Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Octobre 2007

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Lundi 1er octobre 2007. Un numéro où beaucoup de livres sont déjà finis.

« Je vais simplement prendre un peu de distance, je vais écrire tout ce que fait Jaume Roiq Stevens, je vais l'écrire. Il a fait ci, il a fait ça. Comme si je me voyais de loin. Il s'est trempé les mains dans l'eau putride pour nettoyer la suie d'une nuit passée à regarder le golfe du Mexique à travers la nappe de fumée noire d'un Sikorsky en flammes. Il a pensé ceci, cela, sa barbe a repoussé, il n'est guère soigneux, il a eu des conversations avec untel, untel et untel. Si c'est Lawson, je le noterai. Si d'autres failles apparaissent, je les noterai. Scrupuleusement. Tout ce que je peux. Quel que soit leur nom. Comme ça, si un doute me prend au sujet de ma santé mentale, je n'ai qu'à ouvrir mon journal et là je vois tout de suite s'il est sain d'esprit le Jaume chose là. On voit tout de suite ce genre de truc quand on a un peu de distance. Ma survie dépend de ma rapidité de réaction et de la souplesse de ma cohérence interne. Si ma cohérence interne doit passer par des failles externes, elle y passera. Je veux dire, si elle ne peut pas s'en passer, ça lui passera. Mieux vaut s'externiser que s'interner quand ça se présente.
Je suis en train de faire face, je le sens, à une situation exceptionnelle. J'ai été entraîné à m'adapter à des situations extrêmes, vite. J'ai été entraîné à répondre à des questions, à réparer toutes sortes de fuites, à réagir avec sang-froid, à réfléchir, vite. Je connais par cœur les bonnes solutions à une foule de problèmes connus, j'ai tout appris, rien perdu de ce côté-là mais je me souviens aussi qu'il faut parfois inventer des solutions. Mettre en place des mesures d'urgence, parer au plus pressé.
Le journal de bord personnel de Jaume Roiq Stevens, que j'écris moi-même, Jaume Roiq Stevens, est une de ces mesures d'urgence. Je dois me doubler. S'il faut me tripler, je me triplerai.
Nécessairement, il va devoir en inventer d'autres.
— Jaume Roiq Stevens — » (Céline Minard, Le Dernier Monde, Paris : Denoël, 2007, p. 112-113)

Hier soir, dans la matinée, dans l'après-midi et même dans la soirée, des petites demi-heures, comme ça, entre les phases de boulot, ou de sortie, les repas, je n'ai pas pu résister, pas pu attendre, j'ai avancé dans le livre. Il y a de l'outrance dans le personnage, de l'irréel, de toute façon toute l'histoire est complètement irréelle, ça déborde dans l'écriture, ça parle à tort et à travers, trop, du volubile comme chez Joyce, mais ça marche, et donc ça marche, je marche. Je cours, même. Moi qui lis plutôt lentement, j'en suis à la page 150, à un numéro où beaucoup de livres sont déjà finis. Là, ça pourrait déjà être fini d'ailleurs, vu qu'il n'y a plus personne sur Terre. Et je me demande bien ce qui va pouvoir se passer. J'espère juste que je ne serai pas déçu. Par des platitudes, par exemple. Mais bon, faut y aller. J'y crois.

Dans les interstices de la lecture, donc, j'ai un peu écrit du courrier, j'ai enregistré quelques émissions de France Culture, dont le 11 Septembre 2001 de Michel Vinaver qui passait aux Perspectives contemporaines du 15 septembre (la semaine précédente, rediffusion d'une pièce de Tarik Noui, La Cérémonie des aveux, mais je l'avais déjà enregistrée à son premier passage en décembre dernier). Et puis deux éditions d'une nouvelle émission du vendredi, Place de la Toile, bon principe mais débats parfois stériles...
Au moins, il ne pleut plus — Merci, Laure ! Je suis sorti en vélo pour faire des courses au Seijo Ishii de Laqua, à Korakuen, six kilomètres aller-retour, pas de quoi perdre mes kilos en trop. Dans mes courses, il y avait quelques biscuits salés et sucrés pour l'apéritif auquel T. avait invité un couple d'amis. On a descendu la bouteille de champagne que je crois bien avoir achetée pour l'anniversaire de T., il y a six mois — c'est dire si on boit ! J'ai essayé le champagne avec un peu de cédratine corse... Franchement pas terrible. On a regardé quelques extraits vidéos de Corse et de Normandie et puis je les ai laissé aller dîner au Saint-Martin tous les trois. Pour... aller lire.


Mardi 2 octobre 2007. Gifler l'écran et m'en aller.

Au lever, plus de blog ! Envolé, le JLR. Ni index, ni billets, ni commentaires, ni accès gestionnaire. Rien, nada !, comme les humains chez Céline Minard ! Eh bien, ça ne m'a fait ni chaud ni froid. J'ai vérifié que le domaine berlol.net était bien là, et donc l'accès au JLR mensuel, l'archive, dont j'ai aussi copie sur quatre ordinateurs non situés au même endroit. Le courrier et la connexion FTP fonctionnent aussi. Et même le blog des cours, qui n'est pas sous Dotclear, mais sous WordPress, avec une base MySQL différente, quoique déposée chez le même serveur.
Cette disparition n'est pas vraiment compréhensible, mais ce que je sais c'est que je n'ai moi-même effectué aucune modification. Qu'il peut donc s'agir d'une dégradation naturelle du système (liée par exemple à des programmes qui auraient une date limite), d'une attaque ayant réussi à trouver une faille de sécurité chez mon serveur, d'une panne ou d'un changement de matériel — et qu'il y a de fortes chances que ça touche aussi quelques centaines d'autres personnes, parmi lesquelles il s'en trouvera certainement pour protester dès l'ouverture des bureaux.
J'ai juste un petit pincement triste — comme le lapin qu'on est obligé de poser à un ami en cas de force majeure — en pensant aux lecteurs habituels qui ne vont pas me trouver, à ceux qui craindront qu'il soit arrivé malheur (tremblement de terre..., mais la radio l'aurait dit...) et qui n'auront pas nécessairement le réflexe de la version mensuelle.
De toute façon, pas le temps de m'étendre, le mardi est chargé.

Faut que je fasse un stage PHP et MySQL. Un jour.

Shinkansen de 9h03 vers l'ouest, d'où j'accompagne Jaume Roiq Stevens — nom étrange, au demeurant — de Houston à Oulan-Bator, dans la folie des troupeaux d'animaux fous et la schize d'un désespoir d'où sort toute armée quelque humaine compagnie, chimérique hélas. La disparition subite de l'humanité passant déjà au second plan, j'ai l'impression, l'intuition, n'ayant pas encore lu tout le livre, que les causes exactes n'en seront pas dévoilées, que ça pourrait rester le ressort caché du roman — et conséquemment l'infinie démangeaison du lecteur. Car en effet, qu'est-ce qui pourrait permettre de faire précisément disparaître, même involontairement, l'intégralité de l'espèce humaine sans tuer un seul animal, sinon la découverte d'une absolue spécificité humaine dans l'organisation des molécules. J'imagine qu'il faudrait en fait coupler deux découvertes : celle d'une spécificité humaine, dans le génome, par exemple, et celle d'une dématérialisation instantanée de tous les organismes positivement identifiés dans un rayon d'action planétaire (hors duquel se trouvait notre astronaute à l'instant T).
Mais bon, si c'est juste pour dire ça, c'est vrai que Céline Minard a bien fait de nous épargner les explications.

En fin d'après-midi, je trouve un peu de temps pour envoyer un petit courrier chez mon serveur et leur demander si par hasard ils ne se seraient  pas aperçu de quelque chose. Trois minutes plus tard, je reçois la réponse suivante : « We are currently trouble shooting an issue at the server where your site resides. We can’t check your concern. Sorry for the inconvenience. This will be fixed within this day.»
Et voilà, je n'arrive même pas à les maudire. J'imagine toute une agitation, quelques personnes dans le genre de mes amis Manu et Bikun il y a quelques années, stressés par les clients et les cadres, en train de taper des commandes de vérification, de brancher débrancher des appareils, relancer des systèmes, poser un café, un sandwich sur un bord de table, téléphoner pour un câble, une rustine logicielle, un mot de passe, une faille de sécurité, ou que sais-je ?
Évidemment, si ça ne marche pas demain...

Ce soir ou Jamais d'hier en dînant. Face à face de deux scientifiques. Je serai toujours plus du côté de Jacques Testard que de celui de Jean-Didier Vincent. Quand ce dernier s'emporte en disant qu'avoir dû attendre 70 ans pour savoir que l'amiante était mortel n'a aucune importance et qu'il faut continuer à développer les OGM sans se préoccuper des éventuels dangers, je manque gifler l'écran et m'en aller. Après, ce n'est pas sans intérêt, mais le débat sur la surveillance et le fichage électroniques, ça ronronne, ça reprend tout ce qu'on sait déjà. Seul ce que développe Dany-Robert Dufour mérite la pleine attention. En gros : « les vices privés font le bien public » (Bernard Mandeville) ET, conséquemment, toutes ces libertés données nécessitent des technologies de création, diffusion, profusion, ajustement — et, paradoxalement, des techniques de contrôle et d'arraisonnement de tous ceux qui dépassent les bornes, d'autant plus nombreux qu'ils n'ont plus ces bornes en eux-mêmes.

