Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Août 2006

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Mardi 1er août 2006. Des années avant de brûler les bouches.

Liban : on voit les cèdres céder, et même décéder. (Merci JCB.)

Petite journée. Transition. Ankylose généralisée, au réveil, cumul du sport dimanche et du vélo hier. Mais ça passe. Je fixe les tuteurs près des pieds de tomate, quatre suffisent, petits bouts de ficelle et nœuds faciles à défaire. D'un petit tuteur fil de fer je fais un cercle dans lequel je passe le haut des quatre tuteurs et que je maintiens avec de la ficelle vers le bas à la rampe du balcon et vers le haut au crochet à linge. Tout peut bouger mais rien ne peut partir. Et cette odeur extraordinairement persistante des feuilles et des tiges poilues — que je ne déteste pas, je me demande même pourquoi elle n'est pas utilisée en parfumerie, en combinaison avec un agrume ou un musc, ça pourrait même être raffiné. Clémate, Tomousse ou Tomusc... Éviter Citrate.
Plus radical (ou dans la bouche d'une sud-américaine) : « Je me parfume à la feuille de tomate.» Économique, de surcroît.

Une fois n'est pas coutume, je déjeune avec T. au Saint-Martin un mardi, crépinette de porc, très réussie. Puis je vais digérer dans un shinkansen, y reprends le repiquage de MD en MP3 (c'est moins salissant que la terre) — j'en suis au feuilleton de Jean Delabroy sur Victor Hugo, « celui qui pense à autre chose », une quinzaine d'heures rediffusées pendant les trois premières nuits de 2001.
Au bureau, démarrage du boulot, préparation pour la journée continue de correction de copies demain...

La pudeur, leçon sur. C'est celle de Sereine Berlottier. Avec un poète qu'elle découvre.
Vous qui ouvrez des livres à tort et à travers. Qui lisez trois lignes ici et une douzaine là, pour les oublier dans la minute suivante et dire plus tard que vous connaissez. Faire votre intéressant(e). Vous êtes-vous demandé jamais si vous étiez digne d'ouvrir tel ou tel livre ? Vous direz qu'on est en république et ce sera l'aveu de votre vulgarité.
Je sais de quel poète elle parle, Ghérasim Luca, et je l'apprécie aussi, mais ce n'est pas la question. Ce qui fait de Nu précipité dans le vide un roman, ce n'est surtout pas son rapport biographique au poète à découvrir, mais bien le travail conjoint de la curiosité et de la pudeur d'une lectrice qui n'est point pressée sur les aspects d'une connaissance dans le cours de son acquisition. En parler (me) nécessitait une soirée calme.

« (Comme si c'était la seule chose que tu puisses savoir de lui, commençant. Savoir de lui qu'il marche, qu'il fait nuit, qu'il est seul. [...]
Alors est-ce bien pour attendre, l'attendre lui, une parole sur lui à donner, que tu ouvres ces parenthèses ? On dirait, oui, des draps que tu écartes, où tu te glisses, t'enveloppes, te caches, te réchauffes, ta voix, ta voix que tu réchauffes en retrait, que plus tard tu voudras supprimer peut-être, pour qu'il ne reste rien d'autre ici que la silhouette noire, et ce que d'elle tu auras su dire.
[...]) » (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, Fayard, 2006, p.10)

« (La colère, ne sachant rien de lui tu penserais tout à coup à cela : la colère, une colère froide, déterminée. De ces colères qui vous tiennent en vie et parfois se dégorgent en éclats de rire. Toucher au but, avoir fait tant de détours pour en être là, ne calme rien, n'apaise rien, n'absout personne, ne coupe pas l'herbe sous la langue non plus. Mais la colère en lui est discrète. Quelques-uns ont su deviner, ont su en devinant protéger le corps fiévreux. C'est une colère qui ne transige sur rien, pour personne, mais qui ne se répand pas inutilement. Pour l'instant elle affleure doucement à la commissure des lèvres, comme le sel blanchit une terre, lentement, trace son chemin pendant des années avant de brûler les bouches.) » (Ibid., p. 21)

Commentaires

1. Le mardi 1 août 2006 à 15:28, par k :

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
le moustique est mort peut être
c'est pas bien de tuer une p'tit béte sans défence.
Les pages sont vide, mormale
elle doit bronzé sous
le soleil extactement
les mots de M......p............
manque pour combler le vide*vous trouvez pas
lol

2. Le mercredi 2 août 2006 à 02:27, par brigetoun :

ma gloutonerie se sent un peu touchée là. Est ce que pour profiter pleinement d'un texte de Ghérasim Luca le souvenir de sa voix inimitable aide ?



Mercredi 2 août 2006. Des fois j'en fais, des fois je n'en fais pas.

Au moins cinq ans que je n'imprime plus, ou presque — moins de dix feuilles par mois, je pense — alors que mes activités concernent essentiellement l'écrit et la transmission du savoir... Et vous ?
Dans deux générations, nos comportements seront regardés comme des bizarreries (et pas qu'avec le papier).

Depuis deux ou trois ans, une des choses vraiment bien dans le programme d'été de France Culture, c'est la chronique de Pierre-Marc de Biasi. Cette année, le Lexique de l'actuel a repris du service, dans les cinq dernières minutes des Quartiers d'été. Et comme il n'y a pas de page indépendante pour ces minutes quotidiennement décapantes (et bien dans l'esprit du LQR d'Éric Hazan), j'ai compilé moi-même les chroniques de la semaine dernière. Vous verrez, ça arrache nettement plus que Langue sauce piquante...

Ça, ce sont des notules que je rédige au détour d'une lecture ou d'une idée dans le courant de la journée. Des fois j'en fais, des fois je n'en fais pas. Souvent j'arrive le soir sans biscuit quand c'est l'heure de me mettre à table. Ce soir, j'ai ça, et ça m'aide bien à démarrer parce qu'après les heures de correction de copies que je viens de passer, j'ai la pensée en compote. Faut dire qu'on est amené à lire tellement d'erreurs et d'incohérences à la minute que ça fait ravaler toutes les bonnes impressions accumulées sur les étudiants pendant trois mois. Et puis dans deux jours, j'aurai oublié, et à la rentrée je reprendrai le pédalage, le curetage et le pompage dans les classes comme aux premiers jours de ma naïveté pédagogique — et dans le respect des personnes.
Et rarement drôles, les erreurs. Mais une quand même, du fait qu'en première année la transitivité verbale n'est pas un concept clair. Associer des phrases pour faire cinq mini-dialogues. Sur une copie je trouve l'association suivante, savoureuse :  « Vous désirez ? — Oui, merci beaucoup. Je veux bien.» (Quand la bonne association était : « Vous désirez ? — Un bouquet de fleurs, s'il vous plaît.»)
Ouf, à 19h45, je suis au centre de sport pour me défouler, lire un peu, me baquer. Et à 21 heures, j'entame une belle salade de tomates à l'ail (des tomates du supermarché, bien sûr), avant un steack haché et une énorme pêche. Qui me la redonne.

