank's wild years". Et là tout de suite pour parer au plus pressé: www.desordre.net/musique/... que je viens d'écouter pour me nettoyer les oreilles après le massacre du vilan petit canard à grosses lèvres siliconnées.

Amicalement

Phil

5. Le samedi 7 juin 2008 à 04:12, par Berlol :

Et dire que je ne parviendrais jamais à t'en vouloir ! Mais nos goûts diffèrent, sa voix me plaît et tu es bien injuste en affirmant qu'elle chante faux... Hélas, je vais être totalement déconsidéré à tes yeux et tes oreilles ! Qu'y faire ? Te dire humblement merci pour le morceau mis en ligne (que je connaissais mais n'avais pas réécouté depuis fort longtemps).



Jeudi 5 juin 2008. Mon angle d'éternelle fermeté.

Plus encore que les autres jeudis, une journée épuisante. Non pour la charge de travail — ce n'est pas l'usine — mais pour la posture de disponibilité communicative à conserver du matin au soir, inscrite autant dans le costume choisi (même si la cravate ici n'est pas obligatoire) que dans le demi-sourire de rigueur. Du cours de 1ère année où la moitié des étudiants rament de ne pas savoir prendre des notes ni réfléchir par eux-mêmes jusqu'au double séminaire de cinéma où je passe et commente la seconde moitié de La Sirène du Mississipi avant d'enchaîner avec Dédales (qui captive totalement la classe), en passant par le déjeuner durant lequel il faut discuter pédagogie de pied ferme en tentant d'avaler un immonde ramen.

Aussi quand vient le soir et que passe un film à la télé de pure violence, je me soumets à sa loi déstressante. Tommy Lee Jones est seul à pouvoir éliminer Benicio Del Toro, The Hunted... (Traqué, W. Friedkin, 2003) et je le laisse faire en maudissant de mon trou les techniques commando et toutes les soldatesques.
Après, je suis de nouveau disposé à recevoir de la littérature et je lis longuement Raymond Federman au lit, en lui demandant bien pardon d'avoir laissé François Bégaudeau lui griller la priorité au premier virage après Cannes.

Une nouvelle écoute du Ralbum a sans doute aussi contribué à me remettre d'équerre, c'est-à-dire dans une perpendicularité parfaite au sens du gouvernement et de ses membres : même minuscule, mon angle d'éternelle fermeté leur va droit dans la figure. Merci donc à Olivier Mellano de nous réveiller d'Une bonne Droite — même s'il est invraisemblable et regrettable que sa chanson finisse par la « caresse » d'un romantisme qui ne « détruira » jamais rien. Merci à Emmanuel Tugny pour le superbe Construção et pour le petit côté Ange de Vider les villes. Merci à Éric Meunié dont l'impeccable Président Nucléaire me fait souvenir que mon « honte d'être français » lundi est d'abord le sien. Merci à Éric Chevillard car moi aussi « je voulais casser ma guitare » et « je crois que j'ai trouvé sur quoi » ! Merci enfin à Laure pour la fausse douceur de ses Ouvriers vivants et à François pour sa Peur, à la première écoute duquel j'avais su que c'était de lui avant de regarder le livret.

« Quand je suis rentré en France pour la première fois après 11 ans d'Amérique, un jour, par hasard, je tombe sur Bébert. [...]

Je suis assis à côté de Bébert, en face de sa mère. Elle me passe la soupière. Une soupe de petits pois qui sent bon. Je me sers. Je prends la cuillère et en la levant vers ma bouche, je remarque qu'il y a des initiales gravées sur le manche. Je regarde. C'est une cuillère en argent.


MF. Ce sont les initiales que je vois sur la cuillère. Et tout à coup, je me rends compte que je tiens dans ma main une cuillère qui appartenait à ma mère. [...]

Je suis resté encore un moment assis, ma main suspendue devant moi, les yeux fixés sur la cuillère. Puis, je l'ai déposée lentement sur la table. Je me suis levé. J'ai rien dit. Ils avaient tous la tête baissée sur leur soupe. Je suis resté debout un instant, puis je suis parti sans claquer la porte. J'ai senti le lourd silence derrière moi quand je l'ai refermée. [...]

Pendant que j'écrivais ce passage, le téléphone a sonné. Ma fille Simone, de Boston. Elle me demande ce que je suis en train de faire. Je lui lis au téléphone ce que je viens d'écrire.

Papa, tu vas pas mettre ça dans ton livre. C'est pas vrai ce que tu racontes là. T'as inventé toute cette histoire de la cuillère pour faire plus dramatique. T'as fabriqué ça. Personne ne va te croire. Surtout que tu dis tout le temps que tes parents étaient pauvres, alors comment ça se fait que ta mère avait des cuillères en argent ? Et puis c'est vachement sentimental ce que tu racontes. Même si c'est vrai, c'est trop mélodramatique. En plus, la rencontre par hasard avec Bébert, c'est pas croyable. Si j'étais toi, j'enlèverai ça tout de suite.» (Raymond Federman, Chut, p. 83-87)

Commentaires

1. Le jeudi 5 juin 2008 à 21:09, par brigetoun :

c'est tout bon !de votre demi-sourire de rigueur à Chut et à sa façon de le lire - un petit bonheur pour s'éveiller



Vendredi 6 juin 2008. Soudain, la tuile.

