| Jeudi 1er décembre
2005. Les habitudes de son train. Quelque désagréable que soit Alain Finkielkraut dans ses modes de discours (perception qui n'engage peut-être que moi), il convient cependant de l'écouter, de laisser sa pensée se développer, y compris lorsqu'elle recule pour prendre une question de plus loin, au risque de ne jamais y répondre, d'en attraper une autre au vol, d'être entravé par l'ire d'un impatient — et de bien réfléchir. Dans les Matins de France Culture du 28 novembre, Sylvain Bourmeau n'est pas très performant. Il s'entend mieux à accuser qu'à débattre, et préfère le terrain, comme il dit, à la philosophie, ou la littérature — qu'il voit, lui, Bourmeau, surtout comme un divertissement, la littérature... Il eût été mieux de trouver un adversaire à la hauteur. D'autant que les idées que Finkielkraut avance sont souvent séduisantes. Sa rhétorique les pare d'un vernis de vérité que l'enthousiasme de son élocution porte jusqu'en votre for intérieur où elles risquent de s'installer durablement si vous n'avez pas déjà soit un bon système de défense (de type idéologique, qui repousse sans réfléchir), soit un matériel d'analyse susceptible de mettre rapidement à l'épreuve ces chevaux de Troie mentaux pour montrer qu'ils sont eux-mêmes les produits d'une idéologie simplette et... réactionnaire. Oui, on y revient. Car même une pensée articulée et englobante, virevoltante, pourrait-on dire, rapide à aligner des arguments, à enchaîner des causes et des conséquences, à nommer des références et des cautions, peut être en fait le produit d'une idéologie simplette. Parfois même sans que son locuteur ne puisse s'en rendre compte, tout emporté qu'il est par son tempérament et la lourdeur des habitudes de son train (formation intellectuelle, fréquentation d'élites flatteuses, sédimentation des certitudes historiques, etc.) — alors qu'il serait peut-être le premier à se condamner s'il était un autre... Jacques Rancière, par exemple, aurait été un bon interlocuteur. À l'écouter le lendemain dans Tout arrive, j'avais même l'impression qu'il était en train de répondre aux Matins de la veille... alors même qu'il dialoguait avec Bruce Bégout et Jean-Philippe Domecq. Au sujet du procès d'Outreau à Paris, je ne suis pas mécontent de ce que j'écrivais en mai 2004... Mais comment va-t-on rendre le temps perdu, la dignité bafouée, les situations professionnelles et affectives brisées ? Aujourd'hui, c'est ZEP ou pas ZEP. Première fois, à ma connaissance, qu'un gouvernement devient un forum permanent d'oppositions diamétrales (en apparence), occultant tous les autres partis politiques. D'une escarmouche occasionnelle entre deux ministres, autrefois, on est passé ces dernières semaines à une occupation permanente de tous les médias par deux pantins qui soufflent le chaud et le froid, pour distraire un hexagone qui tourne hexaèdre. Et ça marche tellement bien, la narcose du PAF par l'info, que l'on s'apprête à lancer une chaîne internationale d'abrutissement ! (C'est TV5 qui va morfler !) Aussi, après la fatigue de trois cours, ayant momentanément renoncé à toute lecture sérieuse, j'ai regardé L'aventure c'est l'aventure (Claude Lelouch, 1972). Une histoire assez peu intéressante, prétexte à numéros d'acteurs dans des jeux quelque peu figés (Lino Ventura, Aldo Maccione), sinon des têtes qu'il est plaisant de revoir (Charles Denner, Jacques Brel). Du coup, je vais m'arrêter là pour aller relever le niveau au lit, entamer le dernier Meschonnic, arrivé hier : Et il a appelé. Traduction du Lévitique (Desclée de Brouwer, 2005). Le pur et l'impur, toujours d'actualité, ça. Commentaires1. Le jeudi 1 décembre 2005 à 09:38, par cel : ah oui, les Matins, je les écoute toujours dans un
demi sommeil, et j'ai un peu suivi celui du 28. Même si je trouve