Commentaires

1. Le mercredi 3 octobre 2007 à 12:49, par Philippe De Jonckheere :

Je constate avec plaisir que les ennuis sont finis. C'est que par mail, je ne voulais pas trop t'alarmer, mais comme tu le sais je sais un peu comment ces choses là fonctionnent, et surtout comment elles ne fonctionnent pas, au point d'en vivre, et vraiment cela aurait pu être plus grave.
J'apprends incidemment que tu cultives le principe de la sauvegarde jusqu'à répartir dans quatre endroits différents des sauvegardes à jour, là je dis on devrait tous faire comme toi. Quatre c'est sans doute excessif, mais il y a peut être une raison japonaise ou orientale à cela, comme de mettre cinq épices dans le poisson, il y aurait une loi puissante qui recommanderait les quatre sauvegardes.
N'empêche as-tu pensé à mon collègue qui travaille le jour et la nuit dans une de ces salles informatiques et qui a du trimer toute la nuit et une partie du jour pour restaurer le serveur sur lequel se trouvait ta base de données, sans doute aurait-il préféré une nuit plus calme pendant laquelle il aurait pu travailler sur les pages de son petit site internet personnel.
Parce que personne ne pensera à le faire, je le remercie, en frère.
Amicalement
Phil

2. Le mercredi 3 octobre 2007 à 14:18, par Bikun :

En fait, ce que je retiens de mes années de support informatique, lors d'un problème la communication est indispensable. L'informatique matérielle et logicielle est à l'image de l'homme: imparfaite et faillible.
Mais c'est devenu un outil (de travail et de communication) vital (?).

3. Le mercredi 3 octobre 2007 à 22:07, par F :

merci, Phil, on va réfléchir à la loi des 4 sauvegardes (j'ai disque dur externe, mais sur la même table que mon portable!), mais notre ovh.net paraît plus solide que le serveur californien de Berlol, qui le lèse aussi dans les référencements francophones - Berlol, pourquoi tu déménages pas plus près, sur infomaniak.ch par exemple ? - quant à l'articulation site "fixe" et blog, je me dis que notre hôte, malgré ses jeux de miroirs, n'a jamais pris en charge sérieusement, depuis 4 ans, la partie fixe, ne serait-ce que la page d'accueil : tout pour le journal... ceci dit, pour notre santé à tous, est-ce qu'on ne devrait pas inaugurer de temps en temps un "jour sans blog" ?

4. Le jeudi 4 octobre 2007 à 02:28, par Berlol :

Merci tous les trois de votre soutien.
Pour répondre aux questions :
J'ai 4 sauvegardes parce que j'ai 4 ordinateurs (deux aux lieux de résidence, un au lieu de travail, un portable). J'ai également un disque externe, ce qui fait 5, en réalité... En japonais, 5, c'est mieux que 4 (qui se prononce comme la mort). Donc, s'il devait y avoir une loi, comme le propose Philippe, ce serait assurément celle des 5 sauvegardes, comme les épices dans le poisson...
J'ai pensé au collègue, je l'ai même écrit...
Le site fixe ou le journal, il fallait choisir parce que je n'ai pas plus de temps. J'ai choisi le dynamique. Tant pis pour le site fixe...
Cher François, comme tu le sais déjà, je crois, je n'ai cure des référencements francophones, je n'ai aucune stratégie pour me faire mieux connaître, ou attirer les commentaires, etc. Le salon que j'affectionne n'est ni une foire aux bestiaux ni une salle des ventes. Côté commerce en ligne, d'ailleurs, la seule expérience que j'aie tentée, avec Amazon, est un fiasco total (j'y reviendrai).
Pour un "jour sans blog", je vais y réfléchir mais ça ne sera pas demain la veille...

5. Le jeudi 4 octobre 2007 à 12:32, par F :

oui, frère, on en a déjà causé - mais tout ça est mouvant et vivant, et il faut que tu sois dans ce bain général où on se démène - je sais bien que ça ne te fera pas t'inscrire sur technorati, mais bon... dommage pour les auteurs que tu cites et analyses ! et tu ne nous empêcheras pas de faire régulièrement des liens plein de sudation sauvage !



Mercredi 3 octobre 2007. Droit d'ingérence plutôt mal en point.

Deuxième jour sans blog. La promesse de réparation dans la journée n'a pas été tenue. Dans l'après-midi, j'ai renvoyé un courrier et là, à minuit, je n'ai pas encore eu de réponse...  Inspirer. Expirer. Ne pas crier. Regarder ailleurs.

Après mes cours du matin, je file en vélo à la mairie. Je dois y demander un certificat d'imposition pour compléter mon dossier de demande de visa permanent (déposé en février — ça traîne, ce truc-là). Pas d'attente, un formulaire pour nom et adresse, les certificats sont imprimés en trois minutes. Ce n'est pas la première fois, mais je suis chaque fois ébloui par l'efficacité et la bonhommie des services de la mairie, au moins dans cet arrondissement, ailleurs je ne sais pas. Au convenience store, je paie une facture de téléphone en retard, pas payée pendant que j'étais en France et qui a entraîné la coupure du téléphone hier. Dès que le paiement est informatiquement enregistré par le magasin, l'information remonte à la compagnie, qui rétablit la ligne dans l'heure, ce que je vérifie peu après.

Réunion et un peu de bureau (à écrire à Philippe et à Scott pour savoir ce qu'ils pensent bon de faire pour le blog — attendre ou intervenir). Avant 19 heures, je pars avec Andreas pour rejoindre Benoît à Fushimi. Malgré les regrettables défections de Sophie et de ma collègue C., nous passons une excellente soirée au Bar España II (où l'on reparle notamment du chat noir et de la petite fille dans Ascenseur pour l'échafaud, et de tout un tas de choses — forcément, avec tout ce qu'on boit...).

« — Abruti.
Mais la déflagration dont le son avait été absorbé par l'éponge de l'air avait déclenché en arrière-plan un bruit continu de fuites ou crissements de sable. Roiq en cherchait partout alentour la cause lorsqu'il la vit à l'est sous la forme d'un nuage sol-sol qui gonflait rapidement, s'approchait, se précisait et se divisait en un millier de tapements de sabots.
Des chameaux.
— Exactly, des chameaux de Bactriane mon p'tit gars. Résistants, ces animaux-là, extrêmement résistants.
— Ils viennent sur nous ! L'aubaine.
— On remballe, Waterfull, sors de là !
Roiq se précipita vers l'hélico et fit crier les pales pour s'arracher du sol. les bêtes avançaient en désordre mais serrées les unes sur les autres, elles balançaient violemment leurs têtes au bout de leurs cous. Leurs gros genoux violets s'entrechoquaient en craquant. On les entendait souffler sous l'effort et la peur. Roiq tenait l'hélico en stationnaire juste au-dessus du troupeau et laissait passer les animaux dans leur propre poussière avant de déclencher la Grande Poussée. [...] Une bande latérale tenta de se détacher de la masse mais Roiq la ramena dans l'épouvante au milieu de ses congénères qui faisaient ensemble la seule vraie danse macabre de la peur, toutes fourrures collées par la bave et le sang, toutes gueules ouvertes sur le désert imbécile, et maudissant l'homme qui avait disparu, Roiq les poussa au comble de la joie à plonger dans l'Aral, à se noyer dans sa boue putride, à marcher encore sur les cadavres de leur race, à traverser enfin cette saloperie de mer de sel et d'ordure qui n'était guère que les douves de son château enchanté : Vozrovdeniye.»
(Céline Minard, Le Dernier Monde, p. 140-141)

En voyant Ce soir ou Jamais d'hier, où il est question du recul du gouvernement sur le test ADN, je ne regrette pas mon texte du 20 septembre... Quant à la Birmanie, mon impuissance à écrire quoi que soit l'autre jour (et les jours suivants) n'a d'égale que celle des pays dits développés, des intellectuels dits engagés, du droit d'ingérence plutôt mal en point — et l'impuissance des moines probablement torturés, ces jours-ci rejoignant hélas les fictions volodiniennes.
Marc Weitzmann, dont les propos ne sont pas horribles, loin de là, a cependant une ironie et un parler parfois elliptique qui ne passent pas très bien. Surtout quand il accompagne cela d'une sorte de furtif signe d'entente avec l'un ou l'autre des invités. Je me demande s'il ne chercherait pas plus de connivence que ses partenaires et la structure ne permettent d'en avoir sur un plateau de télévision.

Et juste au moment où j'allais aller me coucher, un courrier du support technique, auquel j'essaie de répondre... Et quand j'ai fini et qu'avec indifférence je vérifie l'adresse du JLR, il est là, revenu de son énavouissement, remonté du monde des blogs morts, toujours sans que j'aie rien fait de spécial. Sursis ? Retour définitif ? Comment savoir ? Nous sommes dans leurs mains...

Commentaires

1. Le mercredi 3 octobre 2007 à 14:15, par christine :

notre JLR quotidien est de retour d'entre les morts ! alleluia !

2. Le mercredi 3 octobre 2007 à 21:02, par vinteix :

Et exspecto resurrectionem mortuorum !

