| Mardi 1er novembre 2005.
Des canards des tubes. Presque rien lu, presque pas de temps devant l'ordinateur. En revanche, déplacement ferroviaire en finissant ma nuit, air brassé en classe et bonne réactivité des étudiants, performance pongistique avec David qui se découvre smasheur, puis discussion dînatoire avec Clotilde chez Rhubarbe. Donc, que de bonnes choses mais de ces journées où l'on n'a pas cinq minutes à soi dans la succession des activités. Journée active mais journée blanche pour la pensée en soi. Ou pour la psyché... Comment dire ? Ou c'est de la fatigue. Ou alors un effet 1er novembre (les morts, la grisaille, on est peu de chose...). Élargissement. Plus on fait travailler de gens et plus on fait travailler les gens, plus on a de journées blanches enfilées les unes dans les autres. Au point que ce sont finalement les gens eux-mêmes qui sont blancs, vides, mécanisés, lobotomisés de leur conscience d'être, et habitués à cela — certains allant même jusqu'à le revendiquer, refuser de penser sur soi. Aubaine pour tous les simplificateurs (politiques, scientifiques, sociaux, publicitaires, etc.) qui les manipulent. Une matière blanche de ne pas penser à elle-même. Juste produire et consommer. Comme on dit des canards des tubes digestifs... Comment aimer son prochain, dans ces conditions ? Où trouver l'enthousiasme pour lequel on garde idéalement l'idée idéale qu'il serait bon, qu'il serait bon qu'il y en ait si tout le monde en avait ? À moins que ce ne soit qu'une illusion de nos cerveaux malades de christianocentrisme. Le sage chinois ne cherche que l'harmonie. En moins d'une semaine, on a mis le maillot de corps, le petit pull ou la veste chaude et l'écharpe. Belle journée de soleil mais dix degrés de moins dès qu'il se retire. À surveiller : c'est généralement la période où j'attrape ce satané rhume bête et qui me tient trois semaines... Un homme averti (par son blog) en vaut deux. Commentaires1. Le mardi 1 novembre 2005 à 09:57, par Arte : Absolument. 2. Le mardi 1 novembre 2005 à 10:53, par alain : Bartlebooth, oui, c'est cela, manquait l'exaltation qui pousse
à la joie, l'approbation complète, l'adhésion totale
pour me transporter dans le 16ème et voir Coco Rosie. 3. Le mardi 1 novembre 2005 à 11:40, par Arte : Absolument. 4. Le mardi 1 novembre 2005 à 12:43, par cel : Cocorosie, elles donnent sur scène, même avec une mauvaise mise en son (cf à Evreux cet été), Devendra aussi, qui en prime en moins d'une demi-heure tombe la liquette brodée, le maillot de corps, le petit pull ou la veste et l'écharpe selon la saison pour se tortiller en tatouages (absolument) 5. Le mardi 1 novembre 2005 à 13:43, par FB : oui oui, on passe par là 6. Le mardi 1 novembre 2005 à 14:12, par Berlol : Y'a pas de petites économies ! et puis je vais même finir par le lire, moi qui n'en ai pas pipé mot jusqu'ici... Comme quoi faut jamais être d'un avis définitif. Côté atelier, je viens de lire chez toi que c'était parfois un peu galère. Donc crevant au physique comme au moral. Alors : amitié et soutien moral. 7. Le mardi 1 novembre 2005 à 14:18, par FB : si ce que tu as lu c'est ça 8. Le mardi 1 novembre 2005 à 14:31, par Berlol : Exactement. Et parfois, c'est lourd à ramasser. Mais c'est ainsi que les hommes vivent, comme dit à peu près le poète... 9. Le mercredi 2 novembre 2005 à 00:32, par Arte : Certes. 10. Le mercredi 2 novembre 2005 à 21:51, par Manu : Je me suis récemment posé cette question de
cette accélération de notre rythme de vie quotidien, qu'est-ce
qui fait qu'on en soit arrivé là, pourquoi la subissons-nous,
pouvons-nous ralentir, qui tire les ficelles, est-ce (en partie) la faute
aux progrès technologiques ?... 11. Le mercredi 2 novembre 2005 à 21:53, par Manu : Tiens, j'aurais dû mettre "naturelles" entre guillemets... |
| Mercredi 2 novembre
2005. Avec leurs seuls sabre et courage. En marge du Protocole de Kyoto, nous nous interrogions en classe ce matin sur les origines des pollutions, d'une façon générale et historique. Une étudiante sait que l'industrialisation commence en Angleterre puis en Europe continentale entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle. Cela nous fait donc deux cents ans d'avance sur des pays qui commencent à polluer depuis quinze ou vingt ans... D'où la difficulté de leur faire respecter l'environnement aujourd'hui. Au sujet du Japon, on me répond que son industrialisation aurait commencé... après la Seconde Guerre mondiale. Les lacunes et les mythes de l'histoire du Japon pour les Japonais eux-mêmes sont donc à ce point conséquents. Je demande alors si c'est avec leurs seuls sabre et courage que les Japonais ont vaincu les Russes en 1905... Très bon moment dans un réfectoire de l'université (12h15-14h) : rencontre, sous notre houlette, entre une soixante de nos étudiantes et trois étudiants de japonais venus de France, plus une américaine de l'Iowa qui ne veut pas perdre le français appris chez elle. Les premières minutes sont un brin protocolaires mais vite des petits groupes se forment et les conversations démarrent autour des collations et sandwichs, verre de thé ou de jus de fruit en main (pas d'alcool dans l'enceinte de l'université, bien entendu). On voit beaucoup de téléphones sortir pour échanges de numéros et photos de doigts écartés. « S'il y a une créature sur Terre qui est moins idéologique qu'une autre, la moins idéologique possible, c'est le littéraire. C'est celui qui, après avoir décomposé tous les mots, dans toutes les lettres, perd peu à peu la signification de tout. S'il y a un individu qui ne peut répondre à rien, au contraire du prophète, du philosophe, du politique, c'est le littéraire. Et ce rien-là n'est pas une fiction, c'est vraiment une passivité très particulière. La lecture requiert en lui une capacité vertigineuse de passivité, qui fait que, dès qu'il est plongé dans son immersion, il ne peut pas être découragé, parce qu'il se noie, il est englouti...» (Pascal Quignard avec Alain Veinstein dans Surpris par la nuit le 31 octobre — je voulais aborder les désopilantes Répliques de samedi dernier sur la pornographie, mais je donne la priorité à Quignard.) Des hypocrisies en général, et des médias en particulier. Jugement Dieudonné/Fogiel, des centaines de pages épluchées pour savoir qui diffame l'autre, avec appel à l'intégrisme et à l'odorat... et cette tardive remarque d'un commentateur sur les gains générés par les dizaines de milliers de SMS reçus par l'émission de télé. En résumé : plus vous protestez contre l'émission, plus ça nous rapporte — même si on ne diffuse rien (ou si peu) de ce que vous nous dites ! Google joue au même jeu du scandale qui rapporte gros (« Les annonceurs, insérant leur message face aux réponses aux requêtes des internautes (AdWords 51% du CA) [...] », in Jean-Michel Salaün, Bibliothèques numériques et Google-Print, chez ArchiveSic) et fait apparaître le chiasme des hypocrisies, celle du marchand et celle du prince : « La relation entre les notions d'accès et celles de publication se brouillent au point que le président de la Bibliothèque nationale [de France], qui a vocation à tout rendre accessible propose de sélectionner, tandis que l'opérateur privé [i. e. Google], lui, collecte sans exclusive.» (Excellente remarque.) Le scandale de demain sera-t-il évité ? C'est aussi en signe d'espoir que Quignard ouvre ce billet. Sinon, je suis d'accord avec cet article d'Éric Naulleau dans Libération (fors la surévaluation de Toussaint) : « Quelle ultime limite faudra-t-il franchir pour que cesse enfin le scandale du Goncourt ? Un récent et sévère rapport du Service central de prévention de la corruption (SCPC), remis au ministre de la Justice, dénonçait déjà (entre autres) la confiscation des prix littéraires, et du très important chiffre d'affaires que ceux-ci génèrent, au profit de quelques grandes maisons d'édition et pointait la difficulté "de faire la part des choses entre les membres des jurys, généralement tous auteurs d'œuvres littéraires, et les maisons qui les éditent". La plus célèbre des distinctions automnales semble à présent décidé [sic] à jeter aux orties tout souci de déontologie. Soudain l'été dernier, François Nourissier, ancien président et toujours membre influent du jury Goncourt, faisait savoir que son choix personnel se portait définitivement sur la Possibilité d'une île de Michel Houellebecq, les quelques centaines d'autres romans parus à l'occasion de la rentrée littéraire se trouvaient ainsi relégués au rang de quantité négligeable, tout juste bons à faire masse et pas même dignes d'une lecture superficielle. Sans crainte du ridicule, la deuxième liste du Goncourt intégrait pourtant in extremis un ouvrage absent de la première sélection, à savoir Trois Jours chez ma mère de François Weyergans, paru tardivement (c'est-à-dire fin septembre) chez Grasset. Jugements formés a priori et passe-droits font ici bon quoique paradoxal ménage. Afin de bien enfoncer le clou où accrocher ce triste portrait de la république des lettres, le Monde du 8 octobre dernier rapportait, sous la plume d'Ariane Chemin, que Michel Houellebecq et François Nourissier ont pris l'habitude de se retrouver à l'heure du goûter dans l'hôtel particulier du second où il arrive au premier, "trop las pour retrouver le chemin du retour", de passer la nuit sur le canapé. Touchante générosité qui consiste à offrir tout ensemble à son hôte non seulement le toit, mais aussi le couvert chez Drouant puisque le grand aîné, apprend-on dans le même article, se bat depuis cinq ans pour "le jeune écrivain" et ne souhaite rien tant que "lui offrir le prochain prix de l'académie Goncourt, le 3 novembre". Mais rien ne sert de triompher entre amis, encore faut-il y parvenir sans péril. C'est ainsi que la troisième et dernière sélection du prix Goncourt, rendue publique le 25 octobre, a pris soin d'écarter tous les livres porteurs d'une quelconque ambition encore présents dans la deuxième sélection (Waltenberg d'Hédi Kaddour ou Lutetia de Pierre Assouline), déjà très édulcorée (où est donc le Goût des femmes laides de Richard Millet ? la Serveuse était nouvelle de Dominique Fabre ? où sont donc les Jouets vivants de Jean-Yves Cendrey ?), et de n'entourer le lauréat idéal que de livres peu susceptibles de lui porter ombrage. Falaises d'Olivier Adam se révèle un roman dépourvu d'à peu près tout ce qui caractérise la véritable littérature (style, ton, nerf, vision) et s'apparente au mieux à une rédaction de bon élève, lisse jusqu'à l'impersonnel. Trois Jours chez ma mère de François Weyergans, sous les apparences d'une mise en abyme de l'impossibilité d'écrire, consiste en un insupportable et vain bavardage aux limites du remplissage. La bande des quatre est complétée par Fuir de Jean-Philippe Toussaint, sans doute le plus honorable texte du lot, même si son auteur pourrait concourir en bonne compagnie au titre d'écrivain français contemporain le plus surévalué. Quoi qu'il en soit, l'auteur de la Salle de bains représente la dernière chance d'éviter le scandale dans le scandale que constituerait l'obtention du prix Goncourt à la Possibilité d'une île, où notre champion hexagonal de la modernité littéraire, après avoir penché vers SAS dans son précédent opus (Plateforme), lorgne désormais du côté de la collection Harlequin ("J'ai 40 ans, elle en a 20 : notre amour est-il impossible ?") et distille un ennui qui donne une idée de l'infini. Mais inutile de trop compter sur les autres distingués membres du jury pour ramener François Nourissier à la raison littéraire. Didier Decoin, par exemple, déjà coupable de l'inexpiable forfait d'avoir proprement équarri le Comte de Monte-Cristo aux fins d'adaptation télévisée pour TF1, a fait paraître voici quelques mois un livre intitulé Avec vue sur la mer (Nil). En page 103, on y lit : "Ce système-là, prédisait M. Bonnet, finirait par nous asphyxier aussi sûrement que les émanations d'oxyde de carbone avaient eu raison de ce pauvre Marcel Proust." Quand on confond Marcel Proust et Émile Zola, il est à craindre qu'on ne parvienne pas non plus à distinguer entre Houellebecq et la littérature.» Dénonciations cathartiques. C'est à peu près le titre que l'on pourrait donner à l'ensemble des films de Jean-Pierre Mocky dont je viens de voir le récent Vidange (1998). Sujet et ton sont aussi corrosifs que trente ans avant, mis au goût du jour et remarquablement joués. On peut remarquer plus d'économie dans les effets, du lapidaire loufoque dans les dialogues, et, qui fait tourner la fronde plus vite, de l'ellipse. Commentaires1. Le mercredi 2 novembre 2005 à 09:15, par Arte : Tout à fait ! 2. Le jeudi 3 novembre 2005 à 00:41, par jcb : Tout à fait, tout à fait !! 3. Le jeudi 3 novembre 2005 à 03:43, par vinteix : C'est vrai ça ! 4. Le jeudi 3 novembre 2005 à 03:51, par Berlol : C'est un concours d'enthousiasme ? 5. Le jeudi 3 novembre 2005 à 04:21, par Arte : Absolument. 6. Le jeudi 3 novembre 2005 à 04:37, par Manu : Oui !!!!!!!!!!! 7. Le jeudi 3 novembre 2005 à 05:51, par vinteix : enthousiasme et passsion ! |
| Jeudi 3 novembre 2005.
Planète littéraire dans l'oreille. Il est 9 heures moins cinq, heure du Japon. Dans quelques minutes, on saura le nom du lauréat du Goncourt... Quand on me lira, il sera déjà connu, sauf de ceux qui auraient du retard à l'information. Alors pourquoi mettre ça en scène de cette façon ? Pour inscrire ma première réaction, ma propre surprise. Ah, c'est Weyergans ! (Voir ce qu'en disait Éric Naulleau hier...) Va pouvoir s'acheter une maison... Enfin, c'est ce qu'il disait dans le Tout arrive du 27 octobre... On écoute le direct : La violence dans les quartiers... Un psychologue de Garges-les-gonesses (où j'ai habité jusqu'à 14-15 ans)... De Villiers et les français qui souffrent... Une commémoration des Camps... Chirac et la vigilance... « Car rien n'est jamais définitivement acquis.»... Marseille, les transports et la médiation impossible... achever les HP... Procès Jean-Claude Brisseau, harcèlement contre perversité... Retour à Drouant... Ambiance survoltée... et peu de réaction... Weyergans, par six voix contre quatre... « Le grand perdant, c'est Michel Houellebecq... », dit la journaliste du 13-heures de France Culture. Le Renaudot pour Nina Bouraoui, tout le monde est surpris... mais ça s'explique... Je n'en suis pas sûr, pour le grand perdant. Ses partisans vont en faire un martyr. Non, en revanche, j'ai vraiment une larme de déception pour Jean-Philippe.
Retour en arrière.
Petit matin de jour férié ; jour de la culture
au Japon. Première lecture et totale sympathie
avec
JCB que je remercie pour ses fleurs. Thé anglais et œufs
brouillés. Une autre planète littéraire
dans l'oreille : quel drôle d'oiseau, ce Dominique Meens
! et combien était beau son Surpris
par la nuit tiré de l'Ornithologie
du promeneur !Translation de quelques centaines de kilomètres pour écouter quatre interventions du colloque Sartre (Penseur pour le XXIe siècle ? — heureusement qu'il y a un point d'interrogation...) à l'Université Aoyama Gakuin. J'y retrouve quelques connaissances chercheuses : Patrice, Michaël, Hervé, Brigite, Bill. Beaucoup de collègues japonais... À ce propos, on m'a demandé un jour pourquoi je citais plus volontiers les noms des Français que des Japonais que je rencontre. La réponse est assez simple : je ne maîtrise pas les codes de connivence liés à la culture japonaise et aux niveaux hiérarchiques des personnes dont je pourrais parler. Par conséquent, il pourrait arriver que je froisse des personnes, franchisse quelque ligne invisible sans m'en rendre compte, que l'on me considère ensuite comme un ingrat, un goujat, un graphomane, un malade, etc. Donc, éviter le poteau noir pour ne pas avoir à ramer.
Sauf quand la présence
d'une personne est officielle, liée à un
évenement, comme c'est le cas aujourd'hui. Ainsi je
peux dire que j'ai écouté avec plaisir Nao Sawada
que je connais bien parler de Sartre biographe malgré
lui, puis Atsuko Ubukata, que je ne connais pas, sur
la psychologie du développement et enfin l'ami
François Bizet sur la littérature comme
commerce (ce qui recoupe en partie mes soucis des Salons
littéraires sont dans l'internet...
sans doute ne le sait-il pas...).Mais j'étais surtout venu pour écouter Gilles Philippe, comme je l'annonçais lundi soir, et je n'ai pas été déçu — encore qu'une bonne partie de son exposé était déjà dans son Sujet, verbe, complément... Mais tout de même, oralement ça irrigue différemment le cerveau, ça fait réfléchir sur un autre mode... en tout cas, pour moi. Je le reverrai demain, à la MFJ à Ebisu, pour une journée de documentaires sur Sartre. « Ce n'est donc pas contre Proust que Sartre lit Flaubert, mais avec Lanson, c'est-à-dire par le prisme d'une norme grammaticale et stylistique que lui a inculquée l'école de la IIIe République.» (Gille Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française, 1890-1940, Gallimard, p. 175.) Commentaires1. Le jeudi 3 novembre 2005 à 07:21, par Arte : Certes. 2. Le jeudi 3 novembre 2005 à 07:55, par alain : Garges-lès-Gonesse, son Mammouth... Moi, c'est Le Blanc-Mesnil, de 10 à 26 ans. Garges, on y allait pour les hypermarchés à un moment traîner. Ah lala. 3. Le jeudi 3 novembre 2005 à 08:37, par F Jost : Bon, j'avance dans mon enquête pour contacter Berlol....
il est au Japon... il n'a pas dû recevoir le message que je lui ai
adressé ce matin, ce dernier étant arrivé sur le blog
de Jacques André.... la toile du blog serait-elle semblable à
une toile d'araignée où se croisent et s'entrecroisent les
commentaires des uns et des autres sans que l'on sache vraiment qui parle
à qui.... et après tout qu'importe, la toile se tisse, les mots
se disent... et dans la lumière du matin, elle resplendit d'une architecture
de gouttelettes de rosée ensoleillée 4. Le jeudi 3 novembre 2005 à 12:05, par Arte : Absolument, il est au Japon. Pour le moment du moins, car
il sera à Paris en mars. Voila, voila. 5. Le jeudi 3 novembre 2005 à 15:18, par Berlol : Cher François Jost, bienvenue au JLR ! Chez Jacques
André c'est Grapheus Tis, ici c'est le JLR. Chacun peut avoir comme
ça son espace de publication et les commentaires y afférents...
On se croise, on se visite, on se lie, sans obligation, par goût et
estime mutuelle. Du coup, il peut se passer des trois ou quatre jours avant
qu'on repasse chez l'un ou chez l'autre... 6. Le jeudi 3 novembre 2005 à 23:17, par Arte : Enfin, il vous courrielle ... 7. Le jeudi 3 novembre 2005 à 23:33, par Berlol : Merci de votre attachement, mon petit Arte ! 8. Le vendredi 4 novembre 2005 à 01:35, par Arte : Je vous en prie, Monseigneur ... |
| Vendredi 4 novembre 2005.
Mon appareil m'a dit. Il est 16h40... Ne le répétez pas, mais je me suis évadé de la Maison franco-japonaise... En plein milieu de Sartre contre Sartre, un documentaire que je trouvais plutôt mauvais, je me suis trouvé tout ensartré, dépité de ne pas être au beau soleil du dehors et je suis sorti... Je m'étais déjà coltiné — avec beaucoup d'intérêt et d'attention — les deux heures de Sartre : une vie, émission de Frédéric Mitterrand de 1990, tournée au Flore avec un riche parterre de têtes. Puis le déjeuner marrant comme rarement au Marché aux puces avec Brigite, Patrice, Bill et Laurent (terrine de légumes et confit de poulet, mais moins bon que le poulet du Saint-Martin).