Centre de sport en matinée, habitude reprise. En plus, il fait beau, ce matin. Il y a maintenant une autre occidentale, jeune, qui vient au même horaire, déjà vue la semaine dernière, sans doute reste-t-elle plus longtemps que moi. Nous ne nous sommes encore fait aucun signe de salut ou de connivence quelconque. Je recule toujours le moment de ce genre de contact, non que je n'aime pas faire de rencontre ou que j'en redoute quelques conséquences, et d'ailleurs pourquoi souhaiterais-je rencontrer une Occidentale plutôt qu'une des agréables Japonaises du centre, n'était la barrière de la langue, mais parce que ces instants à m'occuper de mon corps et de mon livre, entre vélo sudatif et machines musclantes, sont de nature asociale, parce que je remballe ma sociabilité précisément dans ces horaires-là et que j'imagine que quelqu'un d'autre qui serait quelqu'un de bien devrait en faire autant. On a déjà bien assez de temps sociable forcé pour s'en garder un peu de côté pour soi seul, même paradoxalement au milieu des autres... Accessoirement aussi parce que je ne voudrais pas passer pour un dragueur lourd, ah oui vous habitez le quartier, et vous faites quoi, et vous êtes mariée, et vous allez rester longtemps au Japon, etc. — tout ça n'est pas dans mon tempérament.

« La grande ironie, c'est que mes parents et mes sœurs seraient peut-être morts fusillés à Argentan en tant que collaborateurs, et non pas dans les camps de concentration en tant que juifs.» (Raymond Federman, Chut, p. 138)

« Mon père, quand il voyait des cafards dans la cuisine, il les écrasait avec ses chaussures, et alors il me disait de ramasser la bouillie qui sortait des cafards avec une pelle et un morceau de journal et de la jeter dans le seau. Cette bouillie qui sortait des cafards qu'on écrasait, ça ressemblait à du sperme. Ça me dégoûtait.» (Ibid., p. 143 — je subodore l'anachronisme parce qu'il est peu probable qu'à cette époque l'enfant ait déjà connu le sperme...)

« Moi qui suis totalement amoral, totalement perdu dans ma tête, moi qui aurais dû changer de temps il y a bien longtemps, comment puis-je être responsable envers ce que j'écris ? D'ailleurs, l'écriture responsable est toujours fausse, parce que la responsabilité est un mensonge. On se dit responsable, mais en fait, on prétend l'être. ceux qui ont exterminé ma famille se disaient responsables de débarrasser l'humanité de cette vermine. C'est comme ça que ces responsables appelaient les juifs. Vermine.

Et pourquoi avoir un sens du devoir envers mes souvenirs ? Les souvenirs sont aussi faux. Se souvenir, c'est faire du cinéma mental qui fausse toujours l'événement original. Les souvenirs ne sont que des fictions.» (Ibid., p. 165)

J'ai mis aussi des citations lues après, quand j'étais dans le train de Tokyo. Il danse, Federman, sur la corde raide, entre réalisme, lyrisme, sentimentalisme, fiction, autofiction, « merde de témoignage », etc., et il le fait excellemment. Soudain, la tuile, je me suis pris à penser à une comparaison avec le Weyergans de Trois Jours chez ma mère, parce que c'est plein d'allers-retours temporels, de digressions, d'explications, d'apostrophes, etc. Mais l'analogie ne tient pas cinq minutes. En effet, il y a quelque chose de radicalement différent entre mes deux lascars : l'un est cabotin et racoleur, l'autre pas. Je vous laisse deviner lequel ?

Commentaires

1. Le samedi 7 juin 2008 à 16:49, par mdr :

L'intuition miraculeuse qui m'irradia que cette femme à qui je n'adressai pas la parole afin qu'elle ne pût me prêter la plus infime intention atrocement malsaine, et dont je n'entendis pas davantage la voix ni la langue dont elle usait, bien loin d'être australienne, américaine, sud-africaine, israélienne, ni même la rejetonne d'un couple africain allogène et vraisemblablement adonné à quelque tâche néo-coloniale, était européenne, fit jaillir malencontreusement un terrible soupçon: n'était-elle pas BLANCHE ?

2. Le samedi 7 juin 2008 à 17:33, par Berlol :

Pas mal, mdr ! (j'ai corrigé les fautes, lol !, pardon...)
En l'occurrence, j'ai vu d'abord qu'elle était blanche (même si la couleur n'est pas pour moi un critère pertinent pour décider de connaître ou non une personne). Et probablement étasunienne. Et peut-être bien étudiante dans la fac où je travaille. Ce qui ne m'incite pas plus à lui parler...

3. Le dimanche 8 juin 2008 à 05:45, par Philippe De Jonckheere :

Pas très logique de penser que son air occidental ne sera pas aussi protégé par quelque barrière de la langue, imagine qu'elle soit tchèque et tu te diras que sans doute cela aurait été plus facile avec une Japonaise, parce qu'en plus je soupçonne tu connaisses davantage de cette langue que tu ne l'avoues, et sans doute bien plus que tu ne connaîtras jamais de la langue tchèque. Pas clair tout ça.

Amicalement

Phil

4. Le dimanche 8 juin 2008 à 05:54, par Berlol :

Bah, c'est-à-dire que le recours à l'anglais est (hélas) quasi systématique, entre étrangers. Mais une Tchèque, ça m'intéresserait, on aurait sans doute plein de trucs à se dire...

5. Le dimanche 8 juin 2008 à 08:05, par christine :

peut-être la vraie question n'est-elle pas blanche ? ni tchèque ? mais : jolie ?



Samedi 7 juin 2008. Sur les nullos de la e-poésie.

Bientôt la fin pour Le Rivage des Syrtes : dernière séance du cours la semaine prochaine.
Une fois les coups de canon rhagiens tirés, on peut se demander ce qui reste à voir. Et pourtant, ce n'est que le début du retournement des cartes, ou de la lente prise de conscience de ce jeu tout le temps triché par un Aldo qui n'a jamais vraiment été dans le coup. Ses copains de l'Amirauté l'approuvent, le fêtent (p. 220-222), mais après quelques jours, il se demande avec une touchante et stendhalienne naïveté comment il va déclarer en haut lieu ces faits qui sont peut-être de guerre (224). Naïf parce qu'il n'imagine pas que ça se sait déjà à Maremma et jusqu'à Orsenna (252). Naïf parce qu'il croit avoir le choix quand l'envoyé nocturne offre de simplement désavouer tout sens à sa croisière (228-237). Naïf d'avoir pensé Vanessa en dehors de ces affaires d'hommes... quand c'est elle qui l'a poussé, guidé, inséminé, brandi jusque devant l'ennemi — elle s'appelle « Aldobrandi »... (242, 249-250, 254). Et le voilà qui pleure (253) comme un enfant qui découvre que le monde n'est pas fée ! (Oui, il y a un emploi adjectif du mot fée.)
Et qu'il a été, comme le lecteur, mené en bateau. Ou encore : qu'on lui a fait un petit dans le dos...

