Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Août 2008

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Vendredi 1er août. Oui, mais sans code-barre.

Enfin, j'ai réussi ! Après des semaines d'interrogations et d'essai divers, sur fond de pannes et d'aléas du service Netvibes, j'ai réussi à récupérer l'ensemble des articles sélectionnés dans la page des Flux Litor, parmi la centaine de flux RSS qui la constituent, pour en faire un courrier Litor, le premier du mois. Soit la prouesse suivante : faire entrer du web 2.0 dans du web 1.0. Parce que sur les centaines de personnes inscrites à Litor, beaucoup restent concentrées sur la littérature et la recherche dans leur domaine et n'ont pas (encore pris) le temps de changer de paradigme — ce qui demande tout de même un certain investissement, en temps, donc, mais aussi en lectures techniques, en concentration, en installations diverses, etc., sans parler du stress.

Parenthèse. Au Japon, où on parle déjà de sekuhara, pawahara, akahara, dokuhara même, on devrait pouvoir dire tekuhara. Qwatès-ce ? Sekuhara, abréviation devenue terme officiel pour harcèlement sexuel ; pawahara, pour harcèlement hiérarchique (ça se dit ?); aka- sera pour le domaine académique et universitaire (prof abusant d'étudiant — ou l'inverse, oui, possible) et doku- pour le domaine médical et hospitalier. Alors, mon teku- ?
Pour le harcèlement technique, bien sûr ! Vous savez, ce petit pincement, cette petite humiliation répétée, ce stress qu'on ressent ou cette pression qu'on se met tout seul quand on constate qu'on ne maîtrise par une technologie, surtout dans le domaine informatique et de réseau, et qu'on voit les autres s'en sortir très bien, ouvrir des sites, faire des trucs... Fin de la parenthèse.

Et heureusement que j'ai fait ça ce matin, parce qu'après c'est, avec T., des tas d'affaires à ranger, microscopiques ou énormes, mais toujours accompagnées de questions : ça, est-ce qu'on le garde ? entre deux choses, laquelle on préfère ? Et des notes dans un cahier pour la traçabilité des livres, de sorte que si T. veut tel livre qui sera dans mon bureau elle pourra me dire dans quel carton il est. Judicieux, oui, mais sans code-barre.

Ce qui fait que pendant deux ou trois jours, je ne vais guère avoir le temps de suivre la blogosphère. Mais, je garde un œil...


Samedi 2 août 2008. Le sacre aura lieu au lit.

Après une absence qui nous fut difficile à supporter, Éric Chevillard nous revient en grande forme. Qu'on en juge plutôt :

« Un carnet d’Emmanuel Kant récemment découvert a permis de faire un sort à la légende de son éternelle virginité. Non seulement le célèbre philosophe n’est pas mort puceau mais, à en croire cet agenda, il tira son coup tous les jours que Dieu fit entre 1742 et 1804, à 21h33, y compris le 14 juillet 1789.» (L'Autofictif, 297)

Aujourd'hui, notre couple sera proclamé empereur du 4e étage. Le sacre aura lieu au lit, dès ce billet posté.
Préalablement, il aura fallu que nous montions et descendions une bonne centaine de fois (ça fait les mollets), bras chargés de petits et de gros paquets (ça fait des biscotos) qu'il faut évidemment soulever et reposer (ça fait les cuisses et les abdos) dans une ambiance de 33°C de moyenne (comme au boulevard Bourdon, et ça fait beaucoup suer). Nous aurons été aidés deux heures durant par un ami (bien baraqué) pour les objets encombrants et lourds (cadre de lit, matelas, canapé) après le déjeuner au Saint-Martin (pour ne pas déroger) — restaurant presque vide, on voit que c'est août.
Et puis on a reçu les sièges de bureau de Kokuyo (trop mignons !), un bureau de Bisley (très bien) et deux meubles à tiroirs métalliques, avec un tiroir faussé, la peinture de celui de dessous déjà grattée, bref, à renvoyer. Pénible ! Et puis en voulant charger le nouveau téléphone Conof, très design, je me suis aperçu qu'il n'y avait pas de branchement pour le réseau. Mea culpa ! J'ai commandé un poste secondaire sans fil. À renvoyer (on suit la procédure Amazon, ça partira demain) puis commander le poste primaire (boîtier réseau + poste sans fil primaire).

J'ai pris un bain vers 18h30. J'avais le dos cassé, mal aux doigts. Et dès 21 heures, j'ai commencé à bâiller ostensiblement. T. me dit que j'ai de petits yeux. Alors j'y vais, sans attendre la fin de la Carte aux trésors, émission que je déteste et que je ne regarde d'ailleurs jamais.


Dimanche 3 août 2008. Disparaître une à une les pages.