3. Le mercredi 3 octobre 2007 à 21:06, par vinteix :

Sinon, la Birmanie (ou le Myanmar... peu importe...), oui, impuissance rageante et affligeante...

4. Le jeudi 4 octobre 2007 à 06:57, par brigetoun :

sur les tests, bal des faux culs cette nuit, Badinter humain et intelligent regardé avec une ironie méprisante, par dessus son journal, par Monsieur de Rohan. Pensé à Saint Simon

5. Le vendredi 5 octobre 2007 à 14:58, par sans :

"Inspirer. Expirer. Ne pas crier. Regarder ailleurs" ...
Je n'aimerai pas être au Myanmar (Birmanie).

6. Le vendredi 5 octobre 2007 à 20:24, par Berlol :

Moi, j'aimerais bien (conditionnel) vous y envoyer... Qu'on soit enfin débarrassé.

7. Le samedi 6 octobre 2007 à 04:24, par sans :

Ça serait pas plus joli, "débarrassés"?

8. Le samedi 6 octobre 2007 à 04:55, par christine :

au pluriel comme au singulier, la pente est savonneuse, berlol :
souhaiter, même au conditionnel, envoyer ses commentateurs en Birmanie n'est-ce pas (un peu (quelque part (en quelque sorte))) être capable d'agir comme un dictateur birman ...?!

9. Le samedi 6 octobre 2007 à 05:32, par Berlol :

"sans" doute



Jeudi 4 octobre 2007. Fait vibrer la densité, ouvre à des sens forts.

Journée à trois cours, avec un petit bout de sieste au milieu.

En répondant aux questions des étudiantes sur la fin d'Ascenseur pour l'échafaud que nous venions de voir, je me suis aperçu d'un chiasme pour le moins étonnant. Il s'agit des crimes et des peines.
Il est entendu que l'assassinat du marchand d'armes est prémédité par le couple formé par l'épouse et l'employé (Florence et Julien). Mais au procès, on pourrait faire jouer le crime passionnel et les peines pourraient être de 10 ans pour Julien et de 20 ans pour Florence, en tant qu'instigatrice. Avec les remises de peine, ils n'en feraient que la moitié chacun. En revanche, pour le meurtre des touristes allemands, le jeune Louis écoperait directement, toujours selon le policier (joué par Lino Ventura), de la peine maximale, à cette époque la peine de mort. Alors que son crime est tout sauf prémédité : il est un peu bête, il veut fuir, voler la Mercedes de sport des Allemands, se fait surprendre dans le garage et tire. C'est presque un accident.
D'ailleurs, si on y réfléchit en détail, rien n'est joué pour Florence et Julien. Mise à part l'attitude de Florence, durassesquement convaincue de sa culpabilité devant les photos d'elle avec son amant (mais on ne juge pas l'adultère), et mise à part la conviction du policier qui croit pouvoir affirmer ce que le tribunal fera, aucun des deux n'a avoué le crime. Et Julien est blanchi du meurtre des touristes au motel. L'interrogatoire de Julien dans les locaux de la police (par Lino Ventura et Charles Denner) comme celui de Florence dans le labo photo se terminent par des paroles comme je voudrais dormir ou laissez-moi dormir. En quelque sorte le film s'évanouit dans une culpabilité latente, toute psychologique, qui n'a rien à voir avec le travail de la justice, et un bon avocat aurait vite fait de faire tomber toute l'accusation en poussière. Car, la corde ayant heureusement disparu (par l'opération de la petite fille), il n'y a aucune preuve ni du meurtre de Julien ni de la préméditation avec Florence.
Sauf... le film lui-même.
Par un nouveau franchissement de la frontière diégétique, de même essence que celui qui fait advenir les photos du monde réel dans le bain de révélateur du monde fictionnel, c'est le fait que le crime de Julien soit filmé, maquillé en suicide sous nos yeux, ainsi que la préméditation contenue dans la conversation téléphonique d'ouverture du film, qui constituent les seules preuves de la culpabilité des amants. Et on peut se demander si Lino Ventura n'aurait pas vu le film, tellement il en est convaincu !

Au centre de sport, le rythme enfin acquis avec Emmanuel Tugny est tout à fait compatible avec le pédalage et la sudation, n'était le paradoxe d'une activité physique et positive lorsqu'il est question de l'être chétif et mal engagé — physiquement — dans la vie qu'était Tristan Corbière. Je dis enfin parce que dans les premières pages, la syntaxe malmenée et la débauche d'adjectifs, ainsi qu'une préciosité heureuse qui semblait me narguer, m'avaient fait douter de ma capacité à aller plus loin (malgré les encouragements reçus de divers points du cyberespace). Mais en pédalant, justement, le rythme vient et avec lui la phrase suit, se tient, fait vibrer la densité, ouvre à des sens forts. On sue à lire mais on sait aussi pourquoi on sue.

« Et Tristan souffre et jouit un peu de souffrir comme il est somme toute bien au lit et mal debout, dans les lambris bassiné et aux tartines, les raies roses du ciel devant dans la fenêtre aux oiseaux.
Un lit sur le jardin comme un canoë vers l'horizon plus large et les loutres peaux-rouges.» (Emmanuel Tugny, Corbière le Crevant, Paris : Léo Scheer, 2007, coll. Laureli, p. 24)

« Un matin de 1860, une joute verbale oppose Tristan à l'élève Keronnès qui, quoi qu'accablé de jurons ignés assez moches tranchant le tableau noir, l'emporte haut la main.
C'est tout naturellement, alors, que l'essence parasite, qu'Édouard-Protée est convoquée : Tristan écrit à Édouard et lui demande des conseils sur la manière juste de l'emporter en fin de course sur l'"arsouille", le "cochon", le "porc", le "vilain roquet harnieux" (sic), le "décrotteur", l'"orang-goutang" (sic), etc.
C'est de cet enfant-là qu'il s'agit : vase à mélange, vélo tandem voilé, matière hybride nouée, bavard solipsiste, rareté malade qui va, hypostase muette qui cause, nuit hantée qui marche : solitude.» (Ibid., p. 35)

Ce soir ou Jamais d'hier, encore. Mais chaque fois différent.
Cette fois sur l'entreprise comme lieu de souffrance (stress, suicides, délocalisations, restructurations, harcèlement moral, etc.). À rapprocher du cycle de fictions de France Culture dans ses Perspectives contemporaines depuis deux semaines (œuvres de Louise Desbrusses, de Nicole Caligaris, et à venir de Philippe Malone et de Nathalie Kuperman). Mais revenons au salon de Taddeï : d'Alain Touraine à Bruno Solo, l'éventail est large et la discussion ne s'enlise pas, outre qu'il est peut-être un peu trop question du film de Nicolas Klotz qui ne contient pas toute la Question humaine, et que le plateau manque d'un François Bon ou d'un Jean-Charles Masséra tout de même assez qualifiés pour parler littérairement de ces sujets — mais bon, ils ont peut-être refusé, aussi, on ne sait pas tout.
Au fait, une question en passant, comme ça : Thierry Wolton, ça serait pas un con, par hasard ? Parce que là, avec les deux ou trois interventions qu'il fait, on dirait bien que c'en est un, tout de même. Enfin, je ne me plains pas, c'est toujours ça de moins à lire.

Commentaires

1. Le jeudi 4 octobre 2007 à 13:01, par jenbamin :

cher Berlol,
je ne sais pas si tu as vu ou non le film en question, « La question humaine ». Je n'ai pas encore eu le temps d'écouter l'émission de Taddeï (je vais le faire sans doute), mais rien qu'à voir le plateau des invités, j'ai l'impression qu'on essaye de faire du film ce qu'il n'est pas : un « film sur l'entreprise », un de plus. Ce n'est pas non plus, encore moins, contrairement à ce qu'on entend ici ou là, un « film-qui-fait-un-parallèle-entre-l'entreprise-et-les-heures-sombres-du-XXe-siècle », pas non plus un film sur lesdites heures sombres. D'ailleurs je ne sais pas si c'est un « film sur (...) », peut-être à la rigueur un film sur le langage, et encore. François Bon (s'il daignait aller au cinéma, pour une fois) aurait été bien qualifié pour en parler certes, mais peut-être pas pour la raison que tu sous-entends (si j'ai bien compris ce que tu voulais dire) : plutôt pour ses compétences sur des questions plus larges, pour son intérêt pour l'École de Francfort (N. Klotz dit avoir pas mal bossé sur Horkheimer et Adorno pour faire ce film), etc. Je ne sais pas si je défends tout dans ce film, il pose des questions très difficiles, et c'est difficile d'en juger « à chaud ». Mais en tout cas il me semble évident qu'il pose beaucoup de « questions » qui sont éminemment « humaines » — abyssales. Bref, je recommande de le voir, pour se faire une idée par soi-même. Pas tous les jours que le cinéma cherche à affronter ce genre de questions, sans virer dans le didactique, vraiment par le biais « esthétique » (corollaire : oui, il arrive que le cinéma se hisse à un niveau esthétique...).
(Il y a une dizaine de jours, il y a eu une émission assez intéressante sur FranceCul à propos de ce film, en présence du réalisateur, dans « Du grain à moudre » (de mémoire, c'était un vendredi — donc sans doute le 21, sauf erreur), je ne sais pas si elle est encore en ligne.)
(Je note aussi en passant : je ne l'ai pas encore analysée jusqu'au bout, mais il me semble que la place de la musique — et notamment : de la vocalité dans la musique — est très importante dans le film.)
amicalement
benjamin

2. Le jeudi 4 octobre 2007 à 15:50, par Berlol :

Merci de ces précisions. Les tendances à prendre ce film pour ce qu'il n'est pas ont en effet été évidentes et le réalisateur s'en est défendu comme il a pu. Pour ma part, ne l'ayant pas vu, je ne me prononcerai ni sur le film ni sur la pertinence du débat. Ce qui s'est passé sur le plateau de Taddeï, c'est que ceux qui avaient vu le film, trois ou quatre des invités, voulaient en parler plus que de raison et cela déséquilibrait le plateau et bloquait un peu le débat d'ensemble. Taddeï a essayé de désembourber deux ou trois fois mais certains y revenaient, comme si Klotz était l'invité central, ce qu'il savait ne pas être, etc.
Ce que tu en dis est très intéressant et je vais essayer de retrouver "Du grain à moudre" ce week-end. Et puis un tandem Lonsdale / Amalric, ça ne peut pas être cinématographiquement mauvais...

