Journal LittéRéticulaire de Berlol
Version quotidienne ICI
Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Décembre 2005

<< . 1 . 2 . 3 . 4 . 5 . 6 . 7 . 8 . 9 . 10 . 11 . 12 . 13 . 14 . 15 . 16 . 17 . 18 . 19 . 20 . 21 . 22 . 23 . 24 . 25 . 26 . 27 . 28 . 29 . 30 . 31 . >>


Jeudi 1er décembre 2005. Les habitudes de son train.

Quelque désagréable que soit Alain Finkielkraut dans ses modes de discours (perception qui n'engage peut-être que moi), il convient cependant de l'écouter, de laisser sa pensée se développer, y compris lorsqu'elle recule pour prendre une question de plus loin, au risque de ne jamais y répondre, d'en attraper une autre au vol, d'être entravé par l'ire d'un impatient — et de bien réfléchir.
Dans les Matins de France Culture du 28 novembre, Sylvain Bourmeau n'est pas très performant. Il s'entend mieux à accuser qu'à débattre, et préfère le terrain, comme il dit, à la philosophie, ou la littérature — qu'il voit, lui, Bourmeau, surtout comme un divertissement, la littérature...
Il eût été mieux de trouver un adversaire à la hauteur. D'autant que les idées que Finkielkraut avance sont souvent séduisantes. Sa rhétorique les pare d'un vernis de vérité que l'enthousiasme de son élocution porte jusqu'en votre for intérieur où elles risquent de s'installer durablement si vous n'avez pas déjà soit un bon système de défense (de type idéologique, qui repousse sans réfléchir), soit un matériel d'analyse susceptible de mettre rapidement à l'épreuve ces chevaux de Troie mentaux pour montrer qu'ils sont eux-mêmes les produits d'une idéologie simplette et... réactionnaire. Oui, on y revient.
Car même une pensée articulée et englobante, virevoltante, pourrait-on dire, rapide à aligner des arguments, à enchaîner des causes et des conséquences, à nommer des références et des cautions, peut être en fait le produit d'une idéologie simplette. Parfois même sans que son locuteur ne puisse s'en rendre compte, tout emporté qu'il est par son tempérament et la lourdeur des habitudes de son train (formation intellectuelle, fréquentation d'élites flatteuses, sédimentation des certitudes historiques, etc.) — alors qu'il serait peut-être le premier à se condamner s'il était un autre...

Jacques Rancière, par exemple, aurait été un bon interlocuteur. À l'écouter le lendemain dans Tout arrive, j'avais même l'impression qu'il était en train de répondre aux Matins de la veille... alors même qu'il dialoguait avec Bruce Bégout et Jean-Philippe Domecq.

Au sujet du procès d'Outreau à Paris, je ne suis pas mécontent de ce que j'écrivais en mai 2004... Mais comment va-t-on rendre le temps perdu, la dignité bafouée, les situations professionnelles et affectives brisées ?

Aujourd'hui, c'est ZEP ou pas ZEP. Première fois, à ma connaissance, qu'un gouvernement devient un forum permanent d'oppositions diamétrales (en apparence), occultant tous les autres partis politiques. D'une escarmouche occasionnelle entre deux ministres, autrefois, on est passé ces dernières semaines à une occupation permanente de tous les médias par deux pantins qui soufflent le chaud et le froid, pour distraire un hexagone qui tourne hexaèdre. Et ça marche tellement bien, la narcose du PAF par l'info, que l'on s'apprête à lancer une chaîne internationale d'abrutissement ! (C'est TV5 qui va morfler !)

Aussi, après la fatigue de trois cours, ayant momentanément renoncé à toute lecture sérieuse, j'ai regardé L'aventure c'est l'aventure (Claude Lelouch, 1972). Une histoire assez peu intéressante, prétexte à numéros d'acteurs dans des jeux quelque peu figés (Lino Ventura, Aldo Maccione), sinon des têtes qu'il est plaisant de revoir (Charles Denner, Jacques Brel). Du coup, je vais m'arrêter là pour aller relever le niveau au lit, entamer le dernier Meschonnic, arrivé hier : Et il a appelé. Traduction du Lévitique (Desclée de Brouwer, 2005). Le pur et l'impur, toujours d'actualité, ça.

Commentaires

1. Le jeudi 1 décembre 2005 à 09:38, par cel :

ah oui, les Matins, je les écoute toujours dans un demi sommeil, et j'ai un peu suivi celui du 28. Même si je trouve que ça ne dénote pas des habitudes de l'émission (de toute manière bien trop entrecoupée et rapide pour qu'une vraie discussion puisse s'élaborer, avec Démorand toujours aussi excité à tenir les rennes) d'accord avec toi sur l'adversaire pas à la hauteur, qui est allé jusqu'à ressortir de vieilles choses sans rapport des placards pour démonter Finkielkraut (lui reprochant par exemple d'avoir soutenu Renaud Camus lorsqu'on l'accusait d'antisémitisme), comme s'il ne pouvait s'y prendre autrement pour débattre. Ca tombe bien que tu mettes ça en liens je voulais justeemnt réécouter en état d'éveil...
Une nouvelle chaine d'info ? (pour moi qui ne regarde pas les infos à la télé c'est une première nouvelle, heureusement que je suis l'actu sur ton blog - ce qui pourrait ramener à la note de pdj sur le dénigrement par les "vrais" journalistes de l'info faite par les petits amateurs via le net, mais je dérive (au vin blanc à 13,5 toujours)) la vache ! on peut lire sous un des liens que Jacques "Chirac a souligné que la France devait "être au premier rang de la bataille mondiale des images"", ça annonce la couleur, pas la qualité, mais (pour ne pas se rassurer) on peut toujours lire ou relire "sur la télévision" de Bourdieu (www.philophil.com/philoso... courte analyse qui a le mérite de mettre au clair certains mécanismes qu'on sentait bien, qui valent aussi pour les émissions de radio du genre des Matins...
allez zou, pour une fois ce soir on se fait un resto (on vous racontera...)

2. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:10, par k :

"Demain, nous parlerons du décès de Robert Musil."
alors???

3. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:18, par k :

rentrée de la d'jim, barre sculp, pour fini ptit whyskie avec ma mère, une soupe haricots verts, bettrave dites " soupe au sang de dragon"
un calin les étagères et hop

4. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:23, par Bartlebooth :

Juste avant de partir au resto :
je viens d'écouter un petit passage de l'émission, ça m'intéressait ce qu'on peut dire encore de l' "affaire Renaud Camus",
je ne pense rien de Finkielkraut, ou si peu, et les matins de France Cu ne m'aident pas à me réveiller,
mais ce qu'il dit 30 secondes de Camus est très juste,
et l'attaque de Bourmeau est d'une nullité affligeante,
comme le furent à l'époque de l'affaire tous les media, france cu y compris, et cette conne d'Adler,
allez voir sur le site de Camus toutes les archives de l'affaire, y a de quoi désespérer du sens dans les media,

5. Le jeudi 1 décembre 2005 à 10:26, par Bartlebooth :

perso.wanadoo.fr/renaud.c...

6. Le jeudi 1 décembre 2005 à 11:08, par Arte :

Aujourd'hui, nous allons parler du décès de Robert Musil.
Robert Musil est mort le 15 avril 1942 à Genève.
Demain, son oeuvre ! (Analyse des 57 % de la première page de L'homme sans qualités).

7. Le jeudi 1 décembre 2005 à 11:42, par k :

vous vous re petez arté

8. Le jeudi 1 décembre 2005 à 19:51, par Bikun :

Cel, le lien sur Bourdieu ne fonctionne pas...

9. Le jeudi 1 décembre 2005 à 21:01, par Berlol :

Ça y est, j'ai fait la modif, le lien fonctionne...

10. Le jeudi 1 décembre 2005 à 21:55, par alain :

Intéressant tes liens du jour (ou de la veille).
Etrange d'écouter Rancière (dans ce Tout arrive), sa voix vive, sa gêne parfois même lorsqu'on le somme de se prononcer sur une phrase à brûle-pourpoint. Je ne connais pas le travail de Bruce Bégout. Celui de J. Rancière m'est plus familier évidemment, toujours éclairant (à mon niveau).
Mais connaît-on bien le troisième ?
Avec son pseudonyme prétendument révérent (Borges... Domecq). Ce songe-creux aigri et réactionnaire s'est fait connaître en pourfendant l'art contemporain dans la revue Esprit puis en éreintant tout ce qui pouvait s'écrire aux Editions de Minuit, s'en prenant à Echenoz, aux autres. Depuis, il apparaît ainsi commentant une exposition, publiant une merde, tenant le crachoir sur France-culture. Au reste, il suffit d'écouter sa voix suffisante dans l'émission et ses trois interventions, égal à lui-même, s'en prenant à l'art, puis à la télé, puis à Freud, ne pensant rien, mais le disant.