Libre, ivre de soleil
à 15 heures, mon premier geste a été
de vouloir faire des photos. Mais mon appareil m'a dit
que j'avais oublié la carte mémoire à la
maison. J'y suis retourné, ai replacé la mémoire
à sa place, pris un thé avec T. au 4e, admiré
la progression des destructions devant chez nous.Puis j'en ai profité pour modérer quelques messages pour Litor. On s'emballe (s'empale) ces jours-ci sur le mot attachement que j'ai innocemment utilisé pour pièce jointe. Voyez les détails. Les litoriens ont-ils tous bien compris que les archives sont maintenant publiques ? (enfin, tant que cela ne pose pas de problème...) Allez ! Quelques instants de concentration sur Duras, ma petite Lol à affûter pour demain matin, et j'y retourne... (La suite, ce soir ou demain.) Le lendemain : Suis donc retourné à la Maison franco-japonaise, dans l'auditorium, pour le dernier quart d'heure de la table-ronde finale. On en était encore à discuter de l'éventualité ou non d'un style philosophique univoque — sorte de fantasme que Sartre (et d'autres) envisageait mais qui ne pouvait pas se matérialiser dans la langue — différent ou opposé aux styles littéraires naturellement plurivoques. Mais y a-t-il un seul mot qui ne soit équivoque ?
Plus sérieusement,
le cocktail dînatoire.J'y retrouve bien des connaissances, dont MA, venue de Fukuoka, qui me présente JFR, nouvel attaché d'ambassade et ancien étudiant de Paris 3, tiens ! comme c'est drôle ! C'est aussi le grand retour d'Arnaud qui prend quelques bonnes photos (alors que je ne sors pas mon appareil — question de feeling, pas assorti à ma cravate, sans doute...). Bien sûr, Gilles Philippe est là, qui me dédicace son livre à l'envi (au temps pour moi) et avec qui je passe au Goncourt, Weyergans plutôt que Houellebecq et dans le regret de Toussaint. CQ revient sur la déplorable stratégie marketing, qu'elle a vécu de l'intérieur. Puis on évoque l'an prochain, la francophonie à l'honneur... mais personne n'est au courant. Il va encore falloir ramer. Pour l'heure, rentrer à la maison suffira (encore merci à notre hôtesse). Et retrouver, puisque son plan marche, Lol (p. 67-74) en plein ravissement... Commentaires1. Le vendredi 4 novembre 2005 à 01:58, par Arte : Tin, ça déchire grave chez Litor ! Même
un concours d'idée ! 2. Le samedi 5 novembre 2005 à 02:26, par FB : bien aimé que Michel Bernard vienne nous rappeler l'origine
de "tunnel" et de "troncature" 3. Le samedi 5 novembre 2005 à 02:27, par FB : désolé pour le doublon, plus mon beau participe passé sur "avait dû manger", très mal plumé aussi : dans ce nouveau blog, un double clic sur "envoyer" balance 2 fois le message? 4. Le samedi 5 novembre 2005 à 02:30, par Fabrice Trochet : Cela repose ce blog.Un bonjour de France où la réalité française est hélas catastrophique : ici c'est la guerre. Neuf nuits de violences urbaines et ce n'est toujours pas fini. Ce n'est pas prêt de se terminer. 5. Le samedi 5 novembre 2005 à 02:52, par Berlol : Doublon enlevé et texte corrigé, cher François.
Je laisse ton message suivant tout de même parce qu'il signale ce bug
de Dotclear. Donc, ne cliquer qu'une fois... 6. Le samedi 5 novembre 2005 à 04:45, par Fabrice Trochet : "ce ne sont pas les propos faussement martiaux de Nicolas
Sarkozy qui sont les réels coupables de l'embrasement actuel des banlieues.
Après tout, l'un des termes utilisé par notre va-t-en guerre
de ministre n'est-il pas, aussi, l'un des sésames du verlan utilisé
par la caillera elle-même pour désigner ses hauts faites d'armes
? Non messieurs Julien Dray, Noël Mamère et autres contempteurs
(comme Claude Dilain, maire PS de Clichy-sous-Bois) d'une réalité
infernale que votre lâcheté ignoble a créée comme
une dangereuse créature qui au moins, espérons-le en tout
cas, finira par se retourner contre votre irresponsabilité meurtrière
: ce sont vos interminables dérobades, vos continuelles approximations,
vos constantes atténuations, vos permanents mensonges, ce sont les
mêmes mots mités, travestis utilisés par vos prédécesseurs
que je désigne comme les premiers fauteurs de troubles, les uniques
brandons enflammant la poudrière et, n'en doutons pas, les détonateurs
de ce qui se prépare dans notre tranquille République, face
à quoi les actes récents commis par les chiens en meute, d'une
violence inouïe, passible, dans d'autres pays courtisés, de
la plus expéditive pendaison, ne donnent qu'un léger avant-goût.
Ce sont vos mensonges systématiques, endémiques, qui à
présent gangrènent des millions de cerveaux de simples Français
en venant à douter, par votre faute et la culpabilité fallacieuse
à laquelle vous les clouez depuis plusieurs dizaines d'années,
de leur plus élémentaire bon sens" 7. Le samedi 5 novembre 2005 à 07:05, par Arnaud : De rien pour les photos. Certaines ne sont peut-être
pas très nettes cependant, no flash oblige. Mais tu as une bonne tête
dessus. 8. Le samedi 5 novembre 2005 à 07:29, par Berlol : Tu as la référence au 3 novembre, en fin de billet, avec le lien Amazon... 9. Le samedi 5 novembre 2005 à 07:45, par Arte : A Fabrice Trochet : Ce n'est plus du fiel, c'est de la muscosité
! 10. Le samedi 5 novembre 2005 à 08:34, par cel : S. dans l'article cité, entre autres couillonneries : "Si des voyous meurent électrocutés, tant mieux !" et moi plutôt vomir que souscrire, comme chaque fois que je lis son "excellent site" ou ceux de la clique qui gravite autour et ne manque jamais de répandre la voix de son maître 11. Le samedi 5 novembre 2005 à 12:23, par FB : moi S. je connaissais pas - autre vomitive : 12. Le samedi 5 novembre 2005 à 12:33, par Arte : Cel, tu me rassures par ta seule intervention ... Je ne comprendrai
jamais le silence face à l'apologie de la peine de mort, de l'état
policier, si ce n'est militaire, et de la déportation : "Ces nouveaux
barbares défigurent les cités qu’ils habitent et y propagent
le mal. Il faut les en extirper et nous en débarrasser une bonne fois
pour toutes." Par les gaz ? 13. Le samedi 5 novembre 2005 à 12:36, par Arte : Ah, FB sauve également la mise (entre temps) ... 14. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:18, par Cécile : Pour ma part, ce texte (et pas seulement celui-ci, mais plusieurs
autres de ce S. dont je suis allée voir le site à la suite
de l'intervention de Fabrice Trochet, et aussi le ton - d'emblée ce
ton, virulent, cracheux, duquel je me disais, juste avant d'avoir compris
de quoi il retournait, que c'était bien désagréable et
maladroit, même pour exprimer une colère avec laquelle j'aurais
eu des points d'accord - au début, à lire l'extrait donné
ici, je pensais qu'il s'agissait peut-être de la critique d'un homme
de gauche adressée aux pouvoirs de gauche), bref ce texte m'a estomaquée
(atilf.atilf.fr/dendien/sc... c'est à dire plus
fort que face à des "couillonneries" (Cel)... Le propos est certes
très couillon, simpliste, mais surtout haineux, guerrier, classant
des gens et des sous-gens, prônant la mort, la famille, le travail,
réclamant les muscles de l'Etat et la guillotine, bref, on reconnaît
tout de suite, mais rien à faire, à chaque fois ça me
prend au dépourvu, et me choque (estomaque). 15. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:39, par Berlol : Je crains bien que ce fût le but de Trochet. J'ai déjà dit autrefois toute l'ordure qu'est pour moi le personnage dit "le S." et qu'il est à peu près impossible que je souscrive jamais à aucun de ses propos. Par mesure d'hygiène, je procède partout dans les commentaires au changement de nom afin qu'aucun moteur ne mène ici par sa requête. J'effacerai tout propos de type ordurier émanant de cette clique. 16. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:55, par Cécile : Bonsoir (bonjour) Patrick, 17. Le samedi 5 novembre 2005 à 16:42, par Arnaud : Sans vouloir lancer un débat au sujet de l'action de
notre gouvernement, je tiens juste à noter que je soutiens totalement
l'action de restauration de l'ordre actuellement en cours. Réfléchir
aux causes des problèmes sociaux n'est pas le rôle du Ministre
de l'Intérieur. Celui-ci travaille à maintenir l'ordre social
ou à le rétablir promptement. Cela a toujours été
comme cela. 18. Le samedi 5 novembre 2005 à 16:58, par Berlol : Et voilà, sur Dubillard : 19. Le samedi 5 novembre 2005 à 17:17, par Acheron : Je suis d'accord avec Arnaud. La situation vis à vis
des jeunes des banlieues et leur mal-être peut s'expliquer par une politique
sociale foireuse, depuis au moins 20 ans, en termes d'intégration.
Rien n'a été fait, il n'y a eu aucun courage politique, et on
a laissé des quartiers se ghettoïser sans rien faire. 20. Le samedi 5 novembre 2005 à 18:02, par Arnaud : D'accord avec toi à 200%, Achéron. 21. Le samedi 5 novembre 2005 à 18:06, par Acheron : Arnaud, voleur d'idées !! :D 22. Le samedi 5 novembre 2005 à 18:07, par Arnaud : Bah, ce sont des idées "élaborées en commun" hein ! 23. Le dimanche 6 novembre 2005 à 02:14, par Berlol : Tiens, voilà le retour du une-deux Arnaud-Acheron ! 24. Le dimanche 6 novembre 2005 à 02:47, par Cécile : Je suis d'accord avec vous (pas question d'angéliser,
de défendre - en plus, de loin, à l'abri - des comportements
violents, nocifs, injustes, parce qu'on connaît et regrette les causes
qui ont conduit, en partie, à de telles façons d'être),
mais : 25. Le dimanche 6 novembre 2005 à 02:49, par Cécile : Patrick, j'ai exporté et copié les fichiers Dubillard : merci beaucoup ! 26. Le dimanche 6 novembre 2005 à 03:00, par Cécile : "(...) avec des critères de respect, de pacification et de construction sociale" qui ne sont FONDAMENTALEMENT pas les siens. 27. Le dimanche 6 novembre 2005 à 03:34, par Arnaud : Je suis tout à fait d'accord avec toi, Berlol, sur
le contexte d'après-guerre, bien que cela soit un autre débat. 28. Le dimanche 6 novembre 2005 à 05:09, par Arte : Trop passionné, il m’arrive de t’en vouloir, Berlol,
mille excuses pour ces confidences, de n’avoir pour réaction à
certains commentaires odieux que le silence. Puis tu le romps par une analyse
qui me fait désespérer d’avoir été si mauvais
avec mon prochain. A moins que ce ne soit la qualité de ta réaction
tardive qui me rend tout chagrin de ne pas avoir recadrer moi-même le
débat plus tôt avec tant d’habilité. 29. Le dimanche 6 novembre 2005 à 06:30, par Arnaud : « Cela ferait rire si ce n’était effrayant. » 30. Le dimanche 6 novembre 2005 à 06:58, par Arte : Réaction : Arg, il manque un "s" à représentant(s). 31. Le dimanche 6 novembre 2005 à 06:59, par Acheron : Ceux qui gouvernent ne partagent pas parce qu'ils en ont le
désir compulsif… ils le font parce que sinon on viendrait prendre
les choses chez eux. Et je ne pense pas que la gauche offre davantage de
perspective de partage que la droite… sinon, le problème ne se serait
pas agravé au long de tant d'années. Là, pour le coup,
on peut dire qu'à droite comme à gauche, ça pue. 32. Le dimanche 6 novembre 2005 à 08:23, par Arte : Si l'intérêt de la crise est de poser les vraies
questions, ce n'est certainement pas en se demandant si on est pour ou contre
brûler des voitures qu'on avancera. Evidemment, on est contre. Arnaud,
jamais à une contradiction prêt, appelant "staliniens" (espérant
blesser ?) ceux là même qu'il juge partisans "du laisser-brûler-la-voiture"...
Saline aurait été de cette veine ? Pour un historien, c'est
ridicule ! Sur chaque sujet il nous faut nous coltiner ces agglomérats
de poncifs qui ne tiennent pas une minute à l'analyse, au lieu d'aller
au but. 33. Le dimanche 6 novembre 2005 à 10:53, par Bartlebooth : Cette enflure de S. a été cité, aux côtés
de François Bon, comme blog littéraire dans un article du
NouvelObs. On le trouve également dans "le portail de l'enseignement
des lettres" ( www.weblettres.net/sommai... )... Sur le site de la librairie
Mollat. Elizabeth Flory lui fait de la pub... 34. Le dimanche 6 novembre 2005 à 11:18, par Arte : Bartle, réponse : "oui". 35. Le dimanche 6 novembre 2005 à 15:10, par Acheron : Il ne s'agit pas de renvoyer ces gens aux moyen-âge.
Il s'agit d'aller sur place, et de constater que ces réseaux de gangster
fonctionne comme les système féodo-vassaliques à leur
tout début : aucune productivité, et domination par la trouille.
Contrôle d'un territoire par des gens qui sont liés par le "respect"
et l'"honneur", mais à qui cela ne dérange pas d'écraser
les plus faible. Et de fait, ils ont tout à perdre dans le retour
(efficace, hein, pas plein de promesses vides) de l'État dans les cités. 36. Le dimanche 6 novembre 2005 à 15:47, par Arnaud : Cher Arte, le stalinisme en question ne consiste pas à
être partisan du laisser-brûler-la-voiture, mais à considérer
systématiquement les partisans de la répression comme des «
fascistes ». Le mot n'est pas de moi. 37. Le dimanche 6 novembre 2005 à 16:13, par Acheron : Non, parce que lorsque l'on brûle des écoles
et et des bibliothèques, que l'on violente les habitants que l'on surprend
un livre à la main, parce que "pour qui il se prend c'te tapette",
on peut douter de la qualité du dialogue hein… 38. Le dimanche 6 novembre 2005 à 16:35, par Acheron : Dialoguer ? Mais bien sûr… 39. Le dimanche 6 novembre 2005 à 16:40, par Arnaud : C'est fou ces émeutes... Mais Paris doit continuer à vivre normalement, en vase clos. 40. Le dimanche 6 novembre 2005 à 17:39, par Acheron : Et oui, les pauvres, ils ne pouvaient pas se payer de moto… 41. Le dimanche 6 novembre 2005 à 18:19, par Berlol : Arnaud, Acheron, je crois qu'il n'est pas nécessaire ici de redonder de la sorte. On a bien compris (il y a peut-être pour vous des lieux où débattre plus utilement avec des acteurs de terrain ou des anti). Votre insistance m'inquiète quant à l'arrière-train de votre motivation. N'oubliez pas que, quelle que soit la nécessité de rétablir l'ordre, le fait que ça pète est une EXCELLENTE information pour Sarko et tous ceux qui sont plus à droite que lui (et pour lesquels il travaille depuis des années à déplacer le centre de gravité de la droite). Quant à la gauche, comme vous, je n'entends pas sa voix... 42. Le dimanche 6 novembre 2005 à 18:38, par Acheron : Ben oui, c'est ce que l'on dit plus haut… C'est très
bon pour les droitistes, et c'est très mauvais pour les banlieues et
ceux qui essayent d'y vivre normalement. 43. Le dimanche 6 novembre 2005 à 18:46, par Arnaud : Nos motivations ? Et bien, moi pour ma part, je suis inquiet.
Il y a de quoi non ? 44. Le dimanche 6 novembre 2005 à 21:23, par vinteix : Ni droite, ni gauche, en effet... Le probleme n'est pas la,
n'est plus la, en tout cas pour l'heure. De toute facon, les gouvernements
successifs, d'un bord ou de l'autre, n'ont rien fait en profondeur pour ces
quartiers. La gauche actuelle a beau jeu de donner des lecons ! |
| Samedi 5 novembre 2005.
Miracle microscopique dans les synapses de Lol. [RLVS-7] « Une place est à prendre, qu'elle n'a pas réussi à avoir à T. Beach, il y a dix ans. Où ? Elle ne vaut pas cette place d'opéra de T. Beach. Laquelle ? Il faudra bien se contenter de celle-ci pour arriver enfin à se frayer un passage, à avancer un peu plus vers cette rive lointaine où ils habitent, les autres. Vers quoi ? Quelle est cette rive ? » (Marguerite Duras, Le Ravissement de Lol V. Stein, p. 60-61) C'est une sorte de monologue intérieur, prêté à Lol par le narrateur qui l'habite rétrospectivement. On ne sait pas, on ne saura jamais si Lol a jamais pensé quelque chose comme ça. Mais le récit inventé a l'avantage d'unifier les parties connues par d'autres témoignages. L'enjeu, c'est bien sûr de savoir pourquoi et comment Lol a planifié la conquête de Jacques Hold, alors même que tout le monde la croit tantôt folle, tantôt hystérique et/ou frigide. Traumatisée à 17 ans, engagée pendant dix ans sur un pont affectif qui revient au point de départ (U. Bridge + dessin du jardin), elle est soudainement remuée par quelque chose qui doit s'apparenter, quoique de loin encore, à du désir lorsqu'elle voit passer cet homme devant chez elle (p. 38) puis lorsqu'elle le croise par hasard dans les rues (52). Là, il faut expliquer aux étudiants que Duras n'a jamais été pour la paix des ménages ni pour l'hypocrisie bourgeoise. Les passions ravageuses et souvent criminelles qu'elle a mises en scène (romans, pièces de théâtre, films) viennent de désirs et de pulsions peu compatibles avec les règles de la bonne socialité. D'autre part, si l'histoire de Lol n'était pas celle d'une double (re)conquête de soi par le désir de l'autre, si ce n'était que le tableau d'une même pathologie à différents âges, Duras ne l'aurait pas inventée. Ceci posé, comment est-il, cet homme ? Il se promène et regarde les femmes, il leur court après (52), il en est vulgaire (54), et, pour Lol, l'observer en train de regarder les femmes est une façon divine (54), parfaite (56) de passer le temps. Étonnant, non ? C'est un homme à femmes, comme on dit, il les lui faut toutes, en vrac (57). Quand il les regarde, c'est comme s'il les déshabillait... (D'ailleurs, c'est lui-même qui l'écrit.) Et Lol aime ça ? (Elle qui voulait voir déshabiller Anne-Marie Stretter... (49-50)) Peut-être. Peut-être pas. Mais le désir si voyant dans le regard de cet homme, titille quelque chose en Lol. Elle sent qu'il se passe quelque chose et elle suit, pour voir. Elle ne sait pas exactement ce qu'il faut faire pour aller mieux, pour retrouver la joie de vivre, le désir, le plaisir, mais elle sent quelque chose. D'instinct ? Peut-être. Comme un chat choisit l'herbe pour se purger. Le monde est une pharmacopée. Est-ce que le médicament fait effet ? En tout cas, elle reconnaît Tatiana (58) et continue le traitement (la filature). Elle sent que Tatiana est une femme à homme (adultère irrépressiblement). La chevelure, les seins, le déhanchement (58-59, 64-65), tout est désirable et consommable — mais sans sentiment, c'est-à-dire sans amour (60). D'où, peut-être, l'idée qu'une place serait à prendre, un passage à franchir, une autre rive à aborder enfin. Où d'autres mettraient une description érotique ou pornographique (ce qui se passe dans la chambre d'hôtel), Duras nomme le miracle microscopique dans les synapses de Lol : « De loin, avec des doigts de fée, le souvenir d'une certaine mémoire passe.» Le chapitre suivant s'achève non pas sur l'aveu mais sur l'intelligibilité de l'intradiégéticité du narrateur : on sait précisément pourquoi et comment Jacques Hold est aussi un personnage — et ravi de l'être. C'est donc un chapitre de conscientisation puisque Lol, elle aussi, est très déterminée : « elle ouvrira les portes qu'il faudra ».... Elle bâtit un plan (68), son présent rejoint son passé et prépare son avenir — une cargaison de verbes au futur en donne un avant-goût (71). Si ce n'est pas percer des allées transversales, ça ! Arrivent les derniers mètres, « il la voit pour la première fois » (72), « l'homme que Lol cherche se trouve tout à coup dans le plein feu de son regard. Lol, la tête sur l'épaule de Tatiana, le voit : il a légèrement chancelé, il a détourné les yeux. Elle ne s'est pas trompée.» (73) L'aveu dont je parlais, c'est aussi celui qu'elle ne s'est pas trompée : il a bien été harponné par le regard lancé par Lol, qui, perfidement, profite de ce que Tatiana tourne le dos à son amant. Tatiana qui ne voit rien, ne verra rien, ne saura rien ; jusqu'au bout deviendra le jouet des deux autres. Jacques Hold a enfin trouvé quelque chose de plus passionnant que l'adultère bourgeois. Et Lol le moyen de r(e)devenir Lola. [/RLVS-7]
Un peu comme les piles
du viaduc de Millau au moment de la jonction.Les étudiants sont fatigués et moi aussi. Avec T. et Katsunori, déjeunons au Saint-Martin, dans la tranquillité du poulet-frites. Beau temps. À l'ordinateur jusqu'à 16 heures. À l'Institut de nouveau, pour un café avec Arnaud. DG nous rejoint, radieuse, la méthode Connexions à la main (me confirme que le livre du professeur est très détaillé quant aux activités de classe ; je mets cela ici pour David et mes collègues). Hisae passe, c'est sa pause (OK pour le ping-pong de demain). Corinne arrive, MA aussi, comme moi pour la visio-conférence sur Paul Ricœur. Le dispositif technique a encore été amélioré : qualités visuelle et sonore sont au rendez-vous, tout comme François Dosse et Olivier Mongin, assis à Nanterre. Le contenu, lui, n'est peut-être pas à la hauteur : on rappelle principalement des choses connues, on survole une carrière en rappelant des étapes et résumant des ouvrages, il n'y a pas du tout de débat avec les invités japonais posés au premier rang. Pédagogiquement, c'est peut-être très utile, et sans doute est-ce ce que l'Institut peut souhaiter pour son public. Pour ma part, je regrette l'absence de perspectives nouvelles et de débat intercontinental — à moins que cela ait eu lieu dans la seconde partie, après 19 heures et mon départ. Commentaires1. Le samedi 5 novembre 2005 à 07:49, par Arte : ... 2. Le samedi 5 novembre 2005 à 14:44, par alain : Where is my mind ? The Pixies. 3. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:34, par Cécile : Mais oui Alain où avez-vous l'esprit, auriez pu me
laisser un peu de bordeaux quand même.. (c'est pas parce que je vois
rouge!) 4. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:44, par alain : Quoi ! Je reviens de deux fêtes. Il est encore relativement tôt. Je suis fait. Quoi ! Cécile, étiez-vous dans l'une d'elles ? je ne comprends pas. La première, bien. Je rencontre une femme qui démollit (ou démolit; le dico est loin, un mètre vingt plus les pages), c'est son métier. Elle a une entreprise sur Poitiers. Puis des musiques. La seconde, des trous du cul, je remange, croise un type que je croise toujours qui me veut du mal il me ne me veut pas du mal mais c'est moi qui me déclare que tout de façon il a tourné dans le film mais il n'aime pas Blanchot, parce que j'ai eu la bêtise de lui dire que je l'avais vu en photo, c'était un film d'après Blanchot; il me félicite par ailleurs pour autre chose. Le vin est mauvais. Je reprends des lentilles en vinaigrette mais ne tiens pas, prétexte les toilettes, fuis, reviens. Un dernier coup d'écran, écris. 5. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:53, par Berlol : Écris ! mais pas sous mon nom ! (ton adresse IP te trahit...) 6. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:53, par alain, si dans la deuxième : passe imagine. 7. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:55, par bizarre : les heures, c'est du direct, Berlol. 8. Le samedi 5 novembre 2005 à 15:59, par alain : vodka, crystal ou cristal. 9. Le dimanche 6 novembre 2005 à 03:53, par Marie.Pool : Quelle est cette rive ? Le monde est une pharmacopée
? De quoi on écope lorsqu'on reste seuls à manger des lentilles
ou à parler de Blanchot ? 10. Le dimanche 6 novembre 2005 à 04:55, par Berlol : Tiens, quelqu'un qui s'intéresse au contenu ! Merci, Marie.Pool ! |
| Dimanche 6 novembre 2005.