« Je tiens à Orsenna plus que toi, Aldo, je l'ai dans le sang, le comprends-tu ? et plus que toi je suis soumise et docile, plus que toi je suis prompte à toutes ses volontés. Si tu étais une femme, tu aurais moins d'orgueil, ajouta-t-elle avec une douceur persuasive dans la voix, comme si quelqu'un d'autre soudain — un esprit d'évidence et de ténèbres — eût parlé par sa bouche : tu comprendrais mieux. Une femme qui a porté un enfant sait cela : qu'il peut arriver qu'on veuille — on ne sait qui, on ne sait vraiment pas qui — quelque chose à travers elle, et que c'est effrayant, et profondément reposant... si tu savais, de sentir ce qui va être vous passer sur le corps.» (Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes, p. 254)

Le déjeuner au Saint-Martin, quoiqu'agréable pour ce qui est du poulet-frites, ne me fait pas oublier que j'ai une oreille à moitié bouchée et qui siffle depuis le réveil, ni qu'il y a réunion du syndic de l'immeuble cet après-midi et que nous quittons ostensiblement les lieux pour ne pas en être.
Après un rapide passage à Gakushuin pour une exposition où l'on trouve porte close et un abandon de trajet vers Ginza du fait d'interruption de la ligne Marunouchi, nous revenons dans le quartier, faisons des courses le plus simplement du monde à Miuraya, sans nous énerver, prenons un café glacé au Cozy Corner de Ramla.
T. s'occupe ensuite des plantes sur le balcon (notamment changer la terre du citronnier, question de survie même si ce n'est pas la saison...) tandis que je reprends le courrier (et cet amusant rapide échange avec Philippe, un étage en ligne sur les talents vocaux de Scarlett Johansson, un étage privé sur les nullos de la e-poésie — mais surtout, je lui recommande d'avoir un téléphone portable).

« Soudain Sarah surgit dans la grange. La voici donc dans cette scène maintenant. Et en ricanant, elle nous montre du doigt et dit : Ils jouaient au docteur, Raymond jouait avec le petit truc de Jacqueline.

Raymond et Jacqueline tremblent de peur. Mais maman dit rien. Elle dit seulement : Chut. Et elle nous serre fort tous les trois dans ses bras. Elle a les larmes aux yeux quand elle nous dit : C'est la guerre. Je vous ramène à la maison. Papa nous attend. C'est la guerre, qu'elle répète, en nous serrant encore fort dans ses bras, mes sœurs et moi. Après...

Federman, tu étais dond déjà un petit pervers quand tu étais gosse. Jouer avec le petit truc de ta sœur. T'as pas honte de raconter ça ?

Pas vraiment. Tous les petits garçons veulent savoir ce que les petites filles cachent sous leurs jupes. Et je suis sûr que les petites filles veulent savoir ce que les garçons cachent derrière leur braguette. C'est normal.

Federman, rien n'est normal avec toi. Peut-être que ta sœur n'aimait pas ce que tu lui faisais ? Peut-être qu'elle pensait que tu t'imposais ?

Je sais pas ce que ma petite sœur pensait ou ressentait. Mais elle riait. Peut-être qu'elle ressentait ce que W. B. Yeats a si bien exprimé dans son beau poème Leda and the Swan. The Shudder in the loins.

Mes sœurs n'ont jamais connu le frisson au bas du ventre. Cela leur a été refusé. Peut-être est-ce la vraie raison pour laquelle j'ai tant abusé de ce frisson, pour compenser le plaisir et la douleur que mes sœurs n'ont jamais connus.» (Raymond Federman, Chut, p. 185-186)

Commentaires

1. Le dimanche 8 juin 2008 à 02:15, par Philippe De Jonckheere :

Non que je me réjouisse de tes acouphènes, je les déplore, mais je ne peux m'empêcher d'y voir l'explication la plus raisonnable qui soit de ton engouement pour le petit canard aux lèvres siliconnées (Ah merde ça va encore finir dans le filtre, vais être obligé de t'envoyer un mail).

Soigne toi bien, et j'aurais le plaisir de t'entendre maudire le jour où tu as acheté ce disque des paroles de Tom Waits murmurées par un robot blond.

Amicalement

Phil

2. Le dimanche 8 juin 2008 à 02:22, par Berlol :

Non, tu vois, c'est bien passé du premier coup ! Parce qu'il n'y a pas d'anglais dedans... Pour les acouphènes, c'est passé. Je pense que c'était un peu de mousse de bain, peut-être. Pour le disque, je n'arrive pas à le trouver en magasin. Tes sbires ont déjà nettoyé le secteur ?

3. Le dimanche 8 juin 2008 à 02:26, par Philippe De Jonckheere :

Pour te dire aussi que ce que tu appelles la partie privée de notre échange, pour moi elle n'a rien de privé, je peux dire publiquement que je trouve déconcertant de nullité les tentatives assez vaines de Philippe Boisnard et me demande même si je ne préfererais pas qu'on impose l'écoute forcée de tout le disque du petit canard à opulente poitrine.