Ah, merci Caroline, le voilà, justement, le texte de Bernard Noël, chez Bellaciao. L'ayant reçu en privé, je me demandais où il était publié, pour y faire référence parce que c'est ce qui me paraît le mieux exprimé depuis des semaines, avec précision et distance. Juste en reprendre ceci, de la fin :

« [...] La bêtise politique est criminelle : on le voyait en Irak, en Afghanistan, on le voit hélas en Palestine et au Liban. Le plus accablant est que cette bêtise ne rencontre aucune opposition dans un Occident qui se déshonore en lui trouvant des motifs respectables. Les pays arabes ne font pas mieux mais ils ont l’excuse, grâce encore à l’Amérique, d’avoir des gouvernements qui sont étrangers aux aspirations de leurs peuples. Il n’est pas nouveau de traiter de terroristes des mouvements de résistance, mais les utilisateurs de cette rhétorique apparemment inusable devraient savoir qu’il est dangereux de précipiter la résistance dans le désespoir.
L’honneur n’a jamais été le fort des diplomates et des commerçants, mais il fut longtemps la règle du jeu des militaires. Quel honneur pourrait-il y avoir à bombarder une usine de lait, les pistes d’un aéroport civil ou les immeubles de l’autorité palestinienne ? Il est dommage que Tsahal et ses généraux n’aient jamais eu à méditer ce vers classique devenu proverbial : « À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire ». L’honneur d’Israël ne tient plus qu’aux quelques «<refuzniks » qui refusent de massacrer des innocents, mais pour Tsahal, il est trop tard, cette armée d’élite n’est entraînée qu’à écraser plus faible qu’elle aussi doit-on la considérer désormais comme la plus lâche du monde.»
(Bernard Noël)

Malgré ces préoccupations, il faut que je prépare mon sac pour un petit voyage avc T. sur l'île du sud, Kyushu, péninsule de Kunisaki. Samedi, on sera .

Commentaires

1. Le mercredi 2 août 2006 à 11:06, par vinteix :

Il faut imprimer ! Tout est périssable... mais je ne sais pas pourquoi je préfère avoir un texte que j'apprécie en papier imprimé qu'en fichier sur mon ordi...

2. Le mercredi 2 août 2006 à 11:09, par janu :

Merci, grandiose, cette compilation du lexique de l'actuel, j'avais justement la flemme de chercher systématiquement les cinq dernières minutes.

3. Le mercredi 2 août 2006 à 14:21, par cgat :

c'est très vilain je sais mais je fais exactement ce que dénonce Jean-Michel Salaun ... j'imprime beaucoup pour lire plus tard (et parfois même ne pas lire) - dans le bus en attendant le bus (c'est long à paris au mois d'août) aux toilettes dans le métro au bureau en déjeûnant - sur du papier qu'ensuite je jette après avoir éventuellement reporté les annotations sur le fichier que je conserve dans mon pc ...
et je ne suis pas certaine que le papier électronique résoudra tout : j'ai un téléphone pda sur lequel je pourrais lire lesdits fichiers mais la manip de transfert est plus compliquée et prend plus de temps qu'une impression ; et avec les " priorités tournantes " que tu évoquais naguère le temps manque souvent
bon séjour dans le sud ! n'oublie pas d'emporter quelques moustiques dans ton sac sinon ils te manqueront (à moins qu'il n'y en ait sur place)

4. Le mercredi 2 août 2006 à 15:12, par Berlol :

Oh, pour ça, je ne men fais pas, les moustiques ont des cousins partout ! On doit en être à quatre produits différents dont aucun n'est vraiment efficace pour T. Pour moi, c'est différent, il suffit que T. soit avec moi et je suis protégé : ils la préfèrent à moi...
C'est vrai que c'est long d'attendre le bus en août. Je t'autorise dix pages par semaine, mais pas plus !

5. Le mercredi 2 août 2006 à 23:21, par brigetoun :

moi c'est pour déjeuner, faire la cuisine en lisant ou lire deux choses à la fois, mais je suis freinée par la consommation de cartouches et le prix d'icelles
et si je suis fatiguée mes yeux se ferment plus facilement devant l'écran
grandmerci pour la compilation

6. Le mercredi 2 août 2006 à 23:28, par Manu :

Je lis beaucoup sur écran, mais quand j'imprime, c'est exactement pour les mêmes raisons que cgat (sauf qu'il s'agit du train) !
Quant aux moustiques, ils m'adorent - je devrais faire un concours avec T. - et me font des piqûres aux démangeaisons très persistantes cette année. Auraient-ils muté ?

7. Le jeudi 3 août 2006 à 05:39, par grapheus tis :

De moins en moins, l'imprimante, la pédagogie étant aux orties depuis une décennie. Néanmoins, pour une lecture attentive, me sens encore obligé de...
le crayon à suivre les groupes de mots...



Jeudi 3 août 2006. Pour que ça ne soit pas la foire commerciale.

Chaleur, maintenant tous les jours. La canicule qui s'était égarée en France quelques semaines est enfin arrivée à destination. Enfin enfin... On n'était pas pressé, en fait... David vient me chercher en voiture pour l'accompagner au centre régional des permis de conduire (il a besoin d'un permis international). Je ne lui suis pas utile au sens propre, mais au sens figuré, oui, ou pour trouver une place de parking.
Ensuite à Sakae pour faire des courses à Nadyapark. Je trouve les deux Kill Bill en promo, ainsi que l'édition japonaise du film d'Audiard fils, De battre mon cœur s'est arrêté... Déjeuner de pâtes italiennes, sans bougnettes. Discussion sur particules (d'antimatière, pas de sauce tomate...). Retour à la fac pour notre dernière réunion, qui se passe bien (on avait préparé des colonnes de notes fusionnées et des calculs de moyennes avec Google Spreadsheet).

À Tokyo avec T. pour préparer les bagages. Demain, départ auroral pour Kyushu. J'emporte un ordinateur portable, il nous servira notamment à montrer des photos aux membres de la famille de là-bas. En revanche, je ne sais pas si j'aurai du réseau... Et je ne vais pas faire des kilomètres pour en trouver. Donc peut-être pas de billets pendant trois jours. En outre, pour que ça ne soit pas la foire commerciale dans mes bas de page, je mets les commentaires en modération (ils n'apparaîtront que quand je pourrai les valider, ce qui n'empêche donc pas d'en poster).

Commentaires

1. Le samedi 5 août 2006 à 10:37, par brigetoun :

avez vous écouté ou allez vous écouter Butor sur France Culture ? un très joli régal, un rien fourre tout



Vendredi 4 août 2006. If you fall in the pond, you will be boiled.

5h10, réveil, revue de paquetage, toilette sommaire.
6h00, abondant arrosage des pieds de tomate (un ami passera après-demain).
6h30, taxi pour Haneda (l'aéroport 2, ultra moderne).
7h00, hall de départ de l'aéroport, enregistrement par guichet automatique d'ANA (en vol domestique, pas de contrôle d'identité).
7h30, n'y a plus qu'à attendre l'appel, dégustation de sandwichs en regardant les panneaux d'affichage, pas de wifi (je lis un article d'Europe de 1985 sur Dada).
8H15, embarquement par bus jusqu'à l'avion, montée de l'escalier, comme les stars (mais pas de photographes).
8h45, décollage sans brume, Tokyo comme une carte, puis léger somme.
10h00, arrivée à l'aéroport d'Oita, nord-est de Kyushu, atterrissage parfait, température extérieure : 37 °C.
10h30, voiture de location bien en main (Carola), clim à fond (plus tard, en sourdine), allons en repérage dans les montagnes de la péninsule.
12h00, trouvons un bon restaurant, Zakoba, avec du turbot grillé (pêche régionale).
13h20, sortons point trop pansus, prenons la direction de Beppu.
14h00, arrivons à l'hôtel Hanabishi, déposons les bagages et repartons, comme magnétisés par le diable... Je retrouve automatiquement le chemin des enfers. Visite ascensionnelle de six Jigoku, le carnet à souche faisant foi. Chacun à son caractère, sa température, sa pression de sortie de l'eau, ses couleurs. Et des petits à-côtés, qui une serre tropicale avec lotus et bananiers, qui un zoo avec éléphant et hippopotame, qui des crocodiles ou des piranhas...
Je photographie pendant que T. filme, ça chauffe, on transpire.
Trouvons dans la boutique d'un des Jigoku le créateur du fameux T-shirt avec la devise 毎日が地獄です (tous les jours, c'est l'enfer !)...
Réconfort de la crème caramel cuite dans l'eau volcanique — 地獄で仏... (très private joke pour japonisants).
Certains bouillonnements agitent des crèmes ni comestibles ni cosmétiques. Des panneaux préviennent aussi : If you fall in the pond, you will be boiled.

