| Jeudi 1er décembre
2005. Les habitudes de son train. Quelque désagréable que soit Alain Finkielkraut dans ses modes de discours (perception qui n'engage peut-être que moi), il convient cependant de l'écouter, de laisser sa pensée se développer, y compris lorsqu'elle recule pour prendre une question de plus loin, au risque de ne jamais y répondre, d'en attraper une autre au vol, d'être entravé par l'ire d'un impatient — et de bien réfléchir. Dans les Matins de France Culture du 28 novembre, Sylvain Bourmeau n'est pas très performant. Il s'entend mieux à accuser qu'à débattre, et préfère le terrain, comme il dit, à la philosophie, ou la littérature — qu'il voit, lui, Bourmeau, surtout comme un divertissement, la littérature... Il eût été mieux de trouver un adversaire à la hauteur. D'autant que les idées que Finkielkraut avance sont souvent séduisantes. Sa rhétorique les pare d'un vernis de vérité que l'enthousiasme de son élocution porte jusqu'en votre for intérieur où elles risquent de s'installer durablement si vous n'avez pas déjà soit un bon système de défense (de type idéologique, qui repousse sans réfléchir), soit un matériel d'analyse susceptible de mettre rapidement à l'épreuve ces chevaux de Troie mentaux pour montrer qu'ils sont eux-mêmes les produits d'une idéologie simplette et... réactionnaire. Oui, on y revient. Car même une pensée articulée et englobante, virevoltante, pourrait-on dire, rapide à aligner des arguments, à enchaîner des causes et des conséquences, à nommer des références et des cautions, peut être en fait le produit d'une idéologie simplette. Parfois même sans que son locuteur ne puisse s'en rendre compte, tout emporté qu'il est par son tempérament et la lourdeur des habitudes de son train (formation intellectuelle, fréquentation d'élites flatteuses, sédimentation des certitudes historiques, etc.) — alors qu'il serait peut-être le premier à se condamner s'il était un autre... Jacques Rancière, par exemple, aurait été un bon interlocuteur. À l'écouter le lendemain dans Tout arrive, j'avais même l'impression qu'il était en train de répondre aux Matins de la veille... alors même qu'il dialoguait avec Bruce Bégout et Jean-Philippe Domecq. Au sujet du procès d'Outreau à Paris, je ne suis pas mécontent de ce que j'écrivais en mai 2004... Mais comment va-t-on rendre le temps perdu, la dignité bafouée, les situations professionnelles et affectives brisées ? Aujourd'hui, c'est ZEP ou pas ZEP. Première fois, à ma connaissance, qu'un gouvernement devient un forum permanent d'oppositions diamétrales (en apparence), occultant tous les autres partis politiques. D'une escarmouche occasionnelle entre deux ministres, autrefois, on est passé ces dernières semaines à une occupation permanente de tous les médias par deux pantins qui soufflent le chaud et le froid, pour distraire un hexagone qui tourne hexaèdre. Et ça marche tellement bien, la narcose du PAF par l'info, que l'on s'apprête à lancer une chaîne internationale d'abrutissement ! (C'est TV5 qui va morfler !) Aussi, après la fatigue de trois cours, ayant momentanément renoncé à toute lecture sérieuse, j'ai regardé L'aventure c'est l'aventure (Claude Lelouch, 1972). Une histoire assez peu intéressante, prétexte à numéros d'acteurs dans des jeux quelque peu figés (Lino Ventura, Aldo Maccione), sinon des têtes qu'il est plaisant de revoir (Charles Denner, Jacques Brel). Du coup, je vais m'arrêter là pour aller relever le niveau au lit, entamer le dernier Meschonnic, arrivé hier : Et il a appelé. Traduction du Lévitique (Desclée de Brouwer, 2005). Le pur et l'impur, toujours d'actualité, ça. Commentaires1. Le jeudi 1 décembre 2005 à 09:38, par cel : ah oui, les Matins, je les écoute toujours dans un
demi sommeil, et j'ai un peu suivi celui du 28. Même si je trouve
que ça ne dénote pas des habitudes de l'émission (de
toute manière bien trop entrecoupée et rapide pour qu'une
vraie discussion puisse s'élaborer, avec Démorand toujours
aussi excité à tenir les rennes) d'accord avec toi sur l'adversaire
pas à la hauteur, qui est allé jusqu'à ressortir de
vieilles choses sans rapport des placards pour démonter Finkielkraut
(lui reprochant par exemple d'avoir soutenu Renaud Camus lorsqu'on l'accusait
d'antisémitisme), comme s'il ne pouvait s'y prendre autrement pour
débattre. Ca tombe bien que tu mettes ça en liens je voulais
justeemnt réécouter en état d'éveil... 2. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:10, par k : "Demain, nous parlerons du décès de Robert
Musil." 3. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:18, par k : rentrée de la d'jim, barre sculp, pour fini ptit whyskie
avec ma mère, une soupe haricots verts, bettrave dites " soupe au
sang de dragon" 4. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:23, par Bartlebooth : Juste avant de partir au resto : 5. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:26, par Bartlebooth : 6. Le jeudi 1 décembre 2005 à 11:08, par Arte : Aujourd'hui, nous allons parler du décès de
Robert Musil. 7. Le jeudi 1 décembre 2005 à 11:42, par k : vous vous re petez arté 8. Le jeudi 1 décembre 2005 à 19:51, par Bikun : Cel, le lien sur Bourdieu ne fonctionne pas... 9. Le jeudi 1 décembre 2005 à 21:01, par Berlol : Ça y est, j'ai fait la modif, le lien fonctionne... 10. Le jeudi 1 décembre 2005 à 21:55, par alain : Intéressant tes liens du jour (ou de la veille). 11. Le jeudi 1 décembre 2005 à 22:11, par Berlol : J'ai son "Qui a peur de la littérature ?" mais pas encore lu. Sans doute parce que je me fous de qui peut bien avoir peur de la littérature... Merci d'avoir donné franchement ton avis. 12. Le vendredi 2 décembre 2005 à 08:04, par Bartlebooth : Pour la première fois je pense, Alain, nous ne sommes
pas d'accord. 13. Le vendredi 2 décembre 2005 à 11:41, par alain : Mince. Nous ne sommes pas d'accord. C'est dommage, j'aime,
je l'ai déjà dit, la plupart de tes interventions. 14. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:11, par Berlol : Oui, enfin "je m'en fous", c'est une façon de parler,
hein ! C'était aussi dans le contexte de Bourmeau considérant
la littérature comme un divertissement pour rabaisser Finkielkraut,
ce qui est un mauvais procédé. Et dans ces conditions, je
n'ai pas envie de m'intéresser à Bourmeau. Aussi s'il y a
des gens assez cons pour perdre leur vie à parler de littérature
alors qu'ils en ont peur, voire n'aiment pas ça, ou la réduisent
à une définition qui en minimise la valeur, ce qui revient au
même, alors, oui, je me détourne d'eux, "je m'en fous" au sens
où je préfère passer mon temps à m'occuper directement
de littérature. 15. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:37, par Arte : Oui, ben Domecq il touche pas à FC. Hein ! C'est tout. 16. Le vendredi 2 décembre 2005 à 22:41, par alain : Non, ça ne va pas cogner. Qu'est-ce que j'avais hier
? 17. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:32, par Bartlebooth : Oui, c'est du vent et le reste n'est que littérature. 18. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:37, par k : et bien A quand vous avez déciser de ne pas vous perdre,
je dis bravo, 19. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:54, par Arte : Bon, ça re sent pas bon au dernier, restons à
cet étage ! 20. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:01, par Bartlebooth : arte : ben vas y , dis le que tu comprends pas ma question,
je te repondrai 21. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:11, par Arte : pfff , même pas bu !!! quand je vous le disais que
j'aurais pas du venir ! 22. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:16, par Arte : Alain, laisse tomber la question : extrait de dialogue Arte/Bartle
: 23. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:17, par cel : Bon, moi je trouve juste dommage qu'Alain ne s'étende pas plus, pourquoi ne pas développer un peu, en quoi en peut-on pas s'en prendre à Echenoz, en quoi s'en prendre au vent de certains médias serait il forcément faire du bruit pour rien, n'as tu pas envie de lire une critique qui aurait des couilles (version fille : une critique qui se mouille), plutôt qu'un blabla si bien partagé qu'il en devient fadasse. Domecq n'atteint peut-être pas de cimes, il semble par contre mettre le doigt sur certaines acceptations bien établies (Buren, Boltanski...), et en soi ça demande réponse, ça pourrait une fois posé comme émission d'une critique donner lieu à de vraies débats, hors des "on s'en fout", "qui c'est ce rabat joie ?", en gros s'il ne monte pas assez haut est-ce que ses contradicteurs sont par le même coup forcés de répondre encore plus bas ? 24. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:18, par cel : extrait de dialogue arte/cel : 25. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:19, par Arte : Bref : Domecq est-il oui ou merde un empecheur de réussir
en rond ? 26. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:43, par Bartlebooth : arte : je crois que j'ai enfin posé la bonne question
27. Le samedi 3 décembre 2005 à 19:40, par alain : Oui, les amis, je suis là. Il est 3 h 52 quand j'entame
le message. Je me lève. Je ne pouvais pas répondre. Je souffre
(?!) (si c'est vrai, j'en marre de me lever à cette heure et de tomber
à 10 la veille sans pouvoir rien faire) de mes horaires décalés. 28. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:41, par Berlol : Juste m'excuser de ne pas participer parce que je n'ai pas encore lu Domecq. Sinon, vous pouvez continuer, ça m'intéresse. Et sans doute pas que moi... 29. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:31, par k : oui, moi j'ai sa pour vous un texte de woolf : 30. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:45, par k : L ne va pas manger t^t, mais je suis dans un tel état
de rage qu'il me faut, mon coeur me bat gros aussi, je rejoins jacques hold,
mais continuons avec woolf : 31. Le dimanche 4 décembre 2005 à 07:52, par Bartlebooth : Même si, Alain, j'étais quelque peu déçu
de quelques-uns de tes arguments, que je trouvais bas et étonnamment
les mêmes (l'aigreur, l'envie de pouvoir, c'est un réac, etc)
qu'utilisent ceux qui veulent éviter de répondre sur le fond,
je ne doutais pas de ton ouverture à la discussion. 32. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:18, par alain : Peut-être alors, parce que, au fond, avec ce que dénonce
le polémiste, je suis d'accord. Je suis bien d'accord dès le
début. Mais quel besoin d'en faire un article ou un livre ? Prévenir
qui ? Au dix-neuvième, en 1950, existait déjà une littérature
de surface qui faisait du bruit, s'asseyait à l'Académie, connaissait
les lustres. 33. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:47, par k : vous je ne crois pas, moi oui, je suis limité, limité
dans ma culture, mais dans mon très fond, dans ma chair, oui je dit
comme vous : oui une vérité qui touche, oui pour moi c'est
ça l'écrit, l'écrit comme un cri, au dessus de l'écri-vain,
l'écrit qui n'est pas ressenti, ou qui se fait docile pour plaire,
ou qui se montre "intelleigent"; mais la vraie intelligence, l'intelligence
du monde de la souffrance, de la dureté à vivre cette vie mais
qu'il faut la vivre malgré tout; malgré ça, elle est
en nous, pour moi le livre, le texte qui me touche est celui qui dit la
vérité, celui qui ne se perd pas pour plaire, pour être
reconnu, celui qui touche et fait mouche, celui qui nous remue l'intérieur,
nous caresse , nous cajole, bon en fait je suis sur que personne en à
rien à fourtre 34. Le dimanche 4 décembre 2005 à 11:18, par Arte : Quelque chose qui me touche : 35. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:14, par Bartlebooth : Limite de quoi ? Tout le monde a ses limites, je pose les
miennes maintenant dans cette discussion : 36. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:21, par Bartlebooth : par exemple je suis contre Meschonnic qui est contre tous les poètes contemporains, sauf lui-même (coucou Berlol !) 37. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:46, par k : qui me déchrire : 38. Le dimanche 4 décembre 2005 à 20:25, par alain : Limite, parce que tout en avançant dans les commentaires ici, je ne réponds pas à tout, j'oublie tes arguments, n'y réponds pas, et grossit le regret de passer à côté, ne n'être pas une flèche sur la cible, de perdre ce que je voulais dire.Moi pareil, Bartl, pour les sentiments. Au reste aussi, j'aime la polémique, j'ai des convictions, y tiens. |
| Vendredi 2
décembre 2005. Avec un marteau, avec une hache
? Pas arrivé depuis des mois : réussir à être au bureau à 8 heures un vendredi ! Garantie de deux heures de bon travail. Puis un peu de surf avant le sport. Lectures : sur les droits des créateurs de sites. Grâce à François, je retrouve le chemin de Beinstingel. Et puis pour voir les banlieues autrement qu'avec la dialectique cassandresque et fatiguée de Finkielkraut : ce Journal d'un avocat. Aussi, un anniversaire à fêter, celui de Poezibao ! Bonne continuation, Florence ! Autres sites à signaler. Souvenir de l'été à Cerisy sur le blog Nouvolivractu, merci à son auteur. Sur France Culture, toujours très fines Affinités électives, hier avec Didier Daeninckx, un parcours passionnant à écouter. Autre perle d'oreilles : Là-bas si j'y suis, archives non officielles... Vinteix, tu connais ces gens charmants qui habitent par chez toi ? Et puis si quelqu'un passe par là, c'est ma passion secrète... J'essaie une nouvelle machine à pédaler mais le parcours proposé m'accélère le cœur au-delà de 130, ou c'est la position de la selle qui bloque les abdominaux et coupe le souffle, ou le tableau de bord qui ne permet pas au livre d'Alain Sevestre de tenir sans être fermement tenu... Bref, quinze minutes et je suis cassé. Pas mieux à la course à pied. Je me rabats sur la fonte. Là, ça va à peu près, enfin comme d'habitude. Le bain et le sauna me remettent de bonne humeur mais il y faut un bon quart d'heure. Il y a comme ça de ces boyaux sombres et antédiluviens où l'on se trouve soudain à progresser péniblement et sans raison avant qu'un coude ne rouvre la perspective, sans que l'on sache quel infect complot vient d'être déjoué parmi nos cellules. Derniers rayons de soleil. Déjeuner avec David au Downey, occasion de faire le point sur quelques cours à trois semaines des congés de fin d'année, sérieux et rigolade, comme le sucré salé des hambourgeois toujours excellents. Deux heures après, quand je quitte le bureau pour aller à la gare, il commence à pleuvoir un truc froid qui ne doit pas être de l'eau depuis longtemps... Deux moments forts dans le Tout arrive du lundi 14 novembre 2005 (premier débat d'une semaine de 5 émissions sur la fracture coloniale en France) : Pascal Blanchard (vers le milieu de l'émission) : « L'État, depuis 40 ans, est dans un silence et dans une manipulation de cette mémoire. [brouhaha...] Il faut être très clair. Il suffit de lire tout ce qui a conduit au projet de loi de l'année 2005. Quand on nous dit : « Ah, divine surprise... ou drame... grosse connerie... », soi-disant, le mot du président dessus... Ça fait deux ans et demi que le Parlement et le Sénat discutent de cette loi. Chaque citoyen français peut aller sur Internet ; tous les débats existent sur [le site de] l'Assemblée nationale. Il n'y a eu aucune surprise. Les parlementaires savent où on en est. Et de gauche comme de droite. Et quand vous lisez les débats de nos élus de la République, depuis deux ans en commission, vous êtes, je vous assure, totalement abasourdi ! Vous vous demandez si ils vont dans la rue comme nous. Si ils par... [interrompu] Non, non, attendez, c'est fondamental ! S'il y a une violence qui existe en face, c'est que cette violence, elle se dit : « Mais mince... Il y a une domination d'une mémoire, une seule vision historique qui nous construit des mémoriaux, des lieux, une histoire officielle, une difficulté d'aborder ces questions, des médias... » Je m'excuse de vous le dire, on ne voit quand même pas beaucoup de grands documentaires à 20h30 sur nos chaînes publique sur l'histoire de la colonisation, en dehors de la Guerre d'Algérie. Tout ça a fait, à un moment, bouillonnement et donne le sentiment, et je vous rejoins, que certains disent : « Éh ben, je vais crier très fort, pour que cette mémoire de l'état qui essaie de me digérer dans mon identité, dans l'histoire de ma famille et de l'histoire du destin de mes parents, de mes grands-parents, de mes arrières-grands-parents, ça soit aussi puissant que ce discours de l'État.» Et je dirais qu'à ce niveau-là il faut que, oui, on dénonce ce qui peut devenir de la victimisation et de la repentance, et de l'autre côté qu'on dénonce aussi ce qui est de la manipulation de l'État qui manipule l'Histoire. Vous savez, quand un État en arrive à faire une loi pour édicter aux historiens leur métier, on sait