11. Le jeudi 1 décembre 2005 à 22:11, par Berlol :

J'ai son "Qui a peur de la littérature ?" mais pas encore lu. Sans doute parce que je me fous de qui peut bien avoir peur de la littérature... Merci d'avoir donné franchement ton avis.

12. Le vendredi 2 décembre 2005 à 08:04, par Bartlebooth :

Pour la première fois je pense, Alain, nous ne sommes pas d'accord.
Je n'aime pas tout ce que dit Domecq mais je le trouve très intéressant, et c'est pour moi un courant d'air frais revivifiant dans le monde de la critique molle et complaisante.
Déjà le qualificatif de "réactionnaire" que tu lui appliques, je trouve ça facile et il lui est appliqué à tout bout de champ par ceux qu'il a bousculés. Lui-même d'ailleurs s'est penché sur ce réflexe de taxer de "réactionnaire" celui qui vient foutre la pagaille dans le "culturellement correct" : voir dans "Qui a peur..." son étude des "Quatre figures rhétoriques d'intimidation culturelle aujourd'hui", et particulièrement celle qu'il appelle la "diabolisation politique", où il montre bien, entre autres, qu'on confond réaction et résistance.
- "tout ce qui pouvait s'écrire aux Editions de Minuit" ? Effectivement, pour beaucoup, Echenoz, Toussaint, et deux trois autres, c'est TOUT ce qui s'écrit aux Editions de Minuit. Je ne te ferais pas l'affront de te demander si c'est vraiment tout. Mais Domecq a-t-il attaqué en bloc les auteurs des Editions de Minuit ? A ma connaissance, non, si ce n'est :
"il faut reconnaître que les éditions de Minuit n'ont pas leur pareil pour en jeter côté snobisme janséniste, si l'on en juge par l'impression qu'elles savent faire sur plusieur journalistes en raison il est vrai d'un catalogue prestigieux mais ce catalogue ne doit pas pour autant cautionner, ni occulter, certains choix ridicules, en tout cas il n'excuse pas que l'esprit critique se laisse systématiquement éblouir."
Il éreinte rapidement Toussaint. Il s'attarde sur le cas Echenoz. Et puis ?
C'est un crime de s'en être pris à Echenoz ? De l'orgueuil ?
Replaçons dans le contexte : Domecq va lire Echenoz parce qu'il est curieux de vérifier ce que les media unanimes y voient de si exceptionnel. Et il est effaré du fossé qui sépare les dithyrambes des uns et la platitude des romans d'Echenoz. Je n'ai rien lu d'Echenoz, ce n'est donc pas mon avis. Mais je ne peux qu'admirer la démonstration de Domecq, autant sur la nullité des journalistes littéraires que sur la littérature tranquille d'Echenoz.
Au passage : devant les éloges unanimes qu'inspirent dans le monde littéréticulaire les romans de Toussaint (et surtout après une note de pdj), je me suis acheté La Télévision, qui doit être un de ses meilleurs, et, je vous l'avoue, j'ai peur d'être déçu... pas tant de Toussaint d'ailleurs.
Bref.
- "Depuis, il apparaît ainsi..." : là, cher Alain, tu le présentes dans ce qui me parait être de la désinformation, comme un mondain mediatique, alors que comme le rappellent Naulleau et Jourde dans "Petit déjeuner...", suite à cette fameuse lettre à la revue Esprit, on s'évertua à "isoler Domecq, à le priver de tout débouché éditorial en dissuadant tous ceux qui en seraient susceptibles de publier d'autres élucubrations [...] Jean-Philippe Domecq se trouva littéralement empêché de publication pendant plusieurs années."
- quant à l'attaque sur son pseudo et sur sa voix, c'est aussi bas que celui sur sa supposée aigreur (voir, sur l'argument récurrent "tout critique est un aigri envieux", ce qu'en dit Jourde dans "Le Crétinisme alpin")
- "publiant une merde" : ça paraît revanchard ; à voir, en attente de lecture j'ai "Antichambre", et à lire quelques passages, ça m'attire beaucoup plus qu'Echenoz ; et pour moi "Qui a peur..." (qui me fait jubiler), "Artistes sans art" (dont je partage beaucoup des réflexions, et je ne suis pas anti-art contemporain, hein), et "Traité de banalistique" (très bel ouvrage, dont le sujet, très bien traité, m'importe beaucoup, Perec, Bégout, l'errance, le merveilleux quotidien, tout ça c'est tout bon) sont loin d'être des "merdes"
Amicalement surpris
C'est dommage, Berlol, que tu t'en foutes, quand justement ceux qui ont peur de la littérature sont ceux qui en parlent le plus et que tu peux être amené à citer : les chroniqueurs des pages littéraires, les présentateurs radio d'émissions littéraires, les libraires, etc.

13. Le vendredi 2 décembre 2005 à 11:41, par alain :

Mince. Nous ne sommes pas d'accord. C'est dommage, j'aime, je l'ai déjà dit, la plupart de tes interventions.
Je ne vais pas pouvoir répondre pied à pied à tous tes arguments en deux minutes mais je vais m'y atteler. Donc, ce commentaire, si envoyé sera-t-il, si envoyé est-il, ne sera qu'un avant-propos.
Je réponds d'abord par ce qui me passe par la tête. C'est vrai, je dois le reconnaître, j'adore les livres d'Echenoz, puis ceux de Toussaint (je n'ai pas lu La télévision), je dis bien "puis". J'aime certains livres de C. Oster et j'ai plus de mal avec d'autres.
Au reste, tu le remarques, il (je crois qu'il doit s'appeler Dubois ou quelque chose comme ça, Jean-Philippe) ne s'attaque pas tant à l'écrivain mais au traitement que les journalises du Monde (Savigneau, Lepape (quel nom pour un critique!) en font et, je dois reconnaître, que la critique des journaux a quelque chose de ridicule.
Mais, ce faisant, il s'en prend à Echenoz...
Mas à cette heure, déjà, j'ai trop bu, et ne trouve plus les noms. Demain, c'est-à-dire tout à l'heure à trois ou quatre heures du matin, heure française, ça va cogner.
Trou du cul de Domecq que je me dois maintenant m'efforcer d'échiner.
ah oui, dernier truc, non mondain médiatique, je l'ai vu un jour commenter posément une exposition pour la deux. Bon sang, quand on connaît son parcours de loup depuis Robespierre, Quai Voltaire...
Bon, à plus tard.

14. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:11, par Berlol :

Oui, enfin "je m'en fous", c'est une façon de parler, hein ! C'était aussi dans le contexte de Bourmeau considérant la littérature comme un divertissement pour rabaisser Finkielkraut, ce qui est un mauvais procédé. Et dans ces conditions, je n'ai pas envie de m'intéresser à Bourmeau. Aussi s'il y a des gens assez cons pour perdre leur vie à parler de littérature alors qu'ils en ont peur, voire n'aiment pas ça, ou la réduisent à une définition qui en minimise la valeur, ce qui revient au même, alors, oui, je me détourne d'eux, "je m'en fous" au sens où je préfère passer mon temps à m'occuper directement de littérature.
Il m'arrive aussi de parler en détail de textes à des gens qui en apparence ne s'y intéressaient pas, éventuellement "en avaient peur", et souvent ça ne se passe pas si mal que ça... Y compris ici même, dans ce Journal.
Mais on en reparlera quand j'aurais lu Domecq. Tu m'y pousses, Bartlebooth...

15. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:37, par Arte :

Oui, ben Domecq il touche pas à FC. Hein ! C'est tout.
Je n'ai pas trouvé Bourmeau odieux. plutôt coupé dans chacune de ses interventions, F occupant la place. Une émission manquée, parce que F. était sur son terrain, entre les "mon cher Demorand" d'un coté et ses amis du matin de l'autre. La remarque sur la littérature est très annexe dans le débat, il s'agissait d'une question sur "le terrain"... avec pour seule réponse un procès en "Rousseauisme" des sociologues qui s'y déplacent. On voit le spectre de l'intellectuel véritable (qui "instruit" ses idées scientifiquement, Bourdieu en tête, cité au départ, implicitement évoqué à nouveau ici) mis en accusation par des "penseurs d'occasion" - Bourdieu manque terriblement sur ces évènements qu'il avait prédits. Et il ne traitait pas de FOU ses contradicteurs. Encore un mot que F. retirera, si besoin !