L'ombre, pour sa part, ne craint rien.

17h00, retour à l'hôtel, repos et bain au sommet (petit baquet tiède, seule l'odeur du cèdre est agréable).
18h00, repos en chambre et point sur la soirée.
19h10, horrible salle de restaurant du 10e étage, avec tablées familiales bruyantes, enfants courant dans tous les sens, buffet à volonté souillé de miasmes, la fuyons. Vive la rue.
20h00, après promenade jusqu'à la gare, n'ayant rien trouvé qui soit simple et calme, nous rabattons sur le Royal Host voisin de notre hôtel, y mangeons léger.
21h30, retour à l'hôtel, visionnement des films et des photos, pas mal dans l'ensemble.
22h30, T. se couche alors que j'en suis à la moitié du brouillon de billet.
23h00, je ne tiens plus...
(Billet mis à jour et publié le 8.)


Samedi 5 août 2006. Le plus beau plan-séquence de ma carrière.

Plantureux petit déjeuner, self à volonté, appelé ici viking (exposé aux miasmes mais sans enfants qui courent — et le matin les gens sont propres, peut-on croire...).

Vers 9h15, prenons la route pour la maison de l'arrière-cousine, à quelques kilomètres au nord de l'aéroport, où trois autres septuagénaires du cousinage nous attendent principalement pour que T. aille mettre sous la dalle du tombeau familial quelques restes de son père, mis de côté à cet effet. Il y faudra une petite demi-heure, puis pour causer famille, situation, passé, etc., ce qui durera trois bonnes heures, avec sushi familial, séance de photos à l'ordinateur et visionnement de la cérémonie filmée (et bien filmée) en mai. Tout cela plaît et émeut beaucoup.
Si notre venue l'année dernière, quand le père de T. était encore en vie, avait pu plaire à ces personnes qui étaient tout de même restées sur la réserve (et on les comprenait), la visite de cette année est beaucoup plus détendue, malgré la tristesse. La narration par T. de la mort de son père à ces proches qui l'avaient connu enfant quand ils l'étaient eux-mêmes fait un peu l'effet d'un verrou caché, libérant des sentiments celés des décennies. Il parlait, il rêvait, il demandait de la bière, on lui en donna un fond de verre, T. voyait bien qu'il délirait un peu, et puis il est parti dans un souffle — nos auditeurs suivent passionnément la narratrice. Après qu'elle a fini, elle et moi voyons bien que leur excitation tombe et s'inverse. Et comme T. n'est pas venue non plus pour réclamer quelque propriété que ce soit ici, les cœurs s'ouvrent, les souvenirs affluent à la vue de très vieilles photos jaunies... Et des regrets aussi de leur part, de n'avoir pas pu contenter la mère de T. (mais pouvait-elle l'être, elle, tellement citadine, par quoi que ce soit de ces campagnes qu'elle jugeait arriérées), quand elle était réfugiée ici durant la Seconde Guerre mondiale — elle prit des billets de train pour rentrer à Tokyo avec ses deux petits enfants juste après la reddition inconditionnelle du Japon, et son train passa à Hiroshima quelques jours après l'explosion, les passagers installés comme ils pouvaient dans des wagons ouverts, sans siège, des militaires conseillant de couvrir les enfants car la bombe était sale, ou quelque chose comme ça, et c'est tout ce qu'elle sut...

Vers 15h00, on arrive à partir. Pas facile.
On va vers les plages, s'il y en a. Oui, il y en a.
La première n'en est pas une, même si on y est très tranquille. La seconde sera la bonne, on sort les serviettes et je me baigne dans une eau assez chaude et très claire.

Musardons par de très petites routes autour de la péninsule, au plus près de la mer. Belles criques très peu habitées. Des grues dans les champs. Des divinités troglodytes. Un village à l'ancienne plein de belles boutiques... toutes fermées alors qu'il n'est que 18 heures. Village figé dans le culte du passé.

Au couchant, visite magique du sanctuaire d'Usa, la racine du culte d'Hachiman (Usa est à Hachiman ce qu'Ise est à Amaterasu).
Ce sanctuaire date de 531 (bien avant le Mont Saint-Michel, pour comparer [P.S.: j'en parlais le 9 mars, le Scriptorial ouvre précisément aujoud'hui !]) et s'étale sur une surface inimaginable — surtout quand on arrive trop tard. Les allées principales nous suffiront, quatre kilomètres aller et retour. Y méditer avant de futures lectures...
Deux belles pièces d'eau, habitées d'une nombreuse population de lotus à différents stades de la floraison.
Après avoir vu hier pour la première fois comment naît un régime de bananes (« Chaque fruit comestible est un ovaire qui se développe mais dont les ovules avortent.», Cf. Bananier — y'a pas d'os dedans...), nous pouvons maintenant affirmer que le lotus et le bananier ont en commun d'avoir un assez gros appareil génital.
Tandis que le ciel vire de l'orange au mauve, nous montons et redescendons sans croiser presque personne et presque sans pouvoir se parler tant les cigales et autres insectes à crécelles se démènent, et d'ailleurs sans en avoir le loisir, tout accaparés que nous sommes par la beauté des éléments.

« On considérait que les divinités du Shinto de la première période se déplaçaient comme les « fantômes » des ancêtres et comme les esprits, et qu’ils demeuraient dans les collines et les forêts. Ce n’est pas que dieux créateurs ou dieux natures aient manqué complètement parmi les kami des mythes des premières chroniques, mais ces premiers dieux sont pour la plupart des esprits d’ancêtres et des divinités vus comme identiques aux dieux des ancêtres et de la tribu. De plus, nous voyons, à partir des termes kunitama no kami (dieu gouverneur du pays) et ikutama no kami (dieu vivifiant), que dieu (kami) signifiait en même temps « esprit » (tama 霊). Ces dieux — esprits divins et ancestraux , en subissant des divisions sans fin et se déplaçant à travers les airs, répondaient aux vœux et aux désirs du peuple priant et habitaient dans des objets et des lieux particuliers. Par exemple, le dieu Hachiman 八幡 d’Usa 宇佐, dans le nord de Kyushu, était invoqué comme Iwashimizu 石清水 Hachiman à Kyoto dans la période Heian ; et ensuite dans la période Kamakura il fut invoqué à Kamakura comme Tsuruoka 鶴岡 Hachiman. Les innombrables sanctuaires Hachiman qui se trouvent partout au Japon apparurent de la même manière.» (Extrait de Chassé-croisé des visibles et des invisibles dans le panthéon japonais, de Tetsuo Yamaori et Julie Higaki (traductrice), dans EspaceTemps.net, Textuel, 16/02/2005)

Rentrons à Beppu d'une traite (45 km) sans trouver de restaurant. Et quand nous arrivons sur la ville, c'est pile l'heure du feu d'artifice, auquel nous assistons dans la voiture... Mièvre spectacle pour qui a su comme nous voir Usa.