que ça ne dénote pas des habitudes de l'émission (de
toute manière bien trop entrecoupée et rapide pour qu'une
vraie discussion puisse s'élaborer, avec Démorand toujours
aussi excité à tenir les rennes) d'accord avec toi sur l'adversaire
pas à la hauteur, qui est allé jusqu'à ressortir de
vieilles choses sans rapport des placards pour démonter Finkielkraut
(lui reprochant par exemple d'avoir soutenu Renaud Camus lorsqu'on l'accusait
d'antisémitisme), comme s'il ne pouvait s'y prendre autrement pour
débattre. Ca tombe bien que tu mettes ça en liens je voulais
justeemnt réécouter en état d'éveil... 2. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:10, par k : "Demain, nous parlerons du décès de Robert
Musil." 3. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:18, par k : rentrée de la d'jim, barre sculp, pour fini ptit whyskie
avec ma mère, une soupe haricots verts, bettrave dites " soupe au
sang de dragon" 4. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:23, par Bartlebooth : Juste avant de partir au resto : 5. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:26, par Bartlebooth : 6. Le jeudi 1 décembre 2005 à 11:08, par Arte : Aujourd'hui, nous allons parler du décès de
Robert Musil. 7. Le jeudi 1 décembre 2005 à 11:42, par k : vous vous re petez arté 8. Le jeudi 1 décembre 2005 à 19:51, par Bikun : Cel, le lien sur Bourdieu ne fonctionne pas... 9. Le jeudi 1 décembre 2005 à 21:01, par Berlol : Ça y est, j'ai fait la modif, le lien fonctionne... 10. Le jeudi 1 décembre 2005 à 21:55, par alain : Intéressant tes liens du jour (ou de la veille). 11. Le jeudi 1 décembre 2005 à 22:11, par Berlol : J'ai son "Qui a peur de la littérature ?" mais pas encore lu. Sans doute parce que je me fous de qui peut bien avoir peur de la littérature... Merci d'avoir donné franchement ton avis. 12. Le vendredi 2 décembre 2005 à 08:04, par Bartlebooth : Pour la première fois je pense, Alain, nous ne sommes
pas d'accord. 13. Le vendredi 2 décembre 2005 à 11:41, par alain : Mince. Nous ne sommes pas d'accord. C'est dommage, j'aime,
je l'ai déjà dit, la plupart de tes interventions. 14. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:11, par Berlol : Oui, enfin "je m'en fous", c'est une façon de parler,
hein ! C'était aussi dans le contexte de Bourmeau considérant
la littérature comme un divertissement pour rabaisser Finkielkraut,
ce qui est un mauvais procédé. Et dans ces conditions, je
n'ai pas envie de m'intéresser à Bourmeau. Aussi s'il y a
des gens assez cons pour perdre leur vie à parler de littérature
alors qu'ils en ont peur, voire n'aiment pas ça, ou la réduisent
à une définition qui en minimise la valeur, ce qui revient au
même, alors, oui, je me détourne d'eux, "je m'en fous" au sens
où je préfère passer mon temps à m'occuper directement
de littérature. 15. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:37, par Arte : Oui, ben Domecq il touche pas à FC. Hein ! C'est tout. 16. Le vendredi 2 décembre 2005 à 22:41, par alain : Non, ça ne va pas cogner. Qu'est-ce que j'avais hier
? 17. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:32, par Bartlebooth : Oui, c'est du vent et le reste n'est que littérature. 18. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:37, par k : et bien A quand vous avez déciser de ne pas vous perdre,
je dis bravo, 19. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:54, par Arte : Bon, ça re sent pas bon au dernier, restons à
cet étage ! 20. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:01, par Bartlebooth : arte : ben vas y , dis le que tu comprends pas ma question,
je te repondrai 21. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:11, par Arte : pfff , même pas bu !!! quand je vous le disais que