Amicalement

Phil

PS je note ici quelques mots pour m'assurer d'être certain de finir dans le filtre, pour m'assurer de ta modération sur ce dernier commentaire: fellation, sodomie, partouze, et plus si affinités, viagra, grosses fesses et gros seins, crédit à taux rémunérateurs, ne pas payer son essence, bonjour je suis l'héritière d'un riche producteur de pétrole au Nigéria et j'aurais besoin de vos économies pour rapatrier cet argent qui n'est pas le mien. Cela devrait suffire, pour être sûr, une petite traduction, blowjobs, assfucking, groupsex, fat bottom girls you make the rocking world go 'round, don't pay anything at the petrol station, Hello, I am a rich and good looking nigerian woman, and I need petty cash from you. J'en remets une dernière ligne, ceinture plus bretelles: sex sex sex sex sex sex.

4. Le dimanche 8 juin 2008 à 02:28, par Philippe De Jonckheere :

Ce premier message, oui, est passé, mais va quand même voir dans le filtre pour le second.

Amicalement

Phil, qui sème honteusement le désordre dans le blog de son prochain.

5. Le dimanche 8 juin 2008 à 03:09, par Berlol :

Pour ce qui est de préférer l'écoute de la belle voix de la belle Scarlett, c'est une évidence. Et il n'y a même pas à me forcer... (Encore faudrait-il que je le trouve, ce disque.) Et je laisse l'e-poesie à ses super-calculateurs.
Pour les mots retenus dans le filtre, c'était comme prévu la version anglaise qui bloquait. Je me demande si tu ne vas pas me faire faire un bond dans le world ranking ! Moi qui voulais rester discret...

6. Le dimanche 8 juin 2008 à 03:59, par Philippe De Jonckheere :

Ah là c'est sûr question référencement, je viens de te faire une fleur. Et si j'ose dire, ton ancien fantasme de pouvoir être lu par des millions va enfin se réaliser.

Toujours là pour rendre service, avec mon petit côté gaffeur.

Amicalement

Phil

PS en plus tu ne vas quand même pas me dire que tu la trouves belle la Ecarlate Chose (sans compter que question référencement mon étalage couplé avec, dans la même page, le nom de cette actrice sous douée devrait faire merveille!)

7. Le dimanche 8 juin 2008 à 04:59, par Berlol :

Tu sais, ton acharnement contre elle ne joue pas en ta faveur ! On va y voir l'exacerbation du rejet d'un désir inconscient : tu as très bien compris qu'elle est belle, bonne actrice et excellente chanteuse, et tu le refuses parce que tu ne peux pas la posséder, d'où cet excès de hargne... En revanche, moi je l'accepte tranquillement et suis résigné à ne jamais l'avoir. Tu te rappelles iconoclaste / iconophile ? Ben c'est un peu pareil, non ?

8. Le dimanche 8 juin 2008 à 05:56, par Philippe De Jonckheere :

Psychologie de comptoir que tout cela. Non mais.

Elle semble fasciner mes contemporains, ce dont je m'étonne. Je ne lui en veux de rien. Ne l'ai vue que deux fois au cinéma, dans "Lost translation" de S. Coppola dont on m'avait dit qu'il fallait absolument le voir, bref un navet sans nom et dans "Match point", là aussi sur la recommandation d'une jeune femme qui se reconnaitra pour souvent passer par ici, film dont j'ai fait la critique ici: www.desordre.net/blog/blo... deux films dans lesquels elle m'est apparue particulièrement faible comédienne.

Ah si, je lui en veux quand même de réserver un traitement vraiment indigne à une de mes idoles depuis tout petit, Tom Waits, mais je puis t'assurer sans devenir écarlate que je ne suis pas un écarlatophile qui se cache derrière un écarlatophobe. Et inversement.

Amicalement

Phil

9. Le dimanche 8 juin 2008 à 06:12, par Berlol :

Mouais... Bon, admettons. Et ce téléphone portable, ça en est où ?

10. Le dimanche 8 juin 2008 à 08:18, par christine :

pas sympa de nous taire la partie privée de l'échange alors qu'elle fait le titre du post !... merci à "Phil qui sème honteusement le désordre dans le blog de son prochain" (!) de nous éclairer partiellement !

11. Le dimanche 8 juin 2008 à 09:25, par Laure L :

Moi j'ai vraiment été déçue par ce disque dont j'attendais beaucoup (je ne l'ai entendu que partiellement, certes). Pas vraiment concernant sa voix, mais le manque d'inventité global des arrangements malgré les moyens de studio évidents. J'en profite pour faire la retape pour un disque qui vient de sortir, et que j'adore : Games over de Laetitia Shériff (on peut en écouter des bouts sur le ITunes store et sans doute ailleurs mais ma connexion Internet étant encore défaillante...)
Si tu veux, Berlol, je copie-colle les mots utilisés pour débouler sur RougeLarsenRose, c'est assez étonnant et ça va faire du trafic !

12. Le dimanche 8 juin 2008 à 17:51, par Berlol :

Oui, Christine. Quelqu'un qui voudrait suivre le fil de la discussion devrait d'abord passer chez toi, quand il a été question des sites de création en ligne, F. soucieux de plateformes émulatrices (mais aussi rémunératrices, ce qui n'est pas mon souci), JFP élargissant à la vidéo-poésie, toi rappelant qu'il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du web (et vous avez raison, d'ailleurs on en a déjà parlé). Là-dessus, Philippe m'écrit, évoquant Boisnard comme exemple de ce que je disais, et je suis d'accord avec lui. Sauf que nommer une personne ne me paraît pas utile pour traiter la question, et même contre-productif (pardon, Philippe !).
En effet, la nomination individuelle provoque généralement une réaction de et sur la personne désignée, stigmatisant injustement une seule personne et sa production, détachée du contexte (tranquillou pour les autres...), alors que mon propos vise à englober tout un ensemble et son fonctionnement en tant qu'ensemble, avec relations de soutien mutuel en vue de se faire monter tous ensemble (en se faisant des articles croisés, des colloques, des publications en revue, universitaires ou branchées). Je ne veux pas critiquer une personne mais un réseau dans le réseau, d'où le titre collectif du billet.

13. Le dimanche 8 juin 2008 à 17:53, par Berlol :

Vas-y, Laure, copie-colle, qu'on rigole !