Entrelacs d'allées et venues entre l'appartement qui se vide et celui qui se remplit, d'enregistrements d'émissions de France Culture quand je passe devant mon bureau (Mythographies, Correspondances de Manosque, Années 70...) — même si pas beaucoup de temps pour la littérature lecture — et de corrections de copies à finir pour mardi...
Pendant ce temps-là, je vois disparaître une à une les pages administratives du blog JLR, les stats, déjà en panne depuis une semaine, le filtre de spam, puis l'interface des commentaires et des billets eux-mêmes, enfin la page publique du blog à son tour s'évapore. Tentative de log chez Globat vers 22 heures mais ce n'est pas possible — ce qui est rassurant, dans un sens, si je puis dire, le problème venant de chez eux plutôt que de chez moi. Et ce, juste après que Globat m'avait envoyé un de ces courriels commerciaux commençant poliment par le souhait que chaque client puisse tirer le meilleur du service dont il a le privilège... Il faut croire que le début août n'est pas des plus faciles pour tout le monde.

Découverte ce soir d'un excellent restaurant italien. Nous étions sortis pour du papier-toilette, c'est trivial, en nous demandant ce que nous allions manger, c'était l'heure. Puis nous nous sommes proposé d'aller voir un restaurant d'unagi. C'est de saison, dit-on. Mais il était presque plein et ça sentait la cigarette dès l'entrée. Nous avons alors traversé le carrefour d'Iidabashi et sommes remontés vers la poste, cherchant vaguement un restaurant recommandé par quelqu'un il y a quelques mois. Nous revenions sur nos pas, n'ayant rien trouvé, quand nous l'avons aperçu, une simple porte, dans un renfoncement d'immeuble, bien éclairée mais pas de fenêtres sur la rue. La Trattoria Toy a les mêmes dimensions que le Saint-Martin, à peu près. C'en est la sœur italienne, avec ses deux cuistots qui alternent tous les trois jours cuisine et salle. Dès les premiers mots, nous avons su que ce serait bon. Une façon d'en parler comme quelqu'un qui le fait, qui le fait bien. Qui plus est, copieux. Un service one-plate avec des pâtes, de la salade verte, quelques antipasti. Pour 1600 yens. Quand nous en sommes sortis, toujours notre énorme paquet de papier-toilette à la main, nous savions que nous tenions notre deuxième meilleure adresse du quartier.


Lundi 4 août 2008. La poubelle ou la route.

Ce qui rend notre manip difficile, et plus encore pour T. que pour moi, c'est que nous essayons de mettre le contenu utile d'un appartement dans un autre appartement, dont la surface est d'un tiers réduite et doté de moins de placards. De mécanique en apparence, l'exercice devient ontologique lorsqu'il s'agit ni plus ni moins que de changer de mode de vie. Et ce, en extrayant une à une les choses nécessaires à une bonne vie de la masse de celles soudain jugées superflues par la nouvelle contrainte.
L'accumulation des choses dans le temps, chacune étant relativement petite, souvent issue d'un achat d'impulsion où le plaisir momentané a fait nécessité, rend en effet, à la longue, l'espace saturé et invivable. C'est une expérience banale mais l'on n'en prend conscience, soudain, qu'à l'occasion d'une impérative sélection — comme si l'on mettait des lunettes spéciales et que tout changeait de couleur valeur (et ça me fait penser à la scène burlesque de Cléo de 5 à 7). L'opération est facilitée, dans notre cas, par l'idée que certaines de ces choses ne vont pas disparaître. En effet, nous avons le choix : c'est la poubelle ou la route de Nagoya. Dans ce second cas, ça reste dans l'appartement en fin de bail mais il faut le mettre de côté et ne pas confondre avec ce qui n'a pas encore été traité par la question.

Pendant ce temps, les enregistrements continuent. Les corrections de copies aussi. Et puis T. a rendez-vous avec une personne de l'entreprise de numérisation des Mazarinades, qui nous apporte le dévédé avec, nommées et indexées selon nos ordres, toutes les photos des pages, une à une, de la collection de Tokyo. T. teste ça sur son portable, ça marche. On remercie poliment mais on s'extasiera un autre jour, pardon. D'ailleurs la personne a aussi à faire.
Pour ma part, c'est shinkansen. Je dors et j'avance dans le polar. Sans le citer beaucoup, vous aurez remarqué. Pas parce que c'est mauvais, ce qui n'est pas le cas, mais parce qu'il n'y a pas de saillies dans l'écriture ni dans les sujets abordés, pas de digressions anthropologiques ou politiques comme chez Fred Vargas ou chez Dominique Sylvain. Peut-être aussi parce qu'à la différence de ces deux-là, Hervé Claude a choisi un narrateur à la première personne, moins regardé par l'écriture que regardant son enquête brumeuse, et un narrateur suffisamment flegmatique, qui ne se fait pas d'illusion sur le pouvoir de ses commentaires concernant la marche du monde.

Arrivé, je photographie deux meubles de cuisine pour donner le choix à T. Ça ira aussi dans l'autre sens...
Au bureau, je continue les corrections. Puis je vais travailler au secrétariat avec David sur un document rassemblant les notes des différents enseignants, leur attribuant chacun une couleur, et mettant en rouge les cas litigieux. Du temps gagné pour la réunion de demain.
Quand j'ai l'occasion de la joindre, T. me répond par le nouveau combiné téléphonique (voir avant-hier). La livraison a été très rapide, mon erreur est réparée et tout est prêt pour l'installation dans le nouvel appartement le 8.
Côté serveur, les blogs de mes cours, des Mazarinades et de Mérimée sont revenus, mais pas le JLR... Le sort s'acharne. Y'aurait de la censure déguisée là-dessous, que ça ne m'étonnerait pas ! Encore un coup de IOA|AOI.