16. Le vendredi 2 décembre 2005 à 22:41, par alain :

Non, ça ne va pas cogner. Qu'est-ce que j'avais hier ?
Même à y voir une référence rapide au coup de marteau nietzschéen, je ne vois pas comment je pourrais m'emporter.
Tout d'abord, et venir écrire ici en est un paradoxe, je crois, avec Adorno, à la vertu de la discrétion. Et le philosophe-essayiste-écrivain dont on parle (ou plutôt dont je m'émouvais qu'il pût maintenant dialoguer avec Rancière) ne m'a jamais paru voler dans les grandes cimes de la pensée où l'air se raréfie (pour reprendre une image d'Ecce homo), ne m'a jamais semblé s'attaquer à des ennemis bien puissants (toujours Nietzsche) car s'en prendre au contenu des articles qui relatent des livres c'est s'en prendre au vent. Cependant qu'à publier ainsi des articles et des textes pour fustiger un ordre lénifiant de la littérature et de l'art contemporain, c'est faire du bruit pour rien.
Pour rien ou pour gagner quelque aura de salon, et du pouvoir.
Je préfère lire Louis Marin.
S'en prendre à la voix n'est pas bas. On y entend cette gravité qui pose un homme, cette assurance. (cf. le débit rapide de Rancière, le grain de Barthes, la chaleur et l'humour de Deleuze).
Revanchard. Je ne comprends pas.
Surtout, ce que je déplore c'est de n'être pas touché par une pensée.
Qu'il ait été empêché de publier l'a placé (mais qu'est-ce que j'en sais ?) dans une posture douloureuse, sainte, intéressante.
C'est peut-être sa voix. C'est peut-être physique.
On est responsable de sa voix et de son physique. Allez hop!

17. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:32, par Bartlebooth :

Oui, c'est du vent et le reste n'est que littérature.
Mais ne pas s'intéresser à ce vent sous prétexte que ce n'est que du vent, c'est légitimer et laisser faire tous les discours, médiatiques, politiques et pires (?).
C'est ce vent qui fait le plus gros de la culture littéraire du pays, il souffle jusque sur l'étal des librairies.
En effet Domecq s'en est pris à des gens de peu de pouvoir : il n'a pas été déporté mais seulement empêché de publication. Tout le monde le sait, pas besoin de beaucoup de pouvoir pour actionner la machine de la censure.
Pour rien ? C'est vrai, ce n'est rien une voix autre que celle des medias consensuels. Ce n'est que du bruit qui couvre difficilement la muzzak. Ce n'est qu'aigreur et envie de pouvoir.
Je laisse Domecq répondre :
"Depuis quelques années, un argument nouveau, de type psychosocial, revient avec une étonnante constance dans les commentaires culturels : désormais il est entendu que tout propos discordant, tout désaccord avec le consensus, est l'aveu d'une "frustration" personnelle, d'une sentiment d' "échec", du "ressentiment", et partant, de l' "envie". La discordance ainsi couverte, c'est le débat qui se retrouve étouffé par psychologisation disqualifiante. On comprend qu'un auteur, plutôt que d'encourir interprétation si vulgaire, préfère se taire ou approuver. A quoi bon publier une analyse si elle doit être systématiquement prise pour l'expression de quelque mesquin besoin psychologique ?
Si malgré tout, poussé par cette incongruité qu'on appelait autrefois "convictions", vous décidez de passer outre, il vous faut d'avance discerner pourquoi on va vous faire le procès d'intention psychologique. Un bon moyen de rester centrer en soi-même face au mensonge, c'est de se souvenir que lorsque autrui ment sur vous, c'est de lui qu'il parle sans le savoir.
Qu'avouent donc ceux qui ont pour premier réflexe de ne voir en l'esprit critique qu'intérêt personnel frustré ? Ils avouent qu'ils ont pour première valeur l'intérêt personnel non frustré : la réussite. [...]
Dès l'instant où le dissensus passe pour l'expression du ressentiment, cela implique qu'ont droit à la parole critique ceux qui ne sont pas soupçonnables a priori de frustration personnelle. Donc, ont seuls droit de critique ceux qui ont la notoriété. Donc, la notoriété vaut compétence... Où l'on voit, là encore, à quelle valorisation intellectuelle a récemment accédé la réussite. Au binôme réussite/échec correspond l'équation notoriété = compétence.
Bel outil de pouvoir culturel qu'offre cette morale psycho-sociale à ceux qui la partagent. Car la notoriété n'encourageant pas particulièrement le recul par rapport à l'ordre qui vous consacre, celui-ci ne risque guère contestation de ce côté. Garantie pour ceux qui orchestrent l'ordre intellectuelle consacrant. En même temps, garantie qui apparemment n'a rien d'un privilège, puisque l'ordre intellectuel qui donne le la se dit de gauche depuis longtemps. C'est gain sur les deux tableaux : on a le pouvoir de disqualifier la contestation, tout en ayant la vertu progressiste. Et les connus sont les non-frustrés qui sont les grands libérés qui sont les bons auteurs et ceux qui les cautionnent sont les plus éclairés progressistes. Comment lâcherait-on si nietzschéenne Olympe ? Comment ne s'y cramponnerait-on pas, comment ne serait-on pas prêt à tout contre quiconque pointe l'épaisseur de parailles moeurs intellectuelles ? Epaisseur si patente au demeurant, même pour ses bénéficiaires au fond, qu'ils s'en prennent au doigt qui pointe faute de pouvoir répondre de ce qu'il pointe. Telle est leur raison de psychologiser les débats, de supposer tout et n'importe quoi à l'auteur du diagnostic : cela leur évite de démontrer l'éventuelle erreur de diagnostic. [...]"

18. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:37, par k :

et bien A quand vous avez déciser de ne pas vous perdre, je dis bravo,
vous savez faire, mais c'est aussi logisue et même cela semble inévitable..........;la vie quoi,

19. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:54, par Arte :

Bon, ça re sent pas bon au dernier, restons à cet étage !
Alain, je ne connais rien ni à la littérature ni à sa critique. Mais il faudra démeler ce "Qu'avouent donc ceux qui ont pour premier réflexe de ne voir en l'esprit critique qu'intérêt personnel frustré ? Ils avouent qu'ils ont pour première valeur l'intérêt personnel non frustré : la réussite. [...]"
Cela dit la réussite dépend du projet que se fixe l'auteur, et si il l'a atteint. Sans doute parle-il plus ici d'une "reconnaissance" de ses pairs (et donc d'une réussite sociale et l'argent qui va avec ).
Cette question peut-elle être posée ? y'a-t-il du vrai ? ... Un débat honnête, hein !

20. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:01, par Bartlebooth :

arte : ben vas y , dis le que tu comprends pas ma question, je te repondrai
voila, c'est fait :p alors ?

21. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:11, par Arte :

pfff , même pas bu !!! quand je vous le disais que j'aurais pas du venir !
je répète la question à ALAIN :d (parce que ca me plait ce debat entre vous). Tu me dis si tu comprends mieux hein, Bartle :
Préambule : moi être nul en littérature. Seul l'intérêt de voir débattre ici d'autre chose que de cause féminine, me pousse à relancer le sujet coté Alain ...
Citation de Domecq par Bartle : "Qu'avouent donc ceux qui ont pour premier réflexe de ne voir en l'esprit critique qu'intérêt personnel frustré ? Ils avouent qu'ils ont pour première valeur l'intérêt personnel non frustré : la réussite. [...]"
Etant entendu que Domecq parle ici de réussite non comme l'atteinte de l'objectif que s'est fixé l'auteur, mais de "reconnaissance" par ses pairs, et donc d'une réussite sociale et l'argent qui va avec.
A Alain , Ecrivain :
Cette question peut-elle être posée ? débattue ? Regardée au moins d'un peu plus près ?
(j'ai bon, là? )

22. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:16, par Arte :

Alain, laisse tomber la question : extrait de dialogue Arte/Bartle :
Arte : c'est pas clair ???
Bartle : désolé, ça vient de peut-être de moi, je fais ptet pas assez d'effort, j'ai du mal

23. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:17, par cel :

Bon, moi je trouve juste dommage qu'Alain ne s'étende pas plus, pourquoi ne pas développer un peu, en quoi en peut-on pas s'en prendre à Echenoz, en quoi s'en prendre au vent de certains médias serait il forcément faire du bruit pour rien, n'as tu pas envie de lire une critique qui aurait des couilles (version fille : une critique qui se mouille), plutôt qu'un blabla si bien partagé qu'il en devient fadasse. Domecq n'atteint peut-être pas de cimes, il semble par contre mettre le doigt sur certaines acceptations bien établies (Buren, Boltanski...), et en soi ça demande réponse, ça pourrait une fois posé comme émission d'une critique donner lieu à de vraies débats, hors des "on s'en fout", "qui c'est ce rabat joie ?", en gros s'il ne monte pas assez haut est-ce que ses contradicteurs sont par le même coup forcés de répondre encore plus bas ?

24. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:18, par cel :

extrait de dialogue arte/cel :
arte: mais c'est pas la question
arte: j'ai meme pas bu
cel: mais ton idée de l réussite par rapport au projt de l'aueur, y'a de quoi débattre
cel: on se comprend mal
cel: tu es en train de reformuler ?

25. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:19, par Arte :

Bref : Domecq est-il oui ou merde un empecheur de réussir en rond ?
(j'ai le ton juste là !)

26. Le samedi 3 décembre 2005 à 12:43, par Bartlebooth :

arte : je crois que j'ai enfin posé la bonne question
En effet, c'est même réussi ! C'est une nouvelle version de la recherche de la quadrature du cercle ?

27. Le samedi 3 décembre 2005 à 19:40, par alain :

Oui, les amis, je suis là. Il est 3 h 52 quand j'entame le message. Je me lève. Je ne pouvais pas répondre. Je souffre (?!) (si c'est vrai, j'en marre de me lever à cette heure et de tomber à 10 la veille sans pouvoir rien faire) de mes horaires décalés.
Les amis, parce qu'il m'importe de discuter (au fond ici, c'est quasi comme au bistrot, l'élégance et la hauteur de vue en plus), de discuter avec cet a priori, cette plate-forme de départ. Ça fait un peu petite chose qui craint la polémique mais c'est faux. De ma base imaginée amicale, je peux converser avec une certaine joie de sujets très divers, connaître la nécessité de répondre, comme les Anciens, inter pocula.
Putain, le préambule.
Je reconnais votre argument : ne pas discuter d'un ordre établi, se garder de critiquer la critique pour préserver ses propres chances de réussite.
Sans doute entre une part de vrai à mon niveau. Comment en irait-il autrement ? Le hic, c'est que je suis obligé d'avancer vers ce qui de temps à autre me préoccupe.
Mais c'est du vent.
Il n'y a en ce moment aucune place accordée entre la critique superficielle des journaux et l'analyse universitaire. Beaucoup de journalistes écrivent ou vont écrire leurs propres romans, connaissent les écrivains, peu lisent vraiment les livres, fonctionnent par rumeur, renvois d'ascenseur. Et alors ?
Tous disent qu'il n'y a plus de places dans les journaux pour critiquer négativement un livre qui sort. A partir de là, les pages littéraires des grands journaux fonctionnent comme une seconde publicité. Tout ceux qui lisent, comme vous, le savent. Les autres, comme ma mère, pensent qu'il s'agit de la littérature. Les autres, comme ma mère, pensent que les prix couronnent les chefs d'oeuvre de l'année, que Pivot sert la littérature, que la littérature a besoin qu'on l'aime, a besoin d'être défendue. Tous ceux-là entretiennent la flamme d'une littérature sacralisée.
(Cependant il existe de nombreuses revues papiers ou virtuelles où peuvent s'incendier des livres.)
Le passage que tu (Bartl) cites est d'abord écrit avec les pieds, prétendument inaugural et pue le ressentiment, écrit par quelqu'un qui révère la littérature, qui n'a que mépris pour ceux qui ne lisent pas, quelqu'un qui s'écoute parler, se regarde écrire.
Je continue plus tard.

28. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:41, par Berlol :

Juste m'excuser de ne pas participer parce que je n'ai pas encore lu Domecq. Sinon, vous pouvez continuer, ça m'intéresse. Et sans doute pas que moi...

29. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:31, par k :

oui, moi j'ai sa pour vous un texte de woolf :
"tout opposition de sexe à sexe, de qualité à qualité, toute cette revendication de supériorité et cette imputation d'infériorité, appartient à la phase des écoles primaires de l'existance humaine, phase où il y des camps, et où il est nécessaire pour un camp de battre l'autre, la plus haute importance de monter sur l'estrade et de recevoir une coupe hautement artistique. A mesure que les gens avancent vers la maturité, ils cessent de croire aux camps et aux directeur d'école ou aux coupes hautement artistque"
ça c'est pour MP!! le reste suit

30. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:45, par k :

L ne va pas manger t^t, mais je suis dans un tel état de rage qu'il me faut, mon coeur me bat gros aussi, je rejoins jacques hold, mais continuons avec woolf :
"de toute façon, quand il s'agit de livres il est notoirement difficile d'étiquetter de façon durable leur mérites. Les comptes rendus de littératures contemporaine ne sont-ils, pas une perpetuelle illustration de la difficulté de juger? " ce grand livre", "ce livre dépourvu de toute valeur", c'est le livre qui est ainsi qualifié. ni louange ni blâme ne signifie rien. Non, quelque délicieux que puisse être le divertissement de faire des évaluations, c'est la plus vaine de toutes les occupations et se soumettre aux décisions des distributeurs de bons et mauvais points, la plus serville des attitudes.
Ecrivez ce que vous déssirez écrire, c'est tout ce qui importe, et nul ne peut prévoir si cela importera pendant des siècles ou pendant de journée, sacrifier un cheveux de sa tête de votre vision, une nuance de sa couleur, par déférence envers quelque maitre d'école tenant une coupe d'argent ou envers quelque professeur armé d'un mètre (d'ailleurs ici n'est pas le professeur celui qu'on croit m'enfin je continue), c'est commettre la plus abjecte des trahisons; et la perte de tous les biens et celle de la chasteté perte dont on disait jadis qu'elles étaient les plus grands désastres connus des humains, ne sont que simple piqure de puce en comparaison. V Woolf"

31. Le dimanche 4 décembre 2005 à 07:52, par Bartlebooth :

Même si, Alain, j'étais quelque peu déçu de quelques-uns de tes arguments, que je trouvais bas et étonnamment les mêmes (l'aigreur, l'envie de pouvoir, c'est un réac, etc) qu'utilisent ceux qui veulent éviter de répondre sur le fond, je ne doutais pas de ton ouverture à la discussion.
Et alors ? demandes-tu. Et alors quoi, ce n'est pas si grave, c'est ça ? Ca n'empêche pas la littérature de continuer à s'écrire ? Ca ne mérite pas que cette forme de pouvoir soit décrite, commentée, critiquée, et qu'on réponde à la critique quand elle a lieu ? Tout ça n'est que ressentiment, plus méprisable que ce qui cause le ressentiment ? On le sait déjà, à quoi bon en parler ?
Avec ce genre d'acceptation, on est prêt à toutes les collaborations..., et voire donc à toutes les dénonciations (ou, pour ne pas trop se mouiller, à la simple indifférence face à la diabolisation) de ceux qui mettent en lumière les mécanismes de cet ordre pourri qui nous protège : oh le vilain réac !
Bref, on s'en fout : ce n'est que le vent dominant qui souffle dans notre paysage culturel. Je ne sais pas où tu vois dans l'extrait de Domecq du mépris pour ceux qui ne lisent pas mais par contre je pourrais être tenté d'en voir chez toi, du mépris, à te lire considérer si légérement un pouvoir qui lui se fout vraiment de la gueule du monde, lecteurs confirmés ou futurs lecteurs. Et d'ailleurs, cela, le mépris du lecteur, Domecq le montre très bien à l'oeuvre dans la presse littéraire et jusque dans la littérature qu'on nous sert comme géniale.
- écrit avec les pieds et ressentiment : perso, je ne vois pas. Si c'est que ça manque de style, je ne vois pas ça comme un manque : il me suffit que pour ce que Domecq a à dire, il soit clair, et il l'est pour moi, cela me suffit, il peut même écrire avec sa queue si ça lui chante. Permets-moi tout de même de douter, en tout cas sur cet exemple, de la validité du jugement stylistique de quelqu'un qui ne voit pas autre chose ici que du ressentiment, alors même que cet extrait parle de cette manie de ne voir un discours critique que comme du ressentiment, et tente de l'expliquer. Evidemment que Domecq parle ici à partir de son expérience de victime, mais il m'apparait évident que sa parole dépasse, de loin, la seule expression d'un ressentiment.
Récemment, j'ai essayé de lire "Le Comité" de Michel Deguy, qui concerne aussi un certain milieu littéraire, sujet qui devrait te concerner encore plus directement et donc te laisser muet. C'est très très bien écrit, tellement que c'en est souvent incompréhensible. Bon, c'est Deguy, le monsieur à ses tics de poète philosophe qui lui, pour le coup, se regarde écrire, j'essaie de percer l'artifice langagier pour comprendre, tout comme j'essaie de dépasser l'expression du ressentiment, qui là est vraiment très forte et assumée d'ailleurs. Ca n'empêche qu'il a des choses intéressantes à dire sur ce "milieu littéraire", des anecdotes amusantes. Et que s'il y a beaucoup de ressentiment dans son témoignage, ce serait dommage d'éluder ce qu'il dit d'une certaine mafia.
- "prétendument inaugural" : là je ne comprends pas, je ne sais pas ce que tu veux dire. Il s'agit plutôt de clôture et de conclusion ici. L'extrait cité vient de son chapitre sur les "quatre figures rhétoriques d'intimidation culturelle aujourd'hui". Il vient longtemps après sa lettre-pamphlet et s'occupe de démonter les faux-arguments et le refus des adversaires d'argumenter sur le fond.
Quant au pamphlet lui-même, que tu pourrais trouver "écrit avec les pieds" - ce n'est pas une entreprise philosophique hein, ne confondons pas, tu avais l'air d'attendre de lui la rigueur d'un philosophe, mais de toute façon combien de philosophes écrivent avec leurs pieds ? hein -, il a les manières du pamphlet, mal écrit, ou plutôt mimant volontairement le style oral, avec des phrases à rallonges, des tournures bancales, et plutôt que mal écrire Domecq écrit là où ça fait mal. Les manières mauvaises s'attirent les mauvaises manières. Et quelqu'un qui réussit à me faire rire et me réjouir n'écrit pas avec ses pieds, ou alors il est particulièrement adroit de ses pieds, ça mériterait qu'on l'expose plus dans le grand cirque médiatique aux côtés des clowns tristes ou drôles et autres chiens savants ; ou alors un rien me plait, et j'ai tort de quelquefois bouder à d'autres lectures.

32. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:18, par alain :

Peut-être alors, parce que, au fond, avec ce que dénonce le polémiste, je suis d'accord. Je suis bien d'accord dès le début. Mais quel besoin d'en faire un article ou un livre ? Prévenir qui ? Au dix-neuvième, en 1950, existait déjà une littérature de surface qui faisait du bruit, s'asseyait à l'Académie, connaissait les lustres.
J'ai feuilleté le livre de Deguy qui met en lumière le pouvoir des attachées de presse. Je viens (il y a qqs semaines) surtout de finir La mort du grand écrivain d'Henri Raczymow sur un sujet très proche : quelle instance légitimise l'écrivain, le rôle de la télé, la disparition des clans littéraires.
J'essaye de ne pas être bas, dans mes arguments, veuille m'excuser si malgré tout, ils le sont.
C'est vrai aussi que je ne milite pour rien. De là à accepter, collaborer, dénoncer, je ne sais pas. En général, je suis contre.
Et c'est bien la première fois que je discute aussi longtemps de cette façon.
Peut-être y a-t-il une vérité de l'écriture (????), non pas qui cherche la vérité, non pas qui présente l'écrivain comme un saint, une vérité qui touche, (j'en sais rien, je crois pas en dieu).
Mes propres mots me tombent un peu des mains. Ça fait trois quart d'heures que je tourne autour de mon clavier, va, viens, bois, mais ça va.
Peut-être suis-je limite ?

33. Le dimanche 4 décembre 2005 à 10:47, par k :

vous je ne crois pas, moi oui, je suis limité, limité dans ma culture, mais dans mon très fond, dans ma chair, oui je dit comme vous : oui une vérité qui touche, oui pour moi c'est ça l'écrit, l'écrit comme un cri, au dessus de l'écri-vain, l'écrit qui n'est pas ressenti, ou qui se fait docile pour plaire, ou qui se montre "intelleigent"; mais la vraie intelligence, l'intelligence du monde de la souffrance, de la dureté à vivre cette vie mais qu'il faut la vivre malgré tout; malgré ça, elle est en nous, pour moi le livre, le texte qui me touche est celui qui dit la vérité, celui qui ne se perd pas pour plaire, pour être reconnu, celui qui touche et fait mouche, celui qui nous remue l'intérieur, nous caresse , nous cajole, bon en fait je suis sur que personne en à rien à fourtre
c'était pour dire juste

34. Le dimanche 4 décembre 2005 à 11:18, par Arte :

Quelque chose qui me touche :
Au sommet
comme en deux
le sol.
André Du Bouchet

35. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:14, par Bartlebooth :

Limite de quoi ? Tout le monde a ses limites, je pose les miennes maintenant dans cette discussion :
je n'aime pas être désagréable avec quelqu'un pour qui, même sans beaucoup le connaître, j'ai de la sympathie, et j'aimerais pas qu'on ait pu croire à un sentiment contraire
désolé si j'ai pu prendre un ton exagérément virulent ou en apparence méprisant ou élitiste ou je ne sais,
ce qui ne retire rien à ce que j'ai dit, hein,
je trouve la polémique intéressante et il y a des choses dites que je ne sais pas laisser passer,
tu parles d'un vieux temps pas si lointain, les années 50, où justement on était encore capable de s'étriper pour des questions littéraires ; en nos temps plus fadasses, on fait la sourde oreille et sans explication on crie au réac à la moindre contestation. merde, je dois faire réac du coup à avoir l'air de regretter ce vieux temps.
je connais pas l'histoire littéraire sur le bout des doigts, je ne saurais donc donner des exemples précis, mais il me semble que, par exemple dans les années 50, il ne manquait pas de contestataires (au hasard Sartre, les situationnistes, les lettristes) pour s'en prendre à quelques têtes d'affiches. Pour le XIXe, il y a au moins l'ignoré en son temps Ducasse, qui insultait les Grandes Têtes Molles. Parce qu'on s'en est pris en leur temps aux plats littérateurs et à leurs promoteurs, il est inutile de faire la même chose avec ceux du présent ?
"Prévenir qui ?" : d'abord les concernés eux-mêmes. Domecq le précise à la toute fin de sa lettre : "Commençons donc par leur montrer qu'ils sont lus. Car chacun sait qu'un pouvoir décrit se sait observé, et un pouvoir observé ne peut plus tout se permettre." C'est ambitieux et tant mieux.
"quel besoin" ? : le besoin de la nécessité quand il n'y a rien d'écrit sur le sujet (phénomène récent tout de même que ce système médiatico-littéraire, rien à voir avec les années 50), la nécessité de dire ce que beaucoup ne font que penser timidement. Et le simple besoin d'exprimer une conviction.
Si cela n'avait aucun intérêt, si cela était vraiment inutile, Domecq, Jourde et Naulleau, aurait-il, suite à leurs critiques, du endurer retours de bâtons, insultes des concernés et d'anonymes, menaces physiques ou de procès, etc ?
Il est salutaire qu'il y ait des voix contre. Et même contre des voix dit-on littérairement respectable comme Toussaint et Echenoz. Et même contre les contradicteurs. Amen.

36. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:21, par Bartlebooth :

par exemple je suis contre Meschonnic qui est contre tous les poètes contemporains, sauf lui-même (coucou Berlol !)

37. Le dimanche 4 décembre 2005 à 14:46, par k :

qui me déchrire :
"je t'aime plus loin que toi
j'aimerai quiconque entendra que je crie que je t'aime"
MD

38. Le dimanche 4 décembre 2005 à 20:25, par alain :

Limite, parce que tout en avançant dans les commentaires ici, je ne réponds pas à tout, j'oublie tes arguments, n'y réponds pas, et grossit le regret de passer à côté, ne n'être pas une flèche sur la cible, de perdre ce que je voulais dire.
Moi pareil, Bartl, pour les sentiments.
Au reste aussi, j'aime la polémique, j'ai des convictions, y tiens.



Vendredi 2 décembre 2005. Avec un marteau, avec une hache ?

Pas arrivé depuis des mois : réussir à être au bureau à 8 heures un vendredi ! Garantie de deux heures de bon travail. Puis un peu de surf avant le sport. Lectures : sur les droits des créateurs de sites. Grâce à François, je retrouve le chemin de Beinstingel. Et puis pour voir les banlieues autrement qu'avec la dialectique cassandresque et fatiguée de Finkielkraut : ce Journal d'un avocat. Aussi, un anniversaire à fêter, celui de Poezibao ! Bonne continuation, Florence !
Autres sites à signaler. Souvenir de l'été à Cerisy sur le blog Nouvolivractu, merci à son auteur. Sur France Culture, toujours très fines Affinités électives, hier avec Didier Daeninckx, un parcours passionnant à écouter. Autre perle d'oreilles : Là-bas si j'y suis, archives non officielles...
Vinteix, tu connais ces gens charmants qui habitent par chez toi ? Et puis si quelqu'un passe par là, c'est ma passion secrète...

J'essaie une nouvelle machine à pédaler mais le parcours proposé m'accélère le cœur au-delà de 130, ou c'est la position de la selle qui bloque les abdominaux et coupe le souffle, ou le tableau de bord qui ne permet pas au livre d'Alain Sevestre de tenir sans être fermement tenu... Bref, quinze minutes et je suis cassé. Pas mieux à la course à pied. Je me rabats sur la fonte. Là, ça va à peu près, enfin comme d'habitude. Le bain et le sauna me remettent de bonne humeur mais il y faut un bon quart d'heure. Il y a comme ça de ces boyaux sombres et antédiluviens où l'on se trouve soudain à progresser péniblement et sans raison avant qu'un coude ne rouvre la perspective, sans que l'on sache quel infect complot vient d'être déjoué parmi nos cellules.
Derniers rayons de soleil. Déjeuner avec David au Downey, occasion de faire le point sur quelques cours à trois semaines des congés de fin d'année, sérieux et rigolade, comme le sucré salé des hambourgeois toujours excellents. Deux heures après, quand je quitte le bureau pour aller à la gare, il commence à pleuvoir un truc froid qui ne doit pas être de l'eau depuis longtemps...