tous que c'est un symptôme que ça ne va pas très bien.. [...] La loi qui est arrivée, de février 2005, heureusement que les historiens ont levé l'étendard dessus, conclusion on a un débat de fond aujourd'hui, c'est qu'on se rend bien compte que quand l'État fait monter ce genre de muraille législative, c'est qu'il se passe quelque chose dans le pays qui est relativement grave car ce type de loi depuis Vichy, on ne les avait pas vues. Je dis bien « pas vues », c'est grave : de nous demander à nous, historiens, de déjà avoir nos conclusions sur une positivité potentielle de la colonisation. On est en 2005, on est le dernier pays au monde avec le Japon à avoir un problème sur sa mémoire coloniale. [...] » Quelques minutes plus tard : Mimouna Hadjam : « [...] Je suis donc la responsable d'une association dans la Seine-Saint-Denis. En effet, je ne découvre rien du tout, je suis porteuse d'une mémoire. Je suis une enfant d'Algériens, une enfant issue d'une famille algérienne nationaliste qui ont combattu le colonialisme français et je dois dire que j'ai été au début, dans ma jeunesse, très fortement marquée par ces combats et j'ai porté cette mémoire de l'anti-colonialisme, ou en tout cas de notre point de vue algérien, je l'ai portée seule, vivant en France, et je me réjouis que vous n'êtes pas [sic] les premiers historiens, moi je n'étais pas au courant pour les travaux de 54 [allusion aux cours en Sorbonne que suivait Max Gallo], en tout cas j'ai écouté, j'ai suivi, j'ai lu les ouvrages de Benjamin Stora qui m'ont un peu réconciliée avec la France et un peu réconciliée avec ce que pouvait être l'Histoire de France. En effet aujourd'hui, la colonisation et l'histoire de la colonisation, elle est enseignée dans les livres d'école comme étant quelque chose de complètement périphérique à l'histoire de France. C'est pas du tout quelque chose qui fait partie de notre histoire, de l'Histoire de France. Il suffit de voir un peu les livres. Et moi, je remonte à même plus loin. Moi, j'ai le souvenir que quand j'étais petite, on m'a dit, dans l'Histoire de France, que Charles Martel avait écrasé les Arabes à Poitiers ! Et j'étais assise sur les bancs de l'école avec mon frère, et on se regardait et on s'est dit : « Mais il les a écrasés avec quoi ? Avec un marteau, avec une hache ? Et rien ! On savait absolument rien sur ces envahisseurs qui déjà en 732 venaient envahir la France. Donc je tiens à dire aussi que le retour de la mémoire est peut-être le fait, votre fait, messieurs les historiens, mais qu'il faut peut-être pas qu'on oublie les principaux acteurs de ce retour de la mémoire que sont les enfants de l'immigration, et particulièrement les enfants de l'immigration algérienne [...] Je ne me considère pas comme une indigène parce que je ne veux pas offenser mon père qui a été emprisonné dans les geôles du Colonialisme, je n'offense pas mon frère qui est mort assassiné et qui, lui, s'est battu pour me donner un pays et une nationalité, je n'offenserai pas mon oncle qui a été guillotiné pendant la guerre de libération algérienne, je n'offenserai pas les centaines de milliers d'Algériens qui ont été assassinés. Je ne suis pas une indigène. Je suis une citoyenne de cette république. Je me bats mais je suis discriminée, je suis consciente que je vis dans une souffrance, et dans la souffrance dans tous les sens du terme : sous-France. J'appartiens pas à la France. Mais moi je me revendique comme étant une citoyenne. Il y a 20 ans, j'ai marché pour l'égalité des droits, [Pourtant] je n'ai pas les mêmes droits que les autres. Mais je ne suis pas une indigène, je te le dis [pour Houria Bouteldja, qui revendique l'Appel des Indigènes de la République], je n'offenserai pas la mémoire de mes parents. Je suis porteuse de cette mémoire, qu'on le veuille ou non. Et j'aimerais qu'un jour cette mémoire ne soit pas seulement ma mémoire mais que je sois rejointe aussi par tous les groupes porteurs d'autres mémoires pour que ensemble, en effet... Seule, trop souvent seule avec mes amis, on s'est retrouvés, jusqu'à ce que Delanoë mette sa plaque, tout seuls sur le quai de Jemmapes à dire : « Papon, assassin de Juifs et d'Arabes ! » Nous, on veut qu'il soit jugé pour crime contre l'humanité, pour ce qu'il a fait ici, en plein cœur de Paris. On n'était pas beaucoup à le dire. Il a fallu que Delanoë mette sa plaque, il a fallu la médiatisation pour que aujourd'hui... Il y a quelques jours, le maire de La Courneuve inaugurait une rue du 17-Octobre-1961, et qu'est-ce que fait Sarkozy ?, après nous avoir insultés de racailles, de voyous, de vermines, il nous instaure le couvre-feu qui, pour moi, à mes yeux, n'est ni plus ni moins qu'une gestion coloniale. [...] » Commentaires1. Le vendredi 2 décembre 2005 à 07:15, par Arte : Nous abordons aujourd'hui l'oeuvre majeure de Robert Musil. 2. Le vendredi 2 décembre 2005 à 07:51, par vinteix : Oui, je les connais un peu : tres charmants, en effet. 3. Le vendredi 2 décembre 2005 à 08:48, par k : il est 17h45 pas de sms, 4. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:32, par k : hier je me suis regardée apostrophe 1984 duras, elle
dit en parlant du chinois : 5. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:50, par Marie.Pool : K: Bravo ! 6. Le vendredi 16 décembre 2005 à 20:56, par Arnaud : Merci pour cette longue transcription depuis la radio. C'est précieux. |
| Samedi 3 décembre
2005. Oiseaux sauvages de la vie. [RLVS-12] « — Ton bonheur ? Et ce bonheur ? [...] Tatiana et moi guettons la réponse de Lol. Le cœur me bat fort et je crains que Tatiana ne découvre, elle seule le peut, ce désordre dans le sang de son amant. Je la frôlais presque. Je recule d'un pas. Elle n'a rien découvert. Lol va répondre. Je m'attends à tout. Qu'elle m'achève de la même manière qu'elle m'a découvert. Elle répond. Mon cœur s'endort. — Mon bonheur est là.» (Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, p. 148). Depuis que Lol lui a dit ça, l'autre jour, Tatiana veut savoir. Cette histoire de bonheur, si c'était possible, cela remettrait en cause les catégories établies, notamment celle où Lol a été placée, celle des fous, des assistés du cœur, des handicapés à vie de la vie. Les autres, comme Tatiana, sont seulement résignés — et névrosés, bien sûr — mais ils se tiennent à leur place et n'envisagent pas d'en partir : c'est une « impérieuse obligation première et dernière » (155). À l'opposé, il est probable qu'une partie de ce qui gêne les autres, chez Lol, qu'ils appellent ça folie ou maladie, c'est son imprévisibilité comportementale (« inquiétude passée et à venir, constante », 143, « je n'ai rien voulu », 150, « à quoi m'attendre », 152), la liberté de ton et d'action qu'ils lui prêtent (« des oiseaux sauvages de sa vie, qu'en savons-nous ? », 145), l'impossibilité de l'apprivoiser. Plus Tatiana paraît asservie, plus Lol paraît libre — mais on ne saura jamais si la bascule est réelle ou seulement dans la tête de Jacques. Parce que le Jacques, il est sévèrement secoué ! Dès que Lol l'approche, il perd le souffle (144) ou nous fait une bouffée de chaleur (ci-dessus). Son cœur bat la chamade, comme on dit. Oui, mais ce qui intéresse Duras, c'est de faire coexister des choses que l'on dit (banalités) et des choses totalement inédites, sans doute pour nous montrer que l'être humain occupe tout ce panorama et gît dans l'amplitude. Alors, le cœur, ce siège des passions, cette métaphore éculée, comment le/la recharger ? D'abord par l'adjonction d'un complément indirect, juste un petit me, qui fait presque du verbe battre un verbe pronominal : « Le cœur me bat », avec le tremblé du sens, le verbe qui risque de sortir de son acception de battement interne, de pulsation, pour passer à celle des coups extérieurs, de la violence des coups portés — l'organe étant alors personnifié et la personne victimisée, victime de son cœur qui la bat, un comble. Ou une réalité. Ensuite, à la fin de la phrase, on passe du cœur (réel et métaphorique) au sang. Filage de la métaphore par la métonymie : le sang est bien ce que le cœur pompe. Mais en passant du cœur au sang, on passe d'un organe à peu près localisé, dans le corps comme dans la symbolique, à un fluide totalement envahissant et incontrôlable. S'il y a désordre du sang, il atteint nécessairement l'intégralité des parties du corps. C'est une hyperesthésie de l'émotion (le lat. motio signifie aussi le frisson de fièvre) dans l'attente d'une réponse à la question cruciale, la seule qui vaille. Mais son sang n'est pas seul en circuit : plus tard, il « pompe le sang de Tatiana » qui en devient « exsangue » (167), virtuellement, bien sûr. La naissance de l'amour devient alors un acte vampirique, l'effusion une transfusion, et les deux femmes des vases communicants. [/RLVS-12] Parfois, on passerait des heures sur un ou deux mots. Levé à 5h30, j'ai préparé des commentaires pour trois chapitres. En cours, on n'en a fait que la moitié, hélas... Et samedi prochain qui sera le dernier cours. Comment je vais faire ? Après un déjeuner rapidement avalé à la maison, je file à la MFJ où il y a une journée d'études sur la notion de communauté, en littérature et en philosophie, avec notamment des exposés sur Genet et Duras. Je vais sans doute y retrouver Agnès, Clara, Franck, Michaël, Patrice, Olivier, François, d'autres peut-être. [Trois jours plus tard...] François Bizet a été parfait sur le refus communautaire de Genet, Pierre Ouellet nous a révélé une discrète et presque impossible communauté poétique de telqueliens (Marcelin Pleynet et Denis Roche, notamment) entravés par leur chef. Ensuite j'avoue ne pas avoir été en mesure de comprendre les arabesques philosophiques de deux intervenants. Puis le retour sur terre, même en compagnie de Marguerite Duras (que je venais de quitter pimpante le matin), a été rude et je n'arrivais plus à suivre. Je me suis retiré, piteux, peu de temps après, laissant mes amis pour revenir me blottir dans les bras de T., ma communauté essentielle. Heureusement, j'ai les enregistrements. Je viens de réécouter Osamu Hayashi s'interrogeant sur l'impossible communauté des amants, et c'est très intéressant, très convaincant, traversant intelligemment un grand nombre d'œuvres de Duras sans jamais quitter son sujet ni répéter Blanchot dont il est parti. [Fin de l'ajout.] — Victoire d'Austerlitz !... On en parle ? — Nan, laisse tomber, c'est tarte à la crème, ça traîne dans tous les médias... — OK, alors je vais me coucher. — C'est ça, capitalise pour le ping-pong !... Commentaires1. Le samedi 3 décembre 2005 à 07:58, par Arte : Tu inacheves les cours avec R. Musil ! 2. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:06, par Berlol : Oh, t'es là, toi ! C'est quoi, c'est 16h00, chez toi ? Déjà devant l'ordinateur ? Allez, bonne nuit, j'y vais... 3. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:50, par Marie.Pool : "Parce que le Jacques, il est sévèrement secoué
!" 4. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:12, par k : bouuuu j'ai pas le temps de parlementer, et j'ai tellement
envie, mais L est là elle à faim, et veux sa moman, donc je
vais en déchroché de lol, qui ne me quitte jamais, mais une
chose 5. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:14, par k : mais qu'est ce que je peux faire comme fautes ça n'a pas de bon sens non............. 6. Le samedi 3 décembre 2005 à 15:39, par Berlol : Merci Marie.Pool pour cette copie ciblée. Que les
causeuses essaient de rejoindre les parleuses, c'est finalement normal, sauf
l'anachronisme. Ceci dit, je ne vois pas ce que cela change à mon
explication "littéraire". 7. Le samedi 3 décembre 2005 à 20:46, par Marie.Pool : On peut le voir aussi comme ça [Silence] 8. Le samedi 3 décembre 2005 à 20:55, par vinteix : ... narratrice-personnage principal : "Soleil couchant" de Dazai. 9. Le samedi 3 décembre 2005 à 21:18, par vinteix : "Justine" de Sade 10. Le dimanche 4 décembre 2005 à 01:36, par Berlol : "du moins elle ne le dit pas dans les Parleuses !" — alors
là, Marie.Pool, vous me coupez le souffle ! Le texte du "Ravissement..."
dit très bien ce qu'il dit, du début à la fin on voit
ce Jacques qui est littéralement secoué, oui, par cette rencontre
et tout ce que cela change pour lui, il essaie de rendre hommage à
cette femme qu'il aime en reconstruisant son histoire pour lui ôter
les marques d'infâmie qui lui ont été apposées
avec la complicité de sa meilleure amie Tatiana et vous venez me dire
qu'il ne l'est peut-être pas, secoué, en me balançant
hors-contexte des propos tenus près de vingt ans plus tard, vingt
ans, vous vous rendez compte !, alors qu'entre temps Lol V. Stein était
devenue un personnage différent dans un autre livre, un personnage
public grâce à Lacan et aux études féministes
américaines. 11. Le dimanche 4 décembre 2005 à 01:36, par Berlol : Merci Vinteix, et deux de plus dans ma besace ! 12. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:01, par alain : et la porcelaine ? 13. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:24, par Berlol : La porcelaine, j'adore ! Tu veux m'en offrir ? 14. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:53, par k : oui je vais m'y mettre, mais léa doit manger 15. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:59, par cécile : Une nouvelle contemporaine avec narratrice écrite
par un homme, beaucoup aimé à l'époque www.pol-editeur.fr/catalo... 16. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:17, par k : bonjour cecile komment vas 17. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:46, par k : oui, moi j'ai sa pour vous un texte de woolf : 18. Le dimanche 4 décembre 2005 à 04:00, par alain : La porcelaine, j'adore aussi. 19. Le dimanche 4 décembre 2005 à 04:16, par cel : les premiers qui me viennent, auteur homme / narrateur ou personnage principal femme, "Le voyage d'Anna Blume" de Paul Auster, Mère courage de Brecht et puis Beckett, "Oh les beaux jours", et d'ailleurs certainement plein de choses du côté du théatre, chez Genet aussi (les Bonnes évidemment), Cocteau avec "La Voix humaine" et euh etc. 20. Le dimanche 4 décembre 2005 à 04:21, par Berlol : "narrateur ou personnage principal femme"... Merci Cel. Je prends note mais "narrateur ET personnage principal femme" c'est mieux parce qu'on a le texte écrit/assumé de son point de vue. Et c'est ça qui compte, en fait. 21. Le dimanche 4 décembre 2005 à 04:32, par cel : oui, je t'ai relu ensuite et j'ai vu le ET non OU, je suis à peine réveillée... enfin les Auster Cocteau et Beckett dont je parlais sont de ce côté-ci si mes souvenirs sont bons. Je vais me creuser la tête en montant le meuble en kit qui attend dans la pièce à côté, ça sera plus intéressant que de ne penser que boulons et clé de 12 22. Le dimanche 4 décembre 2005 à 04:34, par Berlol : Poterie et porcelaine. Faudra que je fasse une rubrique de temps en temps, comme pour RLVS... L'adresse que je donnais avant-hier (http://poteriedelagenevraye.com/) te donnera une bonne idée de ce que j'aime vraiment. Mais aussi la porcelaine ultrafine (Hutschenreuther, par exemple). On va s'envoyer des photos. À moins que tes tasses soient dans des cartons... 23. Le dimanche 4 décembre 2005 à 04:54, par jcb : Ah la la ! Quel mot infernal ! 24. Le dimanche 4 décembre 2005 à 05:00, par Arte : Antonio Lobo Antunez : N'entre pas si vite dans cette nuit noire. 25. Le dimanche 4 décembre 2005 à 05:32, par k : un petit rien et la vie est belle 26. Le dimanche 4 décembre 2005 à 05:37, par Berlol : 5 sur 5, Jean-Claude. Ici aussi, on a eu une histoire de
caution. T. avait accepté pour son neveu, qui n'a pas payé
son loyer, c'est la mère du petit (37 ans...) qui a envoyé
des sous, etc. Mais le montant était bien moindre que pour toi, évidemment.
De toute façon, pour être ta caution pour 45.000 euros, faut
montrer patte blanche (revenu ou patrimoine d'au moins 200.000...). Bonne
chance ! 27. Le dimanche 4 décembre 2005 à 06:17, par k : a oui, cel, la moi aussi je vais me lancer dans mes étagères, il m'en reste 6 à visser et de la peinture encore, les devors de L se sont pas trop mal passé, ouffff 28. Le dimanche 4 décembre 2005 à 09:50, par Bartlebooth : - Le journal intime de Sally Mara, de Raymond Queneau 29. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:38, par Marie.Pool : Jacques, le personnage, est secoué, soit ! J’ai juste
envie d’ajouter que les femmes le sont bien davantage et avec plus de dégâts
… Qu'on s'intéresse à la littérature par l'intermédiaire
des dictionnaires ne me gênerait aucunement si chacun se référait
au même, ce qui est , vous l'accorderez, impossible. Il y a quelque
chose d'un peu vélleitaire à vouloir renouer, a posteriori
et post mortem chez un écrivain, ses oeuvres à des définitions
de mots, points par points. La marge d'erreur est potentiellement phénoménale.