Mardi 5 août 2008. Notre délice en binôme.

C'est le jour où l'on sort de l'entonnoir. Avec 37°C annoncés dans nos rues. La réunion de 10 heures met fin, en 38 minutes, à une semaine de stress des correcteurs. Pour les 1ère et 2e année. La salve suivante viendra dans moins de deux semaines, avec les rapports des 3e année, sur le cinéma.

Déjeuner avec David, Florian et Jonathan au Downey. C'est incidemment, en parlant de séries télé que la différence de génération devient criante. David, plus jeune que moi, n'y est pas encore habitué. Nos deux vis-à-vis sont nés vers 84. Quand j'allais faire mon Service national, c'est dire. Quand ça existait encore. Je pourrais largement être leur père. Je revois très bien leur mère potentielle... Mais ils ne connaissent pas Amicalement Vôtre, ni Chapeau melon et Bottes de cuir ni Dallas (série que je n'aimais pas du tout), et à peine Ma Sorcière bien-aimée. Pfuuu...

Pendant que la chaleur se démène ici, T. me dit qu'il pleut très fort à Tokyo. Des employés de la voirie ont été emportés dans des canalisations. L'un est mort après avoir parcouru trois kilomètres, son corps repêché dans la rivière Kanda. Les alertes d'inondation se multiplient et le tonnerre gronde orange. D'où je suis, sous le soleil, c'est un peu difficile à croire, même si j'entends très bien les grondements dans le téléphone. Mais c'est pas ça qui va m'empêcher de partir la rejoindre !
Prévoyant, je mets quand même une bonne dose de thé chaud dans mon mug et je fais un énorme sandwich avec le saumon fumé qui reste. J'ai (toujours) une mini-torche électrique et un couteau de poche, le tout pour le cas où mon train resterait coincé des heures. Je m'imagine planqué sous un siège, dans le noir d'un wagon sans électricité, en train de grignoter mon sandwich au saumon... Quoiqu'a priori ça arriverait plutôt en France qu'au Japon, cette mésaventure-là, non ?
En fait, tout se passera très bien. Je finis le roman d'Hervé Claude, je sirote mon thé au caramel et je garde le sandwich pour la maison où il fera notre délice en binôme.
Quand j'arrive à la sortie d'Iidabashi, j'entends déjà gronder l'eau dans le déversoir. Je me penche et je vois passer tout un torrent de montagne, sa mousse blanchâtre dans le coude de béton. Soudain l'angoisse pour les tortues, de l'autre côté de la passerelle de Ramla. Dans le noir, en contrebas, impossible de rien voir. Ont-elles eu le temps de se protéger ? Ont-elles un sens qui les a alertées du danger ? Les reverra-t-on jamais ?


Mercredi 6 août 2008. Le monde était entièrement analogique.

Maintenant, l'appartement où nous avons habité depuis 7 ans n'est plus qu'un hangar où s'entassent, pas encore pêle-mêle, les affaires majoritairement destinées au voyage de Nagoya. Pas encore parce que la configuration des meubles correspond à ce que notre mémoire a connu vivant. Mais d'ici une semaine, il n'y paraîtra plus. Nous rendrons l'espace à son anonymat, sa disponibilité, ce qui lui a permis d'être l'habitat de cinq, sept, dix locataires successifs — ? — depuis la construction de l'immeuble dans les années 60.
Cependant, nos ordinateurs y sont encore. J'y suis donc venu ce matin travailler une heure, répondre à des courriers, constater que Globat n'a toujours pas retrouvé le chemin de mon blog. Ai reçu réponse après mon dernier courrier, on me dit qu'il y a un problème, qu'on y travaille, qu'on est désolé pour moi — traduction :  un méga problème parce que ça fait quand même quatre jours entiers.

Après le déjeuner, quand la batterie de la perceuse est chargée, je fais deux beaux trous l'un en face de l'autre de chaque côté d'une cloison — j'ai bien mesuré et me suis quand même planté de sept centimètres à cause d'une plinthe cachée, donc second trou de ce côté-là — pour passer le câble réseau qui ira à l'imprimante dont on a bien l'intention maintenant de se servir aussi comme fax. Le trou étant juste, il faut scotcher la prise réseau pour qu'elle ne s'accroche pas comme un hameçon quand on voudra la faire repasser et lui mettre un guide fait d'un trombone déplié pour qu'elle atteigne le trou d'en face et ressorte de la cloison... Est-ce assez clair ?

Enfin, profitant de ma pause sieste, je paramètre Acrobat Reader pour lire des pdf sur deux pages, plein écran, et découvrir les autres paramètres ajustables d'Adobe, ce que je n'avais jamais fait, l'utilisant toujours au minimum nécessaire. Bien installé, je peux enfin apprécier les trente premières pages du recueil d'Olivier Rolin intitulé La Chambre des cartes (Publie.net, 2008).
Celui qui commence son ouvrage en saluant Julien Gracq et Claude Simon ne peut pas m'être indifférent ! Surtout quand j'ai déjà grandement apprécié son Tigre en papier de 2002, pour ne citer que celui-là, commenté au Graal en 2003, et eu l'honneur de l'entretenir plus d'une heure devant le public de l'Institut franco-japonais en juin 2003, comme cette mauvaise photo en témoigne. Ah, les numériques de ce temps-là !... Je l'avais asticoté un peu, me faisant l'avocat du diable, sur l'aspect témoignage, ainsi que sur la misogynie dont certains l'accusaient du fait d'une jeune femme un peu trop silencieuse dans la voiture de son narrateur. Mais il s'en était très bien sorti.