14. Le dimanche 8 juin 2008 à 23:46, par Laure L :

Tu l'auras voulu !
speeder cochon/rougelarsenrose rome/baise avec animaux/faire philippine/trouver la bonne coupe de cheveux/rime ar/motarde sexy/yapou/art narratif/emmanuel rabu vendredi 16 mai/baise contorsionniste/baiser avec animaux/baiser un animal/blog culotte plastique/cache cache camera culotte et sans culotte/femme gratuit sans email/chat mort/coucouche panier papattes en rond/fetichisme du plastique/histoire porno illustrée/la vénus à la fourrure/ baiser par un animal/crient le jour après la nuit claire indécise/culottes plastique/decoration voiture balai/evariste la faute à nanterre/fetichisme botte/images de contorsionnistes nues/jack spicer/katie cruel/lapin geant/le burn out causes et remèdes/le petit chat est mort/migliacciu/minou humide blog/mon cul/narcisso show/nicole limongi/photos de contorsionnistes nues/poesie chaussure/replaçant une mèche derrière l'oreille/the story won't persist in being a closed book/toreador nu/vieilles femmes qui baise avec des animaux/"au-delà du stress" /"autofiction"/"c'est pas ma faute" paroles lolita/"clément rosset" judo/"corações blues e serpentinas"/"des ptits trous"/"evariste" la chasse au boson intermédiaire/"grands moments" droit de réponse polac /"la maladie de la mort"/"la nonne volante"/"le bleu de l’inflexion"/"lorsque j́étais petite"/"mademoiselle de biche"/"marc ronceraille"/"munken white"/"outrage à agent" civil /"par ici ami de mon coeur"/"poissons ascendant cancer"/"ralbum" "démolir nisard"/"relevé medical"/"suite suisse" occasion/14 rue du paradis/a quoi ça sert que ducasse il se décarcasse/alfredo aquino/amateur photo deux femme en fourure/amoureux des motardes/amphigourie definition/anagrammes sportifs (de sylvain)/analyse du romon pere goriot et il etait une fois bac 2008/anne james chaton questio de dido/anne photo allemande collant bas fetichisme/annonces de travesti fetichistes de fourrure/antonia/appelez-vous/après l'épuisement je suis encore fatiguer/arrangement fleur synthetique/artiste autoportraitiste facon de travailler/au magasin de chaussures sans culote/augusto de campos/aujourd'huis/autoharp chaumont/autoportrait aux pointillés/autoportrait avec chat/autoportrait avec sourire/autoportrait sans détail sans forme/autoportrait éros/baise animale/baiser tatouer/bernadette soubirou et ses apparitions/bikini detox/blog de pied fetiche en voiture/blog fetichiste collant languedoc/blog video de femmes aimant la luttes sexy/bon cul de bresilienne de 14 ans/bonne chaudasse/bonne merguez a paris/bovary c'est moi/bredouille/briser la nuque d'un coup sec/c'est pas mon vocabulaire qui m'a fait ça/cancer du genou symptomes/caresses mes couilles/carry grant juif ???/cependant, lorsque le lapin tira belle et bien une montre de la poche de son gilet, regarda l'heure, et se mit à courir/champagne +"prix : b"/chanson que sont devenues les fleurs?/chanteur de la révolution industrielle/chate écartée a mort/chaussure poésie/christophe 16 juin aimer bevilacqua/chroniques versatiles/claude royet-journoud/clerc thomas. pourquoi l'autobiographie ?/clip de michael jackson habiller en pharaon/codeine interdiction/codoliprane 500g/coiffeuse nue paris/combien de dents a un poisson chat/comment enlever une tache de merguez/commentaire virgile incipit éneide/conchiglioni allégé/confectionner soit même so menus de bapteme/confusion is sex/consequence du hoquet sur un chiot/construire mon helicoptere/costumes poétesse/critique "ceci n'est pas une pipe"/ cuisiner la murene/cullotte baisser par le professeur/culs chics filles/definition sociologie du stress/demonstration raser le minou/dessin baignoire qui fuit/differentes versions de summertime/distance entre salvador de bahia et brasilia/dominatrice aimant humilier/duco ducor/elvis/emanuelle lainé/emilien tessier acteur/enculée/eric dayre/etre en manque/etre temoin de jehovah a tanger/etymologie de merguez/fammes apoils/fatigue et neurasthénie/femme en velo gode/femme nue attachée en croix pur plaisir/femmes baskets sales/fetichisme odeur du pied dans boots/fonctions l'image de/france melasses/français a porto alegre/freytag manuscrit perdu/gertrude stein rose langue anglaise/gilles barbier/glenn gould/gode automatique/gonflement du chien/gotlib "un peu de poésie que diable"/greaves constable

15. Le dimanche 8 juin 2008 à 23:46, par Laure L :

Ah, tiens, là je crois que ça a été filtré, quand même !...

16. Le dimanche 8 juin 2008 à 23:56, par Laure L :

Tiens, c'est là : rougelarsenrose.blogspot....

17. Le lundi 9 juin 2008 à 00:37, par Berlol :

Merci !! (J'ai libéré le paquet du filtre...) En voilà, de la e-poésie !!

« après l'épuisement je suis
encore fatiguer
arrangement fleur synthétique
artiste autoportraitiste façon de
travailler au magasin de chaussures sans culotte »

(imaginer avec un petit programme qui fait clignoter mots ou lettres, apparaître ou disparaître les blocs de mots d'un côté ou de l'autre dans l'écran...)