Mais cela peut apparaître comme un jeu intellectuel passionnant et
c'est, je suppose,le registre dans lequel vous vous situez professionnellement
( vous faites état de la préparation fastidieuse de vos cours
). L'analyse littéraire de haut niveau ne m'apporte probablement pas
ce qu'elle vous apporte à vous ou à d'autres, je ne passe jamais
par elle pour découvrir une oeuvre, et je trouve qu'elle est surdimensionnée
elle aussi en énergie dépensée, par rapport au peu
d'audience qu'elle suscite chez ceux qui achètent les livres. 30. Le dimanche 4 décembre 2005 à 16:39, par Berlol : "L'analyse littéraire de haut niveau [...] je trouve
qu'elle est surdimensionnée elle aussi en énergie dépensée,
par rapport au peu d'audience qu'elle suscite chez ceux qui achètent
les livres." 31. Le dimanche 4 décembre 2005 à 17:03, par Marie.Pool : Et bien voilà ! Mais le plus tard possible...(Je pense à T.) et si possible sans douleur, terreur, ni remords... 32. Le dimanche 4 décembre 2005 à 17:34, par Berlol : Merci. 33. Le dimanche 4 décembre 2005 à 21:57, par k : ah oui c'est une bonne idée, merci 34. Le lundi 5 décembre 2005 à 02:44, par myriade : Arte a raison : le livre d'Antonio Lobo Antunes : N'entre pas si vite dans cette nuit noire. Rien que le titre est magnifique. |
| Dimanche 4 décembre
2005. Du gris mais on va le colorer. — Qu'est-ce que tu dis, Manche ? — Je dis : cognez ! Je suis révolté. Je m'en veux. Ça ne tourne pas rond. Faut tout changer. Je le vois bien, quand je fais ce service profond et rapide et que Katsunori le renvoie sur moi, je suis à la même place, croyant que mon service serait gagnant, ce qui n'est pas le cas, et je ne suis pas prêt à retourner autrement que par cette sorte d'amortie débile qui lève la balle et la sort la plupart du temps. Et quand Hisae renvoie logiquement sur mon revers alors que je n'ai pas bougé du coin droit — je suis gaucher —, que je n'ai donc pas d'espace pour un mouvement de quelque envergure que ce soit, je remets en ventral inerte, qui ouvre la porte au smash hisaéen, royal. Bref, je me suis fait étaler. Faut que je réforme mon positionnement, que je bouge plus tôt, que je sois sur toutes les balles, aucune gagnée d'avance. L'individu oui l'identité non. L'identité n'est pas une monade. C'est une mosaïque mouvante d'identitèmes. Or l'identité monadique, ou plutôt la représentation de l'identité comme une monade fonde de longtemps le système social, qui a eu un besoin hystérique croissant de mettre une étiquette et une seule sur chaque individu. Cependant, la société contemporaine, fière de ses bases de données multi-critères, refonde la notion d'identité sur un modèle numérique, celui d'une liste de 0 et de 1 dans des colonnes nombreuses, après quoi, la dignité, rien à cirer, on pousse le bouton et vous êtes SDF, terroriste, mort, etc. C'est fatal, c'est personne, ça vient de la machine, personne n'est responsable. L'identité est restée monadique (nom inscrit sur la carte du bipède que gèrent les services sociaux) mais l'individu est devenu dividu, 50, 80, 200 colonnes, dont certaines reliées à des enregistrements vidéo de tous les champs de surveillance que l'ectoplasme a traversés, et toute la biométrie à venir. La vérité humaine, c'est le contraire. Je suis un individu, indivisible dans la dignité que les autres me doivent et qui n'existe que par le fait que les autres me l'accordent quand je leur donne la leur à tout instant depuis que je sais ce que c'est. Aussi, qu'un seul soit indigne, c'est tous qui morflent en moi dont moi. Donc la dignité humaine est une monade, ça oui. C'est LA monade qui fonde l'individu humain. On doit être loin de Kant et près de Spinoza ou de Montaigne, là, non ? J'ai bon ? Une dignité canine fondera éventuellement l'individu canin, que sais-je... Et de l'autre côté, l'identité, ce que je me sais être, ce qui dispose ma conscience à ne répondre qu'en interne chaque jour à ce nom et cette image dans le miroir même quand je ne m'y regarde pas (je m'y sais sans m'y mirer), où entrent chaque jour mes parents, mes amis, mes auteurs, mes films, mes balades, mes lieux, mes bouteilles de Guerlain et mes bols de Kyoto, mes regards sur T. et mes mots sur vous, mille instants de jouissance et de tristesse, les bords du Tarn et la chaleur de Palenque, à 150 à l'heure les mortels écarts de la moto quand les tendeurs de chaîne avaient plié, Salammbô en main dans le char d'assaut, ce bordel sur mon bureau et ma façon de passer l'aspirateur — chacune de ces choses étant inimitable, alors l'ensemble... Et pour chaque individu sa collection. Aucun mieux que les autres. Tout ça, un battement de cils. Il pleut, on évolue dans du gris mais on va le colorer. On va à Shinjuku au restaurant de tonkatsu すずや (Suzuya), où Katsunori a emmené Hisae la semaine dernière. Juste à l'entrée de Kabukicho, un escalier pour accèder au premier à une salle vieillotte, années 60 ou 70 avec de vieilles pendules qui trottinent. C'est vite bondé. Excellent tonkatsu, recouvert de chou et de nori. Et puis à côté, dans des raviers carrés, des tsukemonos dont d'excellents umeboshis. J'en mangerai huit, quand la décence en accorde deux. C'est l'occasion de parler d'Arale-chan et de Suppaman. Ça tombe bien, Hisae adore. Katsunori est sur le cul. Elle connaît tous les personnages. Sait pourquoi Suppaman est con. Connaît la chanson. On imagine de venir en costume. On a neuf ou dix ans d'âge (expéri)mental. Hisae, c'était mon étudiante, il y a huit ans, c'est le temps qu'il faut pour devenir amis, et me faire battre toutes les semaines au ping-pong, sans gêne. Katsunori et moi allons à l'Institut pour voir les Fleurs de Shanghai, film de Hou Hsiao-Hsien (1998). J'y retrouve Clara et Franck, puis François. Nous avons tous la désagréable surprise d'apprendre que le film sera en chinois sous-titré japonais. Je capte rien. Juste regarder les costumes somptueux, les gestes, les plats, les théières, les bols, les lampes à huile, ausi des horloges, des miroirs et un peu de mobilier occidentaux, au pif maison de prostitution, époque de décadence, beaucoup de pipes à opium, à un moment une date dans un bout de sous-titre, 1884, quelques fenêtres jamais approchées par la caméra, on alterne entre trois pièces avec papier peint au mur, ou deux, jamais le nez dehors, comme les filles et la domesticité, enfermées, prison physique et mentale. Quand je pourrais le revoir avec du texte audible ou lisible, je ne suis pas sûr que je le trouverai aussi intéressant qu'aujourd'hui. Commentaires1. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:35, par alain : Pour la porcelaine, hors quelques groupes maoistes (pas des
tasses donc), il s'agit de tasses Illy, signées Kosuth, Louise Bourgeois,
Jeff Koons... J'ai répéré aux Puces des groupes de tankistes
en porcelaine, des soldats sud-coréens mais trop chers. 2. Le dimanche 4 décembre 2005 à 13:52, par k : et le cyanure coule dans les veines 3. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:42, par k : vous voyez moi je crois à cela oui , que toujours
md à parlait de cet homme, sens en avoir conscience, d'ailleurs elle
le dit " je me suis demandé pourquoi streter, les indes,la chines
toujours, toujours" 4. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:46, par k : arte, je sais ce que vous faite dans la vie : vice consul,non??? 5. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:08, par k : Parce que le Jacques, il est sévèrement secoué
! 6. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:11, par Marie.Pool : k : Bravo ! 7. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:41, par cécile : Sans rapport avec les commentaires ci-dessus, mais je viens
de me rappeler d'un auteur vraiment intéressant, et qui justement,
est étonnant (justesse, subtilité, profondeur) quand il met
en scène une narratrice dans ses livres (en fait, dans tous ses livres,
on change de narrateur au fil du récit - on peut se trouver «
dans » les pensées de Leiris, comme celles de Kafka, ou de
sa fiancée, ou de François Joseph, ou de personnages uniquement
fictifs) et les voix alternent ou s’imbriquent, ou alternent jusqu’à
s’imbriquer et je ne sais pas comment faire sentir à quel point
cet auteur est passionnant, et drôle aussi (il avait reçu un
prix chez pas quoi de l’humour noir pour le premier, « Montée
en première ligne », bon les prix). Mais vraiment, à
lire, « Montée en première ligne » (en gros : les
origines de la 1ère guerre mondiale en se plaçant du point
de vue de la pensée et de l’intimité d’une multitude de personnages,
dont Kafka, c’est dans celui-ci), ou « Trio Gulliver », dont
je me souviens qu’à un moment l’une des héroïnes narratrices
du livre, accouche, allaite, et il décrit ça « de l’intérieur
» donc, d’une façon non seulement très juste, mais inédite,
et ce entre autres choses, rien n’est réduit ou versant dans les
clichés (de sexe ou historiques) d'où justement l'intérêt
et la valeur de cette écriture. 8. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:44, par k : quand je l'ai revu 14 ans après, en avril l'homme
altantique il m'a dit : 9. Le dimanche 4 décembre 2005 à 16:27, par Berlol : Merci, Cécile, j'avais déjà entendu parler de cet auteur, Jean Guerreschi, mais je n'arrive pas à me souvenir dans quel contexte. Je l'ajoute à ma liste... Et merci tout le monde qui a écrit pendant que je dormais. C'est Noël tous les matins, en ce moment ! 10. Le lundi 5 décembre 2005 à 03:12, par k : vous tous que en savez sur la littérature, y a t-il unsite avec un calssemnt des ventes merci 11. Le lundi 5 décembre 2005 à 03:37, par cécile : Le mieux, au lieu de regarder les ventes (parce que franchement tu te doutes que c'est pas le critère intéressant pour choisir un bon bouquin), tu chopes et notes les titres ou auteurs dont parlent des gens, ici ou ailleurs puisque tu as cette curiosité de visiter des liens vers d'autres sites ou blog, dont tu aimes la sensibilité comme ça, a priori, ou quand un extrait te plaît ou t'attire, et ensuite tu vois si ces bouquins se trouvent sur les sites de vente d'occasion (ceux que je t'avais indiqués fonctionnent vraiment bien), ou dans le catalogue de ta bibliothèque municipale. Et ensuite à toi la route! Mais un classement par ventes, hein (mais tu fais un peu exprès, là, je crois bien ?). Et pourquoi t'essaierais pas à l'aveuglette, tu vas à la bibli, tu prends des bouquins au pif, parce que leur tranche te fait de l'oeil, tu feuillettes, tu lis la 4ème, tu renifles, et à l'impulsion hop tu prends. Qu'est-ce que tu risques ? 12. Le lundi 5 décembre 2005 à 03:41, par k : c'est pas pour choisir un livre, bah là bien sur que non que je regarde pas cela, c'est juste pour voir un truc, voilà alors si j'en a qui savent dites 13. Le lundi 5 décembre 2005 à 03:43, par k : je fait rarement dans l'intuition d'un livre, en général
j'aime pas, et je lis quand même( par bonne conscience), et j'ai d'autre
chose à faire. 14. Le lundi 5 décembre 2005 à 05:01, par ariel : Sur le train des jours, il faut lire le beau livre de Bégout, la découverte du quotidien, dont votre blog parlait il y a quelques jours. C'est un texte passionnant sur le monde quotidien et la genèse du quotidien dans nos vies. Il était chez Finkielkraut samedi matin, mais malheureusement ce dernier ne l'a pas laissé parler longtemps, toujours monopolisant la parole avec ses obsessions rétrogrades sur le monde qui va mal, ma petite 'dame. En tout cas, voici un livre brillant et imposant (600 pages) sur la vie quotidienne ressaisie dans une perspective philosophique. C'est peut-être cela qui a gêné Finkie qui n'a de philosophe que le nom et vomit le monde sans chercher à la comprendre. 15. Le lundi 5 décembre 2005 à 05:26, par cécile : scusi, K ! j'avais interprété. Mais je connais
pas ce genre de sites, en faisant une recherche sur un moteur tu as essayé
? 16. Le lundi 5 décembre 2005 à 06:21, par Marie.Pool : Pour K. j'avais trouvé un jour par hasard un site
qui permettait de trouver le nombre d'exemplaires édités ou
réédités pour un titre de livre donné , mais
je ne l'ai pas encore retrouvé pour vous. Les libraires doivent savoir
où trouver ce genre d'inormation. En attendant je suis passée
par ce site de La Chaîne du Livre où il y a pas mal de rubriques
à explorer (J'espère que le lien sera utilisable) : 17. Le lundi 5 décembre 2005 à 08:02, par Berlol : Merci, Ariel. J'ai aussi écouté cette émission
et Fink y a été encore pire que d'habitude. Sa façon
élocutoire de souligner des mots ou expressions comme s'il essayait
de convaincre un troupeau de pingouins avec des sardines, c'était
sa propre caricature. Ceci dit, maintenant qu'on sait qu'ils sont deux, le
bon et le mauvais Fink... Vrai qu'il n'a pas laissé Bégout exposer
l'originalité de son approche, la ramenant sans cesse dans ses ornières.
Mais nous, on va le lire aussi. 18. Le lundi 5 décembre 2005 à 09:42, par k : mp fallait lire j'ai tous expliqué avant 19. Le lundi 5 décembre 2005 à 13:02, par Marie.Pool : k: Soit Ben j'ai mal lu (où c'était ?)soit
votre explication n' était pas claire. 20. Le lundi 5 décembre 2005 à 13:13, par Marie.Pool : k: si c'est pour Duras, j'ai lu vos commentaires. Mais je n'ai pas la réponse claire à ma question. Vous avez une écriture très immédiate , vous passez de la concision et l'anecdotique à des propos plus denses avec des fulgurances. Votre écriture est d'emblée un peu déroutante . Non, je ne sais pas pourquoi vous lisez Duras. Si on me posait la question, je serais incapable d'y répondre pour l'instant. Mais vous n'êtes pas obligée de donner suite à la question posée si ça n'a pas d'importance pour vous. |
| Lundi 5 décembre
2005. Yuzu, m'a-t-elle dit, espiègle. Il est juste minuit ; je ne vais donc pas me lancer dans le compte-rendu de la conférence de Pierre Ouellet à l'université Gakushuin, d'autant que je voudrais réécouter l'enregistrement pour en citer quelques passages fort intéressants. C'était de cinq à six, au lieu du GRAAL. Alors que j'avais prévenus les membres du groupe par courriel dès mardi dernier, il y en quand même eu trois qui sont allés à la MFJ, ce qui veut dire qu'au moins deux d'entre eux n'ont pas ouvert leur ordinateur depuis ce temps-là ! Bon bref, c'est leur problème... Après la conférence, la discussion s'est engagée assez agréablement dans la salle des profs, avec force sushis, bières et vins rouges. Pierre Ouellet et Thierry Maré vidèrent leur différend sur Aristote, je crois bien. Je ne suis pas sûr ; j'entendais mal. Daniéla, François et moi commentions quelques auteurs du mur de pléiades. Il y en a de tous âges. Une heure après, on est parti, douze ou quatorze, vers un petit restaurant de Mejiro dont je n'ai pas retenu le nom, d'ailleurs quelconque, culinairement parlant. J'ai pas mal discuté avec la compagne de Pierre Ouellet, Christine Palmiéri, d'arts plastiques, de création vidéo... Et puis Satoko qui me dit qu'elle prépare une thèse sur Meschonnic ! Il faut que je lui copie des enregistements de conférences. Enfin Rieko, en doctorat sur Corneille, qui a été mon étudiante, en même temps que Satoko, d'ailleurs, il y a six ou sept ans, dans un cours de doctorat avec l'internet pour la recherche littéraire, avec une salle spéciale de la bibliothèque universitaire car rien n'était prévu dans la faculté pour ce genre de cours... ; la même Rieko qui donne maintenant à T., de temps en temps, un pot de confitures qu'elle fait elle-même, demain ça sera de la confiture de yuzu, m'a-t-elle dit, espiègle. Comment pourrais-je jamais quitter ce pays ? [Supplément du 7 : extraits de la conférence de Pierre Ouellet] Le poème dans la cité « [...] la figure du poète intellectuel, qui intervient publiquement dans les affaires de la cité, comme un Neruda, un Paz, un Pasolini ou un Brodsky, il y a quelques décennies, semble définitivement disparue. En tout cas en voie d'extinction. Sans doute parce que le poète n'a plus l'intelligence du monde. Il ne peut plus en tirer une idée générale, à partager avec l'ensemble de la société, qui pourrait dès lors lui conférer un statut d'intellectuel ou d'homme public. Le poète est devenu un homme privé. Privé de tout, dirais-je, sans jeu de mots. Privé de public ou de communauté. Privé de sens ou d'idées. Privé de monde et de réalité. En fait, le poète interroge désormais l'intelligibilité même du réel, condamné qu'il est à affronter l'insignifiance foncière des choses et à pousser jusqu'à l'insensé le sens qu'elles prennent dès lors qu'il les questionne. Vivant ainsi entre deux couches de non-sens, l'insignifiant et l'insensé, qui sont les limites inférieure et supérieure du pensable et du vivable. Les bornes de l'intelligible, qui font de l'intelligence elle-même une zone plus ou moins trouble ; en tout cas peu confortable. [...] » « [...] Cette parole plurielle, non totalisable, qui devrait en fait faire fond au politique tel qu'on l'entendait autrefois, comme la coexistence du divers au sein de la polis, c'est-à-dire d'une cité organisée autour d'une place publique, non habitée, qu'on appelait l'agora, où circulaient et s'échangeaient librement toutes les paroles possibles, réside désormais dans le hors champ ou le contrechamp de la politeia, dans les marges et les zones d'exclusion de la gouvernance, dans les terrains vagues de la socialité post-politique que les Grecs désignent comme l'eschatia, comme dans le mot eschatologie, c'est-à-dire la limite extrême, les bords, les seuils, les espaces liminaux de la cité, où vivent les barbaroï, les barbares, les étrangers, ceux qui parlent différemment, qui baragouinent plus qu'ils ne parlementent au sens propre. La véritable agora des sociétés post-politiques n'est donc plus au cœur de la polis mais dans ses marges et ses limites, qui ne sont toutefois plus extérieures aux enceintes de l'espace public puisqu'il n'y a plus d'ailleurs, ni de lieux exotiques, au sens strict, l'étranger ayant investi chaque pli et repli de l'espace plus ou moins souterrain de la vie urbaine ou suburbaine. Ce sont les limites internes de la vie publique qui se mettent à parler, à porter la parole de l'innombrable et de l'indénombrable, du demos, conçu comme l'expression politique de la diversité et de la pluralité qui échappe radicalement à l'unité et à l'identité, à tout enfermement dans les enceintes de la nation ou de l'État, à toute appartenance à un ensemble qui homogénéise la multiplicité et l'extrême variété qu'il représente. [...] » « [...] Tout contact social est d'abord vécu comme le rapport sensible avec une altérité, une ouverture, une béance sur l'autre au contact duquel on se sociabilise en sortant de soi, en échappant à son ego, pour faire communauté dans une altérité partagée, dans une rencontre avec ce qui nous est mutuellement étranger, à soi comme à l'autre, nouant ainsi le lien propre au socius dans un expérience de l'hétérogénéité du monde et des hommes qui ne coexistent que dans la pluralité et la diversité, dans la barbarie où la socialité primitive prend sa source, à la limite, dans les marges et sur les bords, dans l'expérience liminale de ce qui n'est pas soi, de ce qui n'est pas d'emblée identifiable ou reconnaissable, de ce qui est en retrait du sens mais rayonne jusqu'en son sein. C'est cette vie sensible primitive, exclue de la civilité, on pourrait dire même de la citoyenneté qui fait retour aujourd'hui dans la polis sous forme d'images et de paroles souvent considérées comme purs symptômes ou simples fantasmes, identifiées aux marges eschatologiques de la cité, des bruits de fond, sans signification, des parasites, comme on dit, qui phagocytent la communication rationnelle entre les gens, une barbarie d'images et de mots qu'on associe à un délire antisocial, apolitique, de pure fiction, de simple jeu, bref de l'art, de la poésie, de l'insignifiant, de l'insensé. Voilà ce à quoi nous devons toutefois tendre l'oreille, voilà ce sur quoi nous devons jeter un œil pour comprendre notre espace public partout ébranlé, la vie insensée que notre existence politique censure mais qui revient en un retour brusque du refoulé, dans la parole et les images que l'art et la littérature, la poésie en particulier, injectent ou infusent dans la cité pour que la vie, bien plus que les idées, puisse circuler dans le corps social et permettre au cœur de la polis de battre encore malgré l'apparente agonie où elle est entrée, ou l'indéniable atonie dont elle est atteinte depuis quelques décennies, où rien ne bouge qu'à coup d'attaques et de violences sans nom, terreurs occultes et guerres d'États plus ou moins larvées. [...] » « [...] La violence sociale et la terreur politique sont des passages à l'acte qui répondent à la politique du silence, dont la marginalisation de la parole que nous connaissons de nos jours est l'une des conséquences les plus néfastes. Elle montre l'effritement du lien social minimal qui se noue dans la passion commune de l'altérité de l'étrangeté où chacun s'attache ou se rattache à l'innombrable ou à la pluralité, au demos proprement dit. Car le lien social se crée dans la compassion devant notre commune finitude et le sentiment partagé d'un dépassement de notre impuissance ou de notre condition d'être mortel, dans une parole qui transcende tout sens et toute idée, toute valeur et tout concept, toute loi et tout principe parce qu'elle est prise en charge de la vie elle-même dans sa diversité sensible irréductible, dont la force ou l'energeia assure la perpétuation du monde en sa métamorphose et ses transfigurations les plus profondes qu'on appelle l'Histoire, au sens fort. Non pas donc la succession chronologique des faits ou même des révolutions, mais la matrice infiniment fertile de l'apparaître imprévisible, de la venue ou de la survenue de ce qui arrive, non pas seulement au monde mais à chacun d'entre nous, puisque la parole qui porte cette sensibilité matricielle n'existe qu'au cœur du soi le plus intime, comme dans le réseau sanguin qui irrigue la société toute entière, où elle se diffuse à la vitesse de l'éclair en autant de chocs qui ébranlent l'édifice de la polis en lui rappelant à chaque instant le sous-sol fragile sur lequel il s'est érigé. C'est dans les déchirures du temps, les failles de l'histoire qu'arrive l'événement grâce auquel surgit ou resurgit notre socialité la plus élémentaire, dont les liens se défont à tous moments sous l'effet des traumas que l'existence collective fait subir aux singularités que nous sommes, qui s'expriment en symptômes, en syndromes, en signes de toutes sortes qui relèvent d'un pathos, d'un pâtir, d'une passion dont la poésie assure l'étrange partage où l'incommunicable et l'incommensurable sont paradoxalement mis en commun. On sait que poïesis et pathos sont étroitement associés depuis la Poétique d'Aristote, où se trouve théorisé pour la première fois sans doute le lien serré entre créativité et négativité, entre l'excès d'être dont la parole est porteuse et le défaut que la passion introduit dans l'être, comme si les débordements de langage propres à la poésie pouvaient panser les plaies dont le pathétique troue le corps et l'âme de chacun. On pourrait généraliser cette proposition en affirmant que les pathologies sociales constituent en fait le moteur secret du vivre ensemble et que la pathologie langagière incarnée par la poésie est en conséquence le carburant discursif à quoi fonctionne un tel moteur. [...] » (publication sous réserve d'accord de l'auteur) Commentaires1. Le lundi 5 décembre 2005 à 09:43, par k : je renouvelle l'appel, existe t'il un site qui fait un clssement des vente de livr quelque par, merci, non ce n'est pas pour choisir un livre je rassure tout le monde 2. Le lundi 5 décembre 2005 à 11:22, par Bartlebooth : Hello K, 3. Le lundi 5 décembre 2005 à 11:30, par k : merci beaucoupppp mon sieur 4. Le lundi 5 décembre 2005 à 12:46, par FB : bon souvenir de Gakushuin, de l'accueil de Thierry Maré,
du "mur de Pléiade" et autres vieux bouquins dans la réserve
où je suis allé farfouiller _ j'avais parlé de Baudelaire
: en France, on ne nous demande jamais de parler de Baudelaire, encore moins
de le lire _ soi-disant tout le monde sait d'avance _ Thierry le lendemain
m'a offert les Fleurs du Mal en japonais : je l'ai là sur mes étagères...