j'aurais pas du venir ! 22. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:16, par Arte : Alain, laisse tomber la question : extrait de dialogue Arte/Bartle
: 23. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:17, par cel : Bon, moi je trouve juste dommage qu'Alain ne s'étende pas plus, pourquoi ne pas développer un peu, en quoi en peut-on pas s'en prendre à Echenoz, en quoi s'en prendre au vent de certains médias serait il forcément faire du bruit pour rien, n'as tu pas envie de lire une critique qui aurait des couilles (version fille : une critique qui se mouille), plutôt qu'un blabla si bien partagé qu'il en devient fadasse. Domecq n'atteint peut-être pas de cimes, il semble par contre mettre le doigt sur certaines acceptations bien établies (Buren, Boltanski...), et en soi ça demande réponse, ça pourrait une fois posé comme émission d'une critique donner lieu à de vraies débats, hors des "on s'en fout", "qui c'est ce rabat joie ?", en gros s'il ne monte pas assez haut est-ce que ses contradicteurs sont par le même coup forcés de répondre encore plus bas ? 24. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:18, par cel : extrait de dialogue arte/cel : 25. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:19, par Arte : Bref : Domecq est-il oui ou merde un empecheur de réussir
en rond ? 26. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:43, par Bartlebooth : arte : je crois que j'ai enfin posé la bonne question
27. Le samedi 3 décembre 2005 à 19:40, par alain : Oui, les amis, je suis là. Il est 3 h 52 quand j'entame
le message. Je me lève. Je ne pouvais pas répondre. Je souffre
(?!) (si c'est vrai, j'en marre de me lever à cette heure et de tomber
à 10 la veille sans pouvoir rien faire) de mes horaires décalés. 28. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:41, par Berlol : Juste m'excuser de ne pas participer parce que je n'ai pas encore lu Domecq. Sinon, vous pouvez continuer, ça m'intéresse. Et sans doute pas que moi... 29. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:31, par k : oui, moi j'ai sa pour vous un texte de woolf : 30. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:45, par k : L ne va pas manger t^t, mais je suis dans un tel état
de rage qu'il me faut, mon coeur me bat gros aussi, je rejoins jacques hold,
mais continuons avec woolf : 31. Le dimanche 4 décembre 2005 à 07:52, par Bartlebooth : Même si, Alain, j'étais quelque peu déçu
de quelques-uns de tes arguments, que je trouvais bas et étonnamment
les mêmes (l'aigreur, l'envie de pouvoir, c'est un réac, etc)
qu'utilisent ceux qui veulent éviter de répondre sur le fond,
je ne doutais pas de ton ouverture à la discussion. 32. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:18, par alain : Peut-être alors, parce que, au fond, avec ce que dénonce
le polémiste, je suis d'accord. Je suis bien d'accord dès le
début. Mais quel besoin d'en faire un article ou un livre ? Prévenir
qui ? Au dix-neuvième, en 1950, existait déjà une littérature
de surface qui faisait du bruit, s'asseyait à l'Académie, connaissait
les lustres. 33. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:47, par k : vous je ne crois pas, moi oui, je suis limité, limité
dans ma culture, mais dans mon très fond, dans ma chair, oui je dit
comme vous : oui une vérité qui touche, oui pour moi c'est
ça l'écrit, l'écrit comme un cri, au dessus de l'écri-vain,
l'écrit qui n'est pas ressenti, ou qui se fait docile pour plaire,
ou qui se montre "intelleigent"; mais la vraie intelligence, l'intelligence
du monde de la souffrance, de la dureté à vivre cette vie mais
qu'il faut la vivre malgré tout; malgré ça, elle est
en nous, pour moi le livre, le texte qui me touche est celui qui dit la
vérité, celui qui ne se perd pas pour plaire, pour être
reconnu, celui qui touche et fait mouche, celui qui nous remue l'intérieur,