18. Le lundi 9 juin 2008 à 01:20, par Philippe De Jonckheere :

Il n'y a pas de raison, je te fais cadeau des miens depuis ce matin:
* « desordre » (2)
* « le desordre » (2)
* « désordre » (2)
* « puberes models »
* « photos tilleul du bois de vincennes »
* « philippe durand le petit ney »
* « limonaire image »
* « "grand maitre architecte" »
* « amateur grosses fesses hanches »
* « enfants jouent au foot dans le parking devant les chambres »
* « art pauvre serra »
* « qui ma bloc »
* « mont kassel »
* « Rudolf Hoes »
* « regis boulard »
* « médiocres épaulements des collines »
* « bloc de lorie »
* « le contraire de propre en désordre »
* « olivia rosenthal viande froide »
* « "stéphane pagano" blog »
* « psychanalyse lacanienne handicape »
* « prix de maisons bois pagano »
* « les otaries de la sommes »
* « philippe de jonckeere »
* « film sexeuelle sur internet »
* « bloc »
* « katarina grosse »
* « j aime le desordre »
* « mémoire Rudolf Hoes »
* « 11ème degré Sublime Chevalier Élu »
* « méthode ABA en europe »
* « de jonckheere »
* « il est mort mais il n'est pas partie, »

Amicalement

Phil

PS: et pour le téléphone de poche, comme l'appelle Philippe Didion, je n'en ai pas besoin, en cas de danger je prends celui des autres, pas très élégant, et puis il paraît que cela donne des acouphènes et que ça fait baisser le lait des vaches.

19. Le lundi 9 juin 2008 à 01:35, par Berlol :

D'accord, il en ira donc du téléphone portable comme des commentaires de blog : tu n'en veux pas pour toi-même mais tu passes volontiers par ceux des autres ;)
Pour les requêtes, je trouve assez poétiques les « médiocres épaulements des collines ».
Mais on va peut-être s'arrêter là, sinon on passe de la "fosse à bitume" à la "décharge sauvage"...

20. Le mardi 10 juin 2008 à 12:40, par cécile :

On peut écouter en entier l'album Games de Laetitia Shériff sur deezer.com.
Merci en boucle à Laure L.. Les nanomatériaux ont dandiné de la molécule sur mon pc tout l'après-midi.

A part ça, je déteste Rolland Garros, je comprends goutte à ce que l'on essaie de me faire endosser.
En plus je gage que Ph. de J. sera aussi mauvais joueur avec Games qu'avec Match point.

21. Le mardi 10 juin 2008 à 12:50, par cécile :

en fait, pas "Games" le titre de l'album, mais "Games over" (normal, j'ai trois billets de retard).

22. Le mardi 10 juin 2008 à 15:52, par Berlol :

Merci, Cécile ! Album bien intéressant, en effet. Compositions, voix avec une certaine originalité et pas mal de punch, non sans me rappeler PJ Harvey ou plus loin dans le temps Kas Product, avec un soupçon de Björk dans les trémolos et la palette de percussions. Même si je continue à préférer mes 4 morceaux de Scarlett, une certaine lourdeur des ambiances, sa voix posée bas. Si vous connaissez un bon désenvoûteur...

23. Le mercredi 11 juin 2008 à 12:05, par Philippe De Jonckheere :

Cécile, je n'avais rien fait pour te culpabaliser, tu pouvais très bien garder l'anonymat sur cette affaire. J'ai entendu une fois dans un concert de Régïs Boulard Laetitia Sherif chanter "Free Will and Testament" de Robert Wyatt, c'était assez sublime.

Photos de ce concert extraordinaire ici: www.desordre.net/musique/...

Amicalement

Phil

PS: Cécile, je ne suis pas mauvais joueur.

24. Le jeudi 12 juin 2008 à 11:36, par Laure L :

Berlol, les hommes préfèrent les blondes, c'est ça ?
Ah ! ah ! ah !
J'ai un peu fait sorcière dans mon jeune temps insulaire si les symptômes persistent vraiment.
Trève de plaisanteries, je suis heureuse de partager ma Shériffmania !

25. Le jeudi 12 juin 2008 à 13:49, par cécile :

Philippe. Oups.. mais je jouais..... je faisais l'idiote !pour rebondir (aille je recommence) sur l'échange précédent, je faisais des jeux de mots (bêtes), c'était pour blaguer (mal). Je ne pense pas (à part pour Rolland Garros, même si tout le monde se fiche un peu de le savoir) une molécule de miette de ce que j'ai écrit si je devais le redire sérieusement, ah mince. Mince. Pardon.
(Et pardon pour cet aparté ! Ah la. Bonne soirée à tout le monde!)

26. Le vendredi 13 juin 2008 à 01:35, par Berlol :

Cher Laure, de ton île, on aimerait mieux du saucisson ou du fromage, si tu veux savoir ! Sinon, je kiffe pas spécialement les blondes. En revanche, j'ai réécouté Lætitia Shériff et ça me plaît beaucoup. Merci !



Dimanche 8 juin 2008. Signifiance prise sur le fait.

Moi !... Moi, j'avais raté la diffusion de Slogans et de Vociférations dans les Fictions de France Culture ! (Seuls ceux que j'aime,) Écoutez ! C'était le 11 mai ! Je comprends mieux... Me faire ça à moi ! Un volodinophile déclaré ! Un volodinomane avéré ! « Ils » ont attendu que je prenne l'avion, que je sois complètement décalé, dans l'incapacité totale d'être informé, histoire que le message secret ne me parvienne pas... et que je ne puisse pas exécuter ma mission : apprécier et passer l'info à d'autres.
Perdu : c'est fait.

Aller-retour à Ginza, je reviens avec trois polos de chez Motoki (moins chers que ce qui se vend à Matsuya Ginza), mais aussi avec une quiche aux épinards et deux parts de tarte aux fruits rouges de chez Kayser — T. aux anges. En revanche, je n'ai pas trouvé le disque de Scarlett Johansson.
Peu après, pendant les fruits rouges et la chantilly, la télé diffuse le direct d'Akihabara... où plusieurs personnes viennent d'être poignardées au hasard : sept personnes décédées et une douzaine gravement blessées. Ni alcool ni drogue, le type de 25 ans était seulement désespéré, voulait en finir, avec préméditation.
Aux infos du soir, témoignages et journalistes hésitent entre folie pure et haine de la société. Mais il est peu probable qu'on aille bien loin dans le sens du procès de la société...