De retour à l'hôtel et après le bain, T. veut regarder ce que j'ai filmé de la scène cruciale de la journée, l'équipée au tombeau et l'enterrement symbolique. Mais elle ne trouve que deux bouts de quelques secondes, filmés n'importe comment.
Grosse déception...
En fait, comprenons-nous maintenant (stupéfaction de T., honte pour moi), durant toute l'ascension de la colline, de la maison au tombeau, sur le sentier entre les bambous, dans la chaleur et les moustiques qui m'obligeaient à taper sur mes doigts qui tenaient la caméra vidéo, cadrant du mieux que je pouvais en marchant prudemment, cadrant même un serpent noir que je venais d'entendre passer à moins d'un mètre, durant tout ce temps, donc, je croyais filmer et je ne filmais pas. J'avais mal appuyé, ou appuyé deux fois sur le bouton dès le départ et j'étais sur pause tout le temps — tout le temps de ce que je croyais être le plus beau plan-séquence de ma carrière...
Elle m'en veut, T., bien sûr, et je n'ai aucune excuse. Pour moi aussi, c'est une grosse déception car je n'ai pas rempli ma mission. Plus tard, revenue de la surprise, du choc, elle dira que... peut-être... c'est mieux comme ça... la dimension symbolique... ce que nous avons vu et fait... ne peut se voir...
J'ajoute ici (je ne lui dis pas à elle) que, sur cette colline peuplée des ancêtres de T., dont se sont nourris et se nourrissent encore des générations de bambous parmi lesquels pullulent les moustiques tigrés et les serpents noirs, ce n'est peut-être pas moi qui ai appuyé sur le bouton pause...
(Billet mis à jour le 8 et publié le 9 août...)

Commentaires

1. Le mercredi 9 août 2006 à 02:10, par Bikun :

"Le plus beau plan-séquence de ta carrière"...surtout sans doute selon moi l'un des plus beau billet de ton JLR...Bien sur cet avis n'est valable que pour moi sans doute mais, lorsqu'il y a trop de littérature, je n'arrive plus à lire (je ne suis pas un spécialiste et donc mes connaissances sont très limitées), et lorsque tu parles de ta vie quotidienne, qui plus est lors d'un voyage, ça redevient passionnant! De plus, la vie de T. à elle seule est un roman que tu sais très bien narrer avec la pudeur nécessaire pour décrire des évènements impliquant une personne si proche...
A bientôt à Paris!

2. Le mercredi 9 août 2006 à 04:17, par Berlol :

Merci du compliment, Bikun. Heureusement pour nous, notre vie n'est pas tous les jours aussi trépidante. Sinon, je finirai d'ailleurs par ne même plus avoir le temps de rien écrire...
À bientôt, en effet !

3. Le jeudi 10 août 2006 à 02:15, par brigetoun :

un rêve de voyage fait à travers vous, matériel et spirituel, la belle chute sur l'acte manqué (ce n'est certainement pas vous qui avez appuyé sur le bouton) - et en prime le scriptorium

4. Le jeudi 10 août 2006 à 02:19, par Berlol :

Belle chute, hélas...
Pour le Scriptorium, je viens d'ajouter le lien ce matin, ayant découvert que c'était le même jour !

5. Le jeudi 10 août 2006 à 16:03, par cgat :

j'applaudis moi-aussi :
même si je n'ai rien contre la littérature bien au contraire (il n'est d'ailleurs pas sûr qu'on en soit si loin)
... ce billet mêlant avec talent nature intimité religion humour exotisme et technique (ainsi qu'un zeste de fantastique à la Volodine) est très beau



Dimanche 6 août 2006. Bon prétexte pour d'autres échauffements.

Yufuin (湯布院) est peu distante de Beppu (別府).
Entre ces deux villes, un massif montagneux qu'une route enrubanne, un petit col d'où décolle un téléphérique, et tout un monde : la première étant dans le renouveau touristique et branché façon artiste d'aujourd'hui quand la seconde est encore comme dans l'avant-guerre d'un pépère week-end familial (le pompon du passéisme revenant à Bungotakada, 豊後高田, village visité hier, au nord de la péninsule de Kunisaki).
Le tourisme à l'américaine a été introduit ici, à Beppu, vers 1878, par un précurseur, fondateur de l'hôtel Kamenoi (亀の井) de Beppu, Aburaya Kumahachi (on a récemment donné son nom à une bière brassée à Oita). Le même, quelques années plus tard, à la recherche de nouvelles propositions touristiques, ouvrit un hôtel Kamenoi à Yufuin.
Nous savons maintenant, par quelques propos d'hier avec les aïeux, que certains des hôtels qui ont été fondés par la suite, toujours fin XIXe, étaient aussi des bordels de luxe, le thermalisme des eaux chaudes de Beppu et de Yufuin étant un bon prétexte pour d'autres échauffements.
Pendant que nous nous élevions vers le mont Tsurumi (鶴見, littéralement : voir les grues, mais nous n'en vîmes pas une), puisque nous avions opté pour le Rope Way en matinée et monter voir les nuages de l'intérieur, T. me donnait une partie de ces détails enregistrés hier mais qu'elle avait eu besoin de laisser décanter quelques heures et filtrer une bonne nuit.
D'autres viendraient plus tard, quand, après avoir parcouru et brièvement découvert le bas et le haut de Yufuin, nous en serions à comparer l'état actuel du tourisme dans ces deux villes, dont il y aurait un roman à écrire.
La fraîcheur humide et toute relative du nuage ne compense pas la vue obstruée, mais elle accompagne bien les quelques dizaines de marches qui nous séparent ensuite du sommet, coiffé d'énormes antennes embrumées.

Le bas de Yufuin, la partie principale et historique, est un triangle étroit dont la pointe descend de la montagne par laquelle nous arrivons et dont la base est au niveau de la gare, un kilomètre en aval. Dans le triangle, des centaines d'échoppes, de restaurants, de cafés, de ruelles aménagées, de micro parkings payants, de machines de glaces et de boissons. Une rivière aussi, avec des passages à gué pour les piétons.
Nous arrivons dans la chaleur, faisons un tour de voiture pour voir, nous arrêtons au second passage devant une boutique d'antiquités et d'artisanat local, où un vendeur nous donne un plan et de judicieux conseils touristiques, notamment à propos d'un parking gratuit à quelques décamètres de là. Où nous trouvons une place.

Vers la pointe du triangle, un peu à l'extérieur, promenade en suivant la rivière, traversée à gué, contournement d'un étang poissonneux, canardeux, non loin de l'hôtel Kamenoi. Où nous déjeunons très bien.