nous caresse , nous cajole, bon en fait je suis sur que personne en à
rien à fourtre 34. Le dimanche 4 décembre 2005 à 11:18, par Arte : Quelque chose qui me touche : 35. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:14, par Bartlebooth : Limite de quoi ? Tout le monde a ses limites, je pose les
miennes maintenant dans cette discussion : 36. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:21, par Bartlebooth : par exemple je suis contre Meschonnic qui est contre tous les poètes contemporains, sauf lui-même (coucou Berlol !) 37. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:46, par k : qui me déchrire : 38. Le dimanche 4 décembre 2005 à 20:25, par alain : Limite, parce que tout en avançant dans les commentaires ici, je ne réponds pas à tout, j'oublie tes arguments, n'y réponds pas, et grossit le regret de passer à côté, ne n'être pas une flèche sur la cible, de perdre ce que je voulais dire.Moi pareil, Bartl, pour les sentiments. Au reste aussi, j'aime la polémique, j'ai des convictions, y tiens. |
| Vendredi 2
décembre 2005. Avec un marteau, avec une hache
? Pas arrivé depuis des mois : réussir à être au bureau à 8 heures un vendredi ! Garantie de deux heures de bon travail. Puis un peu de surf avant le sport. Lectures : sur les droits des créateurs de sites. Grâce à François, je retrouve le chemin de Beinstingel. Et puis pour voir les banlieues autrement qu'avec la dialectique cassandresque et fatiguée de Finkielkraut : ce Journal d'un avocat. Aussi, un anniversaire à fêter, celui de Poezibao ! Bonne continuation, Florence ! Autres sites à signaler. Souvenir de l'été à Cerisy sur le blog Nouvolivractu, merci à son auteur. Sur France Culture, toujours très fines Affinités électives, hier avec Didier Daeninckx, un parcours passionnant à écouter. Autre perle d'oreilles : Là-bas si j'y suis, archives non officielles... Vinteix, tu connais ces gens charmants qui habitent par chez toi ? Et puis si quelqu'un passe par là, c'est ma passion secrète... J'essaie une nouvelle machine à pédaler mais le parcours proposé m'accélère le cœur au-delà de 130, ou c'est la position de la selle qui bloque les abdominaux et coupe le souffle, ou le tableau de bord qui ne permet pas au livre d'Alain Sevestre de tenir sans être fermement tenu... Bref, quinze minutes et je suis cassé. Pas mieux à la course à pied. Je me rabats sur la fonte. Là, ça va à peu près, enfin comme d'habitude. Le bain et le sauna me remettent de bonne humeur mais il y faut un bon quart d'heure. Il y a comme ça de ces boyaux sombres et antédiluviens où l'on se trouve soudain à progresser péniblement et sans raison avant qu'un coude ne rouvre la perspective, sans que l'on sache quel infect complot vient d'être déjoué parmi nos cellules. Derniers rayons de soleil. Déjeuner avec David au Downey, occasion de faire le point sur quelques cours à trois semaines des congés de fin d'année, sérieux et rigolade, comme le sucré salé des hambourgeois toujours excellents. Deux heures après, quand je quitte le bureau pour aller à la gare, il commence à pleuvoir un truc froid qui ne doit pas être de l'eau depuis longtemps... Deux moments forts dans le Tout arrive du lundi 14 novembre 2005 (premier débat d'une semaine de 5 émissions sur la fracture coloniale en France) : Pascal Blanchard (vers le milieu de l'émission) : « L'État, depuis 40 ans, est dans un silence et dans une manipulation de cette mémoire. [brouhaha...] Il faut être très clair. Il suffit de lire tout ce qui a conduit au projet de loi de l'année 2005. Quand on nous dit : « Ah, divine surprise... ou drame... grosse connerie... », soi-disant, le mot du président dessus... Ça fait deux ans et demi que le Parlement et le Sénat discutent de cette loi. Chaque citoyen français peut aller sur Internet ; tous les débats existent sur [le