« Sur d’autres cartes du même Atlas, celles du « Grand archipel d’Asie », par exemple (l’Indonésie), on voit  des lignes qui ne se referment pas sur elles-mêmes, n’enclosent aucun espace : comme des fêlures sur le verre de l’océan, des rides du vide. Derrière, il doit y avoir des îles, qu’on suggère par une ombre grisée, une sorte de fantôme, mais on s’astreint à ne plus dessiner que ce qu’on a observé, mesuré. Le monde est lacunaire, incohérent, mais assuré. Les terres de fantaisie disparaissent en quelques années. Sur les cartes qu’emporte La Pérouse, et dont Louis XVI, qui ne s’intéressait pas qu’à la serrurerie, gardait les doubles, la Nouvelle Guinée est flanquée d’une île aussi grande qu’elle : vingt ans plus tard, cette chimérique « Terre des Arsacides » s’est brisée en multiples éclats, l’archipel des Salomon. Rien de plus émouvant que de suivre cette constitution graduelle du monde.» (Olivier Rolin, La Chambre des Cartes)

Plus tard, j'en suis sûr, on parlera aussi de notre époque en disant « vingt ans plus tard »... Le monde était entièrement analogique, avec la télé, la radio, le livre, les voyages, etc., et vingt ans plus tard, la révolution de l'internet, plus encore que celle de la micro-informatique, avait intégralement changé le monde, recartographié tous les usages, tous les chemins des gens, des objets, des idées et des désirs.

Sortons enfin, quand il fait moins chaud, pour aller au magasin Muji de Yurakucho commander des boîtes de rangement. Puis dîner chinois au RenRenRen — d'où tout le personnel chinois a disparu. Un serveur à qui T. s'en étonne répond qu'ils sont tous partis, soit du fait de problèmes de visa, soit pour participer à l'aventure des Jeux Olympiques... Ça nous laisse perplexes.


Jeudi 7 août 2008. Vissera, dévissera, revissera, jusqu'à perfection.

Les jars poussent et toujours pas de lirnal en jougne.
Je crois que ça va être l'occasion de redémarrer le JLR avec WordPress, plateforme plus paramétrable et communautarisée que Dotclear... Un JLR 2.0, du coup. Ce ne sera jamais que son 4e déménagement (la cohésion globale étant assurée par la version mensuelle). Mais ce n'est ni pour aujourd'hui ni pour demain (on installera téléphone et connexion réseau dans le nouvel appartement...).

Un peu plus de temps libre, aujourd'hui. Pour lire Rolin, notamment. Au moins jusqu'à ce que je reçoive deux brouillons de rapports d'étudiantes. Deux heures de correction pour chaque, à reprendre à la base (déterminants du nom, temps verbaux, etc.), à croire que tout l'enseignement de la 1ère année s'est évaporé...

On reçoit un meuble métallique de rangement Bisley en remplacement du défectueux. Mais il a aussi un problème, à peu près au même endroit, et un éclat de peinture. Cette situation me rappelle à la fois les armoires métalliques d'Alain et la porte du Planétarium... Mais bon, on a le droit d'en avoir pour son argent. T. téléphone au magasin. Le vendeur qui s'est occupé de nous à la commande va passer après le déjeuner. On apprendra qu'il fait aussi le service après-vente, et qu'il le fait bien (c'est aussi ça que l'on paie en choisissant une marque sérieuse — on croirait un slogan d'infopub !).
Il intervertira des tiroirs, vissera, dévissera, revissera, jusqu'à perfection du mécanisme. Puis la retouche de peinture, absolument invisible, je n'y croyais pas. Un gars qui aime son boulot. Après, on discute de la clientèle en prenant le thé. Il y a toutes sortes de gens. Hier, il a été appelé chez une cliente, elle voulait faire changer la serrure d'un tiroir, ça semblait en rapport avec un problème de couple. En même temps il faut rester discret. La moitié de sa clientèle est composée de particuliers, généralement plus exigeants que les bureaux (voir nous).

Se mettre à la fois dans le sillage de Gracq et de Simon, c'est, de la part d'Olivier Rolin, s'engager dans la voie d'un grand écart. Entre celui qui imagine, invente, ne parle jamais de soi, et celui qui n'imagine pas, ressasse son expérience — les deux se rejoignant toutefois dans la précision parfois obsessionnelle des lieux.
Avec sa Chambre des cartes, Olivier Rolin veut nous dire que, littérairement, des lieux imaginaires doivent être crus (« Mes Ruines », « Le Roi des taupes ») tandis que des lieux réels sont incroyables ou menacés de doute (la Kolyma, Khatanga, dans plusieurs des nouvelles (?) ou chapitres (?) suivant(e)s). Il y excelle, à la façon dont, selon moi, Patrick Deville excelle avec l'Amérique centrale : en rencontrant des personnages locaux (locos), un peu au hasard, et en tissant avec de l'histoire plus... historique, mais sans que l'un prenne le pas sur l'autre.