étrange, Pierre Ouellet c'est le Québec, les mots de là-bas,
je n'arrive pas à imaginer la rencontre : c'est comme le ping-pong,
tu inventes ? à preuve ce François que tu veux à tout
prix t'accompagner : je suis pourtant là ? 5. Le lundi 5 décembre 2005 à 14:44, par k : bon une chose éclaire c'est sure que je ne sais pas
écrire 6. Le lundi 5 décembre 2005 à 15:10, par k : déjà ce premier passage pour en revenir un
peu à hier sur le "je n'aime pas la vie" c'était écrire
ou mourrir : 7. Le lundi 5 décembre 2005 à 15:37, par k : et sa c'est pour le vice consul, ça voyage beaucoup
non un vice consul.......???? 8. Le lundi 5 décembre 2005 à 16:31, par Marie.Pool : k. vous ne m'aidez pas beaucoup à vous lire ! 9. Le lundi 5 décembre 2005 à 17:27, par cel : Une personne vous demande clairement de lui conseiller un
site classant les meilleures ventes d'un type de produit, vous en déduisez
: 10. Le lundi 5 décembre 2005 à 18:32, par Berlol : Par exemple... 11. Le lundi 5 décembre 2005 à 21:49, par k : bonjour 12. Le lundi 5 décembre 2005 à 22:25, par FB : pour cel : oui, vivons à distance de ce genre de chiffres, ceux qui nous ravalent au produit - les classements genre Nouvel Obs ne font qu'accentuer les effets de concentration et la bêtise ordinaire - pour ça qu'on préfère lire "Lichen, lichen" et qu'internet devient une belle chambre de compensation 13. Le mardi 6 décembre 2005 à 00:04, par Arte : Cel, K., Cecile : quel bonheur ! (bon Berlol, FB, je vous
aime quand meme hein !) 14. Le mardi 6 décembre 2005 à 00:21, par Berlol : D'ailleurs, dans la veine du doute fictionnel façon FB, je me demande si ce n'est pas Alain qui invente/écrit le personnage K ; et Arte qui prend la plume pour inventer/écrire MP... Hummm... 15. Le mardi 6 décembre 2005 à 01:54, par Marie.Pool : "On" déjante sec ici ! Si j'ai bien lu (rires) ! 16. Le mardi 6 décembre 2005 à 01:55, par Marie.Pool : "Yuzu" m'a-t-elle dit;... l'espiègle ! 17. Le mardi 6 décembre 2005 à 03:12, par k : ahhh 18. Le mardi 6 décembre 2005 à 03:41, par k chanson de M, elle est belle : Faut oublier / M 19. Le mardi 6 décembre 2005 à 11:33, par FB : enfin bon, ça devient vraiment encombré par ici, et pas toujours pour dire grand chose -- tu nous referais pas un blog à côté, Berlol, qu'on t'entende parler un peu plus de Ouellet ? 20. Le mardi 6 décembre 2005 à 12:56, par Bartlebooth : ben oui, que ça redevienne en Combray ailleurs 21. Le mardi 6 décembre 2005 à 13:11, par k : une chose est sure, c'est pas vous qui êtes complices
de l'affaire K. 22. Le mardi 6 décembre 2005 à 17:01, par Marie.Pool : Oui, un pas de côté si vous le permettez , parler
de littérature et d'écriture. C'est encore jouable. 23. Le mardi 6 décembre 2005 à 21:47, par k : vous vous lisez avec la tête, vous aimer avec votre
tête... 24. Le mardi 6 décembre 2005 à 22:46, par Marie.Pool : Encore une fois Non ! chère K. vous vous trompez , je ressens aussi , mais bien plus profondément et gravement que vous ne l'imaginez, mais je ne mets pas les mêmes sortes de mots dessus que vous. C'est normal, nous sommes différentes et nous n'avons pas la même trajectoire de vie, je choisis des mots que je vais aussi chercher dans les mots de certains autres, mais ces mots sortent aussi de ma tête, je préfère qu'il en soit ainsi . Comme l'aurait écrit Marguerite Duras : C'est tout ! Il faut être prudents quand on parle vraiment des autres. On peut tuer le coeur avec des mots. Ceux qui pérennisent la bagarre ( la polémique) ne savent pas toujours les dégâts qu'ils font. Lorsqu'on est attaqués humainement il est normal de se défendre avc des mots. Il vaut mieux se protéger avec des mots qu'avec des armes. Je suis certaine que vous comprenez cela. Je ne peux pas moi non plus en dire plus. Je n'ai aucune animosité contre votre manière d'utiliser les mots, elle a ses raisons que je n'ai pas à connaître à vos dépens. 25. Le mercredi 7 décembre 2005 à 03:16, par Arte : "que votre spontanéité serait utilisée
par ceux qui vous ont accueillie à mes dépens. C'est facile
d'envoyer les gens s'en prendre plein la figure en restant à ricaner
derrière." 26. Le mercredi 7 décembre 2005 à 09:51, par Marie.Pool : L'honnêteté , vous connaissez ? Perversion vous rigolez ... et retour à l'envoyeur. Pour qui vous prenez-vous Arte ? J'ai par moments l'impression que c'est vous qui menez le jeu depuis le début . Je ne vous en veux même pas. Vous ne pouvez probablement pas agir autrement pour occuper à votre manière cette place d'agaceur, qui se croit spirituel en insultant et méprisant à tour de bras. Où se sont cachés votre intelligence et votre savoir-vivre ? Vous n'avez pas besoin de tout ce cirque pour dire ce que vous avez à dire . Vous ne comprenez pas grand chose . Et ne parlez pas de qui vous ne connaissez pas. Inutile de répondre. Ca enquiquine tout le monde. A vous je ne peux rien dire de plus,vous n'entendez que ce qui alimente "je ne sais quoi" dans votre colère. 27. Le mercredi 7 décembre 2005 à 11:57, par Arte : Vous ne pouvez rien dire de plus parce que vous vous voyez telle que vous êtes, pour une fois que quelqu'un ose vous le dire : une emmerdeuse ! 28. Le mercredi 7 décembre 2005 à 12:32, par k : laissez tomber arte, ça n'en vaut pas la peine, surtout
pour moi, 29. Le mercredi 7 décembre 2005 à 14:06, par Berlol : Bien, écoutez, tout ça ne mène à
rien. On va faire une expérience : je vais enlever tous les commentaires
de ce jour qui ont trait à cette querelle (la plupart) et qui n'ont
pas de valeur dans mes archives. Et puis de votre côté, vous
allez essayer dorénavant de ne commenter qu'en rapport aux billets
que je poste. OK ? 30. Le mercredi 7 décembre 2005 à 15:42, par k : z'étes fâché contre moi?????????? 31. Le mercredi 7 décembre 2005 à 16:46, par Bartlebooth : Je ne sais pas si c'est mieux comme ça. 32. Le mercredi 7 décembre 2005 à 17:46, par Berlol : Oui, c'est aussi mon opinion, je n'aime pas retirer, je l'ai
déjà dit. Mais cette fois, ça tournait vraiment à
vide. Donc, c'est juste une fois comme ça. Si ça peut servir
à une sorte d'auto-censure pour l'avenir... 33. Le mercredi 7 décembre 2005 à 17:57, par cel : On en arrive (à nouveau) à la propreté,
pas que je sois pas d'accord, ton blog est ton blog et tu le tiens comme
tu le souhaites, mais je préfère la couleur annoncée
(commentaire acceptés, ou pas de commentaire, au gommage après
coup de ce qui ne semble pas dans le ton). Comment pourras tu espérer
qu'une certaine liberté de ton se maintienne si tu signifies d'office
qu'on ne doit réagir qu'à ce que tu as mis, et non à
ce que d'autres ont mis en réaction ? Certains propos émis,
quand on est un petit peu exigeant, nécessitent des éclaircissements
avant de donner lieu à une réponse simple (du genre - sans
du tout vouloir faire remonter cette polémique, mais c'est pour moi
l'exemple le plus flagrant - comment puis-je répondre à priori
à quelqu'un qui classe la littérature par genre-sexe, même
si sa question de fond m'intéresse, surtout si je m'apprête à
lui répondre qu'elle raconte n'importe quoi : je ne peux pas, il me
faut en passer par quelques questions, de l'ordre du minime mais qui correspondent
à des bases, sans quoi je ne vois pas en quoi ni comment échanger,
ce serait débat faussé d'office et pour quoi ? maintenir la
politesse, l'ordre, l'acceptable ?), forcément ça peut donner
des débats qui n'en finissent pas de dériver. Et alors ? en
quoi est-ce si terrible, quand on a de fait un propos qui donne lieu à
autant de réactions, et qu'est-ce qui motive l'idée de faire
la fine bouche ? 34. Le mercredi 7 décembre 2005 à 18:17, par Berlol : Bon allez, un troisième avis dans ce sens et je remets tout ! 35. Le mercredi 7 décembre 2005 à 21:45, par alain : Oui, remets. 36. Le mercredi 7 décembre 2005 à 21:56, par Berlol : ... à plus tard ? 37. Le mercredi 7 décembre 2005 à 22:33, par Marie.Pool : Berlol,selon certains je ne comprends rien à rien,
je suis une enquiquineuse parce que je dis ce que je pense sur la littérature,je
me fais insulter ou agresser à longueur de temps sur votre blog et
pourtant je garde un certain sang-froid. Je ne changerai pas de ligne de
conduite car je suis certaine d'avoir raison sur le fond. Et cela agace terriblement.Non
cel, je ne raconte pas n'importe quoi pas plus que vous qui m'avez tendu
plusieurs perches en les retirant au dernier moment.Vous ne savez pas trop
comment vous y prendre avec moi, "coriace" comme dit l'autre et vous soufflez
le chaud et le froid sans vous résoudre à admettre que je ne
peux répondre à vos questions ou à vos demandes de précision
sur un ton "normal". J'ai été éduquée dans le
respect de l'autre et je vous fais remarquer que cet affolement autour
de ma personne est complètement ridicule et surdimensionné.
En tenant les même propos dans la vie courante avec des gens qui me
regardent droit dans les yeux , je n'ai jamais été agressée
. Vous croyez peut-être que je me déplace avec des gardes du
corps ? 38. Le mercredi 7 décembre 2005 à 22:51, par Berlol : OK, alors parlons-en et cessons de parler de vous. Ceci dit, je vous ferai remarquer que c'est surtout vous qui parlez de vous... Vous allez me dire que moi aussi je parle de moi. Mais ça c'est normal, puisque c'est chez moi, ici. En revanche, je constate que vous ne parlez pas beaucoup de vous chez vous. On a aussi le cas de K qui parle d'elle ici et pas ailleurs (maintenant c'est nulle part ailleurs, ici)... En fait, qui veut parler de soi en parle, mais qu'il ne vienne pas s'étonner s'il ne plaît pas à tout le monde. C'est vrai que le meilleur moyen d'être tranquille, c'est encore de ne pas parler de soi, comme les centaines de lecteurs discrets qui passent sans laisser de commentaires, et que je salue au passage. 39. Le mercredi 7 décembre 2005 à 23:27, par Marie.Pool : Tout s'explique. Je ne tiens pas de journal public. Je parle de poésie et de littérature parce que c'est cela qui m'intéresse .Le site que j'anime fonctionne un peu comme un atelier d'écriture qui s'intéresse à la genèse des textes et aux amitiés d'écriture. C'est donc très différent de ce que vous proposez ici. Il n'est pas commode de doser ce que l'on peut mettre de soi dans des contributions où un certain travail d'analyse littéraire alterne avec des anecdotes très personnelles qui correspondent peut-être à un prodécé de contextualisation de votre cheminement intellectuel. Encore une fois, c'est votre démarche qui m'intéresse, et jusqu'où elle peut aller dans l'hébergement d'une parole tierce. Il me semble que le choix de certains de vos textes répond indirectement aux questions de "tenue" que vous semblez finalement souhaiter . Ce qui ne me déplaît pas, vous vous en doutez. L'effet de miroir narcissique est inévitable dans le type de contributions que vous suscitez. La seule chose qu'on espérer de lui c'est qu'il n'enflamme pas l'écran autrement que sous la forme d'un enthousiasme pour le maniement des mots et du sens. Si cela va au delà, et que ça dégénère, c'est que quelque chose n'est pas suffisamment délimité pour que l'eau des phrases se tienne au milieu sans effets imprévus d'érosion et d'inondation. Moi je veux bien, et depuis longtemps passer l'éponge . Pas vous ? |
| Mardi 6 décembre
2005. Aimez ! Aimé Césaire refuse de recevoir Nicolas Sarkozy. Commentaires1. Le mardi 6 décembre 2005 à 01:40, par Marie.Pool : Tout cela devient kafkaïen ou kafouillis (On va pas tarder à m'écrire qu'il faut laisser KAFKA en dehors de toute cette per(sé)cution... J'agrée...), une latte ,une batte, une blatte n'y retrouverait pas ses petiots. Mais je vois que tout le monde s'y met pour répondre à vos questions K. , alors moi, qu'est-ce que vous voulez, ça me rassure... Je ne vais surtout pas m'en mêler, si vous existez vraiment, vous êtes bien entourée à présent et je lis si mal que je vais encore faire des bourdes. Ne répondez pas à mes questions ça me fait du mal à présent.Je suis un être sensible et susceptible de répondre à côté de la plaque. Alors je plaque gentiment votre compagnie tout de suite ,ainsi personne ne souffrira intempestivement. J'aime bien l'idée de berlol sur l'invention k. ce n'est pas si faux que cela, sauf peut-être pour le choix du créateur. J'aurais plutôt misé sur FB ou JCB mais c'eut été diffamatoire...C'est plutôt du trouvé-créé (au bon moment) comme dirait le vieux Winnicott qui s'y entendait en squiggle. C'est bizarre la vie. Ne vous amusez pas trop sur mon dos, je sais maintenant que vous êtes accros, le fromage est battu ohé ohé ohé ohé, PLOUM ! 2. Le mardi 6 décembre 2005 à 01:49, par Marie.Pool : Me suis trompée d'endroit pour le commentaire , mais en tout cas je trouve que l'Aimé Césaire il a bon goût. La poésie est incompatible avec la répression. 3. Le mardi 6 décembre 2005 à 03:23, par Eli Flory : Quand Alvaro Gil-Robles, commissaire aux droits de l’homme
du Conseil de l’Europe, est venu en France, à la fin du mois de septembre
dernier, pour constater l'état déplorable de nos prisons,
Nicolas Sarkozy avait annulé leur rendez-vous... 4. Le mardi 6 décembre 2005 à 06:44, par Berlol : J'ai beaucoup hésité pour décider si
j'allais écrire autre chose, aujourd'hui. Mais cette phrase, qui
n'est d'ailleurs pas de moi, est parfaite. Son balancement entre les deux
noms propres, rythmée par les deux verbes. Ça n'atteint pleinement
son sens qu'avec le vide qui l'entoure. Je m'asseois donc parmi les lecteurs
spectateurs et je la contemple. À demain. 5. Le mardi 6 décembre 2005 à 11:32, par FB : oui, merci, et du coup je n'ai pas hésité à reprendre, avec un peu de contexte en plus _ c'est ce qu'on appelle un palindrome ? (oui oui, avec un algorithme bi carré tri orthogonal et un peu de "gématrie" ça doit) 6. Le mardi 6 décembre 2005 à 11:58, par k : je ne sais pasmais, j'ai ce sentiment d'emcombrement................ 7. Le mardi 6 décembre 2005 à 19:37, par Bikun : K serait peut-être Arte ou alors Alain qui en fait
est peut-être Barth qui serait lui même FB ou peut-être
Berlol... 8. Le mardi 6 décembre 2005 à 19:56, par Manu : Tiens, il y a écrit qu'il y a 7 commentaires mais je n'en vois que 6... 9. Le mardi 6 décembre 2005 à 19:58, par Manu : Ah, ben voilà, le message de Bikun (7.) est apparu. Un coup du cache ou du proxy ça... 10. Le mardi 6 décembre 2005 à 20:14, par Berlol : Tiens, Manu et Bikun ! Et presqu'en même temps... Ça
faisait un bail ! Z'avez l'air en forme. 11. Le mardi 6 décembre 2005 à 21:32, par Berlol : Nicolas Sarkozy renonce à son voyage... 12. Le mercredi 7 décembre 2005 à 05:19, par Bikun : Ca c'est de la télépathie! Sachant que nos machines ne sont pas forcément à des heures justes on peux considérer qu'on était exactement en même temps connecté sur le blog de Berlol!! 13. Le mercredi 7 décembre 2005 à 17:31, par Manu : Euh... sauf que c'est l'heure du serveur qui s'affiche... |
| Mercredi 7 décembre
2005. La couleur des bords de Loire s'actualise. « Aucune situation sociale, même la plus dégradée, et même surtout celle-là, ne peut justifier d’un traitement de récurage. Face à une existence, même brouillée par le plus accablant des pedigrees judiciaires, il y a d’abord l’informulable d’une détresse : c’est toujours de l’humain qu’il s’agit, le plus souvent broyé par les logiques économiques.» C'est beau, c'est vrai, c'est ce que je crois aussi. Et tout le reste de la lettre ouverte est de cette trempe. C'est d'Édouard Glissant et Patrick Chamoiseau et c'est chez nos amis de Remue.net, sous couvert de François Bon. C'est beau, certes. Mais je ne suis pas sûr que le destinataire puisse concevoir tout cela ; je ne suis même pas sûr qu'il soit digne de recevoir cette lettre. Nous, oui, car elle est ouverte... Temps beau, sec, bien frais. Les gants sont utiles. Deux cours qui passent comme une lettre à la poste. Dans l'après-midi, je prépare des réservations d'hôtel à Orléans pour février ; jusqu'alors virtuelle, la couleur des bords de Loire s'actualise soudain. Ça me projette dans de l'avenir. Revenons sur terre. On n'est pas encore parti... Une partie de l'après-midi à réécouter la conférence de lundi soir. Voilà où elle est, la transcription ! Bonjour à Pierre, quand il passera par ici, un jour ou l'autre. Et bien sûr, je répète que cette transcription partielle est diffusée dans l'attente d'un accord, sur le mode du qui ne dit mot consent. « — Tu veux pas faire un ping-pong ? Il jouait avec mon prédécesseur au gymnase, le midi, une ou deux fois par semaine. Il me laissa installer la table parce qu'il souffrait des lombaires, se mit en chaussettes et remporta deux parties en sets secs, m'offrit la belle qui fut plus serrée mais la gagna. Ça allait sonner. Réintégrant ses mocassins, il dit que je me débrouillais. Je loupais trop de smashes parce que j'attaquais mal la balle et j'attaquais mal la balle parce que je tenais mal ma raquette. Il, j'en faisais ce que je voulais, me donna quelques conseils et, dans le vide, plusieurs fois, balança de grands pains du revers.» (Alain Sevestre, L'Affectation, Gallimard, p. 76 — on dirait moi !). Au sport, pédalant, suite de L'Affectation, donc, d'Alain Sevestre. Difficile de citer, plus difficile que dans Les Tristes. Densité de la page, quelque chose qui rend le plus souvent l'extrait orphelin. Revolver, envoyé séparément des autres ouvrages de ma dernière commande parce qu'il n'était pas tout de suite disponible, est finalement arrivé hier, alors que le gros de la commande, non. Allez comprendre... Oups !... Je viens de me rendre compte qu'il me reste une pile de copies à corriger ! Damned, I'm done... Commentaires1. Le mercredi 7 décembre 2005 à 16:29, par Bartlebooth : Je crois que je n'aime pas du tout les extraits de la communication
de Ouellet que tu nous offres : 2. Le mercredi 7 décembre 2005 à 18:11, par Berlol : J'aime bien la contradiction dans ton départ : "je
crois que... pas du tout". On voit que tu es désolé de ne
pas être d'accord ! J'ajoute qu'entre les morceaux de son cru, il
citait des extraits de poètes (Philippe Beck, Marc Blanchet, Romain
Graziani, Jean-Patrice Courtois, Jean-Louis Giovannoni et Caroline Sagot-Duvauroux)
qui illustraient assez bien son propos. 3. Le jeudi 8 décembre 2005 à 13:01, par Bartlebooth : Oui, restons courtois (à ce propos d'ailleurs, j'ai
eu Jean-Patrice comme professeur, j'en ai un excellent souvenir). 4. Le vendredi 9 décembre 2005 à 07:46, par Arte : Oui, à suivre. D'abord on est tranquille ici ! Ensuite,
tu dis bien (B.) ce que j'aurais mal dit : est-ce le poète qui est
en retrait ou les communautés même dans lesquelles il pouvait
politiquement (ou "humainement" simplement) s'investir qui ont disparues
? On voit mal un poète à l'UMP (Mes excuses Monsieur le Premier).