Sur le canal des Sentiers de la création, enregistrement et écoute partielle de cinq heures de gloses littéraires, Enjeux contemporains, enregistrés à la Maison des écrivains et de la littérature en janvier, si j'ai bien compris, avec Dominique Viart, Richard Morgiève, deux Emmanuelles, Pireyre et Pagano, Camille Laurens, etc. Globalement satisfaisant, à écouter en détail...
Survol de blogs. Travail sur des pages web. Nouveaux échanges avec Philippe... qui sème le désordre, comme d'habitude. Lecture de Bailly, repris après Federman après Bégaudeau (et avant Lutzmann qui piaffe d'impatience).
On comprendra mieux cette nature d'herbe envachée du lait dont je parlais l'autre jour. Mais il y a des démonstrations très réussies, belles de lyrisme retenu, comme la photo de Talbot, pas loin du Bachelard truellant du terre-à-terre. Ainsi de cette signifiance prise sur le fait qu'il serait presque possible d'attribuer à la vibrionnante activité blogosphérique.

« La photographie dit qu'il y a du réel, elle n'en certifie pas l'existence, elle la prolonge : comme une ombre détachée. Il y a par conséquent une sorte d'ombre qui se souvient de ce qui devant elle était présent. La photographie présente sans fin le présent qui fut. Sa présence à elle n'est rien d'autre que cette discrétion d'une trace qui s'inscrit comme on se retirerait. Sans fin la photo dit « il y a » : il y a en moi ce qui était devant moi, que j'ai pris, en le laissant. Mais ce sont encore là des façons de parler qui peuvent devenir assez vite trompeuses, puisque la photographie, qui n'est personne, est muette : son "il y a" est un "il y a" de chute, comme celui de la pensée, de la rêverie. Ce qu'elle montre est hors d'elle et son intériorité n'est faite que de ce pur dehors auquel elle a dû, quelle qu'elle soit, s'exposer. Et ce que l'on pourrait dire, ici, c'est que c'est dans la mesure même où elle se condense dans cette exposition qu'elle rencontre son plan d'immanence ou son champ d'exactitude.
Ce à quoi elle s'expose ainsi (le temps de cette exposition), c'est à la signifiance : le réel (la somme infermable de tous les référents possibles, la totalité champ / hors-champ, l'ouvert) est toujours en état de signifier, et dire cela, ce n'est là encore que reprendre d'une autre manière le « tout parle » de Novalis : le réel est ce fonds passif qui signifie, sur lequel ou contre lequel la photographie vient de poser, non comme un supplément (une ombre n'est pas un supplément) mais comme un voile. Le texture de ce voile est l'immobilité. Au flux fertile et mouvant de la signifiance est offert un temps d'arrêt, l'instant est extrait du flux et devient ce voile, cette "photo". Voile ou crible où la signifiance est prise sur le fait, en train d'agir comme agit un bain où toute existence, aussitôt qu'elle paraît, est trempée.» (Jean-Christophe Bailly, L'Instant et son ombre, p. 72-73)


Lundi 9 juin 2008. Presque dans les allées généreusement boisées.

Temps pourri, ça recommence. En fin d'après-midi, on se tape même de l'orage grondant et tournant pendant près de deux heures. On croirait du bruitage dans un film... Ou une autre planète, avec des monstres, des aéronefs...

Mais avant ça, on a eu des tombereaux de reportages sur le tueur d'hier, même par France 2 et TV5 Monde. Et plein de coups de téléphone pour divers sujets : quelqu'un de la bibliothèque de l'université de Tokyo, l'artisan pour changer des fenêtres à prix d'or, la voisine qui ramasse des infos sur un autre artisan, et même mon père depuis sa maison de repos pendant qu'on change les ascenseurs dans son immeuble.

On a déjeuné en terrasse au Saint-Martin alors qu'il pleuvait à vingt centimètres de la table. C'était agréable. J'ai accompagné T. à la bibliothèque, histoire de revoir le campus, la porte rouge, les vieux bâtiments et quelques-uns construits depuis. Je me souvenais de promenades en amoureux il y a une douzaine d'années, nous nous cachions presque dans les allées généreusement boisées. Puis de séances littéraires dans le bureau d'un collègue anglophone vers l'an 2000. En l'attendant j'ai lu quelques pages de Bailly. Et pris quelques photos, moi aussi.

Être éveilleur dans les 100 blogs ! (Quand je parlais hier de ce qui vibrionne...)
À lire en musique — enfin moi, c'est comme ça que j'ai pu y passer un bon moment. Cent, ceci dit, ça fait beaucoup ; je trouve qu'il y a un peu de remplissage. Si j'en recommandais, je n'irais pas jusque là. Vingt ou trente suffiraient.

« [...] ce que la photographie entraîne dans sa prise, ce n'est pas tant, même si elle fascine ou exaspère, l'exactitude (en vérité toute relative) d'une copie, que la révélation d'un état de réalité que le regard habituel laisse à l'état de dormance : la photographie, en fait, est vécue comme un facteur de révélation, comme une puissance d'éveil.» (Jean-Christophe Bailly, L'Instant et son ombre, p. 88)

Pour nous défouler d'un gros dossier stressant en cours de constitution (je dirai quoi d'ici quelques jours), nous regardons encore une fois Kill Bill 2. Et la magie opère pendant le dîner.