Toujours un quart endormi. Des fois, je me foutrais des baffes, quand je joue mal comme ça. Incapable de renvoyer deux balles correctes de suite, incapable de passer en match ce que j'avais réussi dix fois à l'échauffement. Je fulmine, je bous, je smashe n'importe comment pour me défouler, je maudis mes adversaires, leurs services courts qui contrarient mon jeu, le temps gris d'aujourd'hui, les commentaires fielleux du JLR, les journées qui n'ont que 24 heures, mon corps qui ne fait pas ce que ma tête lui commande. Pourtant, lisant dans le métro, tout avait bien commencé : « Changeant de niveau, le stylo ignora soudain les grands traits de séparation, traversa plusieurs cases pour mimer le trajet d'un arrondissement à l'autre : les cellules signifièrent à la fois un jour, un arrondissement, le bureau, et le stylo Serge lui-même. La feuille devint plan sommaire, calendrier, croquis, avant de redevenir feuille. Les retards de paiement dataient. L'idée globale de l'exposé était qu'il n'y avait pas d'amnistie en contentieux une fois enclenché le processus et que les sommes étaient petites mais nombreuses et que réunies, plus intérêts et frais divers, elles formaient une somme, dix pour cent pour lui.» (Alain Sevestre, Les Tristes, p. 119-120) Après le fiasco pongistique (pas pour tout le monde), je n'étais pas de mauvaise humeur mais comme à moitié absent, du calme apparent des somnambules. Hisae, Katsunori, Manu et moi avons rejoint T. au restaurant chinois Panda sous un ciel menaçant. C'était bon, ça m'a calmé, endormi bientôt. Katsunori nous avait donné des cartes de réduction pour une exposition de design, T. était intéressée aussi, va pour le design... Avons remonté l'avenue de Shibuya à Aoyama, T. devait passer dans une boutique de sport. Arrivés à Omote-Sando, il pleuvait un peu. Avons pris le métro pour une station jusqu'à Gaien-mae et fini à pied jusqu'au parc où les préfabriqués de l'exposition 100% design Tokyo étaient installés (difficile de faire un site web plus laid). Pas mal de monde, surtout des jeunes branchés et sans doute pas mal friqués, bien sapés, rasages géométriques pour des garçons et maquillages rehaussés pour des filles. L'exposition, des petits stands de quatre mètres-carrés, chaque exposant présentant quelques articles, surtout des objets pour la maison. Quelques espaces plus grands, style magasin d'intérieur. Des matériaux originaux, c'est vrai. De très belles et très larges pommes de douche à injection d'air, l'envie d'en prendre une (douche). Un support d'ordinateur portable, pratique mais cher (17.000 yens). Beaucoup d'articles tout de même déjà vus à Matsuya Ginza ou dans diverses boutiques. Ne suis guère emballé par l'ensemble. Quand on sort, il pleut bien et c'est presque la nuit. À pied jusqu'à la station Aoyama-itchome, toujours un quart endormi. T. est très contente de sa veste d'hiver Aigle vraiment imperméable (achetée à Paris le 30 août en pleine chaleur et en prévision...). Café et gâteau chez Lecomte, c'est bon ; et un cake aux fruits pour ramener à la maison. De retour, bien trempé, je me coule dans le bain... L'impression que la journée peut commencer. « C'était un genre de sale type aux narines écartées, sans doute y fourrant les doigts trop souvent pour vérifier leur propreté, respirer pleinement. L'œil mauvais, mais surtout apeuré, fuyant, les cheveux courts, gominés, en surveste de vigogne bleu sombre, pantalon noir et chaussures impeccables. Ils l'avaient surpris un jour devant les poubelles occupé à ôter une étiquette en papier d'un pot de sauce tomate en verre pour répartir le papier dans la poubelle des journaux et le pot dans celle réservée aux verres. Civique, dingue. De ce même ongle avec lequel il devait se décrotter le nez pour être net.» (A. Sevestre, ibid., p. 143) Il faudra bientôt des notes de lecture, au moins pour l'édition Pléiade. Je me propose. Ici gominés et vigogne, on ne sait plus ce que c'est. Et puis d'ici la Pléiade, le geste de séparer papier et verre sera devenu aussi banal à Paris qu'à Tokyo... Commentaires1. Le lundi 7 novembre 2005 à 03:10, par Bikun : Reste en forme Berlol, que je puisse te battre au ping-pong
à mon retour (un jour) ou passage à Tokyo! |
| Lundi 7 novembre 2005.
Du déjà-dit et du prêt-à-dire
— Fuir. Chaque matin depuis une semaine, T. et moi nous préparons et allumons l'ordinateur par lequel nous regardons le journal de France 2 de la veille au soir en nous demandant combien de voitures ? Sous-entendu et quoi d'autre ? jusqu'à quand ? comment en sortir ? etc. Comme presque tout le monde qui est d'abord effaré par ce qui se passe. La colère, le raisonnement, l'espoir ou le dépit, viennent après, je crois. Je sais qu'il faudrait que je fasse l'effort d'écouter des émissions d'analyse de tout cela, de lire des articles de la presse nationale, régionale et internationale pour me faire une idée de ce qu'on en pense un peu partout. Je vais sûrement le faire dans la semaine. Mais à tort ou à raison, j'ai l'impression de savoir déjà tout ce que l'on peut en dire (du déjà-dit et du prêt-à-dire). Le tissu social paraît tellement abîmé que je ne vois pas comment le repriser. On risque plutôt d'en élargir encore les trous... L'incommunicabilité et la déprédation de n'importe quoi sont le résultat de décennies de mépris et d'hypocrisie. Lorsqu'une réaction en chaîne a atteint son point de non-retour, l'explication des causes n'a plus d'utilité. Avant, si, celle d'éviter d'atteindre ce point. Or, je ne peux savoir si ce point a été atteint ou pas. Matinée boulot. Pause lecture Sevestre. Déjeuner Saint-Martin (T. roti de porc à l'orange ; moi navarin d'agneau). Suite boulot (T. promenade Jimbocho sans moi). Préparation dernière séance GRAAL Djebar. Séance moitié prix littéraires (Weyergans, Bouraoui) et attente autres prix ce soir, moitié Djebar... La nouvelle intitulée Femmes d'Alger dans leur appartement est une superbe composition musicale. Les instants de vie des personnages s'y succèdent et s'entrelacent, laissant de chacune et de chacun une trace identitaire qui va se précisant de façon apparemment désordonnée et comme sans le vouloir. Le pays libéré et modernisé forme des jeunes qui ne mesurent pas les sacrifices et les douleurs qu'ont vécus leurs parents ; parents qui ne savent pas facilement partager leur mémoire des combats ou des tortures subies. Une jeune femme venue de France pour se suicider trouvera le réconfort, un jeune homme d'Alger, aux parents prestigieux, erre incompréhensiblement vers le rejet, d'anciens militants s'entraident, des femmes au bain explorent leur liberté de parole et de mouvement. Le seul constat négatif c'est que les hommes et les femmes sont toujours séparés, malgré la libération, malgré la modernisation. En rapport, par coïncidence, j'ai écouté ce matin avec beaucoup d'intérêt l'émission Culture d'Islam d'hier intitulée le fantasme du Japon, ou : comment et pourquoi ce petit pays d'Asie a réussi par deux fois à se développer et à devenir une grande puissance, alors que nombre d'autres pays, notamment l'Égypte (selon les propos de l'émission), n'arrivent pas à décoller de cette façon... Intéressant questionnement, en effet. Je réponds à un courriel de Jean-Philippe Toussaint sur le regret exprimé dans le JLR de vendredi qu'il n'ait pas eu le Goncourt. Une demi-heure après, re-courriel quand je découvre qu'il a le Médicis ! Youpi ! Enfin une bonne nouvelle ! Accompagnée d'une autre : le Femina à Jauffret. Finalement, les quatre prix de cette année, on pouvait toujours faire mieux, mais je suis plutôt d'accord. Ces quatre livres-là, je les lirai. D'ailleurs, j'en ai déjà deux. Commentaires1. Le lundi 7 novembre 2005 à 07:29, par Acheron : Moi, je suis pas mal l'actualité via les différents
media. Et je dois dire qu'en effet, on ne peut pas être frappé
par la fulgurance des analyses des uns et des autres, qu'ils soient journaleux
ou politiques… 2. Le lundi 7 novembre 2005 à 07:59, par vinteix : Je ne pense pas que ce soit le temps des analyses... surtout
quand tout le monde, a commencer par les politiques, connait les causes de
cette crise. Les analyses, elles ont deja ete faites... on les connait...
il y a suffisamment d'etudes de sociologues ou autres sur les banlieues et
les differents malaises de notre societe. 3. Le lundi 7 novembre 2005 à 08:02, par vinteix : ... l'hypocrisie des politiques, mais aussi leur manque de courage, de reflexion, d'imagination, d'inventivite... 4. Le lundi 7 novembre 2005 à 08:10, par alain : Ah oui ! Fuir, quand même. 5. Le lundi 7 novembre 2005 à 08:12, par Arnaud : Je vous mets le lien d'un article de Jérôme Guedj,
Vice-président PS du conseil général de l’Essonne et
Conseiller municipal de Massy. Il y raconte sa nuit de samedi et sa tournée
dans les cités. Ce n'est pas une analyse, mais ça me semble
intéressant. 6. Le lundi 7 novembre 2005 à 08:16, par Arnaud : Vous avez une revue de presse ici. C'est pas très détaillé,
cependant. 7. Le lundi 7 novembre 2005 à 10:29, par Dom : Beaucoup tout de même à chercher du côté
des pratiques policières, au quotidien : harcèlement, humiliations,
insultes, absurdité générale d'une police volontairement
déconnectée des quartiers dans lesquels elle intervient (cf.
arrêt des politiques d'ilôtage, pratiques de recrutement et de
formation, etc.) et qui s'étonne d'y être perçue comme
un corps étranger. S'il ne s'agissait que d'une crise économico-sociale,
des voitures flamberaient tous les jours depuis 30 ans (cela dit, il brûlerait
en moyenne une trentaine de voitures chaque nuit en France : c'est quand
même sur ce genre de bruit de fond, largement méconnu, que se
détache la crise actuelle). 8. Le lundi 7 novembre 2005 à 17:51, par Arnaud : Dom, oui tu as tout à fait raison. La place de la police
française doit être repensée. Parmi beaucoup d'autres
choses. 9. Le lundi 7 novembre 2005 à 18:03, par Arnaud : Toujours en réaction à Dom, l'article suivant,
qui sépare les mafias de la drogue et les bandes menant cette violence
(sur la fin). 10. Le lundi 7 novembre 2005 à 22:09, par Manu : Au bureau ou en dehors, mes collègues et mes amis japonais
ou étrangers (non français) me font tous part de leur étonnement
à propos de cette situation. Ça doit choquer, surtout vu d'ici...
Une image de la France bien différente de celle du pays idéal
qu'on en a parfois ici. 11. Le lundi 7 novembre 2005 à 22:18, par Arnaud : Cher Manu : tu viens toi aussi d'Evry et alentours ? 12. Le lundi 7 novembre 2005 à 23:09, par Bikun : Moi ce qui "m'amuse" lorsque je regarde de mon fin fond du
Tajikistan sur euronews ou le journal de France 2 sur TV5 de temps en temps
c'est certains commentaires, surtout lorsqu'on parle de "l'echec de la politique
d'integration francaise". Peut-etre devrions-nous plutot dire "reussite de
la politique de non-integration francaise"?? 13. Le mardi 8 novembre 2005 à 04:35, par Manu : J'y ai étudié trois ans (au cours desquels un tiers de ma promo a subi au moins une agression). J'ai joué dans un club de tennis à Courcouronnes avec un ou deux jeunes de banlieue - je me demande ce qu'ils sont devenus, surtout le plus jeune qui semblait bien seul et livré à lui-même (mais que font les parents ?) - et aussi un policier qui intervenait aux Tarterêts et à Grigny, un type super sympa, très gentil (pas du genre à adhérer à la vision de la police selon Sarkozy, je crois), j'espère qu'il va bien... 14. Le mardi 8 novembre 2005 à 04:40, par Manu : J'osais pas passer par la gare en rentrant des courses au carouf...Il y avait aussi la hantise de rentrer de Paris avec un des derniers RERs, en passant par Grigny, la station tristement célèbre, ou encore aller au cinéma de l'Agora devant lequel un type avait été tué d'une balle lors d'un règlement de compte entre bandes rivales... |
| Mardi 8 novembre 2005. Où
les yeux devancent l'attente. Sur France Culture, quelqu'un a confondu vitesse et précipitation (comme dit mon beau-père)... L'émission Du Jour au lendemain du 4 novembre avec François Weyergans est totalement inaudible ! Oyez vous-mêmes ! Celle avec Jean-Yves Cendrey, qui était initialement prévue pour le 4, est disponible après diffusion ce matin à 0h00... Assez intéressant aussi (pédophiles, s'abstenir). Ça va comme un mardi : shinkansen, cours, recherche, dîner, etc. (non, hélas, pas de ping-pong, cet après-midi). Comme un mardi mais avec une différence notable : je suis en phase d'accélération lecturale sevestrienne. Tous les livres ne font pas cet effet. Après quelques dizaines de pages lues dans la sérénité, avec le sentiment de dominer l'ouvrage — j'arrête quand je veux, je le jette même, si t'y crois pas — un moment vient insensiblement où les yeux devancent l'attente, partent en avant sur les lignes, la bande passante des mots augmente, le reste du monde s'éloigne, devient fiction. Et tout arrêt est désagréable, que ce soit le train qu'il faut quitter ou l'amour qui appelle au téléphone. Cent cinquante pages en deux jours ! Non sans interactions avec le réel... « Paul traversa le boulevard de Clichy vers la rue des Martyrs, pénétra dans la cafétéria Champion, juste en face de la librairie Vendredi.» (Alain Sevestre, Les Tristes, p. 187) « C'est LA matière. Ce que je sais c'est que c'est tout fin, ça laisse passer certains fluides, en retient d'autres, lavable en machine et surtout quasiment indestructible. C'est une erreur de fabrication, au départ. Les équipementiers sportifs se l'arracheront.» (Ibid., p. 190) « Les blousons suivants, Serge sonna pistolet brandi d'emblée.» (Ibid., p. 196) « J'allais dire j'ai un ami, non, c'est moi, commença Serge, au fait des confidences, le matin, je me lève tôt, trop tôt, il est parfois quatre heures, cinq heures, je ne peux pas redormir, je traîne, je m'ennuie, je visite quelques débiteurs, je reviens pour faire la sieste, obligé, le soir, je suis quand même fatigué, le manque de sommeil ébrèche mes envies, je me couche mais je ne peux pas dormir et le lendemain matin, même cinéma, quatre heures, je tourne en rond. La musique ne joue pas un grand rôle dans ma vie. Parfois, je découvre un groupe. En ce moment, j'écoute Coco Rosie, de l'accordéon russe, du tambour aussi, mais le plus souvent j'écoute la radio sur mon baladeur.» (Ibid., p. 212) Or, diffusion du récent concert de Coco Rosie dans Culture Plus du 3 novembre... Je découvre, pour le coup. À copier vite fait, les amateurs ! La musique adoucit les mœurs — en tout cas, ce genre-là. Puissent nos agités de tout bord en écouter beaucoup... pendant les couvre-feux. Solo (1970), mon dernier Mocky d'emprunt, en dînant. Autres discours d'exaltés. Pas mal mais monotone et bicolore (des gris et des rouges). Je comprends qu'il ait été célèbre. Je lui préfère cependant de beaucoup L'Albatros, vu l'autre jour, pour rester dans la même période de sa carrière. Commentaires1. Le mardi 8 novembre 2005 à 13:29, par Bartlebooth : "Puissent nos agités de tout bord en écouter
beaucoup... pendant les couvre-feux." : 2. Le mardi 8 novembre 2005 à 13:45, par Marie.Pool : "Non sans interactions avec le réel..." 3. Le mardi 8 novembre 2005 à 17:59, par alain : Du matériel audio. Cherche logiciel magnéto. pour plateforme Mac Os X et des poussières afin d'enregistrer lien offert sur cette page. Le tout pour adoucir mal de dents insupportable. Dent, la même, la 37 (?), regardée sous toutes les coutures et pendant des plombes sur l'écran très joli du dentiste qui s'acharne depuis des semaines et dit maintenant c'est fini, vous en avez pour deux trois jours, la douleur s'en ira avec l'inflammation, c'est normal. C'est le deuxième jour seulement. Une autre façon de s'arracher du sommeil. 4. Le mardi 8 novembre 2005 à 22:14, par Arte : Alain, j'ai ! (Si j'ai bien compris la demande - Un logiciel
pour 10.3 qui enregistre tout ce qui passe par la sortie audio : simplicité
/ efficacité ...). 5. Le mardi 8 novembre 2005 à 22:40, par jfm : L'émission Du Jour au lendemain du 4 novembre avec
François Weyergans est totalement inaudible 6. Le mercredi 9 novembre 2005 à 01:29, par Berlol : Non, je viens de réessayer, l'émission du 4
est toujours inaudible (il faut mettre à fond pour vaguement entendre
un son très faible et crachotant). Il ne faut pas se fier aux premières
secondes qui sont de la fin de l'émission précédents,
mais dès que commence le DJAL, ça shunte... 7. Le mercredi 9 novembre 2005 à 03:44, par alain : C'est très gentil Arte, Jfm, Berlol. Je veux bien tout
essayer. Je vais aller voir Arte sur son site peut-être. 8. Le mercredi 9 novembre 2005 à 06:28, par alain : C'est vrai que je n'ai aperçu aucune adresse email
sur le site d'Arte. Je ne sais pas. Je veux bien son adresse. 9. Le mercredi 9 novembre 2005 à 06:46, par Bartlebooth : J'utilise Audacity, gratuit, complet et très simple 10. Le mercredi 9 novembre 2005 à 10:10, par alain : Merci Bartlebooth. Ça y est, grâce à Arte,
je vais pouvoir enregistrer tous mes Deleuze, Coco Rosie, et Boulez, et
Derrida (il n'y a pas d'ordre de préférence, sauf pour Deleuze)
et d'autres programmes encore (Mais pas Michel Onfray que je déteste). |
| Mercredi 9 novembre 2005.