3. Le jeudi 4 octobre 2007 à 16:26, par christine :

je n'ai pas vu le film, mais le livre de François Emmanuel me laisse un souvenir très fort - et assez ambigu aussi : les extraits et les propos de Nicolas Klotz m'ont donné le sentiment que son film était assez "fidèle" à l'esprit du livre
en revanche le débat sur la souffrance au travail n'avait aucun intérêt et c'est dommage : quelques uns des propos de Christophe Dejours (sur l'utilisation de la peur comme stimulant, notamment) auraient mérité d'être écoutés et prolongés

4. Le jeudi 4 octobre 2007 à 17:07, par Berlol :

En vous lisant, ce matin, Jenbamin et toi, je me suis demandé : qu'est-ce que tu as appris dans ce débat ? Et j'ai beau y réfléchir, essayer de me souvenir... Hormis quelques chiffres, peut-être, je n'ai rien appris. Ou alors des choses comme le fait que Bruno Solo avait traîné sa série "Caméra Café" pendant des années parce qu'aucune chaîne n'en voulait, alors que c'était au cœur du sujet, humoristiquement, certes, et pas toujours en finesse, mais au cœur quand même. Ça révélait bien un tabou.
Pour le reste, la gestion des ressources humaines par la peur, la compétition jusqu'au déloyal, et tutti quanti, c'était déjà connu. Et bien documenté, même cinématographiquement : "Ressources humaines", "Fair Play", deux titres qui me viennent à l'esprit tout de suite mais je suis sûr qu'on en trouverait facilement une dizaine d'autres. À votre bon cœur, ça m'intéresse pour un prochain séminaire.

5. Le jeudi 4 octobre 2007 à 17:44, par christine :

c'est un peu le pb avec Taddéï : sa qualité est de laisser parler ses invités - son défaut aussi - et quand ses invités n'ont pas grand chose à dire ...
quant aux références, il y en a trop ! pour les livres, me viennent, parmi ceux lus il n'y a pas trop longtemps :
Guy Tournaye, Radiation
Yves Pages, Petites natures mortes au travail
Valérie Tong Cuong, Ferdinand et les iconoclastes
Fabienne Swiatly, Gagner sa vie
Louise Desbrusses, L'argent, l'urgence
Céline Curiol, Permission
Jean-Noël Blanc, La petite piscine au fond de l'aquarium
Anne Weber, Cendres et métaux, Chers oiseaux
Nicole Caligaris, L'os du doute
Laurent Quintreau, Marge brute
et, qui viennent de sortir, pas encore lus :
Nicole Malinconi, Au bureau
Guillaume Noyelle, jeune professionnel
Charly Delwart, Circuit

6. Le jeudi 4 octobre 2007 à 23:54, par Philippe De Jonckheere :

Ouais, "Ascenceur pour l'échafaud", c'est pas le film dans lequel il y a deux grosses erreurs de script, une histoire de grapin et des photos qui sont un peu pausées?
Amicalement
Phil

7. Le vendredi 5 octobre 2007 à 01:22, par brigetoun :

j'ai perdu l'habitude d'aller au cinéma parce que les files me sont néfastes et que je n'avais pas le temps à Paris, trop de boulot, concerts, théâtre. J'avais écouté du coin de l'oreille l'émission sur France Culture - mais ce qu'en dit jenbamin me décide, presque puisqu'il faudrait aussi que je fasse l'effort.
la souffrance au travail, surtout le stress, est réelle mais appartient à ce qui peut difficilement être transmis, invisible et indicible.

8. Le vendredi 5 octobre 2007 à 02:35, par jenbamin :

Je confirme que Lonsdale est aussi bien que comme d'hab', c'est-à-dire fabuleux, qu'Amalric est très très bien itou... Sinon, assez d'accord avec Christine (mais moi, par rapport au film) : sentiment fort et ambigu — ça pose plein de questions en tout cas.
Quant au livre de François Emmanuel, je l'ai acheté après avoir vu le film, il est sur la (grosse) pile « à lire » sur mon bureau : à suivre... Si j'ai le temps, le courage etc., j'essaierai de faire un papier détaillé sur le film et sur le livre, d'ici quelques temps sur mon site — bon, sachant ma propension aux projets inaboutis, c'est pas sûr quand même.



Vendredi 5 octobre 2007. M'imprégner à doses homéopathiques.

Ce matin, je me suis senti plus léger. J'ai fermé mon compte Viadeo, sorte de réseau social destiné à la recherche de contacts professionnels, où j'avais été amené à m'inscrire il doit y avoir deux ans par je ne sais plus qui. Je recevais régulièrement une lettre qui m'indiquait ma position, mes contacts théoriques ou effectifs, je n'en sais rien, en m'invitant à payer un abonnement pour le truchement.

Notre conseiller élu de l'Assemblée des Français à l'Étranger nous envoie un bulletin dans lequel il évoque, entre autres, l'épineux dossier des frais d'inscription des enfants au lycée franco-japonais de Tokyo (très élevés). Je lui réponds (on se connaît un peu) que je tiens à sa disposition la profession de foi du candidat Nicolas Sarkozy sur laquelle on peut lire ce passage, en gras dans le document :
« C'est pourquoi je souhaite que, dès la rentrée scolaire 2007, le coût des études de vos enfants dans les lycées français à l'étranger à compter de la classe de 2nde soit intégralement pris en charge par la collectivité nationale. C'est un geste fort que je souhaite que l'on fasse en votre direction.»
Or notre conseiller, six mois plus tard, parle d'une « brèche importante dans le débat sur la gratuité »... Il semble qu'il y a un grand espace de la brèche à l'intégralité. Un pas qui n'a pas été franchi. Quelque chose comme une promesse non tenue.

Le pas franchi.
Après quelques lectures de-ci de-là ces derniers mois, j'entre dans la bulle de préparation du cours sur L'Étranger (à partir de samedi prochain à l'Institut franco-japonais). Un peu cet été et encore ces jours-ci dans les transports, j'écoute casque aux oreilles le feuilleton radiophonique de 2002 (rediffusé du 11 au 22 juin 2007), en dix épisodes, histoire de m'imprégner à doses homéopathiques. En revanche, je ne lis pas les dix-huit thèses et les treize biographies que des catalogues me proposent (chiffres donnés au hasard).

Mais il faut aussi que je m'occupe d'un budget de dévédés pour notre département universitaire (j'en suis chargé pour deux ans). Je vois avec l'assistante pour les formulaires et comment les remplir. Je sélectionne une quinzaine de films et en relève les références avec Amazon Japon. C'est la moitié du boulot. À finir la semaine prochaine.

Puis de revenir sur Tokyo en regardant, enfin!, le dernier épisode de Petits Meurtres en famille...


Samedi 6 octobre 2007. Les acomptes de vie rêvée.

Nos vies avancent Nos vies avancent Nos vies
avancent et chaque fois que les mots s'écrivent nos vies ont avancé et il n'y a pas deux fois
la même lecture le même o
Nous avançons dans la vie on se donne le beau rôle mais il ne sert à rien de bouger
S'avancer n'est pas ce qui fait avancer nos vies elles
avancent toutes seules
Ce sont nos vies qui avancent et pas nous
Nos pas ne nous avancent pas dans la vie ils nous avancent dans l'espace
et c'est toujours n'importe où
la vie en soi n'est pas la même chose que ce qui se passe dans la vie
or quoi qu'il se passe même la vie rêvée même la vie en or
toutes les vies se valent parce que ce n'est jamais que
de la vie Rien de plus que de la vie
Et si on veut croire que ça nous avance à quelque chose ce n'est pas sur la vie qu'il faut compter
La vie qu'il faut conter ne s'avance pas devant nous ne se pavane pas
conter pour compter ce n'est pas le même o
Ou bien ce qui compte ne peut être conté personne n'a la vie
assez longue pour remonter l'avance les acomptes de vie rêvée
Sinon pour rien produire livrer compter faire sens de tous les o tous les petits riens
qui se pavanent pendant que nos vies avancent.