Deux moments forts dans le Tout arrive du lundi 14 novembre 2005 (premier débat d'une semaine de 5 émissions sur la fracture coloniale en France) :
Pascal Blanchard (vers le milieu de l'émission) : « L'État, depuis 40 ans, est dans un silence et dans une manipulation de cette mémoire. [brouhaha...] Il faut être très clair. Il suffit de lire tout ce qui a conduit au projet de loi de l'année 2005. Quand on nous dit : « Ah, divine surprise... ou drame... grosse connerie... », soi-disant, le mot du président dessus... Ça fait deux ans et demi que le Parlement et le Sénat discutent de cette loi. Chaque citoyen français peut aller sur Internet ; tous les débats existent sur [le site de] l'Assemblée nationale. Il n'y a eu aucune surprise. Les parlementaires savent où on en est. Et de gauche comme de droite.
Et quand vous lisez les débats de nos élus de la République, depuis deux ans en commission, vous êtes, je vous assure, totalement abasourdi ! Vous vous demandez si ils vont dans la rue comme nous. Si ils par...
[interrompu] Non, non, attendez, c'est fondamental ! S'il y a une violence qui existe en face, c'est que cette violence, elle se dit : « Mais mince... Il y a une domination d'une mémoire, une seule vision historique qui nous construit des mémoriaux, des lieux, une histoire officielle, une difficulté d'aborder ces questions, des médias... » Je m'excuse de vous le dire, on ne voit quand même pas beaucoup de grands documentaires à 20h30 sur nos chaînes publique sur l'histoire de la colonisation, en dehors de la Guerre d'Algérie. Tout ça a fait, à un moment, bouillonnement et donne le sentiment, et je vous rejoins, que certains disent : « Éh ben, je vais crier très fort, pour que cette mémoire de l'état qui essaie de me digérer dans mon identité, dans l'histoire de ma famille et de l'histoire du destin de mes parents, de mes grands-parents, de mes arrières-grands-parents, ça soit aussi puissant que ce discours de l'État.»
Et je dirais qu'à ce niveau-là il faut que, oui, on dénonce ce qui peut devenir de la victimisation et de la repentance, et de l'autre côté qu'on dénonce aussi ce qui est de la manipulation de l'État qui manipule l'Histoire. Vous savez, quand un État en arrive à faire une loi pour édicter aux historiens leur métier, on sait tous que c'est un symptôme que ça ne va pas très bien.. 
[...] La loi qui est arrivée, de février 2005, heureusement que les historiens ont levé l'étendard dessus, conclusion on a un débat de fond aujourd'hui, c'est qu'on se rend bien compte que quand l'État fait monter ce genre de muraille législative, c'est qu'il se passe quelque chose dans le pays qui est relativement grave car ce type de loi depuis Vichy, on ne les avait pas vues. Je dis bien « pas vues », c'est grave : de nous demander à nous, historiens, de déjà avoir nos conclusions sur une positivité potentielle de la colonisation.
On est en 2005, on est le dernier pays au monde avec le Japon à avoir un problème sur sa mémoire coloniale.
[...] »

Quelques minutes plus tard :
Mimouna Hadjam : « [...] Je suis donc la responsable d'une association dans la Seine-Saint-Denis. En effet, je ne découvre rien du tout, je suis porteuse d'une mémoire. Je suis une enfant d'Algériens, une enfant issue d'une famille algérienne nationaliste qui ont combattu le colonialisme français et je dois dire que j'ai été au début, dans ma jeunesse, très fortement marquée par ces combats et j'ai porté cette mémoire de l'anti-colonialisme, ou en tout cas de notre point de vue algérien, je l'ai portée seule, vivant en France, et je me réjouis que vous n'êtes pas [sic] les premiers historiens, moi je n'étais pas au courant pour les travaux de 54 [allusion aux cours en Sorbonne que suivait Max Gallo], en tout cas j'ai écouté, j'ai suivi, j'ai lu les ouvrages de Benjamin Stora qui m'ont un peu réconciliée avec la France et un peu réconciliée avec ce que pouvait être l'Histoire de France. En effet aujourd'hui, la colonisation et l'histoire de la colonisation, elle est enseignée dans les livres d'école comme étant quelque chose de complètement périphérique à l'histoire de France. C'est pas du tout quelque chose qui fait partie de notre histoire, de l'Histoire de France. Il suffit de voir un peu les livres. Et moi, je remonte à même plus loin. Moi, j'ai le souvenir que quand j'étais petite, on m'a dit, dans l'Histoire de France, que Charles Martel avait écrasé les Arabes à Poitiers ! Et j'étais assise sur les bancs de l'école avec mon frère, et on se regardait et on s'est dit : « Mais il les a écrasés avec quoi ? Avec un marteau, avec une hache ? Et rien ! On savait absolument rien sur ces envahisseurs qui déjà en 732 venaient envahir la France. Donc je tiens à dire aussi que le retour de la mémoire est peut-être le fait, votre fait, messieurs les historiens, mais qu'il faut peut-être pas qu'on oublie les principaux acteurs de ce retour de la mémoire que sont les enfants de l'immigration, et particulièrement les enfants de l'immigration algérienne [...] Je ne me considère pas comme une indigène parce que je ne veux pas offenser mon père qui a été emprisonné dans les geôles du Colonialisme, je n'offense pas mon frère qui est mort assassiné et qui, lui, s'est battu pour me donner un pays et une nationalité, je n'offenserai pas mon oncle qui a été guillotiné pendant la guerre de libération algérienne, je n'offenserai pas les centaines de milliers d'Algériens qui ont été assassinés. Je ne suis pas une indigène. Je suis une citoyenne de cette république. Je me bats mais je suis discriminée, je suis consciente que je vis dans une souffrance, et dans la souffrance dans tous les sens du terme : sous-France. J'appartiens pas à la France. Mais moi je me revendique comme étant une citoyenne. Il y a 20 ans, j'ai marché pour l'égalité des droits, [Pourtant] je n'ai pas les mêmes droits que les autres. Mais je ne suis pas une indigène, je te le dis [pour Houria Bouteldja, qui revendique l'Appel des Indigènes de la République], je n'offenserai pas la mémoire de mes parents. Je suis porteuse de cette mémoire, qu'on le veuille ou non. Et j'aimerais qu'un jour cette mémoire ne soit pas seulement ma mémoire mais que je sois rejointe aussi par tous les groupes porteurs d'autres mémoires pour que ensemble, en effet... Seule, trop souvent seule avec mes amis, on s'est retrouvés, jusqu'à ce que Delanoë mette sa plaque, tout seuls sur le quai de Jemmapes à dire : « Papon, assassin de Juifs et d'Arabes ! » Nous, on veut qu'il soit jugé pour crime contre l'humanité, pour ce qu'il a fait ici, en plein cœur de Paris. On n'était pas beaucoup à le dire. Il a fallu que Delanoë mette sa plaque, il a fallu la médiatisation pour que aujourd'hui... Il y a quelques jours, le maire de La Courneuve inaugurait une rue du 17-Octobre-1961, et qu'est-ce que fait Sarkozy ?, après nous avoir insultés de racailles, de voyous, de vermines, il nous instaure le couvre-feu qui, pour moi, à mes yeux, n'est ni plus ni moins qu'une gestion coloniale. [...] »

Commentaires

1. Le vendredi 2 décembre 2005 à 07:15, par Arte :

Nous abordons aujourd'hui l'oeuvre majeure de Robert Musil.
"Chez l'homme de l'esprit peut se produire une sorte de démoralisation à l'égard des choses de l'esprit, une absence de piété, une busquerie et une légèreté à leur égard".
100 % de ce texte correspond au 43% non lu de la première page de L'homme sans qualités.
Il est de P. Valéry, "acheveur d'oeuvre" !

2. Le vendredi 2 décembre 2005 à 07:51, par vinteix :

Oui, je les connais un peu : tres charmants, en effet.

3. Le vendredi 2 décembre 2005 à 08:48, par k :

il est 17h45 pas de sms,
n'attendre rien..........