En passant, c'est en "retraîte", au sens propre (poursuivi, même),
que Neruda fit son oeuvre "engagée" véritable, le reste est
chants d'amour ! 5. Le vendredi 9 décembre 2005 à 08:03, par Arte : (et fais pas chier avec le lyrisme de Char, "Olympien", comme
disait Aragon, ça oui, mais lyrique !!!) 6. Le vendredi 9 décembre 2005 à 09:31, par k : et moi je dis merde heim, 7. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:06, par k : "et puis merde, fuck, la vérole, assez de mignardise,
assez da cucu cui-cui, assez de sirop, on n'est pas des malade, on n'est
pas des agneaux au biberon, des cendrillos, des frasies oiseuses, des bébés
dysney. On est des ogres, des vampires et c'est tout! 8. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:08, par Arte : Elle ne réussit rien du tout, qu'à se ridiculiser
! 9. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:09, par Arte : fuck la vérollllllllleeeeeeee, Rire !!! bien trouvé ! 10. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:12, par k : j'ai découvert brigitte il y a peu de temps pensant
que j'étais trop con pour comprendre et en fait cette chCONNE 11. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:30, par k : arte c'est pas "trouvé" c'est ressenti c'est plus grave 12. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:45, par k : ca c'est mon hymne ce qui me défini moi k 13. Le vendredi 9 décembre 2005 à 11:19, par k : et bah voila je me suis lachée, tanpis ça fait
du bien, 14. Le vendredi 9 décembre 2005 à 12:34, par k : tout les textes sont de brigitte fontaine, j'sais pas si on a bien compris, moi je sais pas écrire des trucs comme ça d'ailleurs!! 15. Le vendredi 9 décembre 2005 à 13:44, par k : bon ce soir c'est bf surement pas pour vous : 16. Le vendredi 9 décembre 2005 à 15:32, par Marie.Pool : J'aime beaucoup les textes de Brigitte Fontaine, surtout au temps où elle chantait avec ARESKI :"Nous avons tant parlé, toi avec moi, Comment se rappeler qui a dit quoi ". Brigitte Fontaine est un peu "space" et iconoclaste. Elle est aussi un superbe personnage médiatique. Je la connais depuis longtemps, c'est que je ne suis pas toute jeune... cela expliquant probablement mon déficit cognitif et affectif. Mais j'ai de bons médecins autour de moi. Ne vous inquiétez pas. |
| Jeudi 8 décembre
2005. Relevant de somnolences méritées. Un jeudi à trois cours, donc fatigant. Sans parler des aléas des commentaires, dont je m'occupe trop. Retour à l'aporie qui les concerne... L'époche de nos jours où je me dois rester. Je rends le coffret de trois dévédés de Podium à David. Forcément, on reparle du film. Dans la version longue, qu'il n'a pas vue, il y a une scène que le réalisateur, Yann Moix, dans la version commentée, disait aimer beaucoup. Il s'agit d'une scène dans laquelle un groupe de sosies de Claude François, flanqués du sosie de Polnareff, font une descente dans une boîte d'aficionados de Sardou pour tout casser et enlever les trois leaders dans un entrepot désaffecté, les attacher chacun à une chaise, devant un haut-parleur de 100 Watts, d'où ils devront supporter dix heures durant l'écoute de Si j'avais un marteau... C'était marrant mais je trouve qu'il a bien fait de l'enlever de la version définitive : cette violence déplacée n'apportait rien au film et risquait fort de déplaire au vrai Sardou et à ses fans, ce qui n'aurait pas forcément été de tout repos. « La musique était antillaise à présent et le factotum, par goût personnel, en augmentait le volume à chaque morceau si bien que, à la fin du disque compact, on ne s'entendait plus et comme tous étaient déjà éméchés, lorsque, dans une parfaite maîtrise du matériel, il shunta le zouk pour la danse des canards qui passait sur une seconde platine, irrésistiblement attirés par les trépidations connues et assez sommaires du nouveau rythme, ceux qui avaient hoché la tête et tapé du pied dans un rayon de vingt centimètres autour d'une place qu'ils avaient sentie leur à force d'atermoyer, déferlèrent sur la piste en se tenant ardemment par la main, tirèrent par un pan les irrésolus qui à leur tour en décoincèrent d'autres, firent la chenille et se donnèrent à fond, conservant toujours, dans le délire, une certaine lucidité, riaient trop fort, gesticulaient outrageusement, pour montrer à qui stationnait encore le long du buffet que, de la danse des canards, ils n'étaient pas dupes.» (Alain Sevestre, L'Affectation, p. 91-92). Plus tard, via Litor, relevant de somnolences méritées, découvertes coup sur coup du réjouissant Sarko Skanking, montage audio issu du blog onsfoudkilao, puis un Chiraff millésimé de chez Frédéric Pierron, à déguster avant les roboratifs montages Dassault de l'antisocial belge... Et relever le niveau pour finir, puisqu'on a parlé d'elle lundi et que j'avais précisément acheté ce livre en mars, en même temps que celui de Denis Grozdanovitch, je me souviens très bien qu'il pleuvait un peu, quand j'attendais Laurent... Voilà, huit mois après, je l'ouvre enfin... « pour la lenteur composer le mot fin les cassetins baillent aux corneilles leur trop plein plomb gobé par vitesse et la faim des corneilles dessus les cassetins le compost compose littéralité cristallisée sur la pulpe du doigt lettre extraite à longue pince épiler les bruits des mots ficher l'os au front de plomb le reste à la casse » (Caroline Sagot Duvauroux, Vol-ce-l'est, Paris : José Corti, 2004, p. 48) Commentaires1. Le jeudi 8 décembre 2005 à 08:25, par Marie.Pool : "C'est dire donc que la philosophie doit trouver en elle-même
sa propre justification, ses propres fondements, et, par suite, que chacune
de ses assertions doit être complètement fondée : elle
ne doit rien présupposer, rien admettre sans en connaître la
justification." 2. Le jeudi 8 décembre 2005 à 08:41, par FB : Relevé dans la liste Perec, peut intéresser
certain commentateur berlolien: 3. Le jeudi 8 décembre 2005 à 11:04, par Arte : Et tu as mangé quoi ? car ... 4. Le jeudi 8 décembre 2005 à 11:18, par Marie.Pool : Relevant de somnolences méritées ... le prix
Bartlebooth... Ca rend dubitatifs... 5. Le jeudi 8 décembre 2005 à 13:18, par iris : Relevé dans une revue littéraire 6. Le jeudi 8 décembre 2005 à 13:28, par Bartlebooth : Merci FB, mais ça me fait un doublon. 7. Le jeudi 8 décembre 2005 à 14:29, par k : bonsoir et merci, je me sens l'invitée d'honneur kome
dans ce film, vous savez, avec villeret. 8. Le jeudi 8 décembre 2005 à 15:23, par jcb : Bien sûr que k est une fiction. 9. Le jeudi 8 décembre 2005 à 15:37, par Marie.Pool : "Le journal prie instamment ses lecteurs de proposer les
concurrents de l'année prochaine. Le monde des arts en a besoin " 10. Le jeudi 8 décembre 2005 à 22:01, par FB : bravo Bartlebooth pour les subjonctifs, non je ne doutais
pas mais sait-on, bon c'est pas si évident à lire votre blog 11. Le jeudi 8 décembre 2005 à 22:33, par Marie.Pool : Retour à la case départ. Le responsable de
ce blog étant berlol,le seul a pouvoir selonFB identifier les adresses
ip... Je ne serais ¨même plus étonnée que la fiction
soit signée... FB... par réaction à la somnolence ou
à l'indolence...à l'impatience, à l'intolérance
etc... Quand on peut le plus on peut le le moins dit-on dans les milieux
électriques , et puis hier au soir, c'étaient les illuminations
à LYON , on m'a peut-être un peu éclairée aussi
en off... Et d'incice en indice, je me dis que la version Tiers Livre du
commentaire déjanté Duras n'est pas invraisemblable .Comme
dans le mystère de la chambre jaune, toutes les issues mal localisées
sont suspectes.Plusieurs meufs dans un sous-marin la première plombe,
la seconde surplombe, la troisième cherche des bouées qui n'existent
pas, etc etc...qui c'est qui les aide à remonter l'arbre tortueux
des causes pour faire des bulles ? Le saura-t-on jamais ? Et puis tiens,
ce superbe passage : 12. Le vendredi 9 décembre 2005 à 02:00, par alain : Le texte que présente Iris n'a rien à voir
avec ceux de K. 13. Le vendredi 9 décembre 2005 à 03:24, par Arte : Idem, Alain. 14. Le vendredi 9 décembre 2005 à 03:52, par Berlol : Tous les mains dans l'époche... 15. Le vendredi 9 décembre 2005 à 07:48, par Marie.Pool : Tiens, tiens, petit coup de fatigue chez les bretteurs... 16. Le vendredi 9 décembre 2005 à 09:32, par k : je vous prie d'arretez un peu sinon je vais etre vraiment méchante et je n'aime pas cel, mais si il n'y a que cette solution, je le serai! 17. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:06, par cel : faudrait peut-être un peu se calmer avec ces idées
de fiction, ça vous est venu à l'idée que vous pouviez
aussi simplement vous tromper ? oui ? non ? Et que ça peut-être
franchement désagréable pour quelqu'un d'être reçu
de cette manière ? non ? Regardant ça sans souci d'adresses
IP et hors de l'angoisse du complot, ça me fait mal de voir qu'on
peut traiter une personne de cette manière à partir d'un simple
à priori de langage. 18. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:10, par k : merci cel 19. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:14, par Bartlebooth : Je n'ai pas envie de résister au réflexe de
vous mépriser tous, sauf évidemment cel, arte et k. Comment
d'ailleurs, avec quelle force d'oubli et d'indifférence ? 20. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:28, par Arte : Cette femme vit dans la fiction, tout est fiction pour elle,
les colères des autres qu'elle imagine, les "cautions" qu'elle s'invente,
elle est dans des formes de pathologie impossible à traiter ici, aucune
discussion raisonnable, aucun argument de bon sens. Cel, tu en appelles à
son respect des autres ? Je crains que la notion "d'autres" soit très
abstraite pour elle. Sa façon d'exister est d'occuper tous le terrain,
le premier commentaire et le dernier de chaque article, et à repandre
son MOI partout, comme les enfants : elle n'est pas "responsable". Il suffit
de voir sa prose et sa poésie de gamine. Elle n'arrêtera donc
pas ses attaques, ses délires, ses jeux en sous-main, sa jalousie
de K., ses leçons de littérature, et ses matchs imaginaires.
Devoir encore intervenir, par amitié pure, pour dire à K :
oubliez cette pauvre femme, écrivez... c'est encore s'exposer à
ce qu'elle s'accroche à un mot, à un rien, pour faire son n°,
et j'en ai honte, d'intervenir encore, pour Berlol. 21. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:35, par k : elle vit, moi je suis morte nuance 22. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:36, par k : elle, elle n'est jamais morte c'en en mourrir, elle ne sait
pas, 23. Le vendredi 9 décembre 2005 à 11:16, par k : Monsieur >JCB 24. Le vendredi 9 décembre 2005 à 13:21, par Marie.Pool : Je suis devenu un personnage. Enfin ! Mon ego rutile et mutile
à ses dépens... Oui, je ris parce que la farce est tellement
grotesque qu'elle en devient exemplaire des maladies infantiles et éruptives
des blogs dits littéraires. Mais la littérature c'est aussi
la vie. Non ? 25. Le vendredi 9 décembre 2005 à 17:01, par Marie.Pool : Merci Berlol ! |
| Vendredi 9 décembre
2005. En train sur l'efficace. Pas de sport, ce matin. Il faut faire le ménage, la vaisselle, passer l'aspirateur, étendre le linge... en écoutant le programme de nuit de France Culture, au hasard, une émission sur le sonnet, avec des lectures d'inédits de Pasolini et de réédités de Boris Vian. Cela ne me touche guère. Déjeuner chez Downey, juste avant la cohue, avec David et un autre collègue, appelons-le RM, on en aura besoin plus tard. Discutons du dernier casse-tête qui nous est soumis par le sort : que dès l'ouverture des réservations de vols pour la France, à trois mois d'un départ, il n'y ait déjà plus de places disponibles ! Une gabegie, quelque part. Qui se fout de nous ?... L'Affectation, dans le shinkansen. C'est son deuxième aller-retour et j'en suis à la page 120. Deux mille kilomètres pour 120 pages, soit du 17 kilomètres la page, ou deux lignes au kilomètre. Enfin, avec moi, c'est un peu comme ça pour tous les livres... « Je suis une structure accueillante, je suis une structure accueillante. J'essayais de m'en convaincre, de placer cette idée de moi ici, mais ce soir, comme les autres soirs, elle ne colla pas. Je ne tenais pas. J'attendais que vînt sur moi la contagion de la vie. Peut-être n'avais-je pas assez bu. Peut-être aussi n'était-ce pas mon projet. Oui, ce n'était pas mon projet.» (Alain Sevestre, L'Affectation, p. 113) Je lève le nez. Quitte le livre, regarde vaguement le fond du wagon et me concentre sur la vision périphérique : apparaît le paysage lointain, fixe, et le défilement violent du proche paysage près des fenêtres, des deux côtés en même temps, bruyante sensation de vitesse, d'étroitesse du train, restitution de ce qu'est le percement sans fin de l'air, certitude que nos corps ne sont rien, n'ont aucune résistance dans cette vitesse des tôles... Je me rends compte que mon paragraphe sur l'identité/l'individu de dimanche dernier précédait de peu le texte de Pierre Ouellet, qu'il y a une question connexe mais deux traitements différents. Qu'il n'y a d'ailleurs pas eu de commentaires. J'ai quelque chose en train sur l'efficace, je ne dirai pas encore laquelle, mais pas le temps de finir ce soir. Demain, c'est la fin, la fin sans fin du Ravissement... Repassez ! Commentaires1. Le vendredi 9 décembre 2005 à 08:03, par Marie.Pool : " J'appris un peu plus tard, en appelant Marie d'une cabine
téléphonique, que l'enterrement aurait lieu vers onze heures
du matin, ou midi, elle ne savait pas, elle n'avait pas envie de me parler,
je n'avais qu'à la rappeler quand j'arriverais. 2. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:27, par alain : On repasse et repassera. 3. Le vendredi 9 décembre 2005 à 10:33, par k : mp : je crois que je vais me lacher, je pete un plomb un
cable mais la trop c'est trop en arriver là, c'est d'une konnerie!!!
et pour une konnerie c'est une belle konnerie, heim boby 4. Le vendredi 9 décembre 2005 à 11:11, par k : alian,; 5. Le vendredi 9 décembre 2005 à 11:23, par k : avec tout cela j'ai même pas lu votre note du jour,
je fais manger L et je lis, j'ai aimer sarko, et j'ai les poches sous les
yeux, et pas les mains dedans,pas tout compris, normale vu le niveau de
la fille. 6. Le vendredi 9 décembre 2005 à 11:41, par k : ALORS MP ON repond pas, 7. Le vendredi 9 décembre 2005 à 11:44, par pseudointellooo : y faut arreter la masturbation intelectuelle, cha rend sourd... 8. Le vendredi 9 décembre 2005 à 13:11, par Marie.Pool : Il faut arrêter de boire. Ca vous rend tristounets. Vous allez tous vomir sur les livres et après ils sont irrécupérables. Si Berlol laisse toute cette ivresse sur son blog c'est qu'il veut vraiment le saborder . 9. Le vendredi 9 décembre 2005 à 13:28, par k : buvez un peu à ma santé ça vous fera du bien 10. Le vendredi 9 décembre 2005 à 14:32, par Berlol : I s'en passe des trucs, pendant que je dors ! C'est fou ! 11. Le vendredi 9 décembre 2005 à 15:43, par cécile : www.brigitte-fontaine.com (bijou) 12. Le vendredi 9 décembre 2005 à 16:01, par Marie.Pool : Et bien voilà ! Nous y sommes. Berlol bravo ! Vous êtes un homme loyal et enfin vous-même. Pourquoi ne pas l'avoir dit plus tôt, vous avez laissé les gens s'énerver pour pas grand chose. Je ne suis pas mécontente d'avoir débusqué l'ambivalence extrême de votre comportement de webmaster qui peut être très dangereux pour des personnalités fragiles. C'est l'inconvénient aussi de mélanger le privé et le public. Les images et les traques photographiques qui figuraient à un moment sur vos liens auraient pu vous mettre en difficulté vis à vis de la loi. Je l'écris aujourd'hui sereinement. Je suis certaine que vous serez plus prudent à l'avenir. Je ne défends rien d'autre que l'image de la femme, vous en aurez fait les frais pendant quelques mois. La teneur diffamatoire des propos tenus à mon égard seront traitées ultérieurement. Je vous recommande donc la plus grande vigilance sur les propos tenus sur votre site après mon départ car ils complèteront un dossier déjà bien lourd. Cette fois je ne ris plus. Je vous salue. 13. Le vendredi 9 décembre 2005 à 16:06, par Berlol : Adieu. 14. Le vendredi 9 décembre 2005 à 18:13, par alain : Brigitte Fontaine. Areski et Brigitte Fontaine, alors là,
moi aussi, j'avais tous les disques, les premiers, je les ai perdus, ou donnés,
impossible de les dénicher en mp3. Je n'ai pu capter que "c'est normal". 15. Le vendredi 9 décembre 2005 à 23:15, par Manu : Bon, ça y est, c'est fini la cour de récréation
? 16. Le samedi 10 décembre 2005 à 00:32, par alain : Ah oui! 17. Le samedi 10 décembre 2005 à 00:59, par grapheus tis : Que c'est bruyant, ici ! Quand on n'a point tous les fils,
la pensée du pauvre lecteur se dévide à terre. 18. Le samedi 10 décembre 2005 à 01:09, par Christian : Quel niveau, Manu? 19. Le samedi 10 décembre 2005 à 05:05, par k : je tenais à voir remercier tous, et particulierement
mr berlol, 20. Le samedi 10 décembre 2005 à 06:30, par k : hier j'ai parlé de d'jack daniel que j'aime beaucoup,
mais mon d'jack à moi c'est mister |
| Samedi 10 décembre
2005. Autre chose, et rarement. Lever tranquillement à 7 heures, comme jamais un samedi depuis le cours sur Duras — puisque c'est le dernier. Il restait assez peu de texte à voir. J'étais prêt hier soir. [RLVS-13] « Harassé, au bout de toutes mes forces, je lui demande de m'aider : Elle m'aide. Elle savait. Qui était-ce avant moi ? Je ne saurai jamais. Ça m'est égal. Après, dans les cris, elle a insulté, elle a supplié, imploré qu'on la reprenne et qu'on la laisse à la fois, traquée, cherchant à fuir de la chambre, du lit, y revenant pour se faire capturer, savante, et il n'y a plus eu de différence entre elle et Tatiana Karl sauf dans ses yeux exempts de remords et dans la désignation qu'elle faisait d'elle-même — Tatiana ne se nomme pas, elle — et dans les deux noms qu'elle se donnait : Tatiana Karl et Lol V. Stein.» (Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, p. 188-189) Pour le retour à T. Beach, lieu du traumatisme originel, tout est marqué en clair dans le texte : la mémoire qui revient (173-175) dans le train, dans les rues, au Casino, et les vertus positives de cette remémoration accompagnée. Qu'il fallait être accompagnée de Jacques Hold, sur qui elle compte (to hold) — et elle ne peut compter que sur lui, puisque son mari la prend pour une irresponsable et Tatiana pour une dingue (163). Également écrit que ce mouvement de la mémoire n'est bon qu'en lui-même, au présent de sa psyché, que matériellement il n'apportera rien (qu'on ne revit ni ne répare le passé). Depuis Proust, on sait qu'on ne retrouve jamais le temps perdu. Au mieux on construit autre chose, et rarement. Après ces lumières (joie et lumière sont valorisées, 165, 169, 176), la fatigue, la sieste sur la plage (183), le creux de mer basse avant de reprendre le collier des jours, la fin probable (184). Mais Jacques a ce geste mental de nier cette fin logique pour appeler l'inconnu, pour revendiquer pour Lol et pour lui le droit à la liberté de la fin non écrite, de « la fin sans fin » (184). Et voilà justement qu'on invente qu'il faut passer la nuit ensemble, se déshabiller et entrer dans le même lit. Le choc est rude, pour Lol, de pouvoir aller au bout de ce que l'on veut quand tous vous en empêchaient depuis dix ans ! Alors, miracle littéraire, Jacques comme Duras, retirent les certitudes, comme la mer retire son eau, et laissent un texte ambigu, d'une beauté, d'une suggestivité que les lecteurs questionneront des siècles durant. « Elle m'aide », écrit-il, mais à quoi faire ? « Elle savait », oui, mais quoi ? Est-on dans le registre mental de la gestion d'une crise de nerfs, de folie douce, ou dans un lit où l'amant découvre la science de son amante (savante) ? Être reprise ou laissée, fuir ou se faire capturer, sont-ils des verbes métaphoriques pour un esprit qui déraille, ou décrivent-ils très prosaïquement un certain goût pour les jeux érotiques — dans lesquels Jacques retrouverait à sa grande surprise une sorte de Tatiana, sans le remords qui accompagne cette dernière dans l'adultère ?... N'est-elle pas ravie, Lol, elle qui n'était jamais là, d'y être enfin doublement, là ? À la fois elle-même et sa rivale, fusion ou alternance des complémentaires à la mode extrême-orientale, qui dépasse l'antagonisme, ce concept bêtement occidental. [/RLVS-13] En complément de programme, il nous reste juste assez de temps pour voir Nuit noire Calcutta, le court film de Marin Karmitz écrit par Duras alors qu'elle était en train de composer le Ravissement (1963-1964)... Et puis c'est l'heure du déjeuner à la Brasserie de l'Institut. Chacun(e) y va de sa thèse sur Lol : restera folle, sera guérie, restera folle, sera guérie. Chacun se fait sa conviction intime, ou l'a déjà depuis longtemps, mais tout le monde est d'accord pour dire que le texte est beau, émouvant, subtil, à jamais ouvert et accueillant. On ne s'est pas levé pour rien dix samedis de suite aux aurores... Repos jusqu'au départ de T. pour une réunion de chercheurs, puis lecture de la presse littéraire, de mes blogs amis... Au moment de démarrer Composants de Thierry Beinstingel (Fayard, 2002), je vois que c'est l'heure d'aller faire des courses et, sortant, je tombe sur Laurent qui venait me saluer. Aller-retour ensemble pour du pain et des jus de fruits (carburants pour vitaminer demain) puis copie de quelque 200 récentes émissions de France Culture sur un dévédé réinscriptible qu'il a amené avec lui. Enfin dîner au Saint-Martin, renouer avec l'agneau et le bordeaux. Entre autres sujets, on parlera d'Alain Finkielkraut dont je lisais tout à l'heure qu'il a (sans doute été poussé à faire savoir qu'il avait) renoncé à se rendre à Lyon, aux rencontres de la Villa Gillet sur la laïcité la semaine prochaine (il y aurait une pétition qui circulerait contre lui, pour une suspension de l'émission Répliques — quels que soient mes désaccords avec ses idées, je ne signerai pas une telle pétition).