site de] l'Assemblée nationale. Il n'y a eu aucune surprise. Les parlementaires savent où on en est. Et de gauche comme de droite. Et quand vous lisez les débats de nos élus de la République, depuis deux ans en commission, vous êtes, je vous assure, totalement abasourdi ! Vous vous demandez si ils vont dans la rue comme nous. Si ils par... [interrompu] Non, non, attendez, c'est fondamental ! S'il y a une violence qui existe en face, c'est que cette violence, elle se dit : « Mais mince... Il y a une domination d'une mémoire, une seule vision historique qui nous construit des mémoriaux, des lieux, une histoire officielle, une difficulté d'aborder ces questions, des médias... » Je m'excuse de vous le dire, on ne voit quand même pas beaucoup de grands documentaires à 20h30 sur nos chaînes publique sur l'histoire de la colonisation, en dehors de la Guerre d'Algérie. Tout ça a fait, à un moment, bouillonnement et donne le sentiment, et je vous rejoins, que certains disent : « Éh ben, je vais crier très fort, pour que cette mémoire de l'état qui essaie de me digérer dans mon identité, dans l'histoire de ma famille et de l'histoire du destin de mes parents, de mes grands-parents, de mes arrières-grands-parents, ça soit aussi puissant que ce discours de l'État.» Et je dirais qu'à ce niveau-là il faut que, oui, on dénonce ce qui peut devenir de la victimisation et de la repentance, et de l'autre côté qu'on dénonce aussi ce qui est de la manipulation de l'État qui manipule l'Histoire. Vous savez, quand un État en arrive à faire une loi pour édicter aux historiens leur métier, on sait tous que c'est un symptôme que ça ne va pas très bien.. [...] La loi qui est arrivée, de février 2005, heureusement que les historiens ont levé l'étendard dessus, conclusion on a un débat de fond aujourd'hui, c'est qu'on se rend bien compte que quand l'État fait monter ce genre de muraille législative, c'est qu'il se passe quelque chose dans le pays qui est relativement grave car ce type de loi depuis Vichy, on ne les avait pas vues. Je dis bien « pas vues », c'est grave : de nous demander à nous, historiens, de déjà avoir nos conclusions sur une positivité potentielle de la colonisation. On est en 2005, on est le dernier pays au monde avec le Japon à avoir un problème sur sa mémoire coloniale. [...] » Quelques minutes plus tard : Mimouna Hadjam : « [...] Je suis donc la responsable d'une association dans la Seine-Saint-Denis. En effet, je ne découvre rien du tout, je suis porteuse d'une mémoire. Je suis une enfant d'Algériens, une enfant issue d'une famille algérienne nationaliste qui ont combattu le colonialisme français et je dois dire que j'ai été au début, dans ma jeunesse, très fortement marquée par ces combats et j'ai porté cette mémoire de l'anti-colonialisme, ou en tout cas de notre point de vue algérien, je l'ai portée seule, vivant en France, et je me réjouis que vous n'êtes pas [sic] les premiers historiens, moi je n'étais pas au courant pour les travaux de 54 [allusion aux cours en Sorbonne que suivait Max Gallo], en tout cas j'ai écouté, j'ai suivi, j'ai lu les ouvrages de Benjamin Stora qui m'ont un peu réconciliée avec la France et un peu réconciliée avec ce que pouvait être l'Histoire de France. En effet aujourd'hui, la colonisation et l'histoire de la colonisation, elle est enseignée dans les livres d'école comme étant quelque chose de complètement périphérique à l'histoire de France. C'est pas du tout quelque chose qui fait partie de notre histoire, de l'Histoire de France. Il suffit de voir un peu les livres. Et moi, je remonte à même plus loin. Moi, j'ai le souvenir que quand j'étais petite, on m'a dit, dans l'Histoire de France, que Charles Martel avait écrasé les Arabes à Poitiers ! Et j'étais assise sur les bancs de l'école avec mon frère, et