Comme T. veut prendre un café un peu plus au frais, un café glacé, d'ailleurs, nous montons jusque chez Moustache... Quartier difficile à trouver, avec de petits panneaux, presque cachés dans la végétation, un quartier en cours de développement, dans des collines et des ruelles, avec très peu de places de parking, comme si l'on voulait y éviter la foule du bas. Et beaucoup de galeries, un petit musée, Artegio, un chocolatier de luxe, et le nom de Murata qui revient plusieurs fois, comme s'il s'agissait de la personne ou du groupe qui développait ce quartier... À approfondir une prochaine fois.

Retour vers 17h15 à notre hôtel de Beppu.
Promenade au bord de mer.
Dîner moyen dans un restaurant quelconque, en haut d'un grand magasin.
Bain pour finir. Et s'endormir, l'ayant bien mérité.

Commentaires

1. Le jeudi 10 août 2006 à 02:22, par brigetoun :

je squate un peu pour vous dire le grand plaisir de ce voyage à travers vos mots - enfin je pense que j'aurai surtout aimé la montée même sans grande visibilité et le quartier de chez Moustache



Lundi 7 août 2006. J'ai adopté une grenouille en kimono.

Tel que vous me lisez là
je suis pas mal bronzé
je descends d'un avion qui a tutoyé le Mont Fuji
je reviens d'une des rares plages nippones bien aménagées
j'ai médité la vie la mort nu dans des sources de montagnes fumantes
j'ai dans les bras des centaines de virages en épingle
et dans le ventre d'excellents poissons grillés
j'ai vu des feux d'artifice et des enfers thermaux
j'ai filmé T. suant dans des temples d'il y a mille ans
et me suis fait piquer les doigts par des moustiques vicieux
j'ai adopté une grenouille en kimono
je n'ai pas trouvé de connexion internet alors qu'il y en avait une dans notre chambre
ni ouvert un livre autre que le guide de Kyushu ou les cartes de Beppu et Kunisaki...
Mais j'ai écrit chaque soir des notes que je mettrai en forme dès demain, avec des photos, quand mes yeux voudront bien rester ouverts.

Complément du 10 août :
Sans mentir, c'est à la seconde où nous allions quitter la chambre que T. a vu un document plastifié, situé sous la télévision et qui expliquait comment connecter d'un ordinateur portable au réseau... Bon, on n'en a pas fait une maladie.

Au centre de la quasi circulaire péninsule de Kunisaki, sur d'étroites routes où nous ne croisions presque personne, avons visité deux celèbres temples, l'un par ses deux statues cerbères (文殊仙寺, monjusenji), l'autre par un type de masque d'Oni qui doit aussi avoir une fonction protectrice (岩戸寺, iwatoji). Disons, tous les deux d'un bouddhisme ancien et plutôt synchrétiste. Il faisait très chaud mais sec, il y avait beaucoup de marches à monter (et à redescendre), pas mal de moustiques qui vrombissaient autour de nous... On commençait à avoir l'habitude. On s'en est plutôt bien sorti et j'ai réappris à filmer.
Dernier bain dans un établissement bordé de montagnes (Akane Onsen). C'est en cette eau que je méditais seul un bon moment... avant de me décider à faire une photo avec le retardateur. Une photo publicitaire avec dames au bain a été prise dans le bain des hommes ; car côté femmes, m'indique T., on voit une maison, et non la montagne...
Simple et excellente cuisine de montagne et de produits naturels.
Il y a des chambres et des petits cottages à louer (pour une autre fois, par exemple en hiver...).

Repérage de plages pour un prochain voyage.
Restitution de la voiture à l'agence Nippon Rent A Car de l'aéroport d'Oita, sans problème.
Avion de retour dans lequel, par chance, nous avons été du côté gauche de l'appareil, ce qui nous a permis d'admirer les côtes puis le Mont Fuji.

Commentaires

1. Le jeudi 10 août 2006 à 02:23, par brigetoun :

et la bande annonce est tout un monde



Mardi 8 août 2006. Endroit qu'on juge inutile, voire nuisible.

Lever difficile, fatigue diffuse, beaucoup de choses à ranger. Début de préparation des billets du JLR en retard mais il y a plus urgent... En effet, T. n'a encore jamais transféré tout ce qui est enregistré dans le disque dur de sa caméra vidéo — hier, crapahutant caméra au poing, j'avais la hantise de glisser, que l'appareil se brise et que tout soit perdu. Branchement du JVC Everio GZ-MG77 sur mon ordinateur, qui le reconnaît, et transfert de sécurité sur mon disque dur. Ouf ! Ensuite, recherche de comment fonctionne son appareil, des logiciels qui vont bien avec, et — que du bonheur !, merci Pierre-Marc — qui sont aussi disponibles en français sur le CD d'installation japonais... Tout fonctionne à merveille. Restera à apprendre à faire du montage et à graver tout ça quelque part.
Au Saint-Martin, il y a du jarret d'agneau ! De quoi reprendre du ressort pour essayer de compléter quelques billets du JLR en retard...

De gros nuages nous ont menacés toute la journée. Vers 18 heures, ils ont l'air plus gentils, ils dégagent et nous laissent sortir faire un tour en vélo. Jusqu'à Kasuga, LaQua, dans le Tokyo Dome, sous prétexte d'acheter du thé et de nous dégourdir. Visite des étages, ce qu'on n'avait pas encore fait : magasins de fringues, cosmétiques, esthétique, comme d'habitude dans les centres commerciaux.
Une boutique vend des jeux tape-à-l'œil, des rebuts de stocks, des trucs drôles, des babioles pour collectionneurs, etc. Le genre d'endroit qu'on juge inutile, voire nuisible. On y entre par pure curiosité malsaine et au fond, du côté des bouquins, on a la surprise de trouver des piles de tous les livres d'Abe Kobo et de Yukio Mishima ! Là, dans un temple commercial, deux des écrivains les plus importants et les moins arrangeants avec le capitalisme. Est-ce le signe de leur valeur ? Qu'il y a comme ça des lieux de résistance, des passages et des passeurs ? (Façon Volodine, quoi.) Ou au contraire de leur totale dévalorisation, de leur solubilité dans le tout-à-l'égoût du déstockage ? (Façon Debord...)
Qu'est-ce qui est l'endroit, qu'est-ce qui est l'envers ? Et même pas d'appareil-photo pour conserver la féérie du couchant sur les manèges...

Retour rapide (c'est à moins de deux kilomètres de chez nous) et préparation du dîner : tomates, mozzarelle et basilic, puis camembert, et une énorme mangue pour finir. Ça devrait être bon pour la ligne...
Je garde pour un autre jour la dernière chronique de Philippe Boisnard sur le Festival de Lodève et la copieuse analyse d'Eolas sur la loi DADVSI — que d'emblée je juge inique (la loi). Enregistrement des conférences de Michel Onfray que j'ai ratées ces jours-ci. Puis compilation des Lexiques de l'actuel de la semaine dernière, pour les amateurs (pour la première semaine, c'était ici).


Mercredi 9 août 2006. Même question des oiseaux qui s'écrasaient.