À suivre — si connexion...


Vendredi 8 août 2008. Jusqu'au frisson, la connexion.

À la bonne fortune du 888, nous aussi...
T. sort en matinée, rendez-vous chez un médecin et courses pour diverses bricoles. Ici, c'est le déménagement de l'informatique :  deux étages à franchir avec deux ordinateurs, deux écrans, deux claviers, deux souris, un routeur, un téléphone et TOUS les fils qui vont avec. Démonter, nettoyer, déplacer, remonter... Au total, presque trois heures — et pas trop vite dans les escaliers, autant pour la chaleur que pour éviter toute casse.

Mais par dessus tout, ce qui fait question, c'est, jusqu'au frisson, la connexion. Il n'y a pas eu de ligne téléphonique dans cet appartement depuis plusieurs années (au moins depuis la réfection totale de 2004, pour ce que nous en savons). On nous a dit qu'en principe, nous garderions le même numéro et que la fibre optique devrait fonctionner. Et pourtant... Le doute subsiste.
Quand l'ingénieur NTT arrive, vers 15 heures, on n'en mène pas large. Lui non plus (il le dira après). Il a déjà eu affaire à cet immeuble, à ses fils téléphoniques sans gaine qui se perdent dans les murs, d'antiques installations bricolées et de normes obsolètes. Il s'installe par terre près de la prise et commence ses étranges rites chamaniques à l'aide d'un Thoughbook CF-19, engendrant parfois de petits bruits, s'absentant deux fois plusieurs minutes pour aller trifouiller on ne sait quoi dans un placard téléphonique au bout du couloir. Temps que je mets à profit pour photographier le trou derrière la prise, le vide sanitaire mis en place lors des derniers travaux et qui nous bouffe l'espace d'une pleine armoire de livres, soit dit en passant.
De retour devant son Panasonic tous terrains, les gestes incantatoires reprennent de plus belle, la mine sombre, concentré, presque bourru, T. et moi encore figés dans nos positions d'origine. Et puis soudain, comme un bruit de modem dans ses appareils, des grésillements de fréquences qui s'ajustent à la façon du dernier millénaire, ou du fax. Il sort un téléphone portable, compose un numéro et... ça sonne chez nous.
Dès cet instant, il change de figure, devient souriant, et même bavard avec T. qui lui demande ce qui se passait. Il explique, volubile maintenant. De mon côté, j'ouvre Firefox et Thunderbird, aperçois les pages web et les courriers qui déboulent sur l'écran, clique même sur TV5 Monde pour tester le flux vidéo, qui marche. Il a bien mérité le verre de jus de raisin not from concentrate que T. lui tend.

Le temps maintenant de reprendre les enregistrements de France Culture. La Mythophonie sur Paris Hilton est particulièrement savoureuse, et sans acharnement. Pour le reste, j'y reviendrai demain.

« Parce que le corps virtuel n'est pas un corps absent. Il est présent-absent. Et il s'agit plutôt d'un corps « augmenté » : il augmente ses capacités, transforme ses perceptions. Il n'y a qu'à voir les enfants jouer sur ordinateur ou console. Outre qu'ils développent une coordination œil-main sans commune mesure avec la nôtre, ils acquièrent un sens de l'organisation de l'espace. Nous qui travaillons sur écran, conduisons des voitures et regardons la télévision n'avons pas les mêmes facultés physiques et cognitives que nos ancêtres, qui travaillaient dans les champs et se déplaçaient en charrette. C'est l'évidence.
Quant aux échanges relationnels, là aussi il y a l'ordinaire et la pathologie. Des jeunes qui perdent le lien avec le monde en s'enfermant dans l'imaginaire, cela a toujours existé : la lecture a rempli cet office, la télé, les jeux de rôle, maintenant Internet. Certes, les possibilités de faire fluctuer son identité sont décuplées par les sites de rencontre, les Second Life et autres. Mais avant, rien n'empêchait personne de truquer son identité ou sa photo en passant une annonce. Alors oui, on tend vers une dématérialisation des échanges, oui, les jeux avec l'identité sont démultipliés, oui, avec les téléphones portables, le rapport de notre corps à l'espace, au temps, à autrui est bouleversé. Mais cette révolution ne signifie pas la disparition du corps. [...] » (Isabelle Quéval, « La prodigieuse révolution du corps », entretien publié dans Télérama le 7 août 2008)


Samedi 9 août 2008. D'un déménagement l'autre.

La sélection qui s'effectue progressivement parmi nos affaires est l'occasion toute naturelle, l'air de rien, d'un changement radical de paradigme. D'un déménagement l'autre : on range et arrange drastiquement nos propres affaires, l'immédiat, mais on arrange aussi salement le médiatique. La grande télévision n'a plus de place, elle partira. Un petit poste de télé de T., avec lecteur de vidéos, restera le temps de visionner les cassettes qui nous restent à voir (4 ou 5). Les informations seront vues à la volée avec le téléphone portable. Tout le reste, l'essentiel de notre information provenant de l'extérieur passera maintenant par l'ordinateur : TV5 et France 24 en direct, les infos de France 2 et France 3, France Culture et France Info, etc. Et les dévédés de films seront vus sur l'écran large de l'ordinateur de T., ce que nous inaugurons dès ce soir avec le film Zodiac (Fincher, 2007).