on se regardait et on s'est dit : « Mais il les a écrasés avec quoi ? Avec un marteau, avec une hache ? Et rien ! On savait absolument rien sur ces envahisseurs qui déjà en 732 venaient envahir la France. Donc je tiens à dire aussi que le retour de la mémoire est peut-être le fait, votre fait, messieurs les historiens, mais qu'il faut peut-être pas qu'on oublie les principaux acteurs de ce retour de la mémoire que sont les enfants de l'immigration, et particulièrement les enfants de l'immigration algérienne [...] Je ne me considère pas comme une indigène parce que je ne veux pas offenser mon père qui a été emprisonné dans les geôles du Colonialisme, je n'offense pas mon frère qui est mort assassiné et qui, lui, s'est battu pour me donner un pays et une nationalité, je n'offenserai pas mon oncle qui a été guillotiné pendant la guerre de libération algérienne, je n'offenserai pas les centaines de milliers d'Algériens qui ont été assassinés. Je ne suis pas une indigène. Je suis une citoyenne de cette république. Je me bats mais je suis discriminée, je suis consciente que je vis dans une souffrance, et dans la souffrance dans tous les sens du terme : sous-France. J'appartiens pas à la France. Mais moi je me revendique comme étant une citoyenne. Il y a 20 ans, j'ai marché pour l'égalité des droits, [Pourtant] je n'ai pas les mêmes droits que les autres. Mais je ne suis pas une indigène, je te le dis [pour Houria Bouteldja, qui revendique l'Appel des Indigènes de la République], je n'offenserai pas la mémoire de mes parents. Je suis porteuse de cette mémoire, qu'on le veuille ou non. Et j'aimerais qu'un jour cette mémoire ne soit pas seulement ma mémoire mais que je sois rejointe aussi par tous les groupes porteurs d'autres mémoires pour que ensemble, en effet... Seule, trop souvent seule avec mes amis, on s'est retrouvés, jusqu'à ce que Delanoë mette sa plaque, tout seuls sur le quai de Jemmapes à dire : « Papon, assassin de Juifs et d'Arabes ! » Nous, on veut qu'il soit jugé pour crime contre l'humanité, pour ce qu'il a fait ici, en plein cœur de Paris. On n'était pas beaucoup à le dire. Il a fallu que Delanoë mette sa plaque, il a fallu la médiatisation pour que aujourd'hui... Il y a quelques jours, le maire de La Courneuve inaugurait une rue du 17-Octobre-1961, et qu'est-ce que fait Sarkozy ?, après nous avoir insultés de racailles, de voyous, de vermines, il nous instaure le couvre-feu qui, pour moi, à mes yeux, n'est ni plus ni moins qu'une gestion coloniale. [...] » Commentaires1. Le vendredi 2 décembre 2005 à 07:15, par Arte : Nous abordons aujourd'hui l'oeuvre majeure de Robert Musil. 2. Le vendredi 2 décembre 2005 à 07:51, par vinteix : Oui, je les connais un peu : tres charmants, en effet. 3. Le vendredi 2 décembre 2005 à 08:48, par k : il est 17h45 pas de sms, 4. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:32, par k : hier je me suis regardée apostrophe 1984 duras, elle
dit en parlant du chinois : 5. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:50, par Marie.Pool : K: Bravo ! 6. Le vendredi 16 décembre 2005 à 20:56, par Arnaud : Merci pour cette longue transcription depuis la radio. C'est précieux. |
| Samedi 3 décembre
2005. Oiseaux sauvages de la vie. [RLVS-12] « — Ton bonheur ? Et ce bonheur ? [...] Tatiana et moi guettons la réponse de Lol. Le cœur me bat fort et je crains que Tatiana ne découvre, elle seule le peut, ce désordre dans le sang de son amant. Je la frôlais presque. Je recule d'un pas. Elle n'a rien découvert. Lol va répondre. Je m'attends à tout. Qu'elle m'achève de la même manière qu'elle m'a découvert. Elle répond. Mon cœur s'endort. — Mon bonheur est là.» (Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, p. 148). Depuis que Lol lui a dit ça, l'autre jour, Tatiana veut savoir. Cette