Ce jeune garçon
de Dushanbe, qui semble si attentif, si soigneux, deviendra-t-il
photographe à son tour ? Ou quel métier ?
Il revient peut-être du lycée, il admire les
photos de territoires vus du ciel. Il s'étonne sans doute
des formes et des couleurs. Il acquiert une idée de la
distance, de la distanciation, de la taille de la planète,
de sa diversité géographique et aussi de l'unité
que nous formons tous à sa surface.D'une certaine façon, il nous rejoint dans une conscience globale qui est exigée de nous, qui nous rapproche tous et qui est aussi en train de nous rendre ronflants d'idéalisme planétaire et malheureux d'impuissance devant la dégradation, la pollution... L'exposition des photos de Yann Arthus-Bertrand sur les grilles d'un parc tadjik reprend le principe d'exposition-promenade des grilles du Luxembourg. C'est peut-être la première fois dans ce pays. Merci à notre Bikun d'avoir capté cette expression qu'il n'expose pas dans son blog mais dans son site professionnel. Commentaires1. Le samedi 10 décembre 2005 à 11:09, par k : moi la photo d'aujourd'hui elle me fait penser à lui,
l'amant, le chinois, il aurait regardé longtemps pris quelque note,
et puis il re retour, va vers sa voiture, dès commme on en voit plus
maintenant, le chauffeur l'attends, lui, en face se trouve son lyvée,
à elle. 2. Le samedi 10 décembre 2005 à 15:25, par Berlol : L'IP 82.224.126.36 s'est amusé à se faire passer pour quelqu'un d'autre et pour moi-même, sans connaître d'ailleurs les mails associés. C'est gros et ça se voit de loin... Ça pourraît être marrant sauf que ça implique quelqu'un qui n'a plus la possibilité de participer. Donc, j'ai effacé tout cela et je prie IP 82.224.126.36... de garder le fictif dans le fictionnel. 3. Le samedi 10 décembre 2005 à 20:33, par IP 82.224.126.36 : Oui, merci d'avoir effacé. 4. Le samedi 10 décembre 2005 à 21:44, par Bikun : Merci Berlol pour cette petite note. Je pense que l'exposition
a eu un franc succès, pas forcément financier, mais simplement
le fait qu'elle ait eu lieu à cet endroit ou la culture telle que
nous l'entendons, nous français, est quasi inexistante. J'ai plusieurs
témoignages de gens travaillant dans des Organisations qui se plaignent
de l'attitude du gouvernement voire parfois des pressions qu'il exerce sur
les ONGs surtout celles qui travaillent de près ou de loin avec les
médias et divers autres sujets "chauds". 5. Le samedi 10 décembre 2005 à 21:46, par Bikun : Au passage, tu as trouvé l'unique photo de moi sur mon site...! Chapeau! 6. Le dimanche 11 décembre 2005 à 03:36, par FB : au passage, pour Bikun, tu crois toujours que c'est la peine de saboter chaque photo par le cartouche auteur en transparence au milieu ? le © berlol n'est pas très discret non plus sur les siennes _ il me semble qu'il n'y a pas grand risque que ça finisse chez Paris Match, et au contraire les emprunteurs tiennent en principe à faire un lien ? 7. Le dimanche 11 décembre 2005 à 03:57, par Berlol : T'as pas tort. Mon "© Berlol" est de l'ordre de la convention de genre, dans un coin. Pour Bikun, je crois que ça fait partie d'une autre convention, celle de la crédibilité professionnelle... Tant pis pour nous. Mais je vais quand même faire sa promo... ça me plaîrait bien qu'il en vive un jour, de sa photo. 8. Le dimanche 11 décembre 2005 à 04:38, par k : oui, c'est beau, je suis tombée sur des jeunes filles chinoise, dans une chaise à porteur rouge, ça m'a fait pnsé à lol, le scénario perdu de lol v Stein, j'en mettrai un bout ce soir, ,j'aime lire quand vous parlez de lol, si vous avez des note berlol, pensez à moi, j'aime ça lire se que voous en dites, moi je ne sais pas faire cela. bon, programme chargé pas trop de temps, à ce soir donc, mais vous dormiez surement......... 9. Le dimanche 11 décembre 2005 à 07:50, par Bikun : Pour FB, tu as raison dans un sens, ce cartouche "sabote"
un peu la photo, mais, et Berlol l'a très bien deviné, en
ce qui me concerne il ne s'agit pas uniquement de "protéger" la photo,
car effectivement il y a peu de chances que cela arrive chez Paris Match.
Hormis ce cartouche de toutes façons, il n'y a aucune façon
de protéger une photo. Il n'y a aucune technologie actuelle qui permet
de protéger une photo et peut-être que quelque part c'est mieux
ainsi. 10. Le dimanche 11 décembre 2005 à 07:51, par Berlol : En tout cas, je remets ça dans le billet du jour... Allez, je vais me coucher. 11. Le lundi 9 janvier 2006 à 08:06, par sabrina : Moi c'est le passage de la page 186 qui m'intrigue, une Lol
qui a repris sa mémoire se place devant la mer, et moi j'y ai vu
une image de ce qu'elle vient de vivre ou de ce qu'elle va vivre dans ce
"La mort des marécages emplit Lol d'une tristesse abominable, elle
attend, la prévoit, la voit. Elle la reconnaît." p. 186 12. Le dimanche 15 janvier 2006 à 17:01, par Berlol : Chère Sabrina, pardon de n'avoir pas répondu
plus tôt à votre commentaire et surtout merci d'avoir lu attentivement
l'ensemble des séquences [RLVS]. Outre les commentateurs "habituels",
vous êtes la première personne à avoir voulu discuter
d'un point de vue littéraire... |
| Dimanche 11 décembre
2005. Dégagement soudain des horizontales. Ce matin, j'hésitais entre aller au ping-pong et rester avec T., pour faire des courses ou ce qu'elle voudrait. C'est finalement ça que j'ai choisi. Elle m'avait dit qu'aujourd'hui serait une sorte d'anniversaire, il valait mieux que je lui tienne compagnie, que j'accompagne sa tristesse. Il y a un an, en effet, nous accueillions son père dans un appartement préparé pour lui, il sortait de l'hôpital où il était censé être mort plusieurs fois depuis juilllet, il était en sursis, on ne savait pour combien de temps, deux semaines ou dix ans. Il a été sinon heureux du moins tranquille dans cet appartement — cinq mois durant, en fait. Je l'ai souvent vu sourire, souverainement calme. Il n'a plus vu l'univers hospitalier, ce milieu stérile et stressant, cette usine de déracinement pour les Japonais qui préfèrent mourir chez eux que survivre indignés de tubes vitaux. Et comme il avait perdu une partie de sa mémoire, il a rapidement pensé qu'il était ici chez lui. T. se souvient plus profondément que moi. Nous sortons vers 11h30 pour aller faire une course à Ginza. Coïncidence du calendrier, T. doit aller voir le prêtre qui s'est occupé des offices funéraires en mai dernier, pour régler le calendrier des cérémonies à la mémoire des morts et des ancêtres pour l'année à venir. Avant cela, nous déjeunons de sushis, excellents, au second sous-sol de Ginzacore, près du carrefour principal de Ginza. Nous déambulons une petite heure dans le quartier bien qu'il ne fasse pas très chaud. Prenons un café au Shiseido Parlour, un endroit chic mais non fumeur (nous préférerions le Paulista, mais trop de fumeurs aujourd'hui).
Quand T. part pour le
temple, j'oblique vers Tsukiji
et je branche l'i-river sur un entretien de Laurent Goumarre
avec Christine
Angot.
Je marche plein Est le long de l'avenue, vers le port,
pendant que Christine raconte l'accueil épouvantable
des Désaxés,
double le quartier des poissonniers, désert le
dimanche, enjambe des ponts, la Sumida,
dégagement
soudain des horizontales, elle raconte l'ami cinéaste
qui ne créait pas. Et je me retrouve au pied de nouvelles
tours qui forment un complexe de bureaux, magasins, habitations,
là où il n'y avait rien depuis des siècles,
Triton
Square,
quartier d'Harumi, où Christine s'énerve
contre l'impuissance des autres alors qu'elle, elle fait
son livre avec presque rien. Je déambule dedans, c'est
sans intérêt, cette galerie commerciale, ressors
derrière, par de petites rues, renjambe des ponts, il fait
assez froid, Christine parle maintenant de la difficulté
à s'accepter en tant qu'écrivain et quand j'arrive
à une grande avenue où je dois attendre le feu rouge,
elle craque, elle pleure d'aimer follement la littérature,
au-dessus de tout. C'est pour ça que je ne transcris pas,
il faut l'écouter,
l'entendre. Je traverse, elle renifle et se reprend. Alors
que je comptais revenir sur Ginza tout droit, j'avise une
rue commerçante à l'ancienne, sur ma droite,
avec des trottoirs abrités et la circulation fermée
des dimanches. Dans mes oreilles qu'elle protège un peu
du froid, elle raconte son plaisir à lire en ce moment un livre
d'entretiens de Gérard Depardieu qui lui aussi est un fétu
de paille à qui il arrive de toucher le ciel, elle raconte
ce très vieil épisode du jeune Depardieu à
ses premiers cours de théâtre, qui ne savait ni parler
ni sa scène, et qui avait réussi à déclencher
un fou rire général, lui aussi avec rien. Au
bout de cette étonnante
rue du milieu du XXe siècle, c'est la station de
Tsukishima,
sur la ligne
qui rentre directement chez moi.Encore trop tard pour mettre au net mes notes sur l'efficace littéréticulaire. Si, si, vous verrez, c'est bien. Un jour prochain. En attendant, juste dire mon intime conviction qu'Angot est de la trempe des Duras, la seule à la rejoindre dans une certaine vibration de la corde vitale. Commentaires1. Le dimanche 11 décembre 2005 à 10:31, par fg : "qu'Angot est de la trempe des Duras, la seule à la
rejoindre dans une certaine vibration de la corde vitale..." 2. Le dimanche 11 décembre 2005 à 10:54, par Arte : Revu "La chatte sur un toit brûlant", (le film) 3. Le dimanche 11 décembre 2005 à 11:30, par k : même fin non, pour lol c'est: 4. Le dimanche 11 décembre 2005 à 11:30, par k : un ravissement 5. Le dimanche 11 décembre 2005 à 11:49, par alain : K, merci, pour l'autre jour, oui, je veux bien des chansons de B. Fontaine mais deux disques m'intéressent seulement qui ne semblent pas convertis, encore, au mp3. Il faut que je te dise lesquels mais ce soir, à cette heure, je suis déjà (comme la plupart du temps et de plus en plus) hors d'usage. 6. Le dimanche 11 décembre 2005 à 15:00, par k : je suis sur cette ile. elle fait 1 mètre de diametre,. 7. Le dimanche 11 décembre 2005 à 15:45, par k : c'est beau, j'ai pleurée ausi, oi aussi j'ai fait rencontre avec cette chose qui me dépasse, une recontre avec moi, un moi qui je ne connais pas, qu'il faut abriter, a qui il faut faire de la place, mais comme elle j'ai du mal, je ne sais pas le faire, je suis si petit, si rien face à ça.............. 8. Le dimanche 11 décembre 2005 à 16:14, par k : j'ai envoyé à l'homme A, je lui est dis de mettre le curseur à 18:50, se que je ressens, fasse à cet amour, comme elle face à l'écrivain qu'elle moi face à l'amour que je lui porte, à se qu'il m'a dit de moi..........., c'est ça 9. Le lundi 12 décembre 2005 à 03:08, par k : MD : « évidemment je peux montrer lol V.STEIN
au cinéma, mais je ne peux la montrer que cachée, quand elle
est comme un chien mort sur la plge, recouverte de sable, vous voyez………détriute
déjà filmée, pas sortie du livre………..mais déjà
abimée par les comentaires, les lectures………..quand elle remonte vers
le bal de stala, vers sa naissance, elle est déjà esquintée
comme une putain ; je la vois plein de fards, de bijoux, croulants comma
ça, sous les fards et les bijoux » 10. Le lundi 12 décembre 2005 à 04:52, par Berlol : "esquintée", je pensais justement à ce mot-là,
ce matin. Je ne sais plus pourquoi. 11. Le mercredi 14 décembre 2005 à 01:03, par caroline : Merci merci pour cet excellent moment de radio. Il y avait longtemps que je n'avais pas autant ri en écoutnat la radio ! C'est l'apothéose quand elle y met du Depardieu... Pauvre Duras, c'est pas sympa de la comparer à Chrisitne Angot. |
| Lundi 12 décembre
2005. Je m'ai à l'œil. Avant ce journal et d'avoir des lecteurs, je n'envisageais les fuseaux horaires que de façon ludique (se lève ici, se couche là, amusant, l'idée) ou de façon pratique (téléphoner à quelqu'un sans le réveiller, compter les heures de vol). Maintenant, il s'agit d'une présence ordinaire. Comme on sait son nom, où sont ses clefs, qui l'on aime, je sais l'heure qu'il est ici et là. Premièrement. Ce que j'écris ici depuis deux ans n'est pas d'un genre. De plusieurs peut-être. C'est ouvert. On m'attend au tournant. J'y suis, je n'y suis pas. Chaque jour, je m'attends au tournant, moi aussi. Je m'ai à l'œil. Ce n'est pas une quête d'amour. Ce n'est pas la composition d'une œuvre selon un plan. C'est une expérience littéraire et réticulaire. Il y en a qui suivent, il y en a qui décrochent. Il y en a qui se méprennent, il y en a qui déraillent. Et puis moi-même j'en suis d'autres. On est embarqués. Deuxièmement. C'est une mutuelle considération d'exister. Elle me donne une satisfaction, celle d'utiliser efficacement l'inutilité de ma vie (au regard de l'univers), en occupant simultanément un grand nombre de lieux, en étant considéré comme interlocuteur par une inimaginable diversité d'êtres humains — presque tous francophones. Je dors, on me lit ici (dans un certain contexte : on a fait du café, c'est le matin). Je prends un train, on me lit là (dans un autre contexte : googlage de boulot, tiens, c'est quoi Berlol ?). Je lis untel, untel me lit, en même temps parfois. L'efficace d'une existence par sa démultiplication pourrait ne pas être nouvelle mais elle l'est. Elle l'est, cette efficace-ci, parce qu'elle se passe des pertes de temps (et) de la condescendance. La condescendance des éditeurs, la condescendance des critiques, la condescendance des circuits commerciaux. Je suis mon juge littéraire, mes lecteurs aussi ; entre eux et moi, personne. Personne pour venir mettre sa stratégie — une stratégie qui se réfère plus au groupe social où grenouille le fameux personne qu'à ma valeur (mesurable avec quel instrument, d'ailleurs ?). Troisièmement. Je ne dis pas que je n'aime pas le livre. Je l'admire et le vénère. J'en tripote et j'en dorlote tous les jours. J'en compulse et j'en expulse comme je respire. J'en compote et j'en tripulse, même. Mais j'essaie autre chose. On veut bien ? Je peux essayer ? Je ne tords pas les forêts ni ne fais de tort aux libraires. Quoique... Sans soumettre, sans les fourches caudines, sans les chiffres de vente ni les chèques à la clé. Étant en mille lieux du réticule, en milieu réticulaire, je suis à mille lieues de ceux qui font et profitent du milieu littéraire. Pourtant je (et d'autres) deviens ce milieu, en mille lieux. Quatrièmement. Alors, mon efficace ? Comprise ? Non, ne sortez pas les étiquettes mégalo ou schizo ! Reprenez la lecture, ce n'est pas long. Je vis ma vie, je n'en ai qu'une. Et en même temps, j'en projette des poussières partout dans le réseau. Des poussières spéciales, travaillées, biseautées, poncées, gavées d'électronique, qui gonflent, qui émettent un truc de ma composition, un mélange qui me vaut, qui me représente, chaque jour. Encore une fois, je ne suis pas seul. Pas le seul. Pas plus pas moins que d'autres, avec chacun son type de biseautage, sa ponceuse, son mélange. Nous sommes libres. Nous emmerdons la maréchaussée du livre. J'avais cette efficace qui me trottait dans l'esprit depuis un moment. Peut-être même d'avant. J'ai dû en parler déjà. Mais pas de cette façon concentrée, avec cette conscience claire et les fuseaux horaires dans ma main. Vendredi, dans le train, alors que je me figurais les Mercédès de Zwiertchlewski, dans L'Affectation d'Alain Sevestre (p. 110-113), les possibles permutations progressives des trois voitures jusqu'à Samarkand, c'est entré en résonance avec les pierres dans les poches de Molloy, le faire à défaire du Bartlebooth de Perec, et avec le défilement sauvage des paysages par les fenêtres, et les fonctions de géoposition des téléphones et des logiciels, etc., etc. Une résonance littéraire des êtres et des territoires qui fait que je ne suis pas condamné à ne vivre qu'avec les gens qui m'entourent localement et professionnellement, que je peux vivre littérairement avec des gens d'ailleurs, introuvables sans cette littéréticularité, qui m'apprécient et que j'apprécie, sans que je sois une charge pour eux, sans qu'ils en soient une pour moi. Car personne ne m'a empêché d'aller déjeuner au Saint-Martin avec T., ni d'écouter Étienne Balibar et Daniel Bensaïd dans les Vendredis de la philosophie. Ni de relire deux chapitres de l'Histoire de l'œil de Bataille, l'odeur de Marcelle (en l'absence d'icelle) et une tache de soleil (qui se passe sous la lune) pour en discuter au GRAAL. Ni d'abandonner mes amis sans dîner avec eux pour vite retrouver T., une salade de tomates, un poisson, et regarder avec elle la fin de Femme fatale et Mad Max, enregistrés respectivement la veille et l'après-midi même. Questions aux batailliens du réticule : le texte de la Pléiade, deux lignes avant le chapitre Une tache de soleil (p. 15) contient un verbe au futur : « Tu pourras lui fesser la figure [...] », alors que l'édition de la même version dans les œuvres complètes contient le verbe au conditionnel : « Tu pourrais lui fesser la figure [...] ». Ne serait-ce pas une co(q)uille de la Pléiade ? Ou ai-je eu la berlue ? Commentaires1. Le lundi 12 décembre 2005 à 10:51, par vinteix : En effet, c'est troublant... futur ou conditionnel ? Dans
les deux versions du texte, la Pleiade donne le futur... Dans les "Oeuvres
completes", le conditionnel est dans la 1ere version seulement (1928), pas
dans la seconde ; mais dans l'edition de Pauvert (2001), fac-simile des
2 versions, on a le futur dans les 2 textes. Dans l'edition de poche 10/18