Avec T., longue et un peu houleuse discussion avant pendant et après le déjeuner au saint-Martin, pour savoir ce qu'on va faire dans les années à venir. Devant quitter avant avril 2009 l'appartement que j'occupe près de l'université à un tarif très avantageux, une grande diversité de possibles se présente à nous : acheter une maison pour investir un peu, mais à Tokyo ou à Nagoya ? T. a peu d'attaches à Nagoya, même si la surface accessible changerait du simple au double. Et si maison achetée à Tokyo, alors appartement à louer à Nagoya, mais pas trop cher sinon plus de budget pour les voyages en France. Un équilibre très difficile à trouver, donc. Mais est-il raisonnable de continuer à être séparés la moitié de la semaine ? À moins que ce soit précisément un facteur de longévité du couple ? On n'en sait rien. Et comment savoir ?
Le point très positif, c'est que nous avons un bon contact avec un agent immobilier que j'ai connu il y a près de sept ans, résidant lui-même dans le quartier de l'université et qui a bien compris ce que nous cherchons. En témoigne l'offre d'une maison (déjà vendue la semaine dernière) qui correspond à peu à tous les critères demandés. Et en effet, c'est deux fois moins cher qu'à Tokyo. Mais l'investissement vaudrait-il ? Dans quinze ans, pourrait-on revendre et dégager de l'argent pour notre fin de vie ?

Commentaires

1. Le dimanche 7 octobre 2007 à 02:01, par brigetoun :

ben pas tout à fait d'accord, si nous nous en désintéressons nos vies prennent une dimension dans le temps mais n'avancent guère, et on se retrouve à la fin avec un plus ou moins charmant espace lisse et totalement vide. Pas tragique. Pas très gratifiant non plus.

2. Le dimanche 7 octobre 2007 à 04:56, par Manu :

Alain Souchon ?

3. Le dimanche 7 octobre 2007 à 05:17, par Berlol :

Très honoré...

4. Le dimanche 7 octobre 2007 à 20:27, par Manu :

Au fait, il faudra qu'on organise une petite visite de notre nouvelle demeure, ça pourrait vous aider dans vos choix.

5. Le dimanche 7 octobre 2007 à 21:23, par Berlol :

Ouais ! Bonne idée ! Le week-end prochain, ça risque d'être difficile (pour cause de cinéma à l'Institut). Mais le week-end suivant, pourquoi pas ?



Dimanche 7 octobre 2007. Beaucoup moins bien que le cèdre.

Philippe Rahmy dans Des Mots de minuit du 3 octobre (France 2).

Un nouveau disque de Bran Van 3000 à la fin du mois. Oui, ça n'a rien à voir. Ça arrive.

Je me suis souvenu ce matin que j'ai oublié de parler d'une rencontre d'hier. En arrivant au Saint-Martin, nous avons trouvé un couple de connaissances, français, avec leur petite fille. Lui, je l'ai retrouvé un jour de mai dernier dans le shinkansen, on avait bien sympathisé. Leur demandant comment leurs vacances s'étaient passées, ils nous disent qu'à peu près bien sauf... que British Airways a perdu leurs bagages à l'aller, ne les a jamais informés et ne leur a jamais rien proposé, et que de leur côté ils n'ont jamais réussi à joindre qui que ce soit. Ça fait maintenant huit semaines ! Horreur ! Nous leur narrons brièvement ma galère de l'an dernier et comment T. m'en avait sorti en ramant depuis Tokyo. Ils nous disent que la quantité de bagages égarés cette année est encore supérieure à celle de l'an dernier. Malgré cela, nous leur promettons de contacter la personne qui fut efficace et de voir si elle peut s'y remettre pour eux...

À propos de « l'amertume d'un concombre pas mûr », il y a peut-être une erreur de traduction, ou à tout le moins un raccourci culinaro-culturel. En effet, le concombre au Japon est petit mais, même quand il n'est pas mûr, il n'est pas amer (pas plus qu'en France). En revanche, il existe un légume qui ressemble au concombre par la forme, la couleur et la longueur, le goya, quasi inconnu en France, très populaire à Okinawa, à la surface bosselée et grenelée, et qui est TRÈS TRÈS amer. À vérifier sur le Murakami dans le texte...

Je suis enfin retourné, avec T., au centre de sport de Shibuya. Depuis notre retour de vacances, le temps nous avait manqué. Pédalage de 40 minutes (en relisant les premiers chapitres de L'Étranger) puis machines pour entretenir muscles et souplesse. Enfin, le bonheur du sauna et du bain.  Je regrette juste que le mist sauna soit maintenant parfumé au menthol, c'est beaucoup moins bien que le cèdre. À 14 heures, on se retrouve au 9e étage pour déjeuner d'une soupe et d'une salade verte avec thon, maïs et tomate.
Au magasin Tokyu Honten pour une housse de table à repasser. Dieu que c'est trivial ! Et difficile à trouver ! On a déjà fait plusieurs magasins, bredouilles. C'est ici que T. avait acheté la table... Et de fait, on n'en a pas en rayon mais il est possible de commander sur la catalogue du fournisseur. Ce que nous faisons. (À la maison, chemises et corsages à repasser s'amoncellent...)

Dîner et après, avec Immortel (Ad Vitam), film d'Enki Bilal (2004). Beau graphisme, effets spéciaux, maquillages, etc., mais piètre film. Tournant autour du thème de l'humanité, l'image en manque pourtant.

Commentaires

1. Le dimanche 7 octobre 2007 à 16:01, par jcb :

La traduction est de Corinne Atlan.
Bien sûr qu'il faudrait voir le texte original.
Cette phrase est la dernière du 9ème paragraphe du premier chapitre, donc tout au début du livre...
Si tu entres dans une librairie ce serait facile de vérifier...

2. Le dimanche 7 octobre 2007 à 16:19, par Berlol :

Merci pour l'emplacement de la phrase, je vais essayer.
Bonne continuation.

3. Le samedi 17 novembre 2007 à 13:00, par phil rahmy :

point commun: Bran Van 3000 et phil rahmy sont deux collectifs :)
bise



Lundi 8 octobre 2007. Son ton, sa gouaille, mais là.

Idée pour faire participer un groupe d'étudiants au 150e Anniversaire des Relations Franco-Japonaises...
Mais je la garde pour moi.

Jusqu'à vendredi prochain, possibilité de revoir l'émission Esprits libres (France 2, du 5 octobre), avec Patrick Modiano et Pascal Quignard. Rien que ça ! Je ne dis pas que je goûte spécialement Guillaume Durand, son ton, sa gouaille, mais là, ça s'impose.

Il a plu un peu ce matin, il bruine encore cet après-midi, après notre déjeuner d'huîtres frites, mais cela ne m'empêche pas de sortir, pendant que T. prépare ses cours. À Yurakucho, j'admire les nouveaux buildings sortis de terre cet été et qui seront accessibles le 12, semblables à cinquante autres buildings nouveaux que nous avons eu l'occasion de visiter depuis des années, avec des boutiques sur 4 ou 5 niveaux, puis des restaurants, puis des bureaux, les mêmes escalators, les mêmes promos, les mêmes hauts-parleurs pour canaliser les porte-monnaie sur pattes, je ne sais pas qui ça peut encore amuser. Seul l'aspect architectural externe me semble intéressant dans le couchant. Peut-être n'est-ce intéressant que dans le couchant, d'ailleurs.
Carrefour de Ginza. Un carillon sonne six heures. Une petite voiture de police fait remonter les piétons sur les trottoirs, c'est la fin de la permission de marcher dans l'avenue, accordée aussi aujourd'hui en sus du dimanche parce que c'est férié.
Je vais, c'est mon but, chez Yamano Music. La sélection de films étrangers y est meilleure et plus large qu'ailleurs — pour les endroits que je connais. J'y trouve l'édition japonaise de Mortelle Randonnée (C. Miller, 1983), de L'Argent (Bresson, 1982) et de Tombés du ciel (Lioret, 1993). De quoi alimenter le séminaire de cinéma...
Dans le métro, j'écoutais Volodine dans Du Jour au lendemain. Il finissait sur les oiseaux des Songes de Mevlido. Par hasard, quand je sortais à l'air libre, ça enchaînait (dans mon i-River) sur les oiseaux du Promeneur prose, poète, dernier épisode — le meilleur, selon moi — de la fresque radiophonique de Dominique Meens et Francis Gorgé (Surpris par la nuit, le 1er juin 2007).

« À partir du moment où on ne se réclame pas d'un territoire et donc derrière cela d'une nationalité particulière, c'est quelque chose sur quoi j'ai insisté à de nombreuses reprises, publiquement, en disant que j'écrivais en français une littérature étrangère. Cette littérature étrangère, c'est celle des écrivains que je mets en scène, de mes personnages écrivains, prisonniers, on pourra en parler peut-être tout à l'heure encore, mais ce qui est important dans l'intention, c'est de ne pas s'attacher à un drapeau, de ne pas s'attacher à une nationalité et au contraire de s'attacher à quelque chose qui est très fort qui est se réclamer de l'appartenance à l'humanité, à l'humain en tant que tel et la voie de mes personnages est une voie qui a le souci toujours de ne pas reproduire les divisions qui nuisent à l'humanité, aujourd'hui. Et c'est une voie systématiquement internationaliste et débarrassée de toute préoccupation chauvine.» (Antoine Volodine dans Du Jour au lendemain du 27 septembre)

« Quant aux araignées qui envahissent la Terre peu à peu, c'est un symbole de ce pessimisme qui a pris le narrateur qui se trouve derrière tout cela, Mingrelian, et qui imagine une humanité qui, non seulement est déficiente, désastreuse, et fait guerre sur guerre et génocide sur génocide, rate tous ses projets, mais en plus s'éteint, et d'une certaine manière on peut dire ouf !, parce qu'une autre espèce intelligente prend sa place, une espèce qui pour nous est vraiment effrayante, celle des araignées, mais qui vont couvrir la Terre et créer un semblant de civilisation sur les ruines de l'humanité, mais qui, finalement, même si après l'amour elles mangent leur partenaire sexuel, ça on le sait, n'ont pas de théoriciens ou de théoriciennes du génocide, de l'inégalité sociale, et finalement — voilà un exemple d'humour du désastre — on peut avoir l'espoir qu'une espèce intelligente non génocidaire apparaisse sur Terre.» (Ibid.)

Overdose d'Ozon. T. avait ramené trois dévédés de la fac. Gouttes d'eau sur pierres brûlantes nous a un peu peinés. On sent bien la composition appliquée, les décors léchés, et l'immobilité de la caméra m'attriste et m'endort. En revanche Sitcom (1998) se laisse revoir. Le rat du patriarcat contamine toute la famille, jusqu'à ce qu'elle puisse s'en débarrasser pour vivre décomplexée. Le tout, enlevé, même si la caméra ne bouge pas souvent.

Commentaires

1. Le mardi 9 octobre 2007 à 00:49, par Bikun :

Cette photo est très belle avec ses citrouilles dont les couleurs sont saturées...

2. Le mardi 9 octobre 2007 à 06:16, par Manu :

Oui, belles lumières et couleurs, très automnales tonalités.

3. Le mardi 9 octobre 2007 à 08:06, par Berlol :

Merci, les gars ! Les citrouilles avaient un éclairage indépendant, masqué mais chaud. l'esplanade du Tokyo International Forum était encore mouillée. J'ai cherché à avoir une ligne de fuite et le premier plan bien distincts l'un de l'autre. Selon l'écran sur lequel je la regarde, la photo est juste lumineuse, ou un peu sombre. Bikun, avec ton nouvel écran de compétition, c'est comment ?

4. Le mardi 9 octobre 2007 à 09:30, par Bikun :

Quand j'ouvre la photo, la première chose que je vois ce sont les citrouilles! Et puis petit à petit mes yeux s'habituent et vont chercher le reste. C'est un peu sombre mais ce n'est pas pour me déplaire...



Mardi 9 octobre 2007. Le temps chute en torrent.

Levé, lavé, habillé, deux tartines, un œuf, un bout du 20-Heures en commentant avec T. à peine réveillée, et me voilà parti sur les chemins. De fer. Encore le 9h03. Bien calé dans mon fauteuil à demi incliné, je dissous la traversée du Japon dans les deux tiers de Mortelle Randonnée (Miller, 1983) — je sais, ce n'est pas bien vis-à-vis de la littérature, que je délaisse quelque peu, mais je n'ai pas le choix, faut aussi préparer le séminaire de cinéma... Très vite, je me rends compte que ce film fait partie de ceux dont on a toujours entendu parler, que l'on est sûr d'avoir vu, comment pourrait-il en être autrement ! Jusqu'au moment où on le revoit. Et là, il faut se rendre à l'évidence : je ne l'avais jamais vu. Ça m'absorbe complètement, même si j'y retrouve l'espèce de fixité du regard et du visage qui font que je n'aime pas trop Isabelle Adjani — sans vouloir lui oter aucune qualité. Michel Serrault est beaucoup plus expressif. Évidemment, dira-t-on, puisque c'est sa subjectivité qui envahit la fiction alors qu'Adjani est une sorte d'astre inaccessible. Mais n'est-ce pas toujours le cas avec chacun d'eux ? On peut dire que le casting est bien fait. Ça commence par des crimes de luxe et puis ça descend, on se demande jusqu'où.

Après ça, le temps chute en torrent, irrépressiblement : un cours puis l'autre, puis la réunion du département et il est presque 19 heures. La réunion était importante puisqu'elle contenait l'organigramme des cours de l'an prochain, à discuter, et les dispositions relatives au voyage en France avec les 32 étudiants sélectionnés.

Avant le dîner, je m'offre un peu de détente... qui n'en est pas vraiment. Un article de L'Humanité sur Pierre Bergounioux, ce n'est pas nouveau (septembre 2007), mais jamais trop tard. Puis, plus en prise avec mon milieu tout vivant de littérature, le compte rendu de François Bon après le forum SGDL numérique d'hier. Fera date. Et toujours regret pour moi que ce soit « le livre parole vivante » et non « le texte... ». Pas la faute de François, c'est une imprégnation globale, et trop d'intérêts en jeu derrière les prétendus soucis esthétiques et culturels pour que ça change. C'est d'ailleurs, ce que François dénonce. En même temps que la mainmise du roman sur la littérature. Pas encore le temps de voir les vidéos, demain sans doute. Forte déception tout de même, de voir comme Assouline a bien réussi son OPA sur le web littéraire. Il occulte maintenant plus de la moitié du champ, partout on l'adule, on se dit son ami, on suit sa voie (même quand, ici ou là, on continue à l'appeler la République des lettres, sans doute parce qu'on ne sait pas lire). François non plus n'ose pas en dire de mal. N'en pense pas, peut-être. Alors qu'il me serait impossible de siéger à sa table tellement ça me scandalise. Ça tombe bien, on ne me le demande pas, non plus.
Je me calme en dînant avec Ce soir ou Jamais d'hier, un des dix meilleurs soirs ! Le débat sur la colonisation est remarquable, très instructif et bien mené. Faut dire qu'avec Hélène Cixous, Pascal Blanchard ou Alain Gérard Slama, ça ouvre des horizons discursifs beaucoup plus originaux que dans l'émission de jeudi dernier, avec BHL, où tout était tellement évident que ça en devenait inutile et déso(pi)lant.

Commentaires

1. Le mardi 9 octobre 2007 à 15:05, par brigetoun :

Je viens de regarder Ce soir ou Jamais ou du moins une moitié. C'est un sujet sensible. Mon grand père a été commandant en chef en Indochine, et si je n'ai pas le droit de lui reprocher son métier, s'il m'a fait connaître jeune des vietnamiens (pas peuple du tout) je n'ai pas de problème pour accepter les descriptions sur la colonisation ignorance etc... pour l'Algérie mes deux grands parents paternels y sont nés à la fin du 19ème, ils étaient issus de petites gens persuadés ou forcés de s'y installer, mais il ne fait aucun doute que cela n'aurait pas dû être. Mais ils étaient algériens et si la France avait su donner leur chance aux indépendantistes de Messali Hadj ils le seraient restés. Quand au coté invisible des musulmans pour les européens ça a certainement été le cas pour une bonne partie, pas pour moi enfant (nous étions trois non musulmanes dans ma classe, et les difficultés pour des rapports normaux entre leurs mères et ma tante qui m'hébergeait étaient plus d'origine sociale que raciste). J'ai toujours mal à l'Algérie.
En gros : pas question de parler des bienfaits de la colonisation, même si certains de bonne foi y on cru, les bases étaient fausses, ils étaient cocus. Mais je n'aime pas que pour soutenir une bonne cause on noircisse le tableau. Même si le comportement des européens n'était pas toujours mauvais, c'est leur présence qui l'était.



Mercredi 10 octobre 2007. Et la petite moustache.

Bravo, Philippe ! J'aime beaucoup celui avec le bandeau noir et la petite moustache. Enfin, si l'on peut dire aimer...

« C'est alors que Tristan, quand il travaille, quand il joue le jeu et pose un peu ce front noir livré aux répugnances sur la copie, commence à fréquenter l'éminence : ses plaisanteries ineptes et trop, ses dissertations railleuses et iconoclastes, ses vers satyriques aux ficelles subtilement sottes et brillamment brutes lui valent les éloges un peu à regret des maîtres empapaoutés.
Il fond les plombs d'étiquette, il mêle les registres, il imagine et trouve davantage qu'il n'observe mais si énergiquement, dans un tel emportement qui sauve, une telle fièvre d'élévation que, quoi qu'on puisse avoir à reprocher, l'infidélité au sens, la liberté frondeuse du commentaire, la pilule passe sous la mention « urgence ». C'est un être qui déboule un peu en trombe de son secret et cela fait mal : les auteurs daubés, la prose revue, le vers tourmenté, la langue moquée et salopée, l'anagogie refaite en grand.
Une étoile, en somme, est née.
Une étoile noire.
Et tous s'inclinent devant la profondeur qui aspire, l'appel qui soumet et l'aura qui sidère.» (Emmanuel Tugny, Corbière le Crevant, p. 41)

Extrait de ma lecture au centre de sport où je suis allé après les deux cours du matin et avant d'aller en réunion. À cette heure-là, entre 13 et 14 heures, il n'y a presque personne. Vélos, machines, douches, sauna, comme si c'était chez moi, ou quasi.

Chaque soir, je m'arrache quelque chose pour écrire, je me fais violence au lieu de suivre la pente du livre et du lit, je reste devant l'écran après avoir lu, vu, entendu, vécu différentes choses dans la journée et j'attends l'ouverture. J'attends qu'une idée, souvenir ou sensation donne la première impulsion, après quoi je me laisse écrire. Je contrôle, je laisse, je contrôle et ça prend la forme que je veux dans ce que ça peut. Et c'est un exercice que j'appelle littérature et auquel je m'astreins en temps réel tous les soirs. Quand je laisse un espace pour une citation parce que je n'ai pas le temps, je ne déroge pas à la règle parce que la structure d'ensemble du billet est déjà achevée. Si ça entraîne des méprises sur le sens de l'ensemble, si l'équilibre des parties n'apparaît pas, et je ne dis pas qu'il est toujours réussi, et si ça laisse à penser à des lecteurs que ce n'est pas de la littérature parce que ce n'est pas du récit, eh bien, tant pis, ça ne dépend pas de moi et ça ne me dérange pas. Nous sommes dans la république des lettres, après tout.
Ce soir, par exemple, après la délicieuse soirée à la terrasse du Tiger Café de Fushimi avec Sophie et Andreas, je pourrais me demander pourquoi je ne vais pas directement me coucher, pourquoi j'attends que vienne ce que j'ai à dire. Mais je ne me le demande pas. J'attends. Parce qu'un tel sentiment de bien-être avec des gens, leur conversation, les plats, la nuit sur le trottoir, devant la ville éclairée, n'est pas si courant, je m'interroge sur les lois qui nous font choisir nos amis parmi tout ce que nous rencontrons de tarés, de menteurs, de vicieux ou d'âpres au gain. Après, qu'il ait été question de New York, de Cerisy ou d'Enoshima, c'est tout à fait secondaire, dans un sens.

Commentaires

1. Le mercredi 10 octobre 2007 à 12:01, par sans :

La littérature est à la portée de tous, sans doute.

2. Le mercredi 10 octobre 2007 à 12:02, par Philippe De Jonckheere :

Content que cela te plaise. C'était fait un peu dans la haine, du coup avec le recul je crois que je devrais laisser de côté celui du béret, trop connoté personnellement (pour des raisons de souvenir d'enfance très déformés, béret = extrême droite) et celui de l'étron, trop facile, mais une fois de plus guidé par la haine, sans doute aussi mauvaise conseillère que la colère. Mais je ne retire rien.
Amicalement
Phil
PS si je devais recevoir une réponse à mon courrier de la part du ministère, je te tiendrais informé.

3. Le mercredi 10 octobre 2007 à 12:21, par brigetoun :

problème : celui de l'étron est peut être le plus esthétique

4. Le mercredi 10 octobre 2007 à 12:27, par alain :

Ce texte de Tugny, c'est quoi ? c'est bien, dis donc, quelle écriture !

5. Le mercredi 10 octobre 2007 à 16:16, par Berlol :

Oui, c'est bien. C'est grâce à Laure qui me l'a envoyé. Il sera question de Tugny dans les Mardis littéraires mardi prochain...
Et pardon pour les fautes que j'avais faites en tapant, je crois qu'elles sont toutes corrigées, maintenant.

6. Le jeudi 11 octobre 2007 à 12:19, par Laure L :

Moi aussi, Philippe, j'adore, j'ai peine à choisir.

7. Le jeudi 11 octobre 2007 à 13:00, par François :

Tugny, c'est grand !



Jeudi 11 octobre 2007. Essayer d'éviter l'hypéronymie du mot livre.

« Je l'entends qui gratte de l'autre côté du mur, qui gémit, qui appelle comme un prisonnier, je l'ai enfermé le temps d'aller faire des courses, il faut bien que je fasse des courses, mais son gémissement, je ne peux pas l'entendre, il gratte contre le mur, c'est à cause de moi, je vais le laisser seul le moins longtemps possible, lui expliquer pourquoi je suis obligé de l'enfermer, le médecin m'a dit que je pouvais lui expliquer, il paraît qu'il peut comprendre parfois, il ne faut pas hésiter à lui dire, on ne peut pas vivre comme ça, l'un enfermant l'autre pour sa sécurité, on ne peut pas, ça ne marche pas, ça ne sert à rien, l'amour est impuissant, ça ne sert à rien d'aimer quelqu'un, de l'avoir aimé, l'amour n'est pas plus fort que la mort, c'est une illusion qui se dissipe dès que la maladie arrive, c'est trop dur, je n'ai pas assez de force, l'épreuve est trop difficile, c'est trop difficile d'enfermer l'homme qu'on a aimé et de l'entendre gratter de l'autre côté comme une bête.» (Olivia Rosenthal, On n'est pas là pour disparaître, p. 198)

« C'est toi qui ouvres la porte. Tout le temps, c'est toi. Quand je veux le faire, ça ne marche pas, la porte ne s'ouvre pas, je m'acharne mais elle ne s'ouvre pas. Je crois bien que tu m'as enfermé, tu fais comme si ce n'était plus chez moi, je pisse dans les coins pour te prouver le contraire.

Au lieu de raconter la vie d'un homme telle qu'elle s'est produite, on pourrait entrer dans son esprit et décrire comme on le ferait d'une carte de géographie les zones inexplorées qu'il a renoncé, malgré son désir, à conquérir. On pourrait analyser ce renoncement, mesurer le rapport entre les aspirations et la réalité et tirer de ce rapport diverses conclusions sur la lâcheté, la paresse, la pusillanimité. Celui qui obtiendrait un chiffre inférieur à un serait considéré comme un velléitaire. Les autres auraient le droit de s'autoféliciter.» (Ibid., p. 202-203)

J'ai rouvert le livre et retrouvé ces passages mis de côté. Parce que je veux dire — et redire avec toi, François — que c'est une œuvre littéraire exceptionnelle, dont nous avons et aurons, du fait même de cette qualité, toute la peine du monde à éviter l'empathie, l'identification, la projection. Pourtant, c'est ce qu'un lecteur doit faire, je crois, pour éviter de tomber dans le piège : lutter contre la qualité de l'œuvre pour ne pas tomber dans le piège de la maladie, dans le piège de croire l'avoir, dans le piège de croire la voir partout autour de nous.
Pour se convaincre de la différence — essentielle à mes yeux — entre l'œuvre littéraire d'une part et le discours ou le document médical d'autre part, il conviendra d'aller écouter Ce soir ou Jamais d'hier, au moins la première partie, où il est question de la maladie d'Alzheimer (avec ce lien qui fonctionne, contrairement à celui donné dans la page d'accueil, et l'émission de la veille encore plus intéressante, surtout le passage sur l'ADN...).
Car ce que disent les spécialistes, dont Martin Winckler, fort intéressant au demeurant, n'est pas un système de voix travaillées, n'est pas musicalement aiguisé, n'entretient pas un conflit subtil entre des statuts de l'écrit, et, par conséquent, n'est pas de même essence que le texte éminemment littéraire d'Olivia Rosenthal.

(Je vais essayer d'éviter l'hypéronymie du mot livre, car c'est elle qui entretient la crispation symbolique de nombre de gens pourtant cultivés et sert les intérêts des chefs de produits que sont maintenant la plupart des éditeurs de livres. Je ne l'emploierai plus, si j'y parviens, que pour l'objet lui-même. Pour le contenu, transposable sur d'autres supports, en partie à inventer, en partie existants, je parlerai de texte et d'œuvre. Que l'on veuille bien noter — pour éviter des procès inutiles — que je n'oublie ni n'efface pour autant les différences de perception, de sensation, de réception qui existeront toujours entre différents supports d'un même texte, produisant des œuvres différentes ; c'est juste une autre question.)

Phénomène mécanique.
Plus je dis du mal de lui, plus il monte. Il me doit tout.

Depuis trois jours, il commence à faire frais dans le soleil.
Tissu plus épais, manches plus longues, veste.
Écharpe, même, pour le vélo le soir.
Et tout change dans le mode de vie.
Tout est plus urbain, sérieux, mais pas encore gris.
En classe, plus besoin d'air conditionné.
On s'entend mieux et les subtilités du français s'épanouissent.
Les débutants en sont à l'imparfait et au calcul mental.
Les cinéphiles scrutent l'enchaînement des plans et des objets qui mènent au meurtre.
Téléphone, taille-crayon électrique, gants, corde à grapin, porte capitonnée, rapport de la DST, pistolet.
Avant et après oui, mais personne n'a vu ni entendu tuer le marchand d'armes qui le méritait mille fois.

Commentaires

1. Le jeudi 11 octobre 2007 à 11:39, par benjamin :

Argll... oui mais on ne s'en sort plus : le mot « œuvre » a quand même du plomb dans l'aile depuis un petit bout de temps (un siècle au moins ?)... Même si je ne pense pas qu'il soit devenu absolument inutilisable, j'évite pour ma part de m'en servir de trop, pour lutter contre sa tentation (prétention ?) totalisatrice. À travers la critique de la forme « roman » tel qu'elle s'est réifiée, c'est aussi le concept de l'œuvre unie qui est visée, je crois, par exemple par François Bon il y a trois jours au forum SGDL. La crispation autour de l'objet « livre » (dont je suis d'accord avec toi, par ailleurs, qu'elle correspond à un fétichisme qui sert en grande partie le monde de la marchandise) cache en fait une crispation, moins souvent avouée, autour d'une certaine conception, disons romantique (pour aller très vite), qui est à la fois une forme de mythe dont il serait illusoire de croire qui que ce soit tout à fait indemne, et à la fois mythe qu'il est urgent d'« interrompre » (au sens que donne JL Nancy à ce mot dans La communauté désœuvrée ; de mémoire, il a aussi une jolie formule : « la voix de l'interruption, c'est la littérature (l'écriture) »).
Adorno : « Les œuvres qui comptent aujourd'hui ne sont plus des “œuvres”. »
JL Nancy (relisant Blanchot) : « Ce qui se partage, c'est le désœuvrement des œuvres. »
Pour l'essentiel, je ne crois pas le moins du monde ces pensées datées, je les constate au contraire très opérantes chaque jour. (Il y a bien un certain côté « mythique » ou « mystique » dans la conception « blanchotienne » de l'écriture, mais précisément le « dernier Blanchot » revenait déjà sur cela.)
Bon : exit « livre », exit « œuvre ». Il reste alors le mot « texte » : j'y souscris volontiers.
(Oui mais, oui mais... dans « texte » on n'entend sans doute que le tissu, et pas le tissage (= le détissage, depuis Pénélope ?), alors que dans « œuvre » on entendait nécessairement l'opération, l'acte, et pas seulement son résultat... Et puis le livre, liber, « partie vivante de l'écorce », c'était pas mal, aussi !)

2. Le jeudi 11 octobre 2007 à 11:44, par benjamin :

Je te relis, et j'ajoute : en parlant de « crispation SYMBOLIQUE », tu as dit en fait exactement la même chose que moi. Le sym-bole a une prétention unifiante, totalisante, qui est ce avec quoi il s'agit de rompre (ce qu'il s'agit d'interrompre).

3. Le jeudi 11 octobre 2007 à 12:44, par sans :

J'aime bien les mots compliqués (surtout quand ils ne sont pas expliqués). Ils prouvent au moins que ça ne sert à rien de paraître intelligent (ça veut dire quoi "intelligent"?).

4. Le jeudi 11 octobre 2007 à 13:29, par brigetoun :

tant pis je ne change pas le billet que je viens de préparer (même passage que votre premier) - suis bien heureuse d'avoir passé outre ma gêne initiale

5. Le jeudi 11 octobre 2007 à 16:38, par Berlol :

Intelligent, c'est quelqu'un qui est capable de chercher lui-même ce que signifie un mot qu'il considère compliqué (alors que ce n'est peut-être pas le cas). Imbécile, c'est celui qui reproche sa propre ignorance aux autres (alors qu'il pourrait chercher lui-même le sens des mots).
J'en profite pour rappeler à "sans" qu'il a déjà été exclu des commentaires de ce journal. Feint-il de l'ignorer ou est-il atteint de la maladie de A. ?
Ses commentaires étant systématiquement dans un registre qui va du stupide au dégradant, je réactive pour lui cette mesure d'exception.

6. Le jeudi 11 octobre 2007 à 17:05, par christine :

joli ton aphorisme à la Chevillard (version blog) sur Assouline, mais je ne comprends pas bien pourquoi tu lui en veux à ce point (à moins que tes propos ne soient que pure « captatio audienciae » par le dénigrement, mais je ne peux l’imaginer venant de toi)
quant au débat terminologique du jour, je m’inscris en faux : « livre » est un joli mot (surtout en français par ses affinités avec « libre », « lit », « ivre », etc.) et (même si je partage à 200% ton avis sur les « chefs de produits ») je compte bien l’employer quelque temps encore sans me voir accuser de fétichisme ni de « crispation symbolique »
d’autant que, comme l’écrit fort bien benjamin, « œuvre » a ses inconvénients, et « texte » est aussi très connoté structuralisto-formalisto-années70
ou peut-être faut-il donner carrément dans l’hyponymie et parler de « mots », de « lettres », voire de « code source » ou de « pixels » ?

7. Le jeudi 11 octobre 2007 à 17:26, par Berlol :

Je tiens un livre à la main. Il contient un texte auquel mon jugement et ma sensibilité donnent — ou ne donnent pas — le statut d'œuvre littéraire. C'est tout. Et si chacun faisait attention de la sorte dans les débats actuels entre acteurs institutionnels (dont je ne fais pas partie), ça irait mieux. Mais bien sûr, je comprends et partage vos réactions, car ces mots sont beaux et ont une histoire ineffaçable. Quand la crispation symbolico-commerciale sera passée, nous les redéploierons !
Pour le nain littéraire, pas de captation, je ne cite d'ailleurs même pas son nom, quand c'est possible. Je n'aime pas comment il a déboulé dans le monde du blog en se prétendant d'emblée spécialiste (et comment un certain public l'a rapidement rendu incontournable — c'est aujourd'hui le Sarkozy du blog littéraire, il occupe tout le terrain), je trouve son écriture mièvre et boiteuse, ses thématiques communes et doxiques, surtout quand on sait les positions qu'il occupe et l'accès aux informations littéraires qu'il a, dont d'autres, plus inspirés peut-être, pourraient faire un réel terrain de création réticulaire.
En revanche, tu as tout à fait raison, l'aphorisme est en hommage à Chevillard...

8. Le vendredi 12 octobre 2007 à 01:21, par brigetoun :

plus simplement je n'aime pas ce qui est évident, celui qui a voulu être évident ou a accepté de l'être, sauf à exiger de lui une qualité quasi impossible à atteindre

9. Le vendredi 12 octobre 2007 à 03:08, par vinteix :

Suis tout à fait d'accord sur la primauté du "texte" ou de l'"oeuvre" sur le "livre", avant tout objet ; mais comme vous le disiez, Berlol et d'autres, tous ces mots ont, au-delà de leur étymologie, une histoire déjà "lourde", aux connotations et références multiples... alors, pas facile de changer tout à coup - sans faire de "tabula rasa" - des siècles d'histoire littéraire ou en tout cas de discours sur la littérature pendant lesquels le seul support des textes ou oeuvres littéraires a été précisément le livre (ou le journal ou la revue depuis le 19eme siècle... en tout cas, tous objets-papier)...

Mais je pense que le mot "texte" devrait "l'emporter" très bientôt... tout en espérant conserver le "livre", évidemment... Je suis fétichiste, pas comme toi, Berlol... enfin, autrement... car toi ce serait plutôt l'écran, non ?... monstre-mutant que tu es, à mes yeux, en avance sur l'époque (en tout cas sur moi) capable de lire un roman entier sur des pages d'écran...

10. Le vendredi 12 octobre 2007 à 07:03, par benjamin :

Sans aucun rapport avec ce qui précède : je viens de tomber par hasard sur tes archives d'avril 2004, où tu dis, je cite : « Au bureau pour régler les affaires courantes : préparation des cours de la semaine prochaine, médiation pour un colloque Sand en octobre à Tokyo, stockage des émissions avec Lacoue-Labarthe de la semaine. »
d'où ma question : as-tu toujours en stock la série « à voix nue » avec Lacoue-Labarthe ? Au cas où la réponse serait oui : je suis TRÈS intéressé... Je ne sais pas si je peux récupérer ça d'une façon ou d'une autre (ftp ?). (Je ne sais pas ce que je peux faire valoir en échange, mes archives radio sont moins riches que les tiennes...)

11. Le vendredi 12 octobre 2007 à 07:34, par Berlol :

Pas de problème, j'ai ça en rayon. Je vais te les mettre en ligne et t'envoyer l'adresse demain par courriel.

12. Le vendredi 12 octobre 2007 à 15:41, par benjamin :

wonderful ! merci beaucoup.



Vendredi 12 octobre 2007. Toujours utile, ces vieilles histoires !

Pas de journal ce soir. La journée a été longue et je n'ai pas encore fini de préparer le cours sur le début de L'Étranger pour demain matin.
En attendant le complément, une promenade dans la Bibliotheca Classica Selecta ne peut faire de mal à personne. C'est toujours utile, ces vieilles histoires ! Même sur de nouveaux supports...

« Il y a des règles à observer, soit en parlant, soit en écrivant. Le langage a pour fondement la raison, le temps, l'autorité, l'usage. La raison s'appuie principalement sur l'analogie et quelquefois sur l'étymologie. Le temps donne aux mots anciens une sorte de majesté, et, pour ainsi dire, de sanction religieuse.» (Quintilien, Les Institutions oratoires, [1,6,1])

Du lendemain matin.
Dans les quelques heures d'une matinée (celle d'hier, donc), il fallait que je finisse la liste des films à commander pour le rayon français de la médiathèque universitaire, puis que je porte les bulletins de commande signés pour acceptation par le bureau en charge, mais il fallait aussi, surtout peut-être, que j'aille avec mon chef de département me fair