Aller-retour à Korakuen, au magasin de bricolage, pour 10m de fil téléphonique et quelques autres bricoles.
Déjeuner au Saint-Martin — où l'on reviendra quelques heures après pour donner notre fax à Yukie. Pour cela aussi on va passer uniquement par l'ordinateur. C'est fou la place que ça fait gagner !

Toujours pas de blog du JLR. Et un message laconique d'un Julius de chez Globat qui m'écrit : « We are now reimporting a copy of your database backup. Please do check your site in a few hours.» Pas une formule d'excuse, pas un mot gentil, le strict minimum du biznès-biznès. Et quand je regarde le résultat, je vois, quelques heures durant, des pages du blog comme si on était en juin 2006, avec une partie des à-accent grave convertis en icones de points d'interrogation... Et après un temps, plus rien, ce qui n'est pas plus mal.
Il va vraiment falloir que je fasse quelque chose...

En attendant, je m'attelle à l'installation du fil téléphonique le long des plinthes et des baguettes. Ça prend une bonne heure pour que tout soit bien droit et bien fixé. Le pire, c'est les petits coups de marteau à ras de terre. Mais dites-vous que maintenant quand vous me lisez ou m'écrivez, tout ça passe in fine entre les jambes de 40 cavaliers blancs dont le pré-plantage m'a bousillé la pulpe d'un pouce et d'un index.
J'ai attendu la fin d'un des épisodes de l'histoire de la NRF, celui avec Angie David et Philippe Sollers, pour débrancher le petit fil qui traversait la pièce jusqu'au routeur et connecter le nouveau, fixé et surveillé par la troupe, par quoi tout passe, pour enfin enregistrer le dernier épisode, qui n'était pas le moins intéressant.

Dînant et après, donc, Zodiac. Film quand même moyen pour retracer une histoire somme toute assez banale. Hélas. Mais avait-on besoin de nous prendre plus de deux heures et demie pour ça ? Un bon point, au moins, c'est qu'après on dort bien.

commentaires

  1. cgat

    longue vie au JLR tout nouveau tout beau !
    2.0 c’est pour faire comme son webmestre : gagner 2 étages ?

  2. cgat

    comment ça ? modérés les commentaires ? pas très 2.0 ça …

  3. Berlol

    Merci de tes bons vœux !
    Modérés, oui, pour le moment. Le temps de bien faire le tour de l’installation… Mais tu sais que ce n’est pas dans mon esprit.

  4. Philippe De Jonckheere

    Je ne suis pas certain, en bon râleur contre ce genre de choses, que j’apprécie beaucoup le papier peint du nouveau logis ni la couleur des placards, mais je suis content de te retrouver, même avec modération.

    En tout cas voilà un déménagement rondement mené (et j’avais écrit dans un commentaire disparu dans le déménagement justement) que je me félicitais presque que pour une fois je ne sois pas invité (car c’est souvent que l’on pense à moi pour ce genre de sport, je ne vois pas pourquoi d’ailleurs).

    Amicalement

    Phil

    PS: j’ai béni ton nom tout l’été, en utilisant ton appareil-photo, notamment dans les Cévennes, sans toi je n’aurais pas eu de photographies de cet été, merci mille fois.

  5. Berlol

    Oui, pour la déco, je ne suis pas 100% satisfait, c’est un peu fade, j’ai des idées de customisation mais ça va prendre un peu de temps…
    Quel destin pour cet appareil-photo ! Je suis sûr que tu en fais un meilleur usage que moi. On pourra en profiter, j’espère !
    Pour le déménagement, je pourrais encore t’inviter le 22, voire l’année prochaine, mais au prix du billet d’avion, avec tout le respect que je te dois, je ne suis pas sûr que la qualité de ta main-d’œuvre…

  6. brigetoun

    grand est notre plaisir.
    quelle que soit la déco (un peu piscine tout de même, mais avec ma paresse suis mal placée pour juger)

  7. Berlol

    En effet, un côté fond d’étang même, n’ayons pas peur de le dire. J’essaierai quelques autres thèmes, à l’occasion. Mais l’essentiel pour moi est qu’il soit en français. Je bous (de bouillir) quand je vois des textes en français entrelardés de dates, d’horaires et autres informations de commentaires en anglais…



Dimanche 10 août 2008. La muse n'est pas muselière.