(2eme version), on a le conditionnel... 2. Le lundi 12 décembre 2005 à 11:09, par vinteix : ... ou alors, bien souvent, aussi, des defoulements nerveux, des epanchements proches parfois de la crise d'adolescence, quand on voit l'opiniatrete avec laquelle les commentaires fusent, auxquels j'ai eu le tort, moi aussi, de me laisser prendre une ou deux fois... 3. Le lundi 12 décembre 2005 à 11:47, par vinteix : Dans le deuxieme message, je parlais bien evidemment des commentaires. 4. Le lundi 12 décembre 2005 à 12:18, par jorgensen : oui d'accord 5. Le lundi 12 décembre 2005 à 14:01, par FB : les questions ici évoquées sont toutes nôtres, même à fuseau horaire zéro _ l'espace commentaire, puisqu'ici on nous accueille, se devrait d'en être la mise en travail _ bon, à part "on me lilas" (en plein hiver) _ par exemple bizarre l'assimilation livre/chèque etc _ le dialogue entamé avec le Lichen, lichen d'Emaz ou cette lecture d'Alain Sevestre que je ne connaissais pas du tout, c'est à la fois dialogue avec le livre, et la preuve que le travail qu'on ébauche sur Internet dispose de sa propre autonomie, y compris dans les longueurs diffusables, et la description même du réel : comme si la description du réel était pour chaque époque et chaque technique un prolongement de la forme matérielle de la langue en partage - allez, j'arrête ou repars monologuer chez moi, JP Goux est venu dîner ce soir avec une bouteille de Morgon... 6. Le lundi 12 décembre 2005 à 14:07, par FB : ceci est un message privé (désolé Berlol)
: 7. Le mardi 13 décembre 2005 à 01:52, par Berlol : Merci, Vinteix, d'avoir vérifié. Comme quoi,
il y a toujours à faire gaffe. Sus aux coquilles ! 8. Le mardi 13 décembre 2005 à 02:07, par vinteix : Pour ce qui est des livres, c'est vrai aussi, en effet, "proportionnellement". 9. Le mardi 13 décembre 2005 à 03:52, par cécile : Berlol 10. Le mardi 13 décembre 2005 à 04:48, par Arte : condescendance ? Ca se transmet ? 11. Le mardi 13 décembre 2005 à 05:15, par Berlol : Hélas oui, Arte, c'est même une belle pendémie
! Fais gaffe à toi. 12. Le mardi 13 décembre 2005 à 10:24, par alain : moi aussi, je suis. 13. Le mardi 13 décembre 2005 à 11:39, par k : i tou 14. Le mardi 13 décembre 2005 à 11:53, par k : je suis là. je ne suis jamais loin. |
| Mardi 13 décembre
2005. Mal camouflées, même pas noircies. Le froid se décide. Ce matin et surtout ce soir, j'ai apprécié mon manteau à haut col qui est, dans mon imagination, ce qui se rapproche le plus du carrick du Colonel Chabert. Sauf qu'à y regarder de plus près, ce mot désignerait plutôt une redingote de cocher. Ça doit être le col, protecteur, associé au froid russe d'où Chabert est revenu... (C'est pour un cours en janvier-février, je me remets dans le bain.) La langue va vite, elle vit, on la laisse vivre. Il m'arrive parfois de regretter certains glissements de sens. Cet après-midi, j'entends qu'à la suite d'un attentat, des gens s'enferment chez eux de peur d'éventuelles répliques. Moins d'une heure après, s'agissant d'un tremblement de terre, quelqu'un avait d'abord pensé que c'était une attaque terroriste. Ainsi le crime prémédité et la catastrophe naturelle échangent leur vocabulaire dans un chiasme que je trouve regrettable puisqu'il installe durablement dans les esprits l'idée que le terrorisme serait plutôt d'origine naturelle que d'origine (géo-)politique ou (mondialo-)sociale. — Oui, mais c'est ce que des gens ont dit ! C'est la vérité ! — Ah bon, et pas d'autres gens qui disaient autre chose ? — Ben si, mais c'est le journaliste qui choisit !... — voilà, c'est là que je voulais en venir... Autre regret — ça doit aller avec le froid... — : que le Magazine littéraire de décembre, reçu ce matin, titre sur la Bible. On en a déjà fait une tartine à la sortie de la fameuse (fumeuse ?) traduction dite des écrivains en 2001 — et c'est d'ailleurs l'occasion de la remettre en tête. Nul n'ignore que c'est un des fondements de notre civilisation, mais est-il nécessaire de le ressasser si souvent. Craindrait-on qu'en trop grand nombre (légion...) des gens soient en train de l'oublier ? N'y a-t-il pas une sorte de crispation chez certains, ou comme un sourd cri de ralliement, dans ces temps multi-ethniques et pluri-religieux ? Cela pourrait même être pris pour une provocation, si ce magazine était suffisamment lu. Ce dont je doute. En tout cas, j'y songeais depuis quelques mois, je ne renouvellerai pas mon abonnement. Bon, c'est un jour comme ça : le film que je regarde ce soir, Triple Agent d'Éric Rohmer (2003), me déçoit... triplement. L'histoire est réduite au cadre conjugal, le jeu des acteurs me laisse indifférent et les rues filmées sont visiblement des rues d'aujourd'hui mal camouflées, même pas noircies. Par comparaison celles de Bordeaux dans Bon Voyage sont autrement restituées et vivantes ! Je sais que Rohmer joue toujours avec les conventions du cinéma... L'Anglaise et le duc m'avait d'ailleurs beaucoup plu... Et pas que celui-là. Mais là, non ! J'essaie tout de même de finir sur une note plus mélodieuse... « laisser tant pis se rompre la langue mais je parle langue en bouillie de pierres précieuses au bourgeon dentaire pas de cellule haute ni l'adamante mais l'adamite cafouillage des gencives bourrées de silicone et des gencives défoncées d'expériences et des gencives édentées d'incisives avec la molaire ruminante alors tant pis le bézoard ne fallait pas ingérer leurs morales » (Caroline Sagot-Duvauroux, Vol-ce-l'est, p. 63) Commentaires1. Le mardi 13 décembre 2005 à 11:59, par k : c'est drole cette phrase d'angot,l'homme A la dit souvent. 2. Le mardi 13 décembre 2005 à 15:24, par k : Comme promis, et malgrès avec un s, la fatigue, l'angoisse,
je vous offre se passage du camion qui moi m'émeut beaucoup. 3. Le mardi 13 décembre 2005 à 15:25, par k : oh lala j'y que moi ici, vous me le dites heim si je ressemble à mp 4. Le mardi 13 décembre 2005 à 15:58, par Berlol : Pas de problème, K. Vous défendez votre peau et n'obligez personne. Total respect. 5. Le mardi 13 décembre 2005 à 23:44, par caroline : Pour "Triple agent", je ne suis pas d'accord du tout ! Justement,
Rohmer ne cherche pas à faire du vrai. Pas d'effets spéciaux.
On est dans la sphère de l'intime dans chacun de ses films. L'Histoire
(avec un grand H)est toujours présente, mais elle est vue à
travers une histoire( avec un petit h), le plus souvent sentimentale. Même
dans Les Comédies et Proverbes, les Contes des Quatre Saisons, même
s'il s'agit d'études sentimentales, la société contemporaine
est toujours présente. On peut se retourner sur son oeuvre et voir
plus de quarante ans d'un regard de sociologue posé sur la société
française. Quand il fait dans l'historique c'est pareil. Dans l'anglaise
et le duc, les décors sentaient le carton mais on y adhérait,
à cette histoire. Là, pourquoi aurait-il noirci les murs pour
faire plus vrai ? Rohmer prend des distances avec le réel pour, justement
rendre plus réel aux yeux du spectateur. Le jeu des acteurs très
"théatral" ou du moins décalé aussi contribue à
cette identification avec les personnages car ça laisse la place pour
les habiter et s'identifier. 6. Le mercredi 14 décembre 2005 à 01:09, par Berlol : Objections tout à fait recevables, chère Caroline. Il faudrait que je le revoie un jour où je serai mieux luné qu'hier. Je confesse cependant m'être ennuyé à plus d'un film de Rohmer, être devenu presque indifférent à son égard. "L'Anglaise et le duc", par son audace, avait relancé mon intérêt. Rien n'est perdu ! Ceci dit, même sociologiquement, Chabrol ou Mocky m'interpellent bien mieux ! (pour rester dans la même génération...) 7. Le mercredi 14 décembre 2005 à 07:16, par caroline : Je reconnais que Rohmer ne fait pas l'unanimité. Il agace. J'ai revu recemment "Pauline à la plage" avec Arielle Dombasle. J'ai été la seule à rester devant l'écran. Je voulais que mes enfants voient ce film (dois-je avouer que ma fille Pauline qui a 22 ans s'appelle ainsi parce que...). Tant pis, chacun ses manies ! |
| Mercredi 14 décembre
2005. Nuit et saisissement. On peine, en fin de trimestre. Les bons rapports avec les étudiants n'y font rien. La perspective de réunions interminables pèse lourd, en revanche. Évasion par les oreilles, en début d'après-midi ; c'est une rediffusion d'entretiens avec Hervé Guibert dans À voix nue cette semaine, et une lecture en direct lundi soir dans Culture Plus. Le grain de sa voix, son calme dans le pathos biographique. Au sortir d'une réunion
nuit et saisissement du froid gazes nuageuses qui coursent et fuient la lune « Rouvrant un cahier d'août 1968 où j'avais jeté quelques notes sur les événements de mai que, les suivant de loin, et conformément à ma pente naturelle, j'avais tout de suite jugés avec réticence, je ne veux aujourd'hui en retenir que ma réaction à la lecture du sixième cahier de L'Éphémère paru cet été-là. J'avais été frappé par le fait que trois écrivains de ma génération parmi ceux que j'admirais, et admire encore, le plus, dont deux étaient d'ailleurs rédacteurs de la revue (les deux autres, Bonnefoy et Picon, ayant gardé le silence), René-Louis Des Forêts, André Du Bouchet et Jacques Dupin, écrivains plutôt secrets et que je n'avais jamais vu s'engager dans un débat politique, saluent l'événement avec une égale ferveur — ferveur que probablement, même sur place, je n'aurais pas partagée : chacun d'eux, d'ailleurs, très significativement, ayant cru voir là réalisé, ne fût-ce que pour quelques jours, le rêve même qui aimantait son œuvre : Des Forêts, une « parole bouleversante sortie comme la vérité de la bouche d'un enfant », Du Bouchet, une « vacance » nouvelle, Dupin un « soulèvement des signes »... Ces pages, sur le moment, m'ont ébranlé ; je devais être vaguement honteux de moi, qui n'aurais pas été porté par cette vague d'espoir fiévreux. Mais je me souviens que, poursuivant ma lecture de la revue, j'étais tombé sur le récit de voyage de Bashô traduit par René Sieffert : La sente étroite du bout du monde ; et que je m'étais dit aussitôt, sans plus réfléchir, que cette sente étroite était la seule que j'eusse envie de suivre sans me contraindre, la seule où je n'aurais pas bronché. Dès l'ouverture, dès le premier « coup d'archet » : « Mois et jours sont passants perpétuels, les ans qui se relaient, pareillement sans voyageurs. Celui qui sur une barque vogue sa vie entière, celui qui la main au mors d'un cheval s'en va au-devant de la vieillesse, jour après jour voyage, du voyage fait son gîte », j'étais entraîné, « lambeau de nuage cédant à l'invite du vent », prêt, dans cette acceptation, à toutes les haltes, à tous les passages, et même aux séparations (comme on est entraîné, si souvent, par ce voyageur d'une autre sorte, plus mélancolique, qu'est Schubert). Nulle révolte, ici, contre les pères ; mais la vénération de ce que le passé a eu de pur, comme telle stèle de mille ans qui, « dévoilant l'esprit des Anciens », tire des larmes au voyageur. Choses qui pourraient figurer à mes yeux les piquets d'une vaste tente, ou les points d'attache d'une toile d'araignée (c'est Joubert qui écrit que « le monde a été fait comme la toile d'araignée »). L'absolue merveille de cette prose, de cette poésie, est qu'elle ne cesse de tisser autour de nous des réseaux dont les liens, toujours légers, semblent nous offrir la seule liberté authentique.» (Philippe Jaccottet, La seconde Semaison, carnets 1980-1994, Gallimard, 1996, p. 135-137.) On reliera si l'on veut avec avant-hier, mais ce n'est pas obligé... Une note de bas de page de Jaccottet sur cette édition de Bashô précise que le texte a reparu « vingt ans plus tard à la Délirante, traduit cette fois par Jacques Bussy avec quelques autres pages sous le titre : L'Ermitage d'illusion [1988].» Commentaires1. Le mercredi 14 décembre 2005 à 09:14, par vinteix : Evidemment, quand on lit Jaccottet, la, on est dans ce que j'appelle de la litterature... 2. Le mercredi 14 décembre 2005 à 13:00, par Arte : "Pourquoi... être venus si loin... c'est le bout 3. Le mercredi 14 décembre 2005 à 15:05, par k : j'amerai ca oui que la question soit emportée, emportée
loin, 4. Le jeudi 15 décembre 2005 à 04:43, par cécile : Oh oui, cette voix d'Hervé Guibert. |
| Jeudi 15 décembre
2005. Chocolat restera au singulier. Le chemin du désendettement... en 2007... Vous l'avez entendue, celle-la ? Villepin me fera mourir de rire, s'il continue comme ça. Pourquoi pas la sente du bout de la dette, pendant qu'il y est ! (Sous-entendu : quand il sera président...) J'étais bien content de mes étudiants de première année, tout à l'heure. J'ai senti qu'ils avaient tous bien perçu la différence entre d'une part l'idée générique du pain quand je dis qu'il faut acheter du pain (on verra ce qu'il y a...) ou que je vais acheter le pain (je sais de quoi je parle !) et d'autre part les réalités du monde que je dois exprimer avec des spécificateurs et des quantificateurs : une baguette de pain, des tranches de pain... Idem pour le chocolat : on en a tous l'idée et le goût, mais selon les cas, je le trouverai en poudre, en tablette, en boîte ou au poids, voire en tube ou en pot ; et si c'est en tablette, tablette peut bien être au pluriel, pour les gourmands, mais chocolat restera au singulier, alors que si c'est en boîte, ça sera plutôt des chocolats au pluriel, comme ceux de chez Neuhaus dont on me disait à Bruxelles que ce sont les meilleurs... Ça donne parfois des choses étranges, puisqu'on laisse les étudiants essayer diverses combinaisons, comme une bouteille de beurre — pourquoi pas — ou une livre de mouchoirs — en cas de gros rhume, alors. Ah oui, à propos des mouchoirs. Le dictionnaire électronique donne comme traduction ハンカチ (hankachi, de l'anglais handkerchief), ce qui est un mouchoir en tissu, plus très courant en France. Les étudiants m'en mettent volontiers une douzaine, de préférence de bonne marque, achetés au grand magasin — oui, tout le monde en a au moins un dans son sac (dames) ou dans sa poche arrière (hommes) pour s'essuyer le front l'été ou les mains aux toilettes. Et quand je leur propose d'acheter une boîte de mouchoirs, ils me regardent avec des yeux étonnés, presque réprobateurs... Alors que c'est ce qu'ils font tous !, répartis-je. Oui, sauf que ces mouchoirs-là, en papier, jetables, ils les appellent ティッシュ (tisshu, de l'anglais tissue paper). Tollé de surprise mais tout s'explique. Mais bon sang, c'était bien sûr ! Voilà le genre de choses qui font mon contentement... J'ai enfin retrouvé le chemin du centre de sport (sans attendre 2007). J'en ai profité pour allonger mon temps de pédalage et faire plus de kilomètres avec Alain Sevestre... « J'atterris au gymnase, dépliai la table de ping-pong, m'assis sur un banc, attendis Méton qui ne vint pas, m'étendis sur un tapis de sol, yeux au plafond, pensées vers Lili. Tous mes efforts pour l'oublier s'étaient anéantis en l'apercevant à travers le carreau, comme si nous ne nous étions jamais quittés, comme si je n'étais jamais sorti de cette histoire. Je m'en voulais d'avoir oublié que j'avais quelqu'un dans ma vie. Je l'aimais.» (Alain Sevestre, L'Affectation, p. 128) Le nez dans le guidon pendant des dizaines de pages, le personnage semble ne rien comprendre ni ne rien pouvoir décider. Puis, de temps en temps, le narrateur perce le futur, une partie du futur, en trois-quatre lignes, vers là où le personnage ne sait pas encore qu'il va. Loin de désamorcer l'intérêt du lecteur, cela ne fait que l'accroître en le forçant à échanger la question qu'est-ce qui va arriver ?, trop banale, pour un lourd de conséquences comment ?, c'est-à-dire comment ces choses-là pourront-elles advenir ? « Mais aucun Superman-narrateur, version omniscient, ne perça l'azur de ses gros poings serrés pour prendre le relais.» (Ibid., p. 136.) Heureusement que j'ai vu hier un très bon film : Secret défense (de Jacques Rivette, 1997, avec Sandrine Bonnaire et Jerzy Radziwilowicz). Ça tranchait d'autant plus sur ce que je trouvais terne chez Rohmer que les thèmes du secret d'État et de la trahison combinarde s'y retrouvaient. En revanche, à la télé ce soir, Poison, un film avec Antonio Banderas (en fait Original Sin, 2001), un truc poussif que je regarde sans le son, en surveillant une mise à jour sur mon portable. Aucun besoin de connaître les détails de l'histoire, mimiques et décors suffisent pour redire une énième fois les aventures, les trahisons, les rebondissements d'un couple de joueurs d'argent aux cartes, ici avec possession, marquage au couteau et empoisonnement. La pruderie américaine précise que ce film « Contains explicit sex [...] », ce qui est tout à fait faux. Quand ils font l'amour, on voit un sein durant trois secondes avant qu'une main ne le recouvre gentiment, puis dix secondes le visage crispé de l'homme et ses doigts qu'il se mord (on imagine hors-champ une fellation mais elle pourrait tout aussi bien être partie faire du café...), puis les bustes superposés, lui au-dessus elle en-dessous, bougeant un peu une dizaine de secondes, mais rien d'effréné, enfin un plan fixe pris du plafond du couple endormi, d'où aucun sexe au repos n'est visible non plus. Voilà ce qu'ils appellent maintenant explicit sex... C'est presque aussi ridicule que du Villepin. Commentaires1. Le jeudi 15 décembre 2005 à 11:11, par Arte : Et handkerchief venant du Français "Couvre-chef",
le chemin du bonheur est total ! 2. Le jeudi 15 décembre 2005 à 12:33, par k : elle m'avait laissé le coeur dans la douleur 3. Le jeudi 15 décembre 2005 à 15:04, par k : je vais mettre sa veste rouge qu'il m'a laissé la
première fois qu'il est reparti. 4. Le jeudi 15 décembre 2005 à 17:48, par Manu : >tisshu, de l'anglais tissu paper 5. Le jeudi 15 décembre 2005 à 17:54, par Berlol : Non, non, tu as raison. Je n'avais pas à l'esprit que tissue en anglais prend un "e"... Merci. Je corrige dans le billet. |
| Vendredi 16 décembre