histoire de bonheur, si c'était possible, cela remettrait en cause les catégories établies, notamment celle où Lol a été placée, celle des fous, des assistés du cœur, des handicapés à vie de la vie. Les autres, comme Tatiana, sont seulement résignés — et névrosés, bien sûr — mais ils se tiennent à leur place et n'envisagent pas d'en partir : c'est une « impérieuse obligation première et dernière » (155). À l'opposé, il est probable qu'une partie de ce qui gêne les autres, chez Lol, qu'ils appellent ça folie ou maladie, c'est son imprévisibilité comportementale (« inquiétude passée et à venir, constante », 143, « je n'ai rien voulu », 150, « à quoi m'attendre », 152), la liberté de ton et d'action qu'ils lui prêtent (« des oiseaux sauvages de sa vie, qu'en savons-nous ? », 145), l'impossibilité de l'apprivoiser. Plus Tatiana paraît asservie, plus Lol paraît libre — mais on ne saura jamais si la bascule est réelle ou seulement dans la tête de Jacques. Parce que le Jacques, il est sévèrement secoué ! Dès que Lol l'approche, il perd le souffle (144) ou nous fait une bouffée de chaleur (ci-dessus). Son cœur bat la chamade, comme on dit. Oui, mais ce qui intéresse Duras, c'est de faire coexister des choses que l'on dit (banalités) et des choses totalement inédites, sans doute pour nous montrer que l'être humain occupe tout ce panorama et gît dans l'amplitude. Alors, le cœur, ce siège des passions, cette métaphore éculée, comment le/la recharger ? D'abord par l'adjonction d'un complément indirect, juste un petit me, qui fait presque du verbe battre un verbe pronominal : « Le cœur me bat », avec le tremblé du sens, le verbe qui risque de sortir de son acception de battement interne, de pulsation, pour passer à celle des coups extérieurs, de la violence des coups portés — l'organe étant alors personnifié et la personne victimisée, victime de son cœur qui la bat, un comble. Ou une réalité. Ensuite, à la fin de la phrase, on passe du cœur (réel et métaphorique) au sang. Filage de la métaphore par la métonymie : le sang est bien ce que le cœur pompe. Mais en passant du cœur au sang, on passe d'un organe à peu près localisé, dans le corps comme dans la symbolique, à un fluide totalement envahissant et incontrôlable. S'il y a désordre du sang, il atteint nécessairement l'intégralité des parties du corps. C'est une hyperesthésie de l'émotion (le lat. motio signifie aussi le frisson de fièvre) dans l'attente d'une réponse à la question cruciale, la seule qui vaille. Mais son sang n'est pas seul en circuit : plus tard, il « pompe le sang de Tatiana » qui en devient « exsangue » (167), virtuellement, bien sûr. La naissance de l'amour devient alors un acte vampirique, l'effusion une transfusion, et les deux femmes des vases communicants. [/RLVS-12] Parfois, on passerait des heures sur un ou deux mots. Levé à 5h30, j'ai préparé des commentaires pour trois chapitres. En cours, on n'en a fait que la moitié, hélas... Et samedi prochain qui sera le dernier cours. Comment je vais faire ? Après un déjeuner rapidement avalé à la maison, je file à la MFJ où il y a une journée d'études sur la notion de communauté, en littérature et en philosophie, avec notamment des exposés sur Genet et Duras. Je vais sans doute y retrouver Agnès, Clara, Franck, Michaël, Patrice, Olivier, François, d'autres peut-être. [Trois jours plus tard...] François Bizet a été parfait sur le refus communautaire de Genet, Pierre Ouellet nous a révélé une discrète et presque impossible communauté poétique de telqueliens (Marcelin Pleynet et Denis Roche, notamment) entravés par leur chef. Ensuite j'avoue ne pas avoir été en mesure de comprendre les arabesques philosophiques de deux intervenants. Puis le retour sur terre, même en compagnie de Marguerite Duras (que je venais de quitter pimpante