Ayant déjà un dossier de la dernière version de WordPress, il ne m'aura fallu que quelques heures pour mettre en place le JLR2 parce que, comme l'affirme Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître (performance avec Robert Cantarella diffusée hier dans les Correspondances de Manosque).
Amusante coïncidence, comme une complicité, puisqu'Olivia était la cause, le motif, la muse, devrais-je dire, du premier billet du JLR, le 19 novembre 2003 — ce que je rappelais déjà le 12 septembre dernier, pardon de me répéter (c'est que la muse n'est pas muselière), avant de citer largement son livre (par exemple le 21) tandis que Laure évoquait Manosque en commentaire le 30. Sans oublier le 11 octobre...
J'ajoute que l'émission d'hier contient la performance de Manosque suivie d'un extrait du Tout Arrive du 10 septembre (avec Florence Noiville).
Bref, pour dire que la mémoire est un terrain qui se prépare et qu'à défaut d'avoir un back-up des dernières semaines du blog sous Dotclear (en m'excusant pour les commentaires que je n'avais pas encore recopiés dans les versions statiques des derniers mois, et qui réapparaîtront sans doute quand un informaticien de Globat aura remis la main sur leur back-up), j'ai soin d'entretenir la version mensuelle — ce que je conseille à tous les blogueurs consciencieux, indépendamment des back-up des bases de données, dont on ne sait pas très bien comment ils réapparaissent quand ils sont injectés dans un autre système ou lieu...

Sinon, encore du rangement. Des tas de petites choses, accumulées sur quinze ou vingt ans, parfois plus, et pour lesquelles, une par une, il faut décider : garder et jeter. Et chaque chose jetée est un allègement, sachez-le. La satisfaction d'une décision prise — alors qu'il est si facile de garder, même en vivant dans le bordel. Mais garder pour quoi, pour qui ? Pour l'inusage, contre l'amnésie ? Ça ne marche pas, j'en suis sûr.
L'appartement du 2e étage n'est déjà plus le nôtre (il ne l'a jamais été, nous le louions, mais ce n'est pas ce que je veux dire), nous habitons pleinement le nouvel, au 4e — deux étages au-dessus, d'où le JLR 2.0, comme disent les amis dans les commentaires d'hier. Malgré tous les livres et documents qu'elle a encore à trier, ranger, jeter, T. ne veut pas y rester plus de deux heures d'affilée, c'est comme être dans une tombe alors qu'on est encore vivant. Je lui dis de faire de l'apnée, par tranches d'une heure, avec masque (contre la poussière) et sans sentiment (contre la nostalgie).

Au moment de sorti chercher du pain, vers 20h30, la pluie commence. Faisons cent mètres puis rebroussons chemin. D'abord, on a laissé des chaussures à sécher sur le balcon, il faut les rentrer, ensuite si on va jusqu'au supermarché on va revenir trempés et de méchante humeur.
Tant pis pour demain matin (on finira des céréales).

Une des cassettes vidéo qui restent : Pola X (Carax, 1999). Encore un long film, Carax amalgamant l'histoire perso de Guillaume Depardieu avec des bribes d'Herman Melville (Pierre ou les Ambiguïtés). Mais je ne le trouve pas aussi convainquant que dans Ne touchez pas la hache de Rivette, en 2007. Huit ans plus tard, il a mûri. Il est mûr. À moins que ce soit le style de Carax contre celui de Rivette... Ou Balzac contre Melville...

commentaires

  1. cgat

    « chaque chose jetée est un allègement, sachez-le »
    certes, mais pour être moi-même encore (transhumances tous les 2-3 ans) en train de faire des cartons, je peux ajouter qu’à force de devoir choisir quoi garder, on en vient à se demander à quoi bon garder encore quoi que ce soit : pourquoi tant de livres ? pourquoi tant de choses ? tout jeter et le bébé avec l’eau du bain ? et le moral très vite s’en trouve coulé lui aussi …

  2. F

    ah non, alors, pas toucher le moral de cgat - oui, les transhumances régulières ont leur positif : et les livres, on peut progressivement les échanger pour leurs versions numériques - ou faire comme Alberto Manguel, reconstruire une grange près de Chatellerault ?

  3. ms

    ça fait un peu drôle de lire le JLR avec ce papier peint pompes funèbres sur les côtés (qui ne doit quand même pas être obligatoire puisque j’ai échappé à ça tout en ayant du français partout chez moi - mais il faut dire que c’est minimaliste chez moi et faut que je pense à changer votre lien quand j’irai)

  4. pat

    Ne serait ce pas un “lifeting” ce jlr 2.0. Enfin cela fait plaisir de voir que les absurdités du temps ne sont rien et qu’ils n’ont surtout aucun pouvoir sur la pensée. Vive la pensée libre dans ce monde sclérosé ou la liberté de penser vont devenir deux mots incompatible mais surtout impossible à associer. Les JO de pékin déteignent sur le monde libre.
    Il est vrai que le tri de ses petites affaires est une douleur une agonie puis un soulagement avant quelque fois d’en avoir les regrets habituels. Soit! la mémoire a, pour cela, ses avantages. Un classement unique, ou la valeur des choses n’est pas forcément celle qu’on lui donne. Et oui l’apparence que l’on donne n’est qu’une image “virtuelle-réelle” ou l’irréalité prime souvent sur l’être. Error syntax du temps présent.
    Amitié, a+ pat

  5. Dabichan

    O-tsukare-sama!
    J’ai râté le lancement du JLR2.0 … Impardonnable.
    Scotché que j’étais à la version mensuelle. J’en avais presque oublié la disparition de Dotclear (ou Globat). Enfin, peu importe.
    Connivences ? A Nagoya aussi, on trie et jette. Beaucoup !
    Au 22 !