2005. Éric Sadin unplugged. Je m'efface humblement devant Pierre Nora (Le Monde du 13 décembre 2005) : Avec cette commémoration, ou plutôt cette non-commémoration de la bataille d'Austerlitz, on touche le fond. Le fond de la honte et le fond du ridicule. L'Europe entière s'y est mise. La Belgique a commémoré Waterloo par une reconstitution géante qui a trouvé son succès public. Les Anglais ont commémoré somptueusement la bataille de Trafalgar, et la France y a envoyé son plus beau navire, même si l'homme dont il porte le nom, Charles de Gaulle, n'eût peut-être pas apprécié que la France participât à la célébration de sa propre défaite — mais enfin, nous y étions. Et voici que les Tchèques organisent avec éclat la bataille d'Austerlitz, la bataille des "trois empereurs". En attendant l'année prochaine, où les Allemands projettent ce qu'ils appellent eux-mêmes un "grand rendez-vous avec Napoléon", à Iéna et à Auerstaedt (1806 : victoires napoléoniennes contre le royaume de Prusse). Toutes ces manifestations sont le signe tangible que Napoléon n'appartient pas qu'à la France et qu'il est entré dans l'imaginaire et le patrimoine européens. Avec sa légende et sa contre-légende, avec sa situation ambiguë de porte-parole de la Révolution des droits de l'homme et d'unificateur d'une Europe à la française, par le fer et par le feu. Et la France ? Elle se décommande, elle se fait toute petite, elle se fait excuser, elle se cache derrière son petit doigt. On aura beau dire que ce petit doigt était quand même son, ou sa ministre de la défense, c'est ainsi qu'on l'a compris et qu'on l'a voulu. Et pourquoi ? Parce qu'un quidam a décidé, dans un pamphlet sans queue ni tête publié par les éditions Privé, que le Code noir préfigurait les lois de Nuremberg, et que Napoléon anticipait Hitler (il s'agit de l'ouvrage de Claude Ribbe, Le Monde du 1er décembre). Toujours cette manie d'aujourd'hui de ne juger l'histoire qu'en termes moraux et de plaquer sur le passé des grilles d'interprétation qui ne sont valables que pour le présent. Et quidam sans autre autorité intellectuelle ou morale que celle qu'on vient de lui conférer par aberration en le nommant par décret au Journal officiel du 10 novembre à la Commission nationale consultative des droits de l'homme. On croit rêver. Même ceux, dont je suis, qui ne sont pas des napoléoniens fervents se frottent les yeux et se sentent devenir à leur tour des "indigènes" de la Grande Armée. Les professeurs devront-ils cesser de dessiner au tableau noir Valmy, Austerlitz et Verdun ? Cesser d'apprendre à leurs élèves les vers de Victor Hugo qui plaisaient tant à Péguy : "Je ne hais pas d'entendre au fond de ma pensée / Le bruit des lourds canons roulant vers Austerlitz." Ceux qui ont eu plaisir à lire les Cent-Jours (éd. Perrin, 2001) d'un certain Dominique de Villepin plaignent l'auteur, qui a dû avaler son petit chapeau. Et tous ceux qui, décorés de la Légion d'honneur, se souviennent qu'ils la doivent à Napoléon, qui en a créé l'ordre pour des raisons militaires, doivent-ils maintenant se demander si le rouge qu'ils portent à la boutonnière ne doit pas leur monter au front ? C'est le moment de rappeler la remarque de l'historien Marc Bloch (1886-1944) : "Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims et ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération." Il aurait pu ajouter : ceux qui ne sentent pas quelque chose se lever dans leur coeur avec le soleil d'Austerlitz. Au point où en sont les choses, pourquoi ne pas aller jusqu'au bout ? Encore un effort citoyen ! Ou, plutôt, puisque la responsabilité de cette pantalonnade revient à la plus haute autorité de l'Etat, qu'elle me permette de lui faire respectueusement une modeste suggestion : Monsieur le Président, vous aimez faire plaisir à tout le monde, ne vous arrêtez pas en si bon chemin. Pendant que vous y êtes, sortez donc Napoléon des Invalides pour le rendre aux Corses et mettez-y à la place la tombe de l'Esclave inconnu. Pour m'être engagé à fond en faveur de l'indépendance de l'Algérie, je sais qu'il y a bien des mesures à prendre pour mettre la France à jour avec sa conscience coloniale, toujours trop bonne ou trop mauvaise. Mais celle-ci est à coup sûr la plus lamentable, et seulement propre à perdre sur tous les tableaux. Pierre Nora, de l'Académie française, membre du Haut Comité des célébrations nationales. Et forcément, puisqu'on en est là, je dois aussi m'effacer humblement devant la pétition Liberté pour l'histoire (parue dans Libération du 13 décembre) : Émus par les interventions politiques de plus en plus fréquentes dans l'appréciation des événements du passé et par les procédures judiciaires touchant des historiens et des penseurs, nous tenons à rappeler les principes suivants : L'histoire n'est pas une religion. L'historien n'accepte aucun dogme, ne respecte aucun interdit, ne connaît pas de tabous. Il peut être dérangeant. L'histoire n'est pas la morale. L'historien n'a pas pour rôle d'exalter ou de condamner, il explique. L'histoire n'est pas l'esclave de l'actualité. L'historien ne plaque pas sur le passé des schémas idéologiques contemporains et n'introduit pas dans les événements d'autrefois la sensibilité d'aujourd'hui. L'histoire n'est pas la mémoire. L'historien, dans une démarche scientifique, recueille les souvenirs des hommes, les compare entre eux, les confronte aux documents, aux objets, aux traces, et établit les faits. L'histoire tient compte de la mémoire, elle ne s'y réduit pas. L'histoire n'est pas un objet juridique. Dans un Etat libre, il n'appartient ni au Parlement ni à l'autorité judiciaire de définir la vérité historique. La politique de l'Etat, même animée des meilleures intentions, n'est pas la politique de l'histoire. C'est en violation de ces principes que des articles de lois successives notamment lois du 13 juillet 1990, du 29 janvier 2001, du 21 mai 2001, du 23 février 2005 ont restreint la liberté de l'historien, lui ont dit, sous peine de sanctions, ce qu'il doit chercher et ce qu'il doit trouver, lui ont prescrit des méthodes et posé des limites. Nous demandons l'abrogation de ces dispositions législatives indignes d'un régime démocratique. Signataires : Jean-Pierre Azéma, Elisabeth Badinter, Jean-Jacques Becker, Françoise Chandernagor, Alain Decaux, Marc Ferro, Jacques Julliard, Jean Leclant, Pierre Milza, Pierre Nora, Mona Ozouf, Jean-Claude Perrot, Antoine Prost, René Rémond, Maurice Vaïsse, Jean-Pierre Vernant, Paul Veyne, Pierre Vidal-Naquet et Michel Winock
Je me tais dans le silence de mon
feuillage matinal pour que vous écoutiez François Bon dans les Affinités électives d'hier, aussi rapport
à l'histoire, par un autre biais. Puis, dans Du
jour au lendemain, les propos profonds d'Alain Milon (le lien audio sur son nom est le bon, tandis qu'encore
erroné sur le site) et de Christian Prigent.Voilà, je reparais... pour dire d'abord que je cite ces textes parce que la politique commerciale des médias les rendra bientôt accessibles aux seuls abonnés. Or un citoyen n'est pas (qu')un abonné... Ensuite pour ajouter que j'ai quand même préparé mes trois sujets d'examen, mosaïques de petits exercices évoquant diverses périodes du programme censément connu des étudiants (c'est précisément ce qu'il faut vérifier). Digresser que j'ai déjeuné avec David d'un hambourgeois à l'avocat chez Downey et que l'on a bien ri alors que ce n'est pas si drôle que ça : le projet de contractualisation à durée déterminée de tous les professeurs...
Informé depuis deux semaines,
chanceusement disponible par vacance du cours du samedi matin,
véhiculé jusqu'à l'Alliance française
de Nagoya par un David que la performance intéresse aussi,
me voilà enfin en présence d'Éric Sadin
! Il vient de publier Tokyo
chez POL et la quatrième de couverture porte l'adresse du site qui s'articule avec le
livre. Non pas qui le complèterait, ou dont il serait
le complément. Non, il faut penser autrement, penser quelque
chose d'articulé, de mutuellement dépendant et indépendant.
Sauf qu'il manque un bout de câble
pour relier son ordinateur à un projecteur... Et que l'on
ne verra donc rien du tout. Rien qu'un performeur unplugged
qui va partir dans une superbe improvisation de plus d'une heure.
Superbe et instructive improvisation issue — c'est la que ça
sert — de ses années de pratique textuelle, d'informatique
et d'enseignement.Je ne me lance pas dans un résumé maintenant parce qu'il est tard, qu'on est allé au restaurant avec le directeur de l'Alliance et trois des étudiants d'Éric Sadin... Quelques photos, jusqu'à la sortie des stars, la dernière crevette abandonnée, et on verra demain. Je complèterai. Repassez !
Commentaires1. Le vendredi 16 décembre 2005 à 10:45, par Arte : Non ! N'écris pas ça, Jaccottet t'y incite,
mais n'écris pas ça, F. Bon n'est pas mauvais, pourquoi critiquer
toujours, et puis tu as promis de ne pas critiquer la littérature,
de rester à coté. Oui, mais Jaccottet, quand même, cet
esprit hors "esprit du temps" en 68, forcément hors nostalgie, 40
ans après, et tomber sur CA, ça incite ... 2. Le vendredi 16 décembre 2005 à 15:39, par Berlol : Je comprends ce que tu dis. Le principe de l'émission
de F. Isidori est d'ailleurs assez biographique, voire people parfois,
et assez souvent générationnel. De l'autre côté,
François Bon travaille sur la mémoire collective, l'Histoire
vue du côté du quidam qui prend le pouvoir avec les mots sur
sa propre mémoire, voire un peu plus loin. 3. Le vendredi 16 décembre 2005 à 16:07, par patapon : Quelques sugggestions: 4. Le vendredi 16 décembre 2005 à 16:09, par Berlol : Excellent ! Merci, Patapon ! 5. Le samedi 17 décembre 2005 à 13:37, par Arte : Au calme : 6. Le samedi 17 décembre 2005 à 15:00, par Berlol : Unisson et paradoxe, avec toi, alors, OK. 7. Le samedi 17 décembre 2005 à 18:49, par Arnaud : Pour moi, le texte de Nora est affligeant. On croirait du
Tulard, ou du Bluche. Voila ce que c'est de devenir académicien.
Ce type fut, un jour, intelligent. La vieillesse en habit vert est un naufrage... 8. Le jeudi 26 janvier 2006 à 15:48, par Bonaparte : Franchement, je ne comprend pas la réaction passéiste d'Arnaud qui me semble être trés déconnecté de la réalité nouvelle de la recherche historique. Un tel rejet de l'histoire de la Nation est un combat d'arrière garde.Pierre Nora ne s'est pas déjugé: il n'a en aucune manière désacralisé le passé national, il a juste effectué son boulot d'historien (qui est aussi le mien) en rétablissant certains faits que la tradition avait travesti. Il s'est toujours inscrit dans une tradition républicaniste de l'Histoire, à l'égal de Gauchet ou de Mona Ozouf. Le livre de Braudel est critiquable sur certains aspects (comme tt livre) mais il demeure néanmoins une magnifique tentative de comprendre, selon les méthodes des Annales, les ressorts de la Nation française. Trouver ce livre lamentable relève visiblement d'un esprit qui en est encore aux lubbies réactionnaires des années 60-70 refusant de comprendre la centralité du sujet Nation. Je félicite Pierre Nora pour avoir pris ces 2 positions courageuses en ces temps de politiquement correct et de repentance incessante. R Le Marchand Prof d'Histoire PS: Concernant les attaques basses contre Bluche et Tulard, je n'adhère pas spécialement à leurs idées politiques mais je leur suis reconnaissant comme toute la profession d'avoir permis d'améliorer notre connaissance sur 2 importants personnages de notre Nation : Louis XIV et Napoléon (qui , j'imagine, pour Arnaud sont d'affreux dirigeants totalitaires lol) |
| Samedi 17 décembre
2005. Plus au large et en terre neuve. Jour de train et jour de marche — esprit en chemin Tiré d'un travail en cours
dirais-je si j'étais artiste — ou le prétendais mais même pas juste tâtonner être un peu satisfait Par grand soleil et manteaux ouverts, longue promenade avec T. pour digérer le gigot d'agneau-frites du Saint-Martin. Jusqu'à Jimbocho puis Ochanomizu, quartiers des magasins de sport et des bouquinistes, voisinage qui nous convient. On regarde les vélos, pour T. Ce serait d'une grande nouveauté. Interdit par sa mère car trop dangereux et trop peuple, elle en a très peu fait, a toujours craint les chutes, en a envie maintenant. On n'a pas encore choisi le vélo qu'elle parle déjà du casque, de son design. Avant l'acquisition, nous devons cependant attendre... la décision du syndic de notre immeuble ! L'espace étant limité, une autorisation de garer un vélo a été décrétée il y a deux ans, après que j'avais apporté celui que Bikun m'avait laissé, qui n'a jamais vraiment bien marché (roulé !), d'ailleurs, le vélo, et qui avait l'immense défaut, aux yeux des vieux péquenots qui font la loi dans cet immeuble, de ne pas avoir de système de soutien vertical — et la béquille que j'y avais greffée n'avait rien changé à l'ire péquenote puisque le vélo penchait et occupait selon eux la place de deux... Au-dessus du magasin de jardinage où l'on a acheté le citronnier il y a deux ans : ICI Sports, beaucoup de vêtements, plutôt pro que mode. T. trouvera deux pantalons et moi un bonnet qui couvre vraiment les oreilles — il paraît que de grands froids approchent... En redescendant, on demande conseil pour notre arbre qui végète depuis le printemps (et qui n'a pas donné de fruits cette année) : il est fort possible, nous dit-on, que la terre soit devenue alcaline, attendre le printemps pour le rempoter plus au large et en terre neuve. Juste à côté, en face de la librairie Tamura (vieil immeuble dont l'escalier penche à faire peur), Hakusuidou, chocolats, marrons glacés, magasin qui ne paie pas de mine de l'extérieur, en fait vieux style de fabricant de gâteaux à l'occidentale, marbre, espace vide, presque aseptisé, sans fioriture. On entre, T. connaît, et, comme les marrons entiers sont un peu chers, elle m'offre, sur ma recommandation, un sachet de brisures de marrons, presque entiers, en fait. J'y goûte dès la sortie et... ils sont excellents ! Un petit goût de rhum, pas trop sucrés, pas mous : c'est Noël ! J'ai repensé à ce que disait Éric Sadin hier. J'ai réécouté l'enregistrement pirate dont je l'ai informé après. Ça part dans tous les sens mais ça se tient, malgré le désagrément qu'il a dû ressentir à l'empêchement technique et le choix qu'il a fait de parler sans note. Allez, quand même un bonus collector de 7 minutes (il m'a autorisé), avec lecture d'un extrait de Tokyo, ce qu'il dit ne jamais faire... Puisqu'il est question de penser et techniquer, j'en profite pour informer les tokyoïtes mobiles lundi qu'il y a une journée spéciale à la Maison franco-japonaise, avec un film, The Ister, que je ne sais pas si j'irai le voir parce qu'il est un peu longuet, et surtout un débat avec Bernard Stiegler et trois universitaires japonais, Osamu Nishitani, Watanabe Moriaki et Ishida Hidetaka. Commentaires1. Le samedi 17 décembre 2005 à 08:34, par FB : Passage recopié chez Elisabeth F., à ajouter
à ta thésaurisation de tout ce qui concerne les salons, voir
: 2. Le samedi 17 décembre 2005 à 09:19, par Arte : Oui, Stiegler, suis preneur. Il y a dans ses analyses (peu littéraires), une perséverance à montrer comment se fabrique la mémoire collective. A insister sur ce que cette disposition à "concentrer" l'histoire obère, interdit, réduit et donc conduit à abaisser le NOUS au ON au profit d'un microcosme des JE (le village mondial ?). 3. Le samedi 17 décembre 2005 à 09:45, par FB : Bernard Stiegler travaille au dictaphone, sans doute ça
contribue à ses formes discursives et c'est sans doute aussi ce qui
rend bien vivants ses 2 derniers bouquins d'entretiens "Constituer l'Europe".
Si on a cet enregistrement mp3, on pourra le mettre en ligne conjointement
avec Ars Industrialis (dont la webmaster accompagne BS ce voyage!). 4. Le samedi 17 décembre 2005 à 10:32, par Arte : jaune (la ligne : cf. Prigent) 5. Le samedi 17 décembre 2005 à 12:14, par Bartlebooth : l'ironie - restons dans le ton de celui qui me juvénilise,
paradoxalement comme un écolier lance une boulette de papier mâché
à un camarade (non de lutte, hein, nous n'avons pas les mêmes
valeurs, je crois) - est que j'ai rêvé de FB pendant la diffusion
sur france cul : je ne me souviens que d'une bouille qui me paraissait étrangement
adolescente. J'ai réécouté l'émission en état
de veille, et je comprends mieux mon impression. 6. Le samedi 17 décembre 2005 à 12:39, par cel : Tout celà n'a rien d'une attaque en règle,
rebondissement sur rebondissement ça donne que plusieurs peuvent réagir
au même moment sur des points qui titillaient. Quand je lis, FB, ce
que vous avez choisi de citer, dans la façon "brute de décoffrage"
puisque cet extrait n'est en rien entouré par la moindre indication
de ce que vous, vous en pensez, donc quand je lis dans la citation : (mettons
que je me dise, que, citant tel quel, vous acceptez tel quel ce qui s'y dit,
donc, bref 7. Le samedi 17 décembre 2005 à 14:59, par Berlol : Eli écrit presque en tête de son billet, à
propos de l'article d'Amette : "En guise de tour d’horizon, un photomaton
pris du haut de l’iceberg…" Ça dit bien les choses, ce me semble. 8. Le samedi 17 décembre 2005 à 22:02, par alain : Quelle belle citation de Prigent ! oui, compromis, et puis
tourmente, et puis déchirement tout le temps, et puis impossibilité
d'apparaître nulle part physiquement en tant que quoi (et donc se
sentir bien ici même, car rien n'est réclamé). 9. Le samedi 17 décembre 2005 à 22:19, par FB : des titres, des titres, des titres ! j'aimerais qu'on référence
cet "illisible", histoire de savoir de quoi on parle ? pour le "fuck off"
je suis d'accord, mais disons que même chez Sex Pistols ou Gun Club
on perdait pas de vue le rapport à l'auditeur |