le matin), a été rude et je n'arrivais plus à suivre. Je me suis retiré, piteux, peu de temps après, laissant mes amis pour revenir me blottir dans les bras de T., ma communauté essentielle. Heureusement, j'ai les enregistrements. Je viens de réécouter Osamu Hayashi s'interrogeant sur l'impossible communauté des amants, et c'est très intéressant, très convaincant, traversant intelligemment un grand nombre d'œuvres de Duras sans jamais quitter son sujet ni répéter Blanchot dont il est parti. [Fin de l'ajout.] — Victoire d'Austerlitz !... On en parle ? — Nan, laisse tomber, c'est tarte à la crème, ça traîne dans tous les médias... — OK, alors je vais me coucher. — C'est ça, capitalise pour le ping-pong !... Commentaires1. Le samedi 3 décembre 2005 à 07:58, par Arte : Tu inacheves les cours avec R. Musil ! 2. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:06, par Berlol : Oh, t'es là, toi ! C'est quoi, c'est 16h00, chez toi ? Déjà devant l'ordinateur ? Allez, bonne nuit, j'y vais... 3. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:50, par Marie.Pool : "Parce que le Jacques, il est sévèrement secoué
!" 4. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:12, par k : bouuuu j'ai pas le temps de parlementer, et j'ai tellement
envie, mais L est là elle à faim, et veux sa moman, donc je
vais en déchroché de lol, qui ne me quitte jamais, mais une
chose 5. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:14, par k : mais qu'est ce que je peux faire comme fautes ça n'a pas de bon sens non............. 6. Le samedi 3 décembre 2005 à 15:39, par Berlol : Merci Marie.Pool pour cette copie ciblée. Que les
causeuses essaient de rejoindre les parleuses, c'est finalement normal, sauf
l'anachronisme. Ceci dit, je ne vois pas ce que cela change à mon
explication "littéraire". 7. Le samedi 3 décembre 2005 à 20:46, par Marie.Pool : On peut le voir aussi comme ça [Silence] 8. Le samedi 3 décembre 2005 à 20:55, par vinteix : ... narratrice-personnage principal : "Soleil couchant" de Dazai. 9. Le samedi 3 décembre 2005 à 21:18, par vinteix : "Justine" de Sade 10. Le dimanche 4 décembre 2005 à 01:36, par Berlol : "du moins elle ne le dit pas dans les Parleuses !" — alors
là, Marie.Pool, vous me coupez le souffle ! Le texte du "Ravissement..."
dit très bien ce qu'il dit, du début à la fin on voit
ce Jacques qui est littéralement secoué, oui, par cette rencontre
et tout ce que cela change pour lui, il essaie de rendre hommage à
cette femme qu'il aime en reconstruisant son histoire pour lui ôter
les marques d'infâmie qui lui ont été apposées
avec la complicité de sa meilleure amie Tatiana et vous venez me dire
qu'il ne l'est peut-être pas, secoué, en me balançant
hors-contexte des propos tenus près de vingt ans plus tard, vingt
ans, vous vous rendez compte !, alors qu'entre temps Lol V. Stein était
devenue un personnage différent dans un autre livre, un personnage
public grâce à Lacan et aux études féministes
américaines. 11. Le dimanche 4 décembre 2005 à 01:36, par Berlol : Merci Vinteix, et deux de plus dans ma besace ! 12. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:01, par alain : et la porcelaine ? 13. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:24, par Berlol : La porcelaine, j'adore ! Tu veux m'en offrir ? 14. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:53, par k : oui je vais m'y mettre, mais léa doit manger 15. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:59, par cécile : Une nouvelle contemporaine avec narratrice écrite
par un homme, beaucoup aimé à l'époque www.pol-editeur.fr/catalo... 16. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:17, par k : bonjour cecile komment vas 17. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:46, par k : oui, moi j'ai sa pour vous un texte de woolf : |