Ce goût de vitesse amère, Cyrano ! Encore une journée qui passe trop vite sans qu'on sache bien comment. L'essentiel a été fait — des cours et des courses. Un peu de superflu a même été obtenu — lecture en pédalant au centre de sport, déambulation dans un magasin d'éléctro-ménager avec David. Malgré cela, j'ai ce goût de vitesse amère qui me reste — et qui ne va pas me permettre de m'éterniser sur le journal parce qu'il y a encore trois cours demain. La lecture, c'était, par exemple : « — Tu vois (un temps) ce que tu viens de dire, cette phrase, c'est comme une détonation. Je pensais à ça au même instant ; je n'allais peut-être pas le dire, mais j'étais exactement, précisément, dans l'état d'esprit de dire ça, de me fondre dans le plaisir de me promener en mangeant un sandwich. C'est comme si, parce que je suis tellement d'accord avec toi, comme si nous étions d'accord sur tout. C'est minuscule comme relation aux choses... mais c'est ça.» (Alain Sevestre, Les Tristes, p. 226-227 — un peu Bouvard et Pécuchet sur le Méridien de Greenwich...) Suis enfin arrivé à courir (sur tapis) une demi-heure. Les fois précédentes, depuis le retour des vacances, je calais après 25 minutes. Il suffisait (le but étant de perdre du poids) de ne pas dépasser les 9,5 km/h, vitesse au-dessus de laquelle le manque d'entraînement fait que je m'essouffle — sauf dans les 5 dernières minutes, je pousse à 12. Reprise après-demain. Juste à l'heure pour aller avec David m'acheter un chauffage au gaz. Il s'agit d'un appareil mobile à poser au sol, de 40x40 cm sur 10 d'épaisseur, un tuyau vers une prise de gaz murale, un fil électrique pour les fonctions de contrôle (thermostat, ventilation et programmation : mode nocture et déclenchement matinal), coupure automatique en cas de mouvement brusque ou d'arrivée de gaz inégale. Un bijou de technologie qui ne paie pas de mine, qui ne risque pas de faire sauter les plombs et qui, à chauffage raisonnable, ne coûte que 14 yens de l'heure (10 centimes d'euro, nonobstant l'amortissement du prix de l'appareil). J'ai l'air de cocooner, comme ça, mais je reste informé. L'état d'urgence, tout ça, j'ai suivi. Les motions du PS, les risques pour Hollande, j'ai compris. Le rythme de François, la ligne solidaire et la dérive, la mutation des dimanches, la possibilité d'un Interallié... J'ai même enregistré la Mort d'Agrippine, seule tragédie de Cyrano de Bergerac, enregistrée en 1969 et rediffusée dans la nuit de France Culture (ce matin, pour moi). C'est là, entre autres, qu'il est question de se hâter lentement, ce que je vais faire sur le champ. Commentaires1. Le mercredi 9 novembre 2005 à 10:20, par alain : 40 par 40. 2. Le mercredi 9 novembre 2005 à 12:22, par Arte : Ulysse se fait attacher au mat, non pour resister au chant
des sirènes, mais pour les entendre, encore, et encore ... 3. Le jeudi 10 novembre 2005 à 01:00, par alain : "Là, Pérymède, avec Euryloque, maintint 4. Le jeudi 10 novembre 2005 à 05:06, par Berlol : Alors, Arte, le carré et le mât, c'est quand
même pas la même chose ! Ou tu l'as fait exprès... 5. Le jeudi 10 novembre 2005 à 06:38, par Arte : Moteurs, espèce de shadoks va ! |
| Jeudi 10 novembre 2005. Encerclés
oniriquement, de l'intérieur surtout. Le frais, quoiqu'ensoleillé, insensiblement froid. Un 10 novembre tiède, j'imagine, Stanley retrouve Livingstone (1871)... Aujourd'hui, Pierre Assouline parle de François Bon. Et moi, je finis le livre d'Alain Sevestre. Certes, il n'y a pas de lien entre ces trois choses, sauf si j'en fais un. Ici même. Il y a pile un an, je découvrais justement le blog d'Assouline et disais que je ne l'appréciais guère. Je n'ai pas changé d'avis. Mais j'y passe de temps en temps car, étant un des lieux littéraires (si l'on veut) du web, il se trouve aussi être très visité du fait de son affiliation au Monde et de la notoriété de l'auteur (avec publicité pour son blog sur TOUTES les pages web du Monde des livres ! si c'est pas de l'abus, ça...). Ceci en fait un lieu d'observation des comportements (sociologie du web, donc) d'Assouline d'une part, individu relativement constant dans la médiocrité et la crasse webique (est-ce qu'il ne sait pas faire des liens hypertextes ou est-ce que ça lui est interdit par sa religion ?), des comportements de ses commentateurs d'autre part, dont beaucoup de caudataires (je l'ai déjà dit) et de m'as-tu-vu qui commentent de façon quasi-journalière, sans doute dans le seul but d'attirer l'attention et l'internaute sur leur propre site ou blog. L'exact opposé de François Bon, donc, qui, on le sait, innove, investit, explore, irradie dans le réticulaire et le littéraire, le collectif et l'individuel, le littéraire de création et de critique mêlés surtout. Après mes trois cours et avant de replonger dans autre chose, je me suis accordé une petite pause, un point presse. Vous aussi, faites un geste pour rester informé... et vous débarrasser de tout votre temps libre. Ayant installé AlertInfo, agrégateur de fils RSS de médias français gratuit (pour Windows, mais il doit y avoir des agrégateurs pour Mac quelque part...), je vois arriver toutes les dernières dépêches de tous les sujets. Je retire quelques dizaines de fils qui ne m'intéressent pas (sports, argent, entreprise, etc.) et j'ajoute ceux de mes blogs favoris. C'est autre chose que Mozilla et Thunderbird ! Je gagne un temps fou — celui que je ne passerais pas à aller éplucher tous les sites des journaux — et je n'attends pour des chargements d'articles complets que s'ils m'intéressent. Une révolution comportementale à laquelle les médias participent... sans pour autant en parler. Étrange, tout de même. La fin des Tristes de Sevestre est tout à fait surprenante — car hélas m'y voilà rendu. L'Arlésien(ne) nommé Cayel meurt avec son secret dans l'indifférence quasi générale. Sa fameuse mystérieuse matière, qui doit bien être une mise en abyme de la littérature elle-même, d'un côté laisse passer des mots qui forment du sens (où le lecteur s'aventure), et de l'autre n'accepte pas que du sens retienne les mots (académisme, doxa)... Tard venus à la campagne élever des truites (ou élevée détruite), les voilà soudain encerclés, attaqués de toutes parts — oniriquement, de l'intérieur surtout. Commentaires1. Le jeudi 10 novembre 2005 à 09:12, par alain : Ce soir, vendredi 10 novembre, au Centre culturel suisse, 32-38, rue des Francs-Bourgeois, 75003, lecture-musique-performance de poètes où entre autres lira Vincent Tholomé. A 20 h 30. J'y serai au quart. Il y aura foule, à mon avis. 2. Le jeudi 10 novembre 2005 à 09:24, par FB : bon eh ça va la pommade ? vais faire un pagéonirique du blog berlol un de ces quatre, en revenant sur la magie de ce type qui, chaque fois qu'il prend le shinkansen pour aller à son boulot s'invente la vie d'un mec qui ferait rien, à tokyo, que perdre au ping pong, se balader dans les rues, manger du poulet frites et parler de duras le samedi matin et avec tout ça réussir quand même à intéresser les gens 3. Le jeudi 10 novembre 2005 à 11:33, par Arte : ... et même qu'il accepte que l'on dise des choses grossières
sur son blog comme : 4. Le jeudi 10 novembre 2005 à 14:36, par Berlol : Pommade, pommade ! Que nenni ! 5. Le jeudi 10 novembre 2005 à 23:15, par Marie : À propos du blog d'Assouline, on se rend compte très vite que le pauvre chroniqueur dérape littéralement et qu'il fait tout pour alimenter ses quelques détracteurs fidèles. Très lassant. 6. Le samedi 12 novembre 2005 à 20:44, par Philippe De Jonckheere : Ah, le Blog de Pierre Assouline! Je crois avoir perdu toute
virginité et naïveté grâce à cette rencontre
à Bruxelles en avril dernier, ou comment un "nom" s'inquiète
tardivement de cette chose bizarre dont tout le monde parle, internet, et
pour laquelle il n'a aucune attirance, mais dont il sent bien qu'il faut
s'y mettre de peur de perdre un peu de sa position dominante présumée.
Et tout d'un coup, à l'estrade, fier de son "blog" vieux de six mois,
le voilà qui s'érige en novateur, en "pionnier". |
| Vendredi 11 novembre 2005.
Moutons à tondre et à sonder. Philippe, je te mets ici mon commentaire, puisqu'il n'y a pas d'espace pour cela chez toi. J'ai bien apprécié ton travail litanique sur la phrase médiatique selon laquelle 57% des personnes interrogées auraient une bonne image de Sarko. Comme toi, je trouve cela insupportable et obscène, dans le contexte actuel de misère, de répression, de régression sociale qui est celui de la France, où de grandes entreprises font des bénéfices record, rappelons-le, tout le monde le sait. Ce qui m'hérisse plus encore poils et neurones, derrière cette obscénité, c'est cette façon qu'ont les médias d'amener un chiffre, comme on amène un drapeau. Sur ordre. Quelles "personnes interrogées" ? Où ? Dans quel beau quartier ? Dans quelle cité délabrée ? Dans quel commissariat ? À quelle heure ? Avec quelle(s) question(s) ? Avec quelle arme économique posée sur la tempe des personnes interrogées ? N'y a-t-il que 57% des personnes interrogeables qui ont suffisamment de biens à défendre pour en être à mépriser la misère et la vie d'autres Français ? N'y a-t-il que 57% des personnes interrogeables qui ont tellement peur pour leur propre vie que ça les empêche de faire la différence entre l'expression du désespoir et la criminalité gratuite ? Pour certains médias, j'ai l'impression que tous ces événements ne sont que le décor d'un jeu vidéo dans lequel deux candidats ont des épreuves à passer, des cibles mouvantes à dégommer, des précipices à sauter, des bonus à ramasser pour passer au niveau supérieur, jusqu'au face à face des armes dégainées de la présidentielle. Chaque acte ou parole est d'abord inscrit dans cette perspective, et secondairement important dans sa réalité intrinsèque. Là, il y a vraiment de l'obscénité et de la vulgarité. La phrase médiatique est encore plus nocive : elle dit que 57% "estiment avoir" une bonne image. Comment les gens "estiment" cela ? Au poids ? Au vu ? À l'oreille ? À l'odeur ? On ne mesure que du vent, de l'apparence, du pas sérieux. Et on le dit. À l'instar de la Bourse qui fonctionne de plus en plus sur des estimations de variations d'estimations de variations d'indices économiques avant résultats... Elle dit aussi, cette phrase, que les personnes estiment avoir une "bonne image". Comment la perçoivent-ils, cette image ? Qui la leur donne et depuis quand ? Les médias ne font là que ramasser ce qu'ils ont eux-mêmes lancé dans la tête des gens. Comme un bon chien-chien qui ramène sa baballe, les personnes interrogées rendent l'image dans l'état où on la leur a donnée. On ne sait pas ce qu'il y a à l'intérieur du Sarko, de quoi il est capable, ou pas capable, c'est une boîte noire, on n'a jamais vu son programme politique. Tout ce qu'on a vu, ce sont ses réactions pragmatiques, ses paroles publiques et ses ordres à ses sbires. De l'image sans profondeur, sans contexte autre que celui des faiseurs d'images, des faiseurs de cadrage — politique et médiatique. Dans la boîte noire de Sarko, moi, je vois de la graine d'Hitler. Le visage d'Hitler, la voix d'Hitler, l'air désolé et missionné et emporté d'Hitler. Déformée par un autre temps et une autre sonorité ambiante, c'est l'image que j'estime avoir de l'individu. Ce que j'estime personnellement, je n'ai pas besoin de le confronter à quelque pourcentage que ce soit. Je n'ai pas besoin des autres pour-cents pour soutenir et confirmer mon image. Je ne suis pas un mouton à tondre ni à sonder. 22 heures. Par ailleurs, c'est la commémoration de l'armistice de 1918 et j'ai une explication de texte à préparer... Le lendemain. Sans commentaire, Philippe a mis une fenêtre dans sa page qui affiche la mienne, celle-ci, pour que ses lecteurs commentent éventuellement ici. Il aime bien les circulations moebiennes, Philippe... Un autre qui aime bien renverser les choses, c'est Pierre Bayard, par exemple dans Demain est écrit. Il s'en explique instructivement dans le Du jour au lendemain d'hier. Cela fera plaisir à quelques-uns. Nouvelle lecture au sport. Je pédale pour Fuir, maintenant. Ayant avalé un excellent hambourgeois de chez Downey avec David, je suis remonté au bureau finir mes documents administratifs et préparations de cours pour la semaine prochaine. Les commentaires à ma sarkose supra commençaient à pleuvoir. J'ai néanmoins repris le chemin de la maison et passé deux heures dans le dévédé d'Europe pour avancer mes recherches (ce que j'aurais dû finir... pour le 15 octobre) pendant que mon train s'enfilait l'aurore nippone. « Je me promenais dans la ville, je mangeais au hasard, des brochettes de rognons épicées au coin des rues, des bols de nouilles brûlants dans des bouis-bouis bondés, parfois des menus plus élaborés dans des restaurants de grands hôtels, où je consultais longuement la carte dans des salles à manger kitsch et désertes. L'après-midi, je faisais la sieste dans ma chambre, et je ne ressortais qu'à la nuit tombée, quand l'air s'était un peu rafraîchi.» (Jean-Philippe Toussaint, Fuir, Éditions de Minuit, 2005, p. 19) Et il s'était nettement rafraîchi lorsque j'arrivai dans nos rues tokyoïtes, l'air. Commentaires1. Le jeudi 10 novembre 2005 à 20:57, par Arnaud : Je pense que tu as raison d'insister sur ces causes structurelles
et historiques, de l'après-guerre, mais, dans un même temps,
je pense que l'on ne peut pas réfléchir sur l'organisation
d'une société sans évoquer la possibilité que
certains de ses éléments puissent irrémédiablement
ne pas vouloir être intégrés. On ne peut pas nier cette
possibilité et faire porter l'entière responsabilité
d'une crise sur des mots, flous, comme "l'État". 2. Le jeudi 10 novembre 2005 à 21:19, par Acheron : Je partage globalement l'analyse de Berlol. Mais il y a plusieurs
points que je ne peux pas faire miens. La comparaison avec Hitler, pour commencer.
Sarko n'a pas dans l'intention de faire "son regroupement politique". Il
est au sein de l'UMP. Ce n'est par ailleurs pas un idéologue, quoi
qu'on puisse en penser. Il ne théorise rien, n'a pas de programme,
comme tu le dis et à la grosse différence d'Hitler. Tu ne peux
pas faire un rappel historique sur la situation des banlieues comme l'autre
jour, et tomber dans le non-sens historique d'une comparaison Hitler/Sarko. 3. Le jeudi 10 novembre 2005 à 21:52, par Berlol : Je suis content que vous apportiez de l'étayage et
de la contradiction sociologique et historique. Vous avez évidemment
raison sur les rôles de l'État et de la police nationale. Mon
point de vue est plus psychologique. Si ladite "racaille" avait une réelle
intention de révolte et de menace sur la société dans
sa structure d'ensemble, elle irait brûler des voitures dans les beaux
quartiers, elle essaierait de s'attaquer à des objectifs politiquement
valables. Or ce n'est pas le cas. S'il s'agissait de bandes organisées
et criminelles, elle n'auraient intérêt à se faire remarquer
de la sorte, comme quelqu'un le rappelait récemment. Entre les deux,
il y a l'explication de l'auto-mutilation : un organisme, plus ou moins bien
constitué, que l'on peut nommer "la banlieue" ou "la cité de
banlieue", et qui est constitué d'individus de différents âges
et situations, et dont une partie ne voyant pas ou plus de solution exprime
ce qu'elle ne sait pas être une expression de désespoir sous
une apparence de jeu et de challenge vis-à-vis des médias et
d'un ministre prompt à dégainer et à jouer au même
jeu, en fait. 4. Le jeudi 10 novembre 2005 à 22:58, par Christian : Mais, qu'est-ce qu'il a fait de mal, Sarko??! 5. Le jeudi 10 novembre 2005 à 23:23, par Marie : Dans un pays comme la France où les concitoyens, de façon générale, demeurent très près de l'état, toujours à le surveiller, le critiquer, ne lui laissant que très peu d'espace de manoeuvre - oui, pour moi, le Français est encore "relativement" engagé ! - il m'est difficile de comprendre comment un politique comme Sarkozy fait pour survivre. Maudit monde d'images ! 6. Le vendredi 11 novembre 2005 à 00:26, par Arnaud : Salut Christian. 7. Le vendredi 11 novembre 2005 à 02:06, par Marie.Pool : Tout leader politique ou religieux ( où est passée
la possibilité d'être laïquement tranquilles dans ce pays
?) ayant pignon sur rue porte une responsabilité dans les mots d'ordre
qu'il profère à l'attention de ses "fidèles". Et ceux
qui veulent la paix sociale ne s'y retrouveront que difficilement. Je suis
comme Berlol dans une lecture psychologique des phénomènes
même si elle est insuffisante, pragmatiquement, pour prendre en compte
la complexité extrême des phénomènes d'embrasement
d'une société et les passages à l'acte (archi-connus)qui
s'ensuivent. Un leader qui désigne du doigt une catégorie d'humains
est frappé de paranoïa évidente, il est de fait dangereux...
et cela donne au bout du compte ce qu'on connaît par coeur: la discrimination
par l'origine raciale , culturelle et religieuse, la découpe sombre
et meurtrière. Personne n'a a donner de leçon à personne
sur ces questions. Les victimes potentielles ou avérées sont
de toutes les communautés. Reste que la question de l'auto-mutilation
et du suicide collectif reste bien pertinentes. Je pense surtout aux adolescents
qui ne trouvent pas leur place autrement que dans la prise de risque et le
renoncement plus ou moins motivé à une réussite scolaire.
Ils voient l'argent facile, la loi du plus fort qui en découle et
ils n'ont aucune confiance dans les prophéties des adultes , en échec
eux aussi sur les questions de moralité et d'avenir. Ceux qui ont
la chance d'avoir un modèle parental et familial qui tient encore
la route, s'y accrochent comme à une bouée au milieu de la
tempête.C'est comme cela que je m'explique en partie cette régresssion
de la liberté des filles qui préfèrent la protection
d'un clan où leur place inégalitaire est assignée plutôt
que de subir la jungle extérieure et ses valeurs de corps commercialisable...