4. Le vendredi 2 décembre 2005 à 13:32, par k :

hier je me suis regardée apostrophe 1984 duras, elle dit en parlant du chinois :
"parce qu'il continue à vous inspirer"
md : "oui, il est..., c'est une sorte de mise en abime sans fond, il a éclipsé les autres amours de ma vie,sans doute parce qu'il a été sans énoncée....sans déclaration, il y a quelque chose là d'inépuisable, dans l'émotion.....aussi même...même physique je dois dire, même physique"
pourtant j'en ai lu des trucs et des machins sur md, jamais, jamais on a posé l'idée que c'était lui le point de dépard à tous, cet amour qu a fait comme elle a dit que l'écrit se jeté sur elle, elle dit même a un moment qu'elle c'était demandait pourquoi anne marie stretter, toujours, l'inde la chine, toujours, et qu'elle en ai venu à écrire l'amant, pour moi une chose et sur même inconsciement, sans l'ombre d'un doute, c'est pour lui qu'elle écrit, qu'elle s'en écrit et que l'é-cri et la qu'il se sent, qu'il se ressent.

5. Le dimanche 4 décembre 2005 à 15:50, par Marie.Pool :

K: Bravo ! ;-)

6. Le vendredi 16 décembre 2005 à 20:56, par Arnaud :

Merci pour cette longue transcription depuis la radio. C'est précieux.



Samedi 3 décembre 2005. Oiseaux sauvages de la vie.

[RLVS-12] « — Ton bonheur ? Et ce bonheur ? [...]
Tatiana et moi guettons la réponse de Lol. Le cœur me bat fort et je crains que Tatiana ne découvre, elle seule le peut, ce désordre dans le sang de son amant. Je la frôlais presque. Je recule d'un pas. Elle n'a rien découvert.
Lol va répondre. Je m'attends à tout. Qu'elle m'achève de la même manière qu'elle m'a découvert. Elle répond. Mon cœur s'endort.
— Mon bonheur est là.»
(Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, p. 148).

Depuis que Lol lui a dit ça, l'autre jour, Tatiana veut savoir. Cette histoire de bonheur, si c'était possible, cela remettrait en cause les catégories établies, notamment celle où Lol a été placée, celle des fous, des assistés du cœur, des handicapés à vie de la vie. Les autres, comme Tatiana, sont seulement résignés — et névrosés, bien sûr — mais ils se tiennent à leur place et n'envisagent pas d'en partir : c'est une « impérieuse obligation première et dernière » (155). À l'opposé, il est probable qu'une partie de ce qui gêne les autres, chez Lol, qu'ils appellent ça folie ou maladie, c'est son imprévisibilité comportementale (« inquiétude passée et à venir, constante », 143, « je n'ai rien voulu », 150, « à quoi m'attendre », 152), la liberté de ton et d'action qu'ils lui prêtent (« des oiseaux sauvages de sa vie, qu'en savons-nous ? », 145), l'impossibilité de l'apprivoiser. Plus Tatiana paraît asservie, plus Lol paraît libre — mais on ne saura jamais si la bascule est réelle ou seulement dans la tête de Jacques.
Parce que le Jacques, il est sévèrement secoué !
Dès que Lol l'approche, il perd le souffle (144) ou nous fait une bouffée de chaleur (ci-dessus). Son cœur bat la chamade, comme on dit. Oui, mais ce qui intéresse Duras, c'est de faire coexister des choses que l'on dit (banalités) et des choses totalement inédites, sans doute pour nous montrer que l'être humain occupe tout ce panorama et gît dans l'amplitude. Alors, le cœur, ce siège des passions, cette métaphore éculée, comment le/la recharger ? D'abord par l'adjonction d'un complément indirect, juste un petit me, qui fait presque du verbe battre un verbe pronominal : « Le cœur me bat », avec le tremblé du sens, le verbe qui risque de sortir de son acception de battement interne, de pulsation, pour passer à celle des coups extérieurs, de la violence des coups portés — l'organe étant alors personnifié et la personne victimisée, victime de son cœur qui la bat, un comble. Ou une réalité. Ensuite, à la fin de la phrase, on passe du cœur (réel et métaphorique) au sang. Filage de la métaphore par la métonymie : le sang est bien ce que le cœur pompe. Mais en passant du cœur au sang, on passe d'un organe à peu près localisé, dans le corps comme dans la symbolique, à un fluide totalement envahissant et incontrôlable. S'il y a désordre du sang, il atteint nécessairement l'intégralité des parties du corps. C'est une hyperesthésie de l'émotion (le lat. motio signifie aussi le frisson de fièvre) dans l'attente d'une réponse à la question cruciale, la seule qui vaille.
Mais son sang n'est pas seul en circuit : plus tard, il « pompe le sang de Tatiana » qui en devient « exsangue » (167), virtuellement, bien sûr. La naissance de l'amour devient alors un acte vampirique, l'effusion une transfusion, et les deux femmes des vases communicants. [/RLVS-12]

Parfois, on passerait des heures sur un ou deux mots. Levé à 5h30, j'ai préparé des commentaires pour trois chapitres. En cours, on n'en a fait que la moitié, hélas... Et samedi prochain qui sera le dernier cours. Comment je vais faire ?

Après un déjeuner rapidement avalé à la maison, je file à la MFJ où il y a une journée d'études sur la notion de communauté, en littérature et en philosophie, avec notamment des exposés sur Genet et Duras. Je vais sans doute y retrouver Agnès, Clara, Franck, Michaël, Patrice, Olivier, François, d'autres peut-être.

[Trois jours plus tard...] François Bizet a été parfait sur le refus communautaire de Genet, Pierre Ouellet nous a révélé une discrète et presque impossible communauté poétique de telqueliens (Marcelin Pleynet et Denis Roche, notamment) entravés par leur chef. Ensuite j'avoue ne pas avoir été en mesure de comprendre les arabesques philosophiques de deux intervenants. Puis le retour sur terre, même en compagnie de Marguerite Duras (que je venais de quitter pimpante le matin), a été rude et je n'arrivais plus à suivre. Je me suis retiré, piteux, peu de temps après, laissant mes amis pour revenir me blottir dans les bras de T., ma communauté essentielle.
Heureusement, j'ai les enregistrements. Je viens de réécouter Osamu Hayashi s'interrogeant sur l'impossible communauté des amants, et c'est très intéressant, très convaincant, traversant intelligemment un grand nombre d'œuvres de Duras sans jamais quitter son sujet ni répéter Blanchot dont il est parti. [Fin de l'ajout.]

— Victoire d'Austerlitz !... On en parle ?
— Nan, laisse tomber, c'est tarte à la crème, ça traîne dans tous les médias...
— OK, alors je vais me coucher.
— C'est ça, capitalise pour le ping-pong !...

Commentaires

1. Le samedi 3 décembre 2005 à 07:58, par Arte :

Tu inacheves les cours avec R. Musil !

2. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:06, par Berlol :

Oh, t'es là, toi ! C'est quoi, c'est 16h00, chez toi ? Déjà devant l'ordinateur ? Allez, bonne nuit, j'y vais...

3. Le samedi 3 décembre 2005 à 08:50, par Marie.Pool :

"Parce que le Jacques, il est sévèrement secoué !"
Effet de femm(e)s ? On croit les comprendre et
puis...
_____________________________________
M.D. - Lol.V Stein est folle au bout d'une vie non vécue.
X.G. - Elle n'a pas pu vivre.
M.D. - Invécue [Forte détonation.] C'est les hommes qui tirent des pétards...Oui, tu crois que Lol. V Stein, c'est une femmes, c'est-à-dire qu'elle a vécu, de façon spectaculaire et très exem... - comment dirais-je ? -, gonflée en somme...
X.G. - Oui, hypertrophiée.
M.D. - Hypertrophiée, c'est ça. Le trauma ini..., initial de toute femme...
X.G. - Peut-être. De façon un peu exemplaire.
M.D. - Tu crois que ce mouvement qu'elle avait de se fondre aux amants, de rejoindre les amants et auquel on a opposé un refuf, est le même mouvement que toute femme a en elle de rejoindre...tous et à qui on oppose un refus, de rejoindre tous, de rejoindre le groupe, l'humanité.
X.G. - Oui.
M.D. - Tu crois ?... On peut le voir aussi comme ça [Silence] La même brimade, c'est àdire au sens le plus...,brimade, c'est pas assez fort..., le même "non", quoi : "Non tu n'iras pasplus loin."
X.G. - Oui, le rejet.L'autre femme apparemment a lutté, elle.
M.D. - Oui.
X.G. - Longtemps.
M.D. - Mais elle a tout abandonné, elle a eu beaucoup d'amants, des maisons et tout,elle a tout abandonné, petit à petit.
X.G. - C'est à dire que pendant longtemps elle a été dans un... elle a été dans le monde des hommes et ...
M.D. - Oui. Elle pouvait pas de passer d'hommes, d'amants. Elle avait un mari complaisant, un peu comme Anne-Marie Stretter.
-----------------------------------------------------
Les Parleuses , Editions de Minuit , 1982,p.159-160.

4. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:12, par k :

bouuuu j'ai pas le temps de parlementer, et j'ai tellement envie, mais L est là elle à faim, et veux sa moman, donc je vais en déchroché de lol, qui ne me quitte jamais, mais une chose
Monsieur BERLOL que j'aimerai venir au japon écouter vos cours, ou que j'aimerai cela vous entendre parler d"elle, oui c'est tous c'est autre qui sont fous, qui rentre dans une vie qui ne leur convient pas, forcément, mais qui la vive pour être dans la normalité, oui je suis folle, mais pour moi la vraie folie ou je tombe parfois c'est tous ce qu'il n'ose pas vivre.enfin je m'explique après. bon app
bonsoir arte, vous aviez raison pour L

5. Le samedi 3 décembre 2005 à 11:14, par k :

mais qu'est ce que je peux faire comme fautes ça n'a pas de bon sens non.............

6. Le samedi 3 décembre 2005 à 15:39, par Berlol :

Merci Marie.Pool pour cette copie ciblée. Que les causeuses essaient de rejoindre les parleuses, c'est finalement normal, sauf l'anachronisme. Ceci dit, je ne vois pas ce que cela change à mon explication "littéraire".
J'en profite pour ajouter, à toutes fins utiles, que je ne prends pas le parti de Jacques (comme on pourrait le croire, en tant qu'homme, etc.). Je m'intéresse à la construction d'un texte dont il est le narrateur pour parler d'une histoire dont il est un personnage. Sa subjectivité est donc inévitable et elle a été choisie, voulue, construite par Duras elle-même, et non par moi.
Je me suis déjà demandé (19 mai et 7 juin 2004) quels auteurs masculins avaient mis en scène/texte une narratrice-personnage principal, en dehors de Claude Simon dans L'Herbe, et je n'ai eu qu'une réponse, Les Yeux baissés de Tahar Ben Jelloun. Y aura-t-il plus de répondant cette année ?

7. Le samedi 3 décembre 2005 à 20:46, par Marie.Pool :

On peut le voir aussi comme ça [Silence]
Mais c'est vous qui le trouvez "secoué" le Jacques, pas M.Duras - du moins elle ne le dit pas dans les Parleuses !
Elle le secoue moins qu'il n'y paraît, elle le place comme "fléau" providentiel entre deux plateaux de la balance ( pour elle , je crois il est consentant ... ), entre la femme inaccessible et la femme offerte, l'une devenant l'enveloppe de l'autre avec des retournements possibles, déroutants forcément, des "rejets" aussi, des incompatibilités violentes et perturbantes. Mais cela se passe davantage à l'intérieur d'elles. On n 'en voit pas grand chose d'ailleurs et c'est bien là où séjourne le problème d'écriture. Pour la résolution provisoire et sans doute transitoire (Jusqu'à plus ample informé dirait-on) Jacques n'est qu'un porte-voix , on dit parfois un porte-symptôme . Il souligne le basculement du Désir irrémédiable dans le Non-Désir ( pas toujours) irrévocable . En "désossant" le texte comme disait JCB on ne peut plus voir tout cela à la distance suffisante. Ni trop près ni trop loin. C'est difficile de lire "fidèlement"Duras ,car elle écrit avec des méandres qu'il faut explorer avec une patience que la plupart des gens n'ont pas.
Il y a beaucoup de télescopages et d'arrêts sur image. Je ne remets pas en cause ce que vous décrivez. Je dis d'autres choses qui peuvent ou non coïncider. Vous prenez et rejetez ce que vous voulez.L'important c'est de parvenir tant soit peu à résonner et raisonner sur la même lame de microscope. On est pas obligés d'arriver aux mêmes conclusions. Duras ne peut donc pas être lue avec un télescope. Le réglage de focale est toujours difficile avec elle. Elle parlait beaucoup et je trouvais cela passionnant, y compris dans les convictions contestables. Ses personnages ont des ficelles auto-biographiques difficiles à dénouer. J'ai l'impression qu'elles les a subis plus que construits , elle a l'air de les redécouvrir après les avoir créés.
Elle a dû certainement attendre d'eux des réponses précises, puis elle s'est lassée. Elle n'avait pas bon caractère Marguerite Donnadieu. Elle aimait faire la cuisine, des trucs chinois, et elle riait pour oublier peut-être la dictature de l'intelligence des mots. Elle aimait faire l'amour et elle aimait gagner de l'argent , pour acheter "sa" maison et sa vue sur la mer , sur les enfants des plages, sur quelque chose de vaguement indochinois qui l'a faite un peu mystérieuse et rebelle. Le contraire de ses personnages. Elle aimait la vie Duras.

8. Le samedi 3 décembre 2005 à 20:55, par vinteix :

... narratrice-personnage principal : "Soleil couchant" de Dazai.

9. Le samedi 3 décembre 2005 à 21:18, par vinteix :

"Justine" de Sade

10. Le dimanche 4 décembre 2005 à 01:36, par Berlol :

"du moins elle ne le dit pas dans les Parleuses !" — alors là, Marie.Pool, vous me coupez le souffle ! Le texte du "Ravissement..." dit très bien ce qu'il dit, du début à la fin on voit ce Jacques qui est littéralement secoué, oui, par cette rencontre et tout ce que cela change pour lui, il essaie de rendre hommage à cette femme qu'il aime en reconstruisant son histoire pour lui ôter les marques d'infâmie qui lui ont été apposées avec la complicité de sa meilleure amie Tatiana et vous venez me dire qu'il ne l'est peut-être pas, secoué, en me balançant hors-contexte des propos tenus près de vingt ans plus tard, vingt ans, vous vous rendez compte !, alors qu'entre temps Lol V. Stein était devenue un personnage différent dans un autre livre, un personnage public grâce à Lacan et aux études féministes américaines.
Restons dans le texte, s'il vous plaît. Votre problème, c'est que vous ne savez pas faire une analyse littéraire qui s'en tienne au texte, vous avez besoin de passer par la vie de l'auteur et des témoignages postérieurs où d'autres enjeux interviennent. J'en viens à me demander si c'est vraiment le texte et la littérature qui vous intéresse, si ce ne serait pas plutôt la biographie de l'auteur à travers ses œuvres (comme modèle ? patronne ?)...
Côté patience, sachez que chaque cours m'oblige (moi-même) à cinq ou six heures de préparation. Ce qui n'empêche pas que je puisse me tromper. Mais je joue carte sur table. Si vous n'êtes pas d'accord, veuillez utiliser le texte et seulement le texte pour argumenter, et pas essayer d'aller ramasser de ces propos vaseux où Marguerite pose des questions à Xavière pour savoir si son personnage est comme ci ou comme ça. J'ai lu et bien lu et relu "Les Parleuses", c'est socialement et anthropologiquement intéresssant, mais littérairement, non.
Pour ma part, je ne m'intéresse pas beaucoup à Duras, en tant que personne, je m'intéresse aux œuvres. Elle m'indiffère même pas mal, son ego surdimensionné me déplaît, même. Pas parce que c'est une femme, je le dis tout de même. De ce point de vue, je la comparerai volontiers à Sollers : quelqu'un dont le personnage public et médiatique m'est désagréable mais dont l'œuvre m'importe. Je me demande même si les meilleurs écrivains ne sont pas ceux qui s'effacent derrière leur œuvre, ceux qui se soustraient au biographisme, qui nous évitent toutes ces "merdes de témoignage", comme disait Christine Angot.
Enfin, veuillez laisser JCB hors de cela. S'il écrit ce qu'il écrit en pensant à moi, j'espère qu'il aura la franchise de me le dire et d'argumenter, le cas échéant. Vous n'avez pas à l'utiliser comme caution. D'ailleurs, je n'ai rien "désossé" du tout, le texte est toujours aussi vivant, aussi beau à chaque fois que j'ouvre le livre. À moins que vous appeliez "désosser" le fait de regarder dans un dictionnaire l'étymologie d'un mot, de remarquer que certains termes créent des niveaux de sens dont l'interprétation ouvre des perspectives imprévues à première lecture, etc. Dans ce cas, je vous plains.

11. Le dimanche 4 décembre 2005 à 01:36, par Berlol :

Merci Vinteix, et deux de plus dans ma besace !

12. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:01, par alain :

et la porcelaine ?

13. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:24, par Berlol :

La porcelaine, j'adore ! Tu veux m'en offrir ?
K, on attend la suite...

14. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:53, par k :

oui je vais m'y mettre, mais léa doit manger
je compte sur vous berlol

15. Le dimanche 4 décembre 2005 à 02:59, par cécile :

Une nouvelle contemporaine avec narratrice écrite par un homme, beaucoup aimé à l'époque www.pol-editeur.fr/catalo...

16. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:17, par k :

bonjour cecile komment vas

17. Le dimanche 4 décembre 2005 à 03:46, par k :

oui, moi j'ai sa pour vous un texte de woolf :
"tout opposition de sexe à sexe, de qualité à qualité, toute cette revendication de supériorité et cette imputation d'infériorité, ap