Commentaires

1. Le lundi 9 juin 2008 à 10:54, par F :

pas 100 en fait, doit y avoir 80 - mais quand même 20/30 non, moi ça ne m'irait pas - c'est cette profusion joyeuse qui compte AUSSI, les renvois de l'un à l'autre etc

2. Le lundi 9 juin 2008 à 13:21, par christine :

e-veilleur est mieux qu'éveilleurs, qui vous a un petit côté scientologie, trouvé-je (j'avais d'ailleurs lu "veilleurs" : ai-je rêvé ou le e- est il apparu après mon passage, F?)
à moi, en tout cas, 20 ou 30, ni même 100, ne suffiraient pas : j'ai organisé mon blogroll par tranches de 10 pour essayer de me limiter à 100, mais ça déborde continûment, et je suis plein d'autres blogs moins littéraires

3. Le lundi 9 juin 2008 à 13:47, par F :

oui, il y a d'abord eu "veilleur" avant le "e-", bravo de l'attention ! - Netvibes propose une page "privée" et une page "publique" - sur ma page "privée" je dois être à 130/140, avec une place importante aussi à la veille informatique, que je n'ai pas répercuté dans la page "publique" - il y aussi la rubrique des blogs que j'aime pas et que je surveille quand même! (échange ma liste seulement avec qui me donne la sienne!) et c'est un univers assez fascinant aussi pour ce qui concerne l'info, ou de s'abonner aux agrégateurs eux-mêmes - mais au moins on a vision synoptique et rapide -

au fait, Berlol, tu aurais sans doute réponse à ce commentaire de Virginie :
www.archicampus.net/wordp...

4. Le lundi 9 juin 2008 à 14:48, par Berlol :

Ça doit être parce qu'en une fois c'est beaucoup... Question d'habitude. Ou alors parce que j'étais pas de bonne humeur...
Ceci dit, je préfère aussi "veilleur".

5. Le mardi 10 juin 2008 à 06:02, par brigetoun :

y a même la petite vieille dans "et encore" et avec un beau profil anglais. Faudra que je suive tous les e-veilleurs,

6. Le mardi 10 juin 2008 à 07:24, par JFP :

dites, hm, moi je suis un peu plus que rien depuis que j'ai enfin publié mon site perso ce matin (trop perso pour l'instant, sans parler de ces bon sang de fichiers quick time à reconvertir en flash, et plein de choses neuves à ajouter, mais ce n'est qu'un début et les choses vont évoluer en mieux maintenant que je sais à peu près comment ça fonctionne...) et puis j'ai les oeils qui me sortent de la teste de passer mes heures devant ce logiciel FTP au lieu de travailler pour ramener le biftèque à la maison et d'avancer mon roman, bref si ça vous chante, c'est le nouveau : http://www.territoire3.org


Mardi 10 juin 2008. Demain, des fesses aux mollets !

Depuis hier, T. est un peu patraque. Rien de grave, un truc digestif, mais ça ne m'incite pas à me concentrer sur le JLR. Départ à reculons et fin du livre de Bailly dans le shinkansen. C'est une impression que j'ai ou les gens se regardent plus qu'avant ? L'affaire du tueur d'Akihabara tourne au traumatisme national. Le journal et la télé décortiquent les messages que le désespéré a mis en ligne avec son téléphone portable, un véritable journal de suicide horodaté, avec des vraies pensées dedans, sur l'inhumanité de la société, le sentiment d'être volé de sa vie, etc. Pas de quoi l'absoudre des meurtres, rien ne le pourra, mais assez pour inquiéter même les plus dérégulants du système économique — parce que si ce genre de pathologie criminelle se développe, c'est quand même mauvais pour le système...

Le beau temps améliore l'humeur. Et le teint.
Avec les étudiants du cours de conversation, commençons à modifier l'article Wikipédia français de Nagoya. Avec les informations qu'ils ont collectées. Et discussion sur les sources, des sources fiables et vérifiables (ou very fiables). Que l'on vérifie donc, notamment pour la population.
Riche et bien utile, tout de même, cette famille de mots : fier, fierté, se fier, confier, confiance, méfier, méfiance, défier, défi, fidèle, infidèle, fiente, fiduciaire... Tiens ! un pigeon est passé. Trouvez l'intrus. Je me demande même si « Fi ! » n'en fait pas partie. J'en fais.
Forme de lutte active contre la maladie des étudiants qui copient bêtement tout ce qu'ils trouvent sans comprendre. Me paraît plus efficace que la prévention.

Prenant notre courage à deux main, David et moi retournons au ping-pong. Une petite heure à foutre des balles n'importe où dans la joyeuse pagaille des cris d'entraînement des trépidantes cheerleaders dont nous ne sommes séparés que par un mur de tables repliées. Ça va tirer, demain, des fesses aux mollets !

Dînant, je mâchonnais du pain quand... ma couronne de molaire s'est détachée. Pfuuu !... Je ne pourrai pas aller la faire remettre avant lundi prochain. D'ici là, manger mou et à droite. J'aime pas la droite.

« Je l'ai dit au commencement : presque immédiat a été le montage. Ce mot, d'ailleurs, faut-il le conserver ? Le montage, en effet, suppose une mise en relation volontaire résultant d'une décision. Que se passe-t-il quand la décision n'est pas prise mais s'impose de l'intérieur comme quelque chose qui survient ? Peut-on, doit-on alors seulement parler d'association ? Il me semble que non et que le terme de montage doit être malgré tout conservé, et pour au moins deux raisons. Tout d'abord parce que le terme "association" est vague et sous-entend une pure passivité. Or il s'agit d'action, la mise en relation s'impose avec une sorte de violence, ou du moins un effet d'irruption, il y a en elle quelque chose d'automatique et de tranché. Mais surtout parce qu'il n'y a aucune raison de séparer par un trait net les actes de production de pensée mettant en œuvre des processus logiques reconnus comme tels au moment du penser et les actes de production qui semblent procéder d'une dérive interne discontinue. Rien ici ne permet d'opposer un univers solide, fait de constructions, ou plutôt de constructibilité, à un univers de flux plus ou moins exposé à son auto-dissolution. Le cheminement, ou plus précisément encore, ce que dans le monde médiéval on appelait le ductus, soit le chemin conducteur de la pensée, se produit simultanément comme flux et comme articulation et, s'il y a bien alternance de moments plutôt articulés et de moments plutôt flottants, si l'on observe au long de ce long, de cet interminable cours, quantit