Je n'approuve pas du tout ce grand retour en arrière et je pense aux
mécanismes d'aliénation judéo-chrétiens qui
restent tout aussi pernicieux et implacables. S'il n'y a pas de place pour
tous sur le marché du travail, il est tentant de remettre les filles
aux tâches d'intendance et de maternité,il ne faut pas négliger
le fait que l'incitation à la maternité est aussi un moyen
de conforter en quantité le nombre d'humains susceptibles de devenir
des forces de survie pour une communauté de faible influence économique.
L'individu compte peu comme dans les pays communistes ou intégristes.
La mort d'un enfant ne serait plus qu'un "détail" dans l'histoire
des femmes et c'est contre cela qu'il convient de s'insurger. Nombre de femmes
d'immigrés ne sont venues en France que parce que leur époux
le leur avait imposé et promis qu'ici les enfants ne mourraient plus
aussi nombreux en bas âge de faim ou de maladie... Les enfants de
la quatrième génération ignorent peut-être ces
motifs qui sont fondamentaux pour tenter de comprendre les passages de frontières
illégaux ou non. Si je veux sauver ma peau ou celle de mes proches,
ne prendrais-je pas tous les risques, y compris ceux de la délinquance
et du système D ? La liberté d'aller là où il
y a de la vie moins dure et une moindre souffrance n'est-elle pas légitime
? Le privilège de vivre dans un pays démocratique doit -il
être bradé au nom d'une conviction douteuse qu'elle soit d'origine
religieuse ou politique ? Pour que chacun soit respecté et épaulé,
il ne faut pas transiger sur les conditions préalables. L'argent
et les moyens matériels d'existence doivent être mieux répartis
et la notion de commerce équitable doit être reliée
à celle de libre entreprise,sans manichéisme, sans entourloupe.
J'accepte de payer plus cher des biens de consommation courante si je sais
que d'autres gens en tirent des moyens de vie décente. Je n'accepte
pas ce que je vois dans la rue, toute cette misère ambulante (Européenne
désormais) qui vient mendier aux portes des villes et qui sont l'objet
d'opprobe , de défiance et de méfiance. Je n'accepte pas de
voir ces jeunes femmes de l'Est ou d'Afrique parquées dans des litanies
de camionnettes blanches, pour soutirer le sperme de mecs incapables d'amour
non vénal (l'immémoriale femme serpillière...), je
n'accepte pas de voir des bébés ensuqués à ras
des pots d'échappement pour soutirer quelques centimes d'euros à
des passants excédés, je n'accepte pas qu'un type de 40 ans
soit licencié du jour au lendemain et se coltine les reproches de
sa famille au moment des achats de fin d'année :"le nul de chez nul
qui n'a pas su garder son emploi !"..., je n'accepte pas l'hypocrisie dans
les rapports humains et le détournement de regard à la vue
"criante" de la détresse, je n'accepte pas que les ados disjonctent
et se mettent en danger pour avoir le droit de grandir en dignité
et en sécurité, je n'accepte pas qu'on fouille au corps et
qu'on brutalise un jeune dont la pudeur et la peur sont réelles sous
prétexte qu'il est dans la rue avec plusieurs potes au lieu d'être
devant la Star Académy, je ne supporte pas qu'un ado insulte sa soeur,
son frère, son père, sa mère, ses anciens, ses professeurs,
je ne supporte pas qu'on laisse des jeunes sans réponse sur les questions
essentielles dont l'avenir personnel et l'écologie sont les plus
cruciaux points... Je continue de penser, malgré le découragement
ambiant, qu'il faut agir là où on vit. 8. Le vendredi 11 novembre 2005 à 02:38, par Arnaud : Je pense qu'il faudait arrêter d'employer ce mot de
"jeunes" à propos des fauves. On ne peut pas mettre sur un même
plan — sauf au prix d'une réduction insupportable, ou sauf à
observer tout de loin — la majorité qui essaie de s'en sortir et la
minorité des voyous. 9. Le vendredi 11 novembre 2005 à 03:19, par Arte : Je lis ceci : 10. Le vendredi 11 novembre 2005 à 03:24, par Arnaud : Que vous pensiez qu'ils puissent élire à nouveau
Hitler, ou bien que vous les laissez avec condescendance au milieu de leurs
voitures brûlées, on sent que vous les aimez beaucoup, "les
citoyens", comme vous dites. 11. Le vendredi 11 novembre 2005 à 03:31, par Arnaud : Je remarque tout de même (deux fois en cinq jours) que
vous laissez facilement entendre que ceux qui ne critiquent pas assez Sarko
& consorts à votre goût seraient de fait des pro-nazis,
"plus à craindre que Hitler", cher Arte. 12. Le vendredi 11 novembre 2005 à 03:55, par Berlol : Allons, allons, ne vous chamaillez pas, l'heure est grave ! Sinon, je décrète l'état d'urgence et la fermeture des commentaires après 22 heures ! Et merci de vos contributions, quand elles ajoutent quelque chose à l'entendement des questions. 13. Le vendredi 11 novembre 2005 à 04:35, par Arte : Arnaud, je ne vous dis pas "Cher". Par contre je repete :
reflechissez avant de parler : "Quant aux désirs ou aux velléités
des cogneurs de la banlieue, vous pourriez aller vous en enquérir
sur place ?" 14. Le vendredi 11 novembre 2005 à 04:44, par patapon : Berlol, du calme ! Hitler, Hitler... arretons avec cela !
On peut ne pas aimer Sarkozy, sans se croire pour autant tenu de lui preter
l'intention d'ouvrir des camps d'extermnination (en Lozere ?), ou de faire
patrouiller des SS dans les rues de Saint-Denis... 15. Le vendredi 11 novembre 2005 à 04:59, par Berlol : Oh, Patapon, ça faisait un bail ! J'ai dit que le recours
à la figure hitlérienne n'était pas une comparaison
historique mais une sorte d'image fantasmatique... pas très loin de
tes torts, en fait. 16. Le vendredi 11 novembre 2005 à 05:15, par Arnaud : Excusez-moi, mais lorsque 1,3 milliard de francs appartenant
à la collectivité partent en furmée, on peut au moins
douter de la volonté d'intégration des casseurs. Surtout quand
on les voit casser depuis vingt-cinq ans. Surtout aussi que ce n'est pas l'ensemble
des banlieues ou des cités qui casse. 17. Le vendredi 11 novembre 2005 à 05:25, par Bartlebooth : Vous vous étonnez de peu, Arnaud. Le gouvernement,
les ministres ont des manières de faire et de dire qui évoquent,
me semble-t-il avec évidence, un comportement fasciste. C'est bien
dommage que vous le regrettiez : si vous n'avez pas l'inquiétude de
cette déviance, j'ai bien peur que vous trouviez normal que l'Etat
considère une partie de ses citoyens comme de simples bêtes,
ce qui est déjà un peu le cas. Mais comment s'attendre à
mieux de quelqu'un qui parle de "fauves" ? Vous donnez vous même de
quoi alimenter la comparaison qui vous chiffonne et de poursuivre l'idée
d'Arte (kiss kiss !) d'une expo qui après la partie ethnologique des
sauvages en halls d'immeubles aurait celle zoologique des fauves encagés
dans les commissariats et les prisons, de quoi préparer sérieusement
pour 2012 le 75e anniversaire des "arts dégénérés". 18. Le vendredi 11 novembre 2005 à 05:36, par Arte : Penser ce n'est pas "repeter" éternellement le mot
INTEGRER. 19. Le vendredi 11 novembre 2005 à 06:03, par Bartlebooth : Au fait, je viens de découvrir le groupe rap La Rumeur.
J'écoute leur album "Regain de tension" (2004) : très très
très bon, non seulement ça pulse bien musicalement, mais en
plus ils ont du texte, du bon, qui sonne, sans compromis, dur et lucide.
Et, comment dire, dans le contexte actuel ça résonne bien. 20. Le vendredi 11 novembre 2005 à 06:05, par cel : Des ados qui font "les cons", certes, qui crament des poubelles
et bagnoles, quelques violences d'un autre ordre (bien plus rares) j'ai été
sidérée de découvrir des images télé hier
(moi qui n'avait suivi les infos qu'à la radio) et de me rendre compte
de l'aberration que constituait les termes de "guerre civile" qu'on a pas
mal lus de part et d'autre ces temps ci (ouais, tous les mots sont importants). 21. Le vendredi 11 novembre 2005 à 06:21, par Marie.Pool : Ils continueront à brûler ce qui ne leur appartient
pas autant de temps que le jeu leur plaira et qu'ils ne trouveront pas en
face des interlocuteurs non haineux mais sans complaisance. Chaque délit
doit être sanctionné et l'agresseur confronté à
sa victime. 22. Le vendredi 11 novembre 2005 à 06:27, par Arte : ...mais Cel, l'image du clochard est explicite, sinon volontaire.
Il y a une parole delivrée depuis longtemps sur le Darwinisme économique
: "Tu essaies de t'en sortir" (s'integrer ?) et si tu n'y arrives pas, tu
la fermes." Evidemment que ces gosses refusent la dépression qu'on
leur propose à 30 ans ! 23. Le vendredi 11 novembre 2005 à 06:40, par Arte : "Un adulte qui n'empêche pas ses adolescents d'aller
faire des dégâts est un adulte irresponsable ". 24. Le vendredi 11 novembre 2005 à 06:50, par Bartlebooth : Ces mots plein l'écran, en boucle en grand, 25. Le vendredi 11 novembre 2005 à 06:58, par cel : Arte, excuses d'un état qui met 30 ans à reconnaitre que quelque chose à eu lieu en octobre 61, d'un de villepin qui au lieu des excuses demandées pour l'envoi de grenades lacrymo ("qui correspondent aux modèles utilisés dans le secteur de la police" - ou autre charabia du genre) aux portes d'une mosquée en pleine cérémonie présente simplement quelques mots de "sympathie" au cours d'une interview chez ppda (et je crois après plusieurs jours)... mal barré 26. Le vendredi 11 novembre 2005 à 07:31, par Marie.Pool : N'empêche... 27. Le vendredi 11 novembre 2005 à 07:33, par Arnaud : Vous pensez que si "l'État" - celui de Vichy n'est
pas celui qui avait Papon comme préfet de police, ni celui de la V
République — allait discuter d'égal à égal avec
les casseurs, en leur proposant par exemple un traité de frontières
entre la République et les cités, ça s'arrangerait ?
Vous croyez que c'est le moment de discuter ? Si les 1800 personnes qui ont
été arrêtées ne l'avaient pas été,
le calme serait-il (relativement) revenu de lui-même ? 28. Le vendredi 11 novembre 2005 à 07:49, par Arte : voulez vous ecouter stiegler Marie Pool. 29. Le vendredi 11 novembre 2005 à 07:50, par cel : un traité de frontières ???? oula, mais on est
en plein délire... 30. Le vendredi 11 novembre 2005 à 07:55, par Arte : Arnaud c'est du monologue votre truc. Je vous soupçonne d'aimer mettre dans la bouche des autres ce qui vous arrange. Il pourrait vous arriver de penser que vous n'avez pas affaire qu'à des abrutis quand vous parlez aux autres ? 31. Le vendredi 11 novembre 2005 à 08:51, par Marie.Pool : Le lien stiegler ne fonctionne pas , désolée
! 32. Le vendredi 11 novembre 2005 à 08:57, par Arte : ah ! cela fonctionne pour moi. 33. Le vendredi 11 novembre 2005 à 15:27, par Acheron : Le problème des familles est un vrai problème.
On a l'impression qu'elle ne peuvent rien faire. Quand des enfants de 13 à
16 ans brûlent des voitures et que leurs familles ne peuvent pas réagir,
alors c'est virtuellement impossible pour l'État de compenser le
rôle familial. 34. Le vendredi 11 novembre 2005 à 16:38, par Arnaud : Arte, (je cite) 35. Le vendredi 11 novembre 2005 à 16:45, par Arnaud : Ca, Acheron, je suis tout à fait d'accord. 36. Le vendredi 11 novembre 2005 à 18:49, par Berlol : Moi aussi je suis lassé de ces disputes incessantes
pour un mot trop haut ou trop bas. A quoi vous servent toutes vos lectures
et tous vos diplômes si vous n'arrivez pas à vous concentrer
sur l'essentiel des textes et semblez au contraire éprouver un malin
plaisir à partir en vrille. 37. Le vendredi 11 novembre 2005 à 19:05, par Arnaud : Pour ce qui sont intéressés, je redonne les
informations concernant l'exposition Hokusai 北斎展, au Muséum national
de Tôkyô 東京国立博物館, à Ueno : 38. Le vendredi 11 novembre 2005 à 19:07, par Arnaud : pardon : 39. Le vendredi 11 novembre 2005 à 19:10, par Marie.Pool : C'est aussi avant 13 ans et le "feu pubertaire" qu'il faut
poser les jalons du respect de l'autre et de la citoyenneté.Dès
la maternelle et la primaire on est tenus de civiliser les pulsions infantiles
qui vont du "moi d'abord" au "tout tout de suite",à "j'ai besoin,
je prends !". A l'adolescence l'affirmation de soi passe toujours par la rébellion
et il faut que ça tienne en face, sinon ça prend assez fréquemment
des proportions fâcheuses. Une fois que le gamin est étiqueté
délinquant il est stigmatisé socialement et son groupe d'appartenance
devient le refuge dans lequel il trouve l'alibi de ses exactions, il peut
même assez facilement considérer ses "exploits" comme des preuves
de virilité et des épreuves de passage dans la catégorie
du mec qui ne se laisse pas "niquer". Il y a des paliers dans les comportements
antisociaux que certains jeunes franchissent d'autant plus facilement que
c'est devenu la norme de conduite dans leur milieu et qu'il n'est pas question
de rendre des comptes à qui que ce soit. Certains aussi se confortent
dans l'idée que le racisme explique tout, y compris l'échec
scolaire ce qui est d'autant plus faux que les enseignants aujourd'hui se
recrutent dans les populations dont ils s'occupent. Le problème se
situe dans le type d'étayage éducatif que l'on peut fournir
aux enfants qui en manquent et cela devient un problème collectif.
Par ailleurs, sans argent suffisant aujourd'hui, il est très difficile
de mener des études longues et qualifiantes, il existe toute une frange
d'étudiants qui est obligée de travailler à des tâches
peu rémunérées et selon des horaires très fatigants.
L 'aide aux plus motivés est dérisoire et la qualité
diététique des repas adolescents ( au moment où physiologiquement
ils ont besoin de dévorer) est déplorable.Il leur faut un moral
d'acier pour tenir dans la course aux places de concours et il règne
dans les amphis des ambiances de lutte à mort, les redoublants empêchant
les cours de se dérouler normalement pour gratter des places. Les
diplômes obtenus sont des parcours du combattant et le stress est permanent.
L'abandon des études dès 16 ans et parfois avant constitue
un problème très préoccupant au moment où la
vitalité et le potentiel sont au maximum. Faire du sport ou zoner
dans les centres commerciaux ne remplissent pas la journée de façon
lucrative. L 'envie de tout foutre en l'air devient une façon d'échapper
à l'ennui et au sentiment de nullité personnelle. La jalousie
prend le pas sur le reste et les mécanismes de revanche prenent leur
essor. S'ils ne sont pas enrayés ils ne vont jamais dans le sens de
la paix sociale c'est l'évidence. La prime à la délinquance
c'est le sentiment de toute-puissance qui attend d'être battu en brèche
par le couperet implacable de la loi. 40. Le vendredi 11 novembre 2005 à 19:35, par Marie.Pool : Pour la question des sondages je ne leur attribue aucune valeur prospective . Je suis profondément convaincue que l'effet Panurge, les revirements ou les embardées d'opinion obéissent presque toujours à des réflexes de protection non argumentés longtemps à la sortie des urnes. On délègue quelque chose de l'ordre d'un projet économique et social à des préposés que l'on ne connaît pas et on les juge sur des actes concrets.Si le mécontentement social monte, on en déduit qu'ils laissent tanguer le bateau et on se méfie des grands coups de barre où ceux qui sont en fond de cale se font écraser. Je ne m'intéresse aux pourcentages que lorsque je choisis un fromage. J'aime encore beaucoup le choix que nous avons en France et la variété des goûts dont nous disposons.Depuis quelques années je me suis mise à la Mozarella , un peu plus de mal avec les fromages Corses, la vache qui rit restant ma préférée lorsque le frigo est presque vide... Je ne regarde jamais les sondages avant de glisser mon bulletin de vote dans une urne . J'écoute ce que les hommes politiques racontent et j'essaie de repérer le discours le plus sincère . En général c'est aussi celui le plus modeste et le plus courageux que je choisis. J'apprécie les hommes politiques intelligents qui ne font pas semblant d'aimer les gens, tous les gens. Il y en a de temps en temps. 41. Le vendredi 11 novembre 2005 à 19:46, par Arnaud : Marie Pool, tes posts sont très intéressants. 42. Le vendredi 11 novembre 2005 à 20:16, par vinteix : Dans beaucoup de ces commentaires, je remarque une tendance assez generale au manicheisme, aux dichotomies simplistes : "si t'es pas assez contre Sarko, t'es facho..." (je caricature, a peine...) Pas tres envie d'entrer dans ce debat... Si nos politiques, depuis des dizaines d'annees, sont LARGEMENT responsables de cette "crise des banlieues", je pense aussi qu'ils n'ont pas une responsabilite totale dans les violences actuelles et passees. 43. Le samedi 12 novembre 2005 à 01:15, par Berlol : Belles charges de Philippe Boisnard contre le monstre... (merci Constance) 44. Le samedi 12 novembre 2005 à 01:42, par Arnaud : Tout à fait d'accord avec toi, cher Vinteix. 45. Le samedi 12 novembre 2005 à 04:38, par JoseAngel : Je trouve que les réflexions de MariePool sur l'orientation de la libido sont très pertinentes. Pour être plus précis, ne s'agit-il pas ici d'un problème d'identité sexuelle masculine? Car, je n'ai pas de statistiques bien sûr, mais ne s'agit-il pas d'un 99% ou un 100% de violence masculine? Les femmes des banlieues ethniques sont sûrement aussi oppréssées ou marginalisées que les hommes, mais on ne voit pas des équipes de gamines à faire la guerrilla urbaine. Du moins, je ne les ai pas vus. Un problème de testosterone, alors, ou d'affirmation du pouvoir mâle? 46. Le samedi 12 novembre 2005 à 11:09, par Bartlebooth : 57 % des personnes interrogées ne pensent pas que les
élections prévues fin janvier en Irak conduiront à un
gouvernement stable 47. Le samedi 12 novembre 2005 à 14:49, par Arte : Bartlebooth, je trouve que ce que tu dis est très interessant,
mais, pourrais-tu (je te le demande avec la marge d'erreur nécessaire)
mettre ( oh ouiiiii) quelques lignes ( re oh ouiiiiii !!!) multicolores
de temps en temps sera instable, soleil voilé sur la majeure partie
des Françaises des banlieues issues d' arabes d'origine défavorisés,
ne craignons pas la contradiction, vu mon expérience en milieu psychédélique
! 48. Le samedi 12 novembre 2005 à 16:20, par Berlol : Très intéressant, Bartlebooth ! 49. Le samedi 12 novembre 2005 à 19:21, par Christian : Arnaud, visiblement, tu n'as pas lu mon message! Je pourrais être tenté d'en faire autant avec les tiens. Mais je préfère te demander de relire et de ne pas répondre à côté. Élève Arnaud, vous êtes hors sujet! 50. Le samedi 12 novembre 2005 à 21:06, par Arnaud : Le message où tu citais une internaute ? Mais je l'ai
mentionné ensuite, cher Christian, et Arte l'a mentionné aussi,
à peu près dans le même sens que moi. 51. Le dimanche 13 novembre 2005 à 04:48, par Christian : Arnaud, ce qui est important c'est de ne pas répondre
à côté. Il n'y a pas 2 types de messages: ceux d'Arnaud
(les importants) et... les autres. 52. Le dimanche 13 novembre 2005 à 04:55, par Arnaud : Bonsoir. 53. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:00, par Arnaud : Christian, je ne comprends pas ce que tu cherches à
dire. Bien sûr que les problèmes actuels en France sont liés
aux politiques d'immigration depuis un demi-siècle, et bien sûr
que les populations dont on discute sont issues de l'immigration. Tu le sais
bien sûr ? Il n'y a aucun "décalage". 54. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:22, par Arnaud : Christian, je me permets de reformuler plus précisément
ce que je voulais dire. Sans vouloir t'offenser, bien sûr. 55. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:40, par Berlol : Je suis assez d'accord avec Arnaud, Christian. Ce que dit
cette internaute japonaise est plus proche de la c... désinformation
assimilée que d'autre chose. Il est faux qu'en France "tout le monde"
puisse ceci ou cela comme elle le croit. De plus, quand bien même des
gens le pourraient, beaucoup d'entre eux (pas tous) le feraient à
regret et dans l'espoir d'en sortir tout simplement parce qu'ils ont une
dignité, et que la conscience de cette dignité baffouée
par l'acceptation de la situation d'assisté ne procure pas beaucoup
de plaisir. C'est ce que voulait peut-être dire Cel au commentaire
n°20. 56. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:49, par Christian : Bonsoir, 57. Le dimanche 13 novembre 2005 à 07:03, par cel : (je voulais surtout dire que ces dispositifs et aides, si certes ils existent sont insuffisants, et sans même de conscience bien développée on ne peut pas dignement vivre en s'en contentant. L'école pour tous est un minimum, la sécu est insuffisante et ne couvre que très mal certains soins essentiels, les hôpitaux sont bondés, la cmu accessible seulement en cas de grande pauvreté, le rmi une vrai misère qu'on ne revalorise qu'au compte goutte sans tenir compte de l'évolution en paralèlle des charges qui tombent sur chacun. Sans parler des allocations de chômage qui sont ont été revues en 2003 dans le sens d'un décalage plus qu'absurde par rapport à l'évolution du marché du travail (accessibles à partir de 6 mois de travail effectués contre 4 mois précédemment, alors que les contrats de travail de très courte durée se généralisent). Dire que la France est un pays pas aussi pourri que certains autres est une chose (bien des gens en sont conscients je crois), mais ce ne sont pas sur ces autres qu'il faut s'aligner, connaître l'existence des conditions plus difficiles autour n'empêche pas de garder la tête froide sur les nécessités du coin (ou même de s'échauffer). On peut à peine vivre avec un smic, il y a plein de clochards qui touchent le rmi et dorment tout de même dans la rue (faute de HLM, et exigences incroyables quant au fiches de paye et autres justificatifs de stabilité pour les propriétaires autres), les restos du coeur ne parviennent souvent pas à couvrir toutes les demandes, beaucoup de structures de ec type ne fonctionnent que l'hiver etc. Les exemples courent les rues, je pourrais faire une liste plus longue que celle des 57% de Bartlebooth rien qu'en laissant aller mes doigts sur le clavier. Beaucoup de gens qu'ils travaillent ou non se maintiennent à une lisière proche de la pauvreté, situation inquiétante qui fait que la crainte du basculement martèle et que les revendications viennent assez naturellement, faute de pouvoir tranquillement penser à autre chose qu'au peu qu'on peut perdre. Il me semble qu'il faut aussi se méfier de la relativisation excessive, à prendre trop de distance avec certaines réalités effectives et quotidiennes on risque de voir un monde de loin, un peu trop bien carré.) 58. Le lundi 14 novembre 2005 à 15:19, par Christian : Les messages sont parfois postés en même temps,
ce qui fait qu'on peut donner l'impression d'avoir ignoré un message
en répondant... Trackbacks1. Le samedi 12 novembre 2005 à 03:43, de Sur Sarkozy
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| Samedi 12 novembre 2005.