  6. Berlol

    Chaque jour voit ses petits changements. Hier, j’ai atteint le code couleur des titres. Aujourd’hui, l’image de fond, qui passe du gris (quelque peu funèbre, en effet) au pourpre, comme dans une bibliothèque à tentures…
    Mieux adapté à la lecture, peut-être ?

  7. B G-B

    en apprentissage moi-même des rudiments d’une page css, vous fais compliment… (et un grand merci pour les 580 pages de Claude Simon en revues qui me sont parvenues cet après-midi)

  8. vinteix

    “Balzac contre Melville” ?! je ne sais pas… et n’ai pas vu le film de Carax… en tout cas, passé le début du livre, qui peut ennuyer ou donner une fausse image, plus ou moins édulcorée, de la suite (mais c’est aussi un des ressorts dramatiques du livre), “Pierre ou les ambiguïtés” est un des romans les plus EX-TRA-OR-DI-NAIRES que je connaisse…



Lundi 11 août 2008. Quelle que soit la couleur de la barricade.

Des fois, je me dis tiens je vais voir dans mon journal ce qui se passait à pareille date les autres années, c'est toujours instructif. En 2004, c'était la préparation du colloque de Cerisy sur l'Internet littéraire francophone, en 2005, on arrivait à Paris, pour aller au colloque deux jours après, justement, en 2006, visite d'une expo puis discussion sur les e-books, enfin en 2007, en pleine préparation sur Mérimée...
Sinon, ailleurs dans le monde ou dans le temps, c'était quand même le jour de naissance d'Enid Blyton ! Mais si, rappelez-vous, Oui-Oui...

On n'a presque rien mangé, les céréales étaient un peu collantes, avec du yaourt ça allait... Aussi, on est prêt à 11h30 pour aller déjeuner au Saint-Martin. Et on fait bien : le chef a concocté des keftas de toute beauté, sur confortable lit de taboulé !
Je vous passe la chronique des aménagements chez nous, c'est un peu comme hier et demain. On est dedans, c'est tout. Avec à côté des brouillons de rapports qui arrivent, s'entassent et qu'il faut que je corrige jusqu'à minuit. Et même pas vingt minutes à lire avant de passer dans l'autre monde...

« Et puis il y avait un autre motif de clore la discussion : en marchant nous étions entrés dans le centre de la ville et sans nous en rendre compte nous nous étions engagés à l'intérieur d'une barricade.
« Attention, c'est sérieux », a dit Astvo.
Nous nous sommes immobilisés tous les deux, les mains derrière le dos, la mine violemment provocante. En cas de danger, autant avoir l'air sûr de soi : c'est une manière de se défendre.
Les autres nous ont entourés et le plus petit a écarté le bas du foulard noir qui lui couvrait le visage.
« Le mot de passe ? il a demandé.
— Aigre bibiche », a dit Astvo.
Et aussitôt les autres ont commencé à nous taper familièrement sur l'épaule.
« C'est des nôtres ! » a crié quelqu'un depuis une fenêtre.
« Hourra ! » a repris une voix, sur une note qui m'a semblé un peu mélancolique.
Je ne sais pas comment Astvo se débrouille, mais il connaît toujours les mots de passe, quelle que soit la couleur de la barricade. [...] » (Antoine Volodine, Biographie comparée de Jorian Murgrave, p. 66)


Mardi 12 août 2008. C'est à se pisser dessus, cette convergence.

Alors, vous avez eu la curiosité de cliquer sur le lien d'Antoine Volodine d'hier ? Et d'écouter les morceaux expérimentaux avec Denis Frajerman ? Et la page MySpace de Frajerman ?
Dans ce cas, vous connaissez ma joie et la coloration du jour.

D'autant que le JLR sous Dotclear a réapparu, complet jusqu'au 26 juillet, sans doute la date du dernier back-up chez Globat. Avec un petit courrier de leur part, toujours très minimaliste. La conclusion, c'est qu'on doit mieux gérer ses propres archives. Ne pas compter sur les autres. De même qu'il faut copier ses documents importants en dehors de son disque dur...

Apparemment, il n'y a pas que nous qui déménageons : chez Danièle Momont aussi on a de ces petits soucis. Ça relativise, ça soutient.

Ce soir, grosse surprise : l'interdiction d'accès aux infos de France 2 et France 3, au nom de l'EBU ! Comprenez : European Broadcasting Union, dont le site est en Suisse, ce qui laisse comprendre que cette appartenance européenne est plus commerciale qu'institutionnelle (et ne pas confondre avec le European Board of Urology — c'est à se pisser dessus, cette convergence terminologique...).
Sans annonce, sans explication, juste un écran noir au démarrage de la vidéo. Qui s'impose despotiquement sans se nommer (EBU, franchement, faut chercher...). Qui me remercie hypocritement pour une compréhension que je n'ai pas accordée. Et déjà des réactions courroucées sur les forums... Évidemment, tous ceux qui sont sur le territoire français ne s'en rendent pas compte, n'en sont pas victimes et il y a peu de chance que les médias nationaux s'emparent de l'affaire — puisque derrière ce n'est évidemment qu'une histoire de pognon.
Heureusement que nous sommes abonnés (payan