En rangeant et en travaillant, j'écoute et enregistre la première séance d'un colloque consacré à Léon Werth (sur la webradio des Chemins de la Connaissance, séance enregistrée le 20 janvier, diffusée le 25 juillet), écrivain que je ne connaissais que de nom et qui me devient sympathique en quelques minutes. Après un quart d'heure, je suis frappé de la ressemblance de son caractère avec celui d'Octave Mirbeau, ce qui me sera confirmé deux heures plus tard par des propos de spécialistes.
Je laisse tourner l'appareil pour enregistrer la deuxième séance (enregistrée le 20 janvier et diffusée le 1er août) pendant que nous sortons (la troisième sera pour demain : à chaque fois, c'est près de quatre heures, tout de même).
On a en effet laissé passer un typhon, arrivé sur Tokyo dans la nuit et qui semble en finir avec nous vers 15 heures, sans gravité ici. Le bon moment pour envisager d'aller au sport.

Je n'oublierai pas que Léon Werth est le dédicataire du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry.

Pendant que je transpire de tous mes pores, la narratrice de Nu précipité dans le vide entre enfin au saint des saints de la littérature, la réserve de la BnF. Avec simplicité, elle décrit les rituels auxquels doivent s'astreindre les lecteurs. Je regrette tout de même qu'on n'y sente pas le sentiment de surprise que devrait éprouver une profane (ceci dit, la narratrice n'a jamais dit qu'elle était profane).
Il y est même question des oiseaux qui s'écrasaient contre les vitres du jardin intérieur avant qu'une parade n'y remédie. En l'occurrence, on serait ici plus près du mode d'emploi. En revanche, j'apprécie beaucoup le questionnement qui saisit tout lecteur lorsqu'il doit inscrire le motif de la demande de communication d'ouvrages.

« Il lui a fallu déposer son sac au vestiaire, on lui a remis en échange une mallette en plastique où elle a logé un carnet, quelques stylos, une bouteille d'eau. Elle s'est dirigée vers le rez-de-jardin. Elle a cherché le chemin de la réserve des livres rares, pris l'ascenseur, appuyé sur une sonnette et poussé une porte vitrée. Maintenant elle regarde l'énigme des grands oiseaux bleus immobiles. L'homme qui s'est approché d'elle lui tend une clé. Il explique qu'elle doit d'abord ranger sa mallette dans un petit casier qui porte le numéro de sa place. Elle ne peut pas utiliser de stylo à bille ou à encre, mais seulement un crayon. Il lui désigne sa place de l'autre côté de la salle. Elle remplit les petits bulletins de commande de livres. Elle note la cote, le nom de l'auteur, le titre, l'année. Motif de la demande (Sereine Berlottier, Nu précipité dans le vide, p. 90-91)

Pour la quatrième fois, je crois, après le bain très chaud et le sauna, je suis entré dans le bain d'eau froide dans le but d'y éprouver du plaisir, malgré la difficulté. C'est une grande nouveauté. Pendant plus de quarante ans, j'ai été dans l'impossibilité physique d'entrer dans l'eau froide. L'impossibilité physique et la hantise. Or depuis l'an dernier, il m'est arrivé, après avoir eu bien chaud au sport ou dans le sauna, de souhaiter descendre puis de descendre effectivement dans ce petit bain de 22 ou 24 °C, entouré de panneaux de prévention (n'y pas entrer si l'on est cardiaque, en sortir si l'on ressent un malaise, se laver avant). Et c'était pour me refroidir, juste une fonction pratique.
Mais là, pour la quatrième fois, je crois, j'y entre précisément pour la sensation de bien-être que je vais y ressentir. Et ça marche. Comme quoi, on change.

Avant de revenir à la maison, T. et moi passons au magasin Tokyu Plaza, près de la gare de Shibuya, dans lequel j'avais repéré il y a quelques mois un coin de dévédés de qualité... J'en trouve quatre, qui rejoindront mes documents de travail à l'université (avec sous-titres japonais utiles aux étudiants) : deux Godard, Week-end (1967) et Nouvelle Vague (1990), L'Anglaise et le duc (2001) d'Éric Rohmer et Les Misérables (1957) de Jean-Paul Le Chanois, avec Jean Gabin. Pour l'usage, on verra plus tard.


Jeudi 10 août 2006. À moins que je ne te défonce avant.

Ô ma stature, je me méfie toujours de toi
Demain n'importe comment tu me survivras
À moins que je ne te défonce avant.

Une chose à dire par rapport à la guerre : quand elle est religieuse, implicitement ou explicitement, il n'y a pas de pertinence à distinguer civils et militaires.
Surtout quand en plus les chefs sont drogués de leur stature.
Les religions sont peut-être la pire des choses qui soit arrivée à l'humanité.
Leur réveil (qui est le réveil de leur intransigeance) est un signe de régression.
Et pourtant, elles sont la source de bien des œuvres admirables dans tous les arts.
Vivre avec la conscience de cette antinomie n'est pas facile. Ni agréable.
Certains choisissent un camp et s'y tiennent. Ou en changent.
Je suis contre les religions et pour les arts. Je me tiens écartelé dans la contradiction.

Le nationalisme doit être assimilé à une religion imposée. En ce jour anniversaire de la capitulation du Japon (1945), il faut redire, avant que le premier ministre n'aille faire ses dévotions à Yasukuni (où sont révérés des criminels de guerre au milieu des victimes), que le nationalisme, qui a été une religion d'état imposée à tous les Japonais, civils et militaires sans distinction, des années 30 à la fin de la guerre, que ce nationalisme, aujourd'hui, n'est pas mort du tout.
Et que, selon toute probabilité, le remplaçant de Koizumi, dès septembre, sera pire.

Comme en écho, je découvre le sommaire d'Europe de juin-juillet 2006 : Écrire l'extrême, la littérature et l'art face aux crimes contre l'humanité. Suis très impressionné par les noms assemblés : Pierre Bayard, Primo Levi, Claude Mouchard, Thiphaine Samoyault, Jean-Louis Fournel, Bruno Tackels, Patrick De Vos, Christian Doumet, Jacques Rancière, et même Antoine Emaz (avec un accent aigu sur la majuscule), pour ceux que je connais...

Dernière séance du colloque sur Léon Werth (webradio des Chemins de la connaissance / France Culture / enregistrée le 21 janvier / diffusée le 8 août). Intervention intéressante de Philippe Sollers quoique peu construite, faite de remarques au fil de citations. Et puis avec lui, Werth devient la seule personne lucide des temps pétainistes. C'est une dangereuse exagération.
On analysera utilement les œuvres de Sollers en y relevant la figure récurrente de l'unique contestataire, du solitaire visionnaire, toujours en marge du système et en lutte secrète ou ouverte contre les dominants. On aura ainsi la filiation implicite et le miroir traîné sur tous les chemins qui mènent à celui qui est tout art (Sollers a lui-même explicité le choix de son pseudonyme).

Je retrouve Werth dans mon dévédé de la revue Europe — mais bon sang, mais c'est bien sûr, que n'y avais-je pensé plus tôt ! (Les tables de la revue sont également ici.)

Commentaires

1. Le vendredi 11 août 2006 à 00:01, par brigetoun :

les religions provenant du désir d'immortalité de l'homme doivent donner de la beauté - malheureusement les gens y croient ce qui entraîne la régression
j'aime bien la théologie comme jeu de l'esprit

2. Le vendredi 11 août 2006 à 18:33, par olivier :

Pour revenir sur la question du nationalisme... Je viens de découvrir que le XVIe congrès sur le sida va s'ouvrir demain à Toronto!!! (voir www.aids2006.org/fr ). Les Français y sont peu représentés... Mais surtout, parmi tous les comités organisateurs... AUCUN Japonais... Visiblement, ils continuent de penser que leur "petit" pays est protégé de ce fléau mondial qui a déjà décimé plus de 25 millions de personnes et en infecte à ce jour plus de 40 millions... La non prévention est une politique d'aveuglement dans ce pays!!! "Pas besoin de parler de ça, chez nous, le sida est une maladie d'étrangers!! Nous, nous sommes "naturellement" protégés par les frontières de notre pays", tel pourrait être l'adage des dirigeants... Du coup, l'aveuglement concerne une grande majorité de citoyens... Il n'y a qu'a voir le nombre de personnes qu'un rapport sans préservatif ne dérange pas ici... Même la première fois... Les problèmes qui en découlent sont une mauvaise prise en charge des malades, et une absence de données statistiques réelles sur le nombre de personnes infectées... Le nationalisme n'est donc pas seulement meurtrier pour les autres (ceux dont les nationalistes aimeraient se débarasser), mais pour le pays même qui en abuse... (sur un point différent mais non moins accablant, voir les dernières déclarations d'intention du nouveau ministre de la "culture" iranien... ça promet... Il veut "purifier" -dixit- la culture de son pays....)

3. Le vendredi 11 août 2006 à 21:50, par Berlol :

Salut, Olivier. Cet "éclairage" du nationalisme est tout à fait impressionnant (horrifiquement). Il me fait souvenir du nuage de Tchernobyl qui n'était pas passé sur la France, comme s'il s'était arrêté à la frontière (n'ayant pas de visa). Les politiques ont parfois (souvent ?) de ces attitudes stupides qui ne tiendraient pas 5 minutes devant le bon sens d'un quelconque citoyen. Encore faut-il que le citoyen quelconque soit un tant soit peu informé ! Et c'est là que l'intelligence malintentionnée des politiques s'emploie le mieux, pourrait-on penser : à empêcher les informations de circuler, tout en s'en défendant au nom de la sacro-sainte liberté de la presse mais en étant les meilleurs amis de patrons de presse de moins en moins nombreux et contrôlant de plus en plus de médias...

4. Le samedi 12 août 2006 à 18:47, par olivier :

Comme tu dis l'ami!!!
C'est la raison majeure qui me fait détester le football qui est pour moi devenu le symbole du nationalisme mondial (et français en particulier)!!! Je sais, je sais, nous ne sommes pas d'accord sur le sujet... Mais, pour moi, ce sport 1 - est utilisé par les politiques pour endormir les foules (nouvel opium du peuple!!) par rapport aux sujets importants et 2 - entretient de façon sournoise et voilée le "cocorico" nationaliste à fond (cf. les rapports racistes de certains joueurs avec les équipes adverses... d'où certaines insultes mal venues qui valent un carton rouge à l'insulté... no comment!!! et les comportements hooligans qui pour moi reflètent de façon extrême ce qui sous-tend en fait l'intégralité de ce sport...)



Vendredi 11 août 2006. Apparence philantropique (nous prenant pour des billes).

Depuis des semaines qu'elle m'en montrait l'affiche, T. craignait que nous rations l'exposition consacrée à Jakuchu (comme nous avions raté celle de Foujita, heureusement retrouvée à Kyoto le mois dernier). Donc, c'est pour ce matin. Trop chaud pour aller jusqu'à Ueno à bicyclette. Y allons en JR, malgré l'affluence de la mi-août (finalement tout à fait supportable).
La première fois qu'elle m'en a parlé... Jakuchu, quoi t'est-ce ?, m'étais-je exclamé sottement, ignare que je suis. Et elle, patiente et consciente de mon retard mental, de m'expliquer gentiment l'immense artiste qu'avait été Itô Jakuchû.
L'exposition est conséquente, très bien documentée en bilingue. Encore une fois, je constate que les personnes faisant usage d'un audio-guide ont la facheuse tendance de bousculer à tout-va sans s'en rendre compte, tout accaparées qu'elles sont à suivre le commentaire en regardant les œuvres ou à appuyer sur les boutons de leur boîtier de commande. Évitant quelques audio-bringuebalés, rendant des coups d'épaules à d'autres, nous arrivons à parcourir les salles sans perdre notre bonne humeur et en nous imprégnant, c'est quand même l'essentiel, des qualités extraordinaires des encres et des peintures.

Allons à Ginza pour déjeuner dans un restaurant de spécialités d'Oita, région que nous venons de quitter, mais on ne sert plus après 13h30... Tant pis. Avisons tout près de là l'entrée minuscule d'un restaurant italien nommé Pàraphrase (je me demande même si ce n'est pas un accent aigu...). Les pâtes y sont très bonnes, sauce crabe classique pour moi et originale sauce yaourt, huile d'olive, crabe et œufs de lompe pour les pâtes froides de T. qui adore ça.
On y reviendra.

J'avais déjà le T-shirt Tous les jours, c'est l'enfer en japonais... À Paris, j'achèterai dès que possible celui qui porte la mention Ce T-shirt s'autodétruira quand je l'aurai porté dix fois. Je pense que ce n'est en effet que le début d'une redécouverte du sabotage... Émile Pouget aurait eu du boulot, de nos jours !

Suite à son courriel, ai lu à (propos de) l'écran la communication de Constance Krebs, Du livre électronique à l'encre électronique, dans le Bulletin des Bibliothèques de France. Je me réserve le reste du sommaire pour demain...
Sans trop insister, pour ne pas leur mettre la honte, et avec finesse, Constance revient sur les échecs des promoteurs des livres électroniques à la fin du XXe siècle. Dans ce cadre de publication (BBF), elle a raison ; il vaut mieux en tirer des conclusions pour regarder devant, c'est-à-dire aujourd'hui, avec de nouvelles expériences, qui vont peut-être prendre...
Ce que je voudrais ajouter, et qui n'engage que moi, c'est qu'il était patent, dans les discours publicitaires et d'apparence philantropique (nous prenant pour des billes) des promoteurs de ces engins impraticables (y compris un Attali ou un Orsenna), il était patent donc que ces gens n'avaient en tête que leur propre réussite entrepreneuriale, ce qui veut dire gagner un maximum de fric et casser le marché traditionnel à leur profit.
Sinon... sinon ils auraient commencé par se poser la question de comment les gens fonctionnaient, de pourquoi on aimait les livres de papier, de comment on pouvait proposer quelque chose qui s'intègre doucement dans le paysage sans tout casser. Des moyens qu'on pouvait y mettre. Et d'avoir de l'ivresse en stock avant de nous vendre les flacons...
Il était évident à mes yeux qu'un Attali ou un Orsenna n'avaient aucune intention d'utiliser eux-mêmes les outils qu'ils promouvaient, sauf en dehors d'un spot publicitaire (voir et écouter par exemple les travaux d'Émilie Groshens, présentés au séminaire d'Hubert de Phalèse le 8 novembre 2005, sur Orsenna, et voir aussi qu'il n'y a aucune trace de ce métier-là dans le Qui suis-je ? en ligne d'Orsenna).
Quelques vestes plus tard, nous voici à l'heure du papier électronique. Au train où vont les choses et bien que je sois au Japon, ce n'est encore pas cette année que je vais en toucher le grain.

Commentaires

1. Le vendredi 11 août 2006 à 15:57, par k :

berlol, je ne vous oublie pas, vous par qui j'zai pu extraire les mots de moi vers, vous qui fute celui qui me libéra de cette merde imonde dans lequel nous enfonce le systéme scolaire, vous prof, ou moi à la fin de votre vie, vous repenserai à elle, elle qui c'est lbére de tous les k-ar-kan dans lequel on nous enferme pour mieux nous faire taire.
arte me manque bien sur, et ces efusion avec mp. Alain, qui ne dois pas dromir non plus encore, cel, parti je ne sais ou, barthe, discret à ces heures./ Mais surtout a l'ex(térieure)_ cendre , qui se terre s'enterre.
on est juste ces humains, de, rien, je ne suis personne disait certain, moi même je ne prétend à rien de plus, mais je me sais aussi princesse déesse, ils ne veulent pas que l'on le sache pour nous tenir dedans tellement.
Mr Berlol, mR LVH, celui qui sait cela de lui, cette folie, je vous salut.

2. Le samedi 12 août 2006 à 05:02, par le moustique :

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
Ah ! je t'ai retrouvé ! on allait se cacher dans la forêt !

3. Le samedi 12 août 2006 à 05:30, par k :

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz

4. Le samedi 12 août 2006 à 07:48, par brigetoun :

je viens de faire oh - Constance K m'a laissé un message l'autre jour, mais n'ayant des nouvelles que par personnes interposées je n'avais aucune idée de cette communication (nièce d'une soeur et nous nous aimons bien)

5. Le samedi 12 août 2006 à 07:57, par Berlol :

Là, on peut le dire : le monde est petit ! heureusement que j'étais assis !
Et attention aux moustiques par chez vous aussi...

6. Le samedi 12 août 2006 à 08:07, par brigetoun :

je revenais pleine de remords devant mon impulsivité pour dire que je n'aurais pas du mettre la fin

7. Le samedi 12 août 2006 à 08:16, par le moustique :

zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
zzzz
zzz
zz
z
z

8. Le samedi 12 août 2006 à 08:34, par Berlol :

J'ai enlevé des ailes (des "zzz") au moustique ; ça sort du cadre et dans certains navigateurs, ça provoque des distorsions... Qu'il se le tienne pour dit !
Brigetoun, si vous voulez que j'efface votre parenthèse, dites-le-moi, rien de plus facile !

9. Le samedi 12 août 2006 à 08:56, par le moustique :

zzzzzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzzzzzzz

10. Le samedi 12 août 2006 à 09:03, par Berlol :

Bon, là, c'est raisonnable. Mais ça lasse. T'as rien de mieux à faire que d'aligner les Z. Relire Bataille, par exemple...

11. Le samedi 12 août 2006 à 12:15, par brigetoun :

tant pis j'assume. Que trouver pour faire concurrence au zzz ?
peut être vvvvvvvv

12. Le samedi 12 août 2006 à 12:17, par k :

il dit quoi bataille............
iazyvvtjjnzvyiaevtbytv"vtnut'vyv" '-bt':vlb(_ybù&vyv(_v-_^v-ùybt'" ç&tyvh't" 'nmvitnvnytvbb'y'vb'_ (ubmeutitbù

13. Le dimanche 13 août 2006 à 02:53, par le moustique :

zzzzzzzzz
zzzzzzzz
zzzzzzz
zzzzzzzzzz
zzzzzzzzzzz
zzzzzzzzz
zzzzzzzzzzz
attaque en piqué

14. Le dimanche 13 août 2006 à 05:24, par Manu :

Pour ceux qui aiment les insectes:
www.jamendo.com/fr/album/...
 

15. Le dimanche 13 août 2006 à 13:37, par constance krebs :

Oui, Berlol, chez Gemstar 00h00 non plus, on n'a pas su se poser la question des réels besoins des lecteurs. Enfin quelqu'un a essayé, à la demande du PDG, mais ne savait pas utiliser les outils numériques. Et les budgets dont nous disposions étaient inexistants, alors pour payer une préface, un appareil de notes, une édition dynamique digne de ce nom... Pourtant, j'avais quelques noms en tête, que j'avais proposés sans que les intéressés en sachent quoi que ce soit. C'est une édition, au sens anglais - soit une vraie, une sérieuse, une qui aurait tenu la route, documentée et ludique, universitaire mais pas ennuyeuse -, c'est un editor qui manquait aux textes alors proposés sur e-book.
Je crois qu'aujourd'hui, l'époque est déjà différente de ce qu'elle était voilà sept ans. La musique n'a plus (forcément) de support, l'image s'est (pour une bonne part) détachée du papier. On voit bien que ces supports numériques ne détrônent pas les supports traditionnels, mais qu'ils en sont des compléments.
En plus, on a aujourd'hui l'expérience de l'édition en ligne (ou numérique). Ce qui n'existait pas voilà cinq ans, ou si peu. C'est en se cassant la gueule qu'on apprend à marcher, à faire de la bicyclette ou à monter à cheval. On tombe, puis on se relève, on analyse, et on repart. Mieux.
Le livre restera, à mon avis, l'outil le plus adapté à la lecture - alors que les e-books, i-pods, pda, écrans en tout genre seront des outils de documentation, et de travail, d'une efficacité extraordinaire (je ferai tout ce que je peux pour qu'ils le deviennent, mais qu'ils ne soient rien que ça). Mais pour ces raisons mêmes, et parce qu'on ne peut se passer de son libraire, de la sensualité qu'on ressent à l'égard du papier (combien m'ont parlé de son odeur avec délices!), du nombre de pages comme point de repère, le livre imprimé ne sera pas remplacé.
Quant à la pub, elle n'engage que ceux qui en jouent, tu le sais bien. Orsenna, Attali ne sont ni artistes ni écrivains au sens où nous l'entendons. Ils n'ont dupé que les dupes.
Encore plein de choses à te dire pour te répondre. Ca mérite un article, au moins, mais tout est encore trop frais pour le diffuser. Mais, ne t'inquiète pas pour l'avenir du livre, ou pour les outils digitaux des uns (SHS) et des autres (Lettres et arts), je ne pense pas que cela se bouffe le nez - bien au contraire.
Désolée de ne pas avoir lu ton billet plus tôt, j'aurais dû... Les enfants sont rentrées, et je n'ai pas consulté mon fil RSS du JLR depuis. Pardon! De plus, n'y a pratiquement que toi qui bosse en ce moment. Non, je rigole.
En amitié,
Constance

16. Le dimanche 13 août 2006 à 22:32, par Berlol :

Merci, Constance. Je vois que tu as toujours la pêche pour retenter le coup, et ça, c'est une grande grande qualité ! C'est là qu'une discussion pourrait s'engager avec d'autres lecteurs... Mais ils sont tous en vacances... ou coincés dans des aéroports... ou en train de s'acheter des pulls...

17. Le mardi 15 août 2006 à 13:15, par ck :

Non, non, ils arrivent... J'ai eu 3 mails aujourd'hui ! Peut-être que l'un d'eux va répondre.
A propos de retenter le coup, mon petit doigt me dit que c'est Mac ce coup-ci qui va rafler la mise, avec les ipods. 12 000 textes podcastés en anglais, des best-sellers pour la plupart. Version texte pour bientôt, nous annonce-t-on. Quelques millions d'utilisateurs d'ipods dans le monde, déjà pourvus. Un ipod coûte 160 € contre 600 € pour un e-book pas encore sur le marché européen!!
Qu'en disent les experts?
Mais je continue, on continue - quoi faire d'autre?
ck