Il est entré dans ses desseins. Lever à six heures pour finir de m'occuper de Lol et de son ravissement. Du coup, en cours, je ne fais que la moitié du programme prévu. Mais ce qui est fait est fait, comme dirait la dame du Square... [RLVS-8] Le narrateur se trouve quelque part dans le futur de mon point de projection dans la lecture (et loin dans le passé de la réalité de ma lecture). De là, il s'ingénie comme il peut pour me raconter sa Lol, pour se me la raconter. Ne jamais l'oublier. Il a collecté des témoignages à des moments qui nous sont rarement connus, il s'est au jour le jour forgé des hypothèses évolutives dont nous ne connaîtrons que la dernière version. S'efforçant tout de même de raconter la vie de Lol dans sa chronologie, il y a forcément un moment où il l'a rencontrée, où il est lui-même devenu personnage alors qu'avant ce moment ses intrusions étaient tolérées et proleptiques. L'instant de la (post-)synchronisation nous apporte son nom, celui du mari de Tatiana et quelques autres informations, un peu comme dans un film qui aurait commencé en noir et blanc et qui passerait à la couleur à l'entrée du personnage principal. L'essentiel de son travail narratif consiste à battre en brêche le système de pensée de Tatiana, sa maîtresse, qu'il n'aime que pour son c... corps (p. 79, 81, 87, par exemple). « Tatiana, elle, s'inquiétait autrement que les autres à propos de Lol : qu'elle ait si bien recouvré la raison l'attristait. On devait ne jamais guérir tout à fait de la passion.» (76) Sympa, la copine d'enfance ! Si l'on ajoute que Tatiana considère que Lol a toujours été différente (comprendre : folle), cela donne que Lol est cinglée de naissance, Tatiana calamiteusement charnelle (79), la passion irrémédiable pour Lol mais inaccessible pour Tatiana, et que tromper son mari est plus normal que chercher l'amour fou... On peut ne pas être d'accord avec ce qui est sans doute la doxa de la bonne bourgeoisie de S. Tahla, mais on prend des risques à essayer de vivre autrement que ces gens-là. Secondairement, mais de façon nouvelle et remarquable dans ce chapitre et dans le suivant, le narrateur montre la maestria de Lol, et la sienne puisqu'il est entré dans ses desseins. Comment elle promène son monde, comment elle leur ment, comment elle manipule Tatiana pour accéder à Jacques (83-84), comment elle fait sentir à Jacques qu'elle le veut (il en tombe des nues, page 78), comment elle les amène à venir chez elle. Et les jeux de regard qui sont déjà comme du billard (86, 88). Le clou — martelé, pour le coup — c'est ce leitmotiv « on s'est trompé » (76, 78, 103), sorte de pointillé selon lequel redécouper l'histoire de Lol pour y voir autre chose que la version de la splendide et désespérée Tatiana (c'est peut-être elle, la malade...). On pourra lâcher les ciseaux à la page 137 et on en restera bouche bée... J'ajoute que le verbe (se) tromper, infinitif et différentes formes conjuguées confondues, se trouve 36 fois dans le Ravissement, ce qui est assurément une fréquence très au-dessus de la moyenne — quelque chose à creuser dans cette direction, je crois... [/RLVS-8] Mais qu'est-ce que j'ai eu chaud, dans cette salle de classe de l'Institut franco-japonais de Tokyo ! Une demi-heure après, je me remets au Saint-Martin, avec T., devant un verre d'excellent bordeaux que suit de près le poulet-frites. Comme le 13 mars dernier, et quelques autre fois par le passé, nous allons, sur invitation, aux soldes du magasin Sun Motoyama dans un hall d'exposition de Yurakucho. Navigant entre les troupeaux de rombières friquées, T. trouve un pantalon, une jupe et des collants, moi deux pantalons d'hiver et une paire de bottines en cuir à semelles sport, chaque article étant soldé d'environ 50%. Promenade dans Ginza pour profiter du soleil et des avenues fermées à la circulation automobile (un samedi, c'est étrange...), puis retour à la maison. Fin du billet d'hier, qui était inachevé. Mieux vaut y refaire un tour, surtout pour la nouvelle fin. En même temps, pour revenir sur tout ce dont il était question et bien au-delà, écouter d'urgence l'ensauvagement du monde, l'édition hebdomadaire de Répliques, avec Thérèse Delpech et Pierre Hassner. Je quitte momentanément ce monde trivial pour aller relire L'Histoire de l'œil de Georges Bataille, dans la nouvelle Pléiade, toute belle et bellement illustrée. Commentaires1. Le samedi 12 novembre 2005 à 10:16, par alain : Dis donc, quel beau blog que celui de Dominique Autié
! Les images, les textes survolés. Impressionnants. 2. Le samedi 12 novembre 2005 à 15:11, par Bartlebooth : 57 % de ma personne interloquée à lu LolVStein
dans un état dépressif 3. Le samedi 12 novembre 2005 à 16:22, par Berlol : Je tablerai sur les 43 % non dépressif qui ne s'en fout pas... 4. Le samedi 12 novembre 2005 à 20:16, par Marie.Pool : Avec l'écriture de Marguerite DURAS,on assiste à
une enquête quasi-onirique sur le réel intérieur et extérieur.
"Partout était le signifiant", en langage non lacanien,je pourrais
dire qu'elle avait cette aptitude à prélever dans le réel
ce qui pouvait faire signe,appel, amorce d'autre chose en mots, en images
et en sentiments. Dans ces livres elle ne se préoccupe pas contrairement
à ce qu'on peut imaginer, d'interprétation, un chat est un
chat, une spoliation est une spoliation, une tromperie est une tromperie,
un inceste est un inceste. Il n'y a pas d'écart entre ce qui est observé
et ce qui est dit. Les fioritures sont parfois dans les décors, ces
environnements artificiels qui ne peuvent que se déliter comme les
fleurs fanées que Marguerite DURAS collectionne en vrai à
Neauphle. Peur de manquer brutalement comme sa mère ruinée
par malversation, Marguerite fait des réserves...Elle dit quelque
part que 1+1 = 1 et elle rit ! Elle rit très bien Marguerite dans
ses années d'éclosion maternelle. Ensuite elle explique comment
elle range ses provisions : elle achète tout deux par deux, deux
bouteilles d'huile, de sucre...etc... Et elle tempeste quand son fils ne
tient pas compte de cette manie conservatoire... Avec ses personnages, je
crois parfois qu'elle fait pareil, qu'elle les double volontiers, comme pour
leur donner une apparence d'immortalité.La bouteille entamée
se tient au même endroit que la bouteille pleine. "L'Alcool c'est Dieu!"
dit elle pour dire très sérieusement finalement qu'il le remplace
même si c'est pas vrai.Elle le sait. Elle sait pas mal de choses Duras.
Elle dit même que quand on est intelligent on est intelligent sur tout...Et
que ça peut devenir un supplice de tout comprendre en quelques secondes,
dans la fulgurance d'un rendu de regard...S'apercevoir par exemple qu'on
est aimé ou détesté, sans sommation.Uniquement dans
la lecture d'un regard qui appuie ou qui s'éloigne. L'effleurement
par le Désir ou le non Désir est le sujet principal de l'angoisse
de cette femme attachante et lucide. Elle en parle simplement car elle observe
avec acuité tous les indices de sincérité. Elle va même
au-delà, jusqu'au délire ou au mensonge qui sont une autre
forme de résistance aux blessures du réel. Elle peut se le
permettre car elle est écrivain. Les livres ne sont pas le réel
même s'ils se déguisent avec. Elle sait quand il y a un livre
ou quand il y a un écrivain. Elle le pressent et elle le prétend
entre deux soupes chinoises, entre deux confitures, entre deux cultures, entre
la mort et la mendicité, entre le luxe et la désolation... Cette
femme est profondément humaine et vulnérable et elle nous a
fait le cadeau d'être aussi un écrivain incontournable pour
comprendre la femme en général ( Je doute en effet qu'elle ait
vraiment compris les motivations masculines autrement que dans leurs errances
manifestes). Mais ce n'est qu'un point de vue partial. 5. Le samedi 12 novembre 2005 à 22:16, par vinteix : Pardon Marie-Pool, petit detail... mais il me semble qu'elle disait plutot : "L'alcool, c'est l'absence de Dieu"... ce qui certes, vu sous l'angle d'une theologie negative, revient a peu pres au meme. 6. Le dimanche 13 novembre 2005 à 04:01, par Marie.Pool : Elle disait les deux je crois me souvenir . Cela revient au
même en effet. Ce qui est marquant chez elle : la conviction qu'il
n'y a pas d'autre vérité possible, d'autre alternative et cela
donne quelque chose d'abrupt et de" sublime" à ses formulations. Le
regard qu'elle avait sur les gens était d'une douceur et d'une brutalité
implacables, y compris sur elle-même , comme les gens qui n'ont rien
à perdre et qui attendent la fin posément malgré l'angoisse,
les personnes âgées lucides peut-être.Ceux qui donnent
gratuitement leurs sentences ou les retiennent sachant que cela ne retranchera
rien au monde. Une sorte de majesté à la profération
ou au silence que l'on peut facilement prendre pour de l'orgueil ou de la
méchanceté. J'ai souvent essayé de comparer M. DURAS
à N.SARRAUTE pour essayer de comprendre pourquoi j'aimais les deux
écritures de façon irréversible. Le point commun que
je retrouve encore aujourd'hui reste l'intransigeance habillée d'un
sourire protecteur. C'est rare de nos jours. J'aime retrouver cela dans une
écriture. Cela oblige à s'impliquer et à interroger
le réel autrement lorsqu'on y retourne... Et l'on ne peut admettre
assez vite que les acrobaties verbales ne sont que des exercices pour retarder
l'exploit de vivre sans trop souffrir et de mourir sans trop paniquer. En
tout cas, c'est comme çà que je lis toute sorte de livre, avec
bienveillance et sévérité. Car Dieu n'existe pas et l'Alcool
tue prématurément. 7. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:05, par vinteix : Dieu n'existe pas... ou est mort... mais ca n'empeche pas
d'etre hante par son absence ou par ce que sa presence-absence a pu incarner...
qu'on l'appelle de differents noms ne change rien a l'affaire. On pourra tout
aussi bien parler de sublime... un desir d'elevation ou d'Autre chose quand
etre homme c'est ne pas se contenter. Alors, dans ces conditions, l'alcool
n'est pas un choix... Tous les grands ecrivains alcooliques sont plus ou
moins des voyants, alors meme que, sans nul doute, manque la foi profonde
en l'efficacite de ce recours. 8. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:26, par Christian : Bonsoir, 9. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:29, par Arte : Bon, alors je tiens a faire remarquer que j'ai effacé la connerie que j'avais d'abord rédigée. Arnaud, vous ne m'en voulez pas trop ? (pas en général, hein, mais d'avoir effacé !). Non, parce que des fois il y a des gens qui disent :"si, mais vas-y, maintenant, dis-le !" et ils vous en veulent de ne pas dire, alors que vous, vous savez que si vous la dites, la connerie, ils vous en voudront aussi. Donc, je sais plus, tiens ! 10. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:29, par Arnaud : J'ai mis quelques liens sur le blog d'hier. Je ne voulais pas déranger ici. C'était juste pour information. 11. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:30, par Christian : Au fait, merci de la visite sur mon "très cher blog"! Et en effet, j'ai vérifié, le tien ne vaut rien! Mais si tu reviens dans quelques semaines, je ne serais pas étonné qu'il ait pris beaucoup de valeur. 12. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:30, par Arte : Finalement, c'est pas facile de discuter avec vous, pfff ! 13. Le dimanche 13 novembre 2005 à 05:56, par Marie.Pool : C'est troublant ce que vous dites Vinteix, non pas sur Dieu ( le besoin de spiritualité n'est pas le monopole des religions instituées) mais sur l'alcoolisme des "grands écrivains". Je serais tentée de dire, sans trop réfléchir, que l'alcool désinhibe et qu'il permet un passage plus facile de la censure que tout un chacun inflige à ses propres pensées conscientes mais surtout inconscientes ( en gros le magma de nos pensées de la nuit ou de l'ombre). Les écrivains qui ont pris l'habitude de recueillir cette manne pour des raisons qu'ils ne sont pas rares à ignorer , et qui l'ont longuement triturée pour qu'elle devienne lisible ne sont pas des extralucides, ils sont tout simplement des êtres "non coupés de leur vie intérieure" ( expression de Charles Juliet dont la démarche d'écriture m'est très proche). Mais je ne crois vraiment pas que l'alcool remplace le talent, je crois qu'il calme les angoisses et restaure une euphorie qui fait défaut dans la vie de celui qui écrit. Il comble un vide, une carence mais il le fait à crédit. L'addition de cette addiction est très lourde au final en termes de misères physiologiques et de dégradations somatiques. Il y a peut-être une oeuvre littéraire, mais il y a eu surtout un écrivain qui a mal traversé sa propre vie. Sans les nommer,j'ai envie d'évoquer des écrivains buveurs que j'ai rencontrés récemment. Je les trouve à la fois très intelligents et nom moins pathétiques.Ils doutent d'eux-mêmes de façon chronique et sont dans une quête d'amour incessante que pas grand monde ne peut combler. Même pas les lecteurs compatissants. L'alcool n'aide pas à être heureux, c'est une évidence . Il participe du suicide lent ou spectaculaire et on ne saurait cautionner un tel mépris de soi sous prétexte de littérature plus excitante. L'alcool est un médicament,il n'est pas un ami. 14. Le dimanche 13 novembre 2005 à 06:34, par vinteix : S'ils boivent, c'est peut-etre, comme le disait Deleuze, parce qu'ils sont confrontes a quelque chose de trop grand, parce qu'ils ont entrevu quelque chose qui est trop lourd pour eux... mais bien sur, ce n'est surement pas ce qui leur donne ce talent. 15. Le dimanche 13 novembre 2005 à 06:49, par Marie.Pool : Je ne sais pas Vinteix,je ne sais vraiment pas si ce que vous dites est plausible, sauf à diviniser à outrance un simple mortel. Pour moi tout être est un écrivain potentiel même dans le regard d'un autre. Il n'y a pas d'être supérieur. Il y a du vivant qui se fourvoie ou se sauve un peu mieux. Les grands textes sont des textes de haute solitude. Il n'y a aucun mérite à être volontairement ou non dans une telle position sociale. Idéaliser l'écrivain ne lui est pas utile, à nous non plus. Il est homme parmi les hommes et on oubliera ses paroles les bonnes comme les moins bonnes , ses écrits disparaîtront aussi. La vie est ainsi. 16. Le dimanche 13 novembre 2005 à 07:30, par Arnaud : Arte, vous aviez écrit quelque chose pour moi, que
vous avez effacé... ? Mais comment voulez-vous que je réagisse
alors ? 17. Le dimanche 13 novembre 2005 à 07:51, par vinteix : Marie-Pool, il me semble que vous melangez l'approche litteraire
et l'approche sociale ou biographique. 18. Le dimanche 13 novembre 2005 à 08:48, par vinteix : "La main a plume vaut la main a charrue" (Rimbaud) 19. Le dimanche 13 novembre 2005 à 09:22, par Marie.Pool : Pourquoi vous énervez-vous Vinteix ? L'écriture
d'un grand écrivain est pour moi un prélévement sur
le réel qui a pris une forme un peu plus visible et durable . Mais
je persiste et signe à dire que l'écriture appartient à
tous et les paroles de ma boulangère ,un jour où elle a décidé
de faire connaître son intime conviction sur les événements
de vie qui la concerne, m'intéresse tout autant que les beaux inventaires
romancés genre péplum d'un auteur patenté. Je ne sais
pas trop ce qu'est une "vision plus puissante" qu'eux, les auteurs auxquels
vous vous référez et que vous ne nommez pas encore, ne sont
peut-être pas, ceux que je lis et qui font l'intérêt de
l'écriture pour moi. Il serait donc bien vain de me le reprocher.
Je n'ai jamais écrit que vous qualifiez les grands écrivains"
d'êtres supérieurs" c'est moi qui vous ai mis en garde contre
ce risque que laisse filtrer votre propension à établir une
hiérarchie que je récuse sans hésiter. Je me méfie
de l'admiration et je ne sépare pas (vous l'avez noté) le texte
de celui qui le produit.C'est un choix que j'assume. L'universalité
est toujours relative même si elle est souhaitable pour que la littérature
soit d'utilité plus générale. Mais je ne crois qu'à
la singularité et à la fragilité des écritures.
20. Le dimanche 13 novembre 2005 à 09:49, par vinteix : Je ne m'enerve pas... mais je reagis avec passion... que voulez-vous...
L'ecriture, a mes yeux, n'est surement pas "un prelevement sur le reel"
! Quelle horreur ! et quel aplanissement... Elle est quelque chose de plus
! On parle de creation, non ? Comme disait Borges, un livre n'est pas le
miroir du monde, mais quelque chose d'ajoute au monde... comme l'imminence,
inachevee et toujours manquee, d'une revelation, une approche de l'inconnu. 21. Le dimanche 13 novembre 2005 à 09:52, par vinteix : Pour moi, en un mot, l'ecriture est un PAS AU-DELA... dans les deux sens de l'expression. 22. Le dimanche 13 novembre 2005 à 10:34, par Marie.Pool : Euh... Vinteix j'ai eu une hésitation pour Chazal (
J'ai pensé Claire mais ce n'est sûrement pas çà)
un Malcolm de... ? Excusez-moi mais, selon votre liste, pour faire un "pas
au delà" qui soit tant soit peu remarquable il me semble qu'il faut
être de sexe masculin. Et cela me chagrine un peu voyez-vous... 23. Le dimanche 13 novembre 2005 à 10:50, par cel : et hop on y revient... dire que des hommes sont doués reviendrait à dire que les femmes brodent ? ça c'est de la galipette mentale mal assurée 24. Le dimanche 13 novembre 2005 à 11:03, par Marie.Pool : Je lis ce qu'on me donne à lire et ça revient
encore à çà ! Qu'y puis-je ? Je ne suis pas contre la
broderie masculine et l'invention du métier à tisser mécanique
est probablement une avancée pour la condition féminine...
Quoique... en Albanie, pour exemple parmi tant... elles n'avaient pas l'air
très heureuses les cocottes à s'user la pulpe des doigts et
payées au lance-pierres...Excusez-moi mais , moi aussi je suis passionnée...
d'équité ! Vous pouvez en remettre une couche si vous voulez,
cela ne changera rien au bazar général. Je fais remarquer au
passage que je lis des auteurs des deux sexes alors... 25. Le dimanche 13 novembre 2005 à 11:36, par cel : Dites marie Pool, si on voulait retrouver une équité, en considérant l'histoire littéraire de plusieurs siècles puisqu'on s'en prend à la liste de vinteix qui ne se cantonne pas aux parutions de la dernière rentrée, on ferait comment ? c'est un fait qu'il y a eu peu d'écriture par les femmes durant une longue période, on va tout de même pas sucrer de bonnes choses pour arriver à un 50 / 50 % (allez, va pour un 57). Et l'albanie là dedans, ça rime à quoi, ah oui la broderie, le tissage, on emmêle tout et ça donne pieds dans le tapis, réflexions de bazar 26. Le dimanche 13 novembre 2005 à 12:36, par Marie.Pool : Je ne sais pas ce que vous voulez prouver. Les exemples que je donne sont précis et je n'ai que faire des pourcentages. Ca vous ennuie que je ne dise que des choses vraies ? Suis-je obligée de lire des auteurs qui ne m'apportent pas ce que je cherche ? Si je pense ce que je pense , vous n'y pouvez rien. Je ne vous demande pas d'être d'accord avec moi. 27. Le dimanche 13 novembre 2005 à 13:41, par Bartlebooth : "La flemme est l'avenir de l'homme" 28. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:37, par cel : non, ce qui m'ennuie, c'est qu'une discussion sur l'écriture que je lisais avec intérêt soit encore une fois tranchée par votre obsession du sexe des auteurs (et je bèse mes mots) 29. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:41, par Bartlebooth : Au fait, désolé pour les couilles 30. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:42, par Bartlebooth : Je voulais dire "coquilles", j'ai un problème avec
le q et je ne suis pas concentré sur ma grappe 31. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:43, par Bartlebooth : argh, il faut lire "ma frappe", bien sûr ! 32. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:45, par cel : sauf que c'était pas une coquine, c'était un lassus 33. Le dimanche 13 novembre 2005 à 17:47, par Bartlebooth : j'ai la femme de me relire, faut pire 34. Le dimanche 13 novembre 2005 à 18:40, par Arte : Ah ben voila, je m'absente, et je rate tout le débat sur le sexe. Pfffffff, pour une fois que c'était chaud ! 35. Le dimanche 13 novembre 2005 à 18:43, par vinteix : "il me semble qu'il faut être de sexe masculin." !!!???
Et voila, l'argument massue est tombe comme une sentence ridicule. J'avais
pourtant pris soin de preciser que ma liste, bien sur, n'etait pas exhaustive...
Au passage, le jeu de mots sur (Claire) Chazal etait hilarant ! J'aurais
pu, pour vous faire plaisir, citer egalement Marina Tsvetaieva, Joyce Mansour,
Unica Zurn, Suzanne Lilar... et alors ? Qu'est-ce que cela change ? La litterature
est-elle affaire de quotas ? Comme le faisait remarquer Cel, avez-vous une
idee claire de l'histoire litteraire ? Vous auriez pu tout aussi bien me
dire que je citais beaucoup de morts... et alors ? Grace aux livres, qui RESTENT,
ne sommes-nous pas les contemporains de Dante ou Baudelaire au meme titre
que Michon ou Guyotat... Peu amateur de Top 50, j'arrete la les listes,
bien que mon "pantheon personnel" soit assez loin d'un classement de ventes
de patee pour chiens. 36. Le dimanche 13 novembre 2005 à 18:47, par vinteix : Au risque d'etre un peu long et d'en ennuyer plus d'un, je
me permets toutefois de citer un petit extrait d'un article intitule "Pas
au-dela de la misere symbolique", ecrit il y a environ un an et qui fait
echo a certains propos enonces "ici".... 37. Le dimanche 13 novembre 2005 à 19:28, par Arte : Vinteix, alors là, J'AIME ! 38. Le dimanche 13 novembre 2005 à 20:15, par vinteix : ... et sourde ! Exemple : "Je lis ce qu'on me donne à
lire et ça revient encore à çà !" !!!!!????? 39. Le dimanche 13 novembre 2005 à 20:21, par vinteix : ... ou de la broderie. 40. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:20, par Marie.Pool : C'est enthousiasmant finalement de voir à quel point mes interventions vous font réagir. Cependant vous tombez dans le même piège à chaque fois : croire que ce qu'un lecteur ou lectrice pense de la littérature engage d'autres que soi-même à l'instant où quelque chose est énoncé. Etre "coriace" dans ces conditions est la seule façon de résister à la pression de conformité. Si on vous lâche tous en volée de moineaux dans une bibliothèque nationale, je doute fort que vous vous dirigiez vers les mêmes rayonnages et les mêmes ouvrages. C'est çà aussi la littérature, la possibilité d'aller grappiller où bon nous semble. Je ne vous empêcherai jamais de le faire. Je vous répète simplement que j'ai le droit de lire ailleurs et autrement que vous ,en pensant que c'est tout aussi valable, notamment au niveau des livres écrits par des femmes. Je persiste et ris de bon coeur ( j'en ai un c'est la bonne nouvelle du jour) de vos mots d'escarmouche ( les douteux ... euh ! )L 'argumentation de Vinteix ne me rend pas sourde,simplement je préfère la danse au débat littéraire sans objet commun. Peut-être en trouverons-nous un ? Il faudrait aborder chaque auteur un à un et cela risque de nous prendre pas mal de temps. Votre temps est aussi précieux que le mien. 41. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:38, par Marie.Pool : C'est enthousiasmant finalement de voir à quel point mes interventions vous font réagir. Cependant vous tombez dans le même piège à chaque fois : croire que ce qu'un lecteur ou lectrice pense de la littérature engage d'autres que soi-même à l'instant où quelque chose est énoncé. Etre "coriace" dans ces conditions est la seule façon de résister à la pression de conformité. Si on vous lâche tous en volée de moineaux dans une bibliothèque nationale, je doute fort que vous vous dirigiez vers les mêmes rayonnages et les mêmes ouvrages. C'est çà aussi la littérature, la possibilité d'aller grappiller où bon nous semble. Je ne vous empêcherai jamais de le faire. Je vous répète simplement que j'ai le droit de lire ailleurs et autrement que vous ,en pensant que c'est tout aussi valable, notamment au niveau des livres écrits par des femmes. Je persiste et ris de bon coeur ( j'en ai un c'est la bonne nouvelle du jour) de vos mots d'escarmouche ( les douteux ... euh ! )L 'argumentation de Vinteix ne me rend pas sourde,simplement je préfère la danse au débat littéraire sans objet commun. Peut-être en trouverons-nous un ? Il faudrait peut-être aborder chaque auteur un à un et cela risque de nous prendre pas mal de temps. Votre temps est aussi précieux que le mien. L'exaltation du lecteur est respectable, je m'accommode de la mienne au niveau où j'en suis. Je ne peux faire mienne la phrase qui prétendait "j'ai lu tous les livres", et je n'ai pas la certitude que "tout a été dit", je n'ai pas de mal à imaginer que bien souvent dans les mots lancés n'importe comment "la chair est triste" , mais cela demande une enquête littéraire complémentaire que je confierais volontiers aux... femmes. Ne m'en demandez pas davantage et gardez vos convictions sans rancoeur, elles sont sans doute légitimes et soucieuses de transmission. Je lis autrement pour l'instant. 42. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:46, par vinteix : S'il n'y a pas "d'objet commun" dans ce que j'ai pu vous dire...
et bien tant pis ! 43. Le dimanche 13 novembre 2005 à 22:51, par Berlol : Je pense qu'il n'est pas utile de vouloir rallier qui que ce soit à sa propre façon de penser. Que chacun ait la sienne et la fasse connaître, mais avec modération et sans prosélytisme. Certes, en tant qu'auteur du blog, j'ai une position un peu spéciale, mais guère plus que ceux qui y commentent, car tout un chacun peut cesser de me lire comme bon lui semble. Tout comme on peut sauter visuellement les commentaires de qui l'on veut (sauf moi qui, responsable vis-à-vis de la loi, ne puis m'abstenir de les lire tous...), surtout si l'on s'abonne au fil RSS des commentaires. Bien sûr, je suis intimement d'accord selon les cas avec tel ou tel des commentaires émis, et j'abonde ou proteste parfois, parfois à tort en m'y laissant aller, mais il ne s'agit jamais pour moi de dire qui est de mon côté ou de l'autre, de distribuer des bons points. Celles et ceux qui sont de connivence avec moi savent déjà tout cela depuis longtemps. 44. Le dimanche 13 novembre 2005 à 23:06, par vinteix : Ah oui, surtout pas de proselytisme ! Quant a moi, je ne veux
rallier personne... mais je m'emporte (encore cette passion du OUI et du
NON) quand je vois une des seules choses en lesquelles je crois encore (la
litterature) etre rabaissee a du bavardage sans grandeur ni sublime. Cela
m'irrite autant que Stiegler s'emporte en entendant les propos de Patrick
Le Lay, vendeur de "temps de cerveau disponible a Coca-Cola". 45. Le lundi 14 novembre 2005 à 06:21, par Marie.Pool : Je donne la priorité aux auteurs vivants et à quelques uns seulement. Je ne peux pas m'investir davantage .Je n'aime pas le coca-cola. Je n'ai pas d'attirance particulière pour l'un ou pour l'autre des auteurs que vous citez, hormis Blanchot peut-être , Michaux à petites doses et Hölderlin pour ses lettres . Je pourrais évoquer les auteurs que je lis mais ils n'auront jamais assez de prestige pour susciter autre chose que des "bavardages". Ce n'est pas triste, ni même étonnant. C'est le résultat de plusieurs siècles d'appropriation du fait littéraire par les hommes. Ca ne change pas assez vite à mon goût. Je reste optimiste cependant en lisant des bavardages poétiques de tout sexe. 46. Le lundi 14 novembre 2005 à 09:32, par Bartlebooth : Tenez, Mary Pool, vous êtes lyonnaise, non ? Comme Louise
Labé, vous connaissez, n'est-ce pas ? Ne croyez-vous pas qu'on peut
dater de son époque, pour ce qui est de nos régions, "la fin
de l'appropriation du fait littéraire par les hommes" ou qu'en tout
cas il est moins exagéré ou moins faux de penser que Louise
Labé (qui était d'un féminisme plus positif et moins
arriéré que le vôtre) a marqué fortement le début
de la fin de ce déséquilibre que, comme vous le faites, continuer
à victimiser la femme en ce domaine ? 47. Le lundi 14 novembre 2005 à 11:25, par vinteix : Ouais, continuez les bavardages de boulangerie... 48. Le mardi 15 novembre 2005 à 02:53, par Marie.Pool : Ayez si vous voulez, comme le redit BERLOL , " de la peau
de saucisson devant les yeux". Pourquoi cela vous gêne autant qu'une
femme , qui n'a jamais fait partie de mouvements féministes, s'exprime
en son intime conviction, comme je le fais ? Il n'y a pas de prosélytisme,
juste un point de vue étayé par des faits.Ce n'est pas la peine
de m'attaquer en tant que personne, vous vous offensez vous mêmes. Vous
ne parviendrez pas à récuser ce que j'avance et qui n'est pas
faux,quoiqu'il vous en coûte. D'ailleurs aucun n'a osé dire que
ce que j'écris sur ces questions est inexact. Un témoignage
comme celui-ci creuse là où ça fait mal, mais le déni
ne fait pas avancer les choses, je pense que les récupérations
d 'alibi religieux n'y sont pas pour rien. Là aussi, laissez vos yeux
bien ouverts , regardez au-delà de la littérature et de l'hexagone.
Vous manquez pour l'instant d'arguments tranquilles alors vous jetez des
gravats. Je crains que vos mains si généreuses en projectiles
en pâtissent un jour. Moi je préfère tremper les miennes
dans le pétrin des boulanges qui nourrissent probablement davantage
et plus nombreux les gens ordinaires. J'ignore encore si vous en côtoyez.
Louise Labé ou la fin du déséquilibre ? Vous vous payez
sa tête à elle aussi ? Pascal Quignard prépare un livre
sur Louise Labé .Cela donnera peut-être de l'eau aux moulins
et un peu plus de lucidité et de consistance au festin de mots. En
vous lisant, certains, en "bavardant", je me rends compte à quel point
le savoir sur les livres égare et éloigne de la vie réelle
qui prévaut sur tout. Il arrive un moment où elle n'a plus
sa place. C'est pourquoi, ne vous en déplaise, je préfère
la vie aux livres, la gentillesse sincère à l'apologie d'une
vulgarité méprisante ( Verrue bien implantée aussi récurrente
qu'un spam ). 49. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:10, par vinteix : Juste un petit mot, un dernier en tout cas adresse a vous,
Marie-Pool... en ce qui me concerne, je ne veux rien vous imposer (lectures
ou autres...)... au fond, je m'en fous. Je constate, c'est tout. 50. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:15, par vinteix : ... enfin, "le lecteur (qui veut m'imposer...)" n'est pas
que lecteur... et les lectures dont j'ai pu parler ont PRECISEMENT un GRAND
effet sur la vie... sur la mienne... et je pense sur la vie de beaucoup de
gens qui les lisent. 51. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:17, par Marie.Pool : Ne dites pas que j'écris hors sujet, Berlol, ça
me vexerait... Nous sommes bel et bien dans la thématique de l'oeil
et du regard et de là à en déduire qu'ils ont un sexe,
je ne m'y risquerai plus longtemps, n'ayant pas l'autorisation de raisonner
au delà du "bavardage". Assignation redoutable et tout à fait
prévisible lorsqu'on a l'audace de ne pas devoir répondre aux
injonctions de lecture préétablies . Surtout , rapprochez bien
mes propos des affres de la Princesse privée de royauté par
modernisme manifeste de la pensée du soleil levant. Les Princes Charmants
sont eux aussi en voie de répartition et on dit qu'ils manquent un
peu de classe parfois, élevés au corn-flakes ou au gingembre,
leur vitalité dépasse de temps en temps leurs pensées
ordinaires. Cela fait sourire , encore une fois, mais le numéro est
trop usé pour que j'aie l'énergie de repriser le filet des
patiences. Ce qui se passe sur votre site n'est pas assez souvent à
la mesure de votre travail d 'écriture et de vos lectures. Je le regrette
profondément. 52. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:19, par Marie.Pool : Vinteix, pour vous OUI ! Pour moi NON ! Où est le problème ? 53. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:21, par vinteix : "injonctions de lecture préétablies" ??????!!!!!! 54. Le mardi 15 novembre 2005 à 04:31, par vinteix : Il n'y a pas de probleme... ou en tout cas, il n'a pas ete
pose. 55. Le mardi 15 novembre 2005 à 05:51, par Marie.Pool : En lisant plus attentivement vous auriez pu vous apercevoir que je ne" subodore"rien vous concernant personnellement. Vous me dressez une liste d'auteurs incontournables et j'ai le malheur de ne pas y retrouver d 'auteurs femmes, ce qui ne manque pas de me troubler . Je vous pose la question et ça déclenche un flot de justifications et un reproche virulent sur ma façon d'aborder la littérature. Je ne vous pose plus de questions Vinteix, je ne suis pas vulcanologue... Le reste du débat n'est qu'une queue de comète aux éclats très peu éclairants. Vous avez mal lu l'une de mes réponses où je mentionnais dans "votre liste" des auteurs que je fréquente de temps en temps. Votre susceptibilité littéraire ne manque pas de m 'inquiéter, mais vous avez déclaré qu'il s'agissait de passion alors... Ca excuse de tout , y compris du manque de précision dans le propos et la hargne ? Je n'en sais rien Vinteix, vraiment je ne peux que dire stop. Votre colère n'a pas de sens pour moi. Vraiment. |
| Dimanche 13 novembre 2005.
Cette trame, je la vois. L'horreur ! Quand il faut fermer le livre et descendre du métro alors qu'on vient de lire un truc crucial (nodal, serait peut-être plus juste, ici...). « Lorsque je voulus dégrafer son soutien-gorge, je la sentis se dérober avec grâce, dans une torsion souple et glissante, se défaire de mon étreinte et aller fermer la porte, abattre le loquet. Dos à la porte, alors, immobile, elle m'attendait. Je m'avançai vers elle, passai les mains dans son dos et défis son soutien-gorge. Les bretelles tombèrent, elle n'avait plus que son amulette de jade autour du cou, ses seins étaient nus devant moi. Je levai la main et lui caressai doucement la poitrine, lentement, tandis que je sentais qu'elle se cambrait contre la porte, collait son bassin contre mon corps en gémissant. Puis, d'un coup, nous nous immobilisâmes. Quelqu'un venait d'essayer d'entrer dans le cabinet de toilette.» (Jean-Philippe Toussaint, Fuir, p. 43) Deux heures plus tard, après m'être fait pongistiquement étaler 11 manches à 1 par Hisae et Katsunori (content tout de même d'avoir trouvé la concentration et lâché quelques beaux smashs), je montre mon édition originale à mes deux amis, les invitant à constater la qualité du papier, le numéro imprimé, si rare. Ils y sont tout à fait sensibles. Katsunori me dit que cette pratique des éditions originales, ces tirages spéciaux et de luxe sur des papiers de belle qualité, cela n'existe pas au Japon. Nous sommes au Café bleu pour déjeuner (salade, pâtes et gâteaux), dans la galerie commerciale de Mark City, en direction de Dogenzaka. Je leur raconte un peu le début de l'histoire de Fuir, ce narrateur occidental en visite en Chine, désœuvré, prenant un train de nuit avec la belle Li Qi (prononcez litchi, comme le fruit), espérant une aventure, mais surveillé par le... Le... Soudain, cette trame, je la vois se détacher sur le fond d'une autre, celle de L'honorable Partie de campagne, de Thomas Raucat (1922), que Jean-Philippe Toussaint a évidemment dû lire. Car dans ce roman écrit par un jeune ingénieur belge après un an de résidence au Japon pour raisons professionnelles, il y a aussi un occidental, à Tokyo, lui, qui rencontre une Japonaise (pas une Chinoise), et qui cherche l'aventure avec elle, prend le train pour Enoshima, lui aussi flanqué d'un encombrant chaperon qu'il n'arrive pas à semer pour draguer tranquille. Volontaire ou non, le démarquage est superbement opéré par Toussaint car tous les éléments du palimpseste sont transformés, tandis que leur schéma d'ensemble, la tension relationnelle entre les trois actants, est superbement et presque invisiblement identique, quoique réduite à quelques pages. De retour à la maison, je me délasse dans le bain en lisant encore quelques bribes de la Possibilité d'une île. C'est affligeant, ça me tombe des mains, avec de temps en temps des perles comme ce « rien n'égale la douceur du sommeil lorsqu'il se produit en présence de l'être aimé » (p. 168), vérité d'un angélisme layette bleu ciel ou rose bonbon, sachant que l'être aimé est le chien Fox. J'aimerais bien le jeter avec l'eau du bain mais j'ai trop de respect pour les livres eux-mêmes... En sortant ce matin, je voulais téléphoner à Thomas, pour voir quand il serait libre pour un squash, comme nous en étions convenus en septembre. Et puis j'y ai renoncé en me disant qu'à 10h15 il dormait peut-être encore. Comme par télépathie, c'est lui qui m'a appelé à 11h30. Je n'ai pas pu lui répondre puisque j'étais à Shibuya en train de renvoyer des petites balles jaunes. L'ayant rappelé une heure plus tard, il me proposait un squash ce soir. OK, va pour ce soir. Donc squash, quarante minutes. C'est tellement crevant, que j'y reviendrai demain... Écrit le lendemain : c'était donc au centre de sport Do Sports Plaza de Shinjuku, énorme centre avec salle de musculation, salle de stretching, salon de massage, coursives de jogging, piscine, cours de squash et salles de bains, avec sento, douches, sauna, le tout très peuplé mais très calme. J'avais ressorti ma raquette d'il y a dix ans mais la poignée dont la matière s'est peut-être altérée me glissait régulièrement dans la main — et à un moment elle en est sortie, s'est envolée en passant à quelques dizaines de centimètres de Thomas pour aller se poser au sol d'un étage au-delà des limites du cours de squash. * *
* Paru dans la revue Europe, en mai 1925 (p. 122-123, via le dévédé...) : « THOMAS RAUCAT. - L'honorable partie de campagne. Un vol. in-16. (N. R. F. édit.) Cette honorable histoire est fort simple mais vaut tant par le choix des détails que par le ton vraiment savoureux sur lequel elle est racontée. Un Français rencontre au parc municipal d'Ueno une petite Japonaise, la convie à une honorable partie de campagne aux environs de Tokio, cependant que quelques instants plus tard il est invité à son tour, « par politesse », pour le même jour, par plusieurs honorables bourgeois. Contretemps fâcheux d'où découleront toutes les péripéties de cette journée à la fin de laquelle mourra la petite Nippone. Ce livre peut être considéré, à juste titre, comme un livre de réaction, réaction contre la poésie émolliente des japonenes à la façon de Loti. Et qui oserait encore rêver de clair de lune, de fleurs de prunier... et de la musique de Puccini après la lecture de cette équipée franco-japonaise à l'île d'Enoshima. Avec M. Thomas Raucat la mièvrerie du Japon, de sentimentale qu'on nous l'avait toujours fait paraître, devient humoristique. Le comique de ces pages est fait de l'antithèse existant entre la civilisation moderne et l'antique civilisation des Japonais qui tentent de s'européaniser. Ce mélange constant de sake et de bouteille Thermos, d'obi et de peigne à l'espagnole, de canotier et de kimono, de cinéma et de théâtre masqué, de taxi-auto et de geishaya, enfin toute cette cahotante adaptation de mœurs traditionnelles à un barbare progrès occidental font naître spontanément les réflexions ingénues et les effets cocasses. Et voici que tout notre sens de la couleur locale poétique du « pays qu'on ignore » en est décalé. Une ironie au service d'une pénétrante psychologie, un sens du comique placide, mais qui sait merveilleusement user des contrastes existant entre les raffinements européens et orientaux : voilà ce qui caractérise dès l'abord le talent de M. T. Raucat. En outre pour ce premier roman l'auteur a usé d'une construction vraiment neuve, très curieuse, et susceptible peut-être d'apporter quelques changements dans la manière que nous avons de concevoir une histoire qu'elle soit d'amour ou d'aventure. Dans L'honorable partie de campagne, chaque personnage confesse ce qu'il a vu, narrant les faits ainsi qu'ils lui sont apparus. Il y a huit chapitres qui sont de la sorte autant d'auto-rédactions. Cela permet une grande diversité dans le récit, une plus parfaite superposition des impressions et surtout une vraisemblance psychologique beaucoup plus intense : chaque héros donnant l'impression de parler sans contrainte. L'honorable partie de campagne ne procède donc d'aucune formule connue. C'est une œuvre extrêmement personnelle et neuve, un livre-révélation comme il n'en paraît guère plus d'un par an et qui s'impose à l'honorable attention des honorables lettrés. LOUIS CHERONNET.» Commentaires1. Le dimanche 13 novembre 2005 à 08:03, par Arnaud : Preumz !! (Non, j'déconne ^-^) 2. Le dimanche 13 novembre 2005 à 08:57, par vinteix : Ah, honorable lettre, "L'honorable partie de campagne" : quel delice ! 3. Le dimanche 13 novembre 2005 à 09:06, par damien : mdr 4. Le dimanche 13 novembre 2005 à 18:51, par Arte : Pour Arnaud : sur la question littéraire POURQUOI UN
SOUTIEN-GORGE ? 5. Le dimanche 13 novembre 2005 à 19:03, par Arte : La construction neuve fait tout de même penser à
Yasushi Inoué dans le fusil de chasse, d'il y a presque 30 ans, non?
6. Le lundi 14 novembre 2005 à 00:22, par Arnaud : Justement, c'était en rapport avec les fameux seins que je (me) posais la question... 7. Le lundi 14 novembre 2005 à 09:38, par Arte : bon, Yasuki Inoué c'était pas pour rire, hein ! 8. Le lundi 14 novembre 2005 à 14:29, par Christian : Thomas Raucat était un pseudonyme? Un jeu de mot sur "tomarô ka?" qui signifie "On va à l'hôtel?" (pour y faire des galipettes). Retrouvé sur Google: Roger Poidatz. 9. Le lundi 14 novembre 2005 à 14:30, par Christian : Erratum: Était un pseudonyme... sans point d'interrogation. 10. Le lundi 14 novembre 2005 à 14:37, par Berlol : Soo desu. Même qu'il était ingénieur aéronauticien, qu'il a écrit son bouquin sur le bateau de retour en Europe. Et presque rien par la suite... Dommage. |
| Lundi 14 novembre 2005. Il
est entré dans le siècle. Bataillé toute la journée avec le web et la Pléiade pour cadrer l'Histoire de l'œil. En même temps, toujours du courrier, le suivi des commentaires des jours précédents... Il faut se faire à l'idée que ce qu'un billet journalier expose, détaille, avec parfois une précision millimétrique, soit pris à la légère, au débotté, en enfilade, au flan par une diversité de lecteurs tous occupés et préoccupés diversement. Ensuite ils s'échauffent les uns les autres et sortent totalement du décor... D'aucuns diront alors que les commentaires sont plus du bavardage qu'autre chose, sous-entendu que l'on pourrait aisément s'en passer, que ce serait même mieux de s'en passer. Je n'irai pas jusque-là, même si des dérapages m'exaspèrent, comme sur des peaux de banane alors que mon texte n'en contenait pas. Il faut comprendre que c'est une loi du genre — et que l'on a du mal à l'admettre parce que le genre est nouveau. Pour moi, la position à tenir est simple (mais je n'y oblige personne) : les commentaires doivent être autorisés, par principe. Je ne sais pas si je suis artiste ou non, écrivain ou pas, mais l'idée que j'ai de l'esprit démocratique (m')impose que la parole soit ouverte. L'interdire reviendrait à me rendre inaccessible, incommentable, donc élitaire. Il se peut que j'aie tort. Qu'on me le prouve. Donc Bataille. Ce soir au GRAAL, déplacé à la salle 508 de la MFJ du fait d'un séminaire exceptionnel en 601 (où j'ai d'ailleurs noté la présence de ma collègue CM), en présence de François Bizet, présentation de quelques documents, des photocopies d'un numéro de la revue Critique de 1963 (réédité en 2002) et des pages de biographie de la collection Écrivains de toujours, apportées par Daniella, et du volume Pléiade Romans et récits de Georges Bataille paru l'année dernière. Nous nous attardons dans la Chronologie établie par Marina Galletti (p. XCIII-CXXXVIII), commentant et recadrant les événements de la naissance de Georges (1897) à l'année de publication de l'Histoire de l'œil (1928), notant quelques différences avec les dates données dans la collection Écrivains de toujours (date de mariage, notamment). Ce qui étonne le plus, et que l'on ignore souvent, c'est qu'il était d'abord archiviste-paléographe, après avoir été sérieusement tenté par la religion. Nommé élève à l'École des chartes le 8 novembre 1918, trois jours avant l'armistice, il s'installe à Paris, continue d'aller à la messe et lit le Latin mystique de Remy de Gourmont. Cinq ans plus tard, il est entré dans le siècle, il connaît une quantité fabuleuse de jeunes et de moins jeunes qui forment et formeront en partie l'élite intellectuelle et littéraire du XXe siècle. Il est anti-Dada, goûte peu le surréalisme, aime le jazz, se marie, commence à publier... Ces cinq années-là, j'aimerais bien en voir le film se dérouler ! La suite dans une semaine... Commentaires1. Le lundi 14 novembre 2005 à 09:39, par Arte : mgmmmmmm 2. Le lundi 14 novembre 2005 à 10:59, par Bartlebooth : Mais être anti-dada, c'est encore être dada (qui
est "tout et son contraire"), surtout quand on veut "lancer un mouvement
Oui, impliquant un perpétuel acquiescement à toutes choses
et qui aurait sur le mouvement Non qu'avait été Dada la supériorité
d'échapper à ce qu'a de puéril une négation systématiquement
provocante" (Michel Leiris, A propos de Georges Bataille), non ? D'ailleurs
dada signifie ouioui. 3. Le lundi 14 novembre 2005 à 11:22, par vinteix : "Papier bible" ou "papier cul", on s'en fout ! Le texte ! 4. Le lundi 14 novembre 2005 à 11:40, par Marie.Pool : Franchement ! 5. Le lundi 14 novembre 2005 à 15:03, par jabberwocky : Non, nous n'oublions pas le passage de Bataille, notamment à la Bibliothèque nationale, mais par contre ayant relu récemment "Histoire de l'œil", j'ai été frappé par la qualité de l'écriture que l'on pourrait qualifier de "maigre" ; je m'explique : une écriture sans gras, sans rien à retirer, c'est-à-dire sans rien en trop, d'une évidence un peu provoquante. Bref, un texte surprenant, à relire d'urgence en ces temps "de possibilité d'île" et autres... 6. Le lundi 14 novembre 2005 à 19:07, par vinteix : ... a relire surtout dans la premiere version (1928). 7. Le mardi 15 novembre 2005 à 03:09, par vinteix : Sans vouloir te chatouiller, cher Berlol, petite precision, sans grande importance, et qui n'interessera que les "specialistes", mais G.B. ne publie rien avant 1926... encore ne s'agit-il a ce moment-la que de 3 ou 4 articles erudits de numismatique. En fait, "Histoire de l'oeil" par Lord Auch est bien son premier livre publie (1928), meme s'il n'en reconnaitra jamais publiquement, officiellement, la paternite (secret de polichinelle, pour ses proches en tout cas). 8. Le mardi 15 novembre 2005 à 03:42, par caroline : Mais il est chose importante qui se passe aujourd'hui au Japon
et vous ne nous en parlez même pas!!! 9. Le mardi 15 novembre 2005 à 03:55, par vinteix : Le mariage du jour... ouais... ils nous bassinent avec ca
: le journal de NHK de ce soir n'a parle pratiquement que de ca pendant 35
minutes. Ca en dit long sur l'etat de l'information au Japon et sur le poids
toujours immense du symbole imperial. 10. Le mardi 15 novembre 2005 à 06:07, par Arte : Certes. |
| Mardi 15 novembre 2005. De
la mort ou du vent... On en était resté au soutien-gorge, dimanche, dans le train, quand quelqu'un d'autre veut entrer dans les toilettes... Le palimpseste de L'honorable Partie de campagne est fugace, un amusement qui n'a pas valeur de structure profonde. Toussaint, comme Échenoz à sa façon, joue de motifs qui traînent dans notre collectif littéraire, plus ou moins connus ou conscients, du recyclage. Mais ce n'est pas pour nous les resservir modulo Shanghai-Pékin. Quand le lecteur est appâté, le plus grand plaisir littéraire de Toussaint consiste à dévier largement et très vite — dénoncer, dégager (latter les visions, disais-je ailleurs*). Me voici repris au piège du métro, celui de Nagoya cette fois, ne pouvant fermer le livre pour descendre à ma station. Le téléphone portable offert par le chaperon chinois qui ne sonnait jamais vient de sonner la chute du fruit mûr (Li Qi) et le glas à 10.000 kilomètres : la femme de l'épouse du narrateur a perdu son père. Déchirante description calme et hallucinée. D'un train de nuit chinois, projection de l'affect en image par l'oreille au cœur de Paris et d'une femme désemparée, au Louvre, rue de Rivoli, dans la circulation de la mi-journée, jusqu'à ce que ça coupe. À l'œil écoute de Paul Claudel répond l'autre cliché : l'oreille voit... l'important étant pour le lecteur la puissance imprévue de l'émotion et de l'empathie — enfin, c'est mon cas. Ce n'est pas spécialement ce que je cherche dans la littérature (on verra bientôt, par exemple, que c'est ce qu'il n'y a surtout pas à chercher dans l'Histoire de l'œil de Bataille, l'émotion et l'empathie...) En littérature, on trouve ce qu'on ne cherche pas. Le reste est pavlovien ou pathologique, la littérature de pa-pa. « Penché à la fenêtre, je sentais l'horizon et la courbure de la terre planer et tournoyer autour de moi, j'apercevais des lignes à haute tension qui défilaient obliquement dans le ciel, les poteaux électriques en enfilade qui apparaissaient fugacement et disparaissaient aussitôt de ma vue, promptement avalés par la vitesse du train qui les laissait sur place. Ma chemise plaquée contre mon torse, je gardais les yeux ouverts à la face du vent qui m'assaillait, des grains de sable et de poussière pénétraient dans mes yeux, des éclats d'argile et d'infimes gravillons, ma vue commença de se brouiller, et, dans un brouillard aqueux, liquide, tremblé et faiblement lumineux, mes yeux embués conçurent dans la nuit noire des larmes aveuglantes.» (Jean-Philippe Toussaint, Fuir, p. 57-58) « Et qu'est-ce que la mort sans les pleurs ? », dit Claude Simon au début de L'Herbe. Qu'ils viennent de la mort ou du vent... J'ai quand même donné mes cours sans lésiner sur la bonne humeur, me suis ensuite défoulé au ping-pong avec David et les deux pongistes de haut niveau de notre campus, payant de mon corps encore douloureux du squash quelques points épiques. La confection d'une large salade tomate-concombre parsemée de deux gousses d'ail coupées en tout petit et arrosée d'huile d'olive a nuitamment achevé de me remettre d'aplomb. L'haleine surtout. Ne me reste plus qu'à mettre un point final et aller me laver les dents. __________________________ * "Mines de riens. Essai sur la Télévision de Jean-Philippe Toussaint", p. 99-115 dans Entre parenthèses. Beiträge zum Werk von Jean-Philippe Toussaint / Herausgegeben von Mirko F. Schmidt .- Paderborn : Edition Vigilia, 2003 .- 170 p. Commentaires1. Le mardi 15 novembre 2005 à 08:45, par vinteix : "c'est ce qu'il n'y a surtout pas à chercher dans l'Histoire
de l'œil de Bataille, l'émotion et l'empathie..." 2. Le mardi 15 novembre 2005 à 08:52, par Yasuki Inoué : "En littérature, on trouve ce qu'on ne cherche pas.
Le reste est pavlovien ou pathologique" 3. Le mardi 15 novembre 2005 à 09:48, par Marie.Pool : LE CLEZIO disait à peu près la même chose
. Une option où l'écrivain lui-même se débrouille
pour que le lecteur ne trouve pas dans ses livres ce qu'il y cherche. Mais
il se situait lui-même comme lecteur, j'imagine, ça rend la provocation
moins perverse qu'il n'y parait. QUIGNARD dit que la lecture est une errance
. Quoi qu'il en soit, prendre un lecteur pour un chien qui salive en endurant
les stimulations de renforcement ou de dissuasion de comportements attendus,
ou pour un détraqué est vraiment méprisant.Dans le registre
de la dérision avérée il faut être en surdosage
pour s'infliger un tel auto-diagnostic. Il n'est pas possible de souscrire
sans sourire bizarrement à ce que vous dites si abruptement. Vous
mettez longtemps à montrer vos avis mais quand ça vous prend
la littérature prend des allures de boîte noire d'où bien
des surprises peuvent surgir. Cela me donne envie d'évoquer un extrait
de la lettre de Georges Bataille à René Char sur "les incompatibilités
de l'écrivain". Je ne retiendrai que ce passage qui parle un peu de
certains d'entre tous : "Au moment où le destin qui les mène
prend figure la plupart des hommes s'en remettent à l'absence. Ceux
qui apparaissent résolus, menaçants, sans un mot qui ne soit
un masque, se sont volontairement perdus dans la nuit de l'intelligence.
Mais la nuit où couche maintenant le reste de la terre est plus épaisse
: au sommeil dogmatique des uns s'oppose la confusion exsangue des autres,
chaos d'innombrables voix grises, s'épuisant dans l'assoupissement
de ceux qui écoutent. 4. Le mardi 15 novembre 2005 à 12:15, par Yasuki Inoué : une chienne, non ? 5. Le mardi 15 novembre 2005 à 12:48, par Bartlebooth : Récemment fut évoqué Christian Prigent.
On pourrait facilement, pour contredire intelligemment cette idée de
trouver en littérature ce qu'on y cherche (et que procédant
ainsi on court le danger de... courir peu de danger, de trouver peu de littérature,
et pas d'une modernité très excitante (d'ailleurs, Le Clézio
et Quignard, quellle que soit la littérarité de leur production,
sont à ce sujet très faiblards)) s'y reporter, aller voir dans
un de ses livres, sur l'illisible ou "ceux qui merdRent". Et feuilletant
ce dernier comme cela m'est très souvent arrivé, je tombe sur
une note où il cite aussi cette lettre de Bataille à Char, mais
en préférant un autre extrait, qui répond parfaitement
à cette bête idée d'une littérature utile en ce
sens (y trouver ce qu'on y cherche) : "L'esprit de la littérature
est toujours... du côté du gaspillage, de l'absence de but défini,
de la passion qui ronge sans autre fin qu'elle même, sans autre fin
que de ronger. Toute société devant être dirigée
dans le sens de l'utilité, la littérature, à moins
d'être envisagée, par indulgence, comme une détente mineure,
est toujours à l'opposée de cette direction." 6. Le mardi 15 novembre 2005 à 18:30, par Marie.Pool : "Et il est mort à la fin ?" Finalement dans un débat philosophique pointu et porté sur le mépris, c'est la seule question qui ne gaspille pas de salive. Je conserve celle-ci pour mes prochains enthousiasmes littéraires ciblés comme il se doit. Dans ses mots Léo est aussi méchant que laid des fois, la fréquentation soit-disant amoureuse de milieux noctambules lui a laissé des stigmates faciaux bien gênants. Paix à sa chair à présent. Quant à l'esprit... un peu tourmenté, non ? Des textes de mec coléreux et bravache qui joue à faire son jet le plus loin possible devant sa Maman Péripatéthique. Dans mes jours d'indulgence ( Moins pour lui que pour Brassens ou pour Brel par exemple) je le préférais nettement mieux en chef-d'orchestre symphonique et aussi lorsqu'il se taisait un peu. La vulgarité n'est pas une qualité, c'est un tic ça aussi. On peut s'en débarrasser. 7. Le mardi 15 novembre 2005 à 19:23, par vinteix : Content de voir que G.B. continue de remuer et provoquer joie,
inquietude, d'agiter le jeu lugubre et joyeux des passions, de faire voler
en eclats le remugle des idees et de reveiller les "mangeurs de fromages". 8. Le mardi 15 novembre 2005 à 21:18, par Berlol : Ah, je ne vous aime jamais tant, et mon entreprise n'a pleinement son sens que quand vous ouvrez aussi vos livres ! Car ce n'est pas tout d'avoir des différends, encore faut-il les argumenter pour se les jeter à la figure intelligemment !... 9. Le mardi 15 novembre 2005 à 21:19, par Marie.Pool : Quel souffle malgré la suffocation ! Auto-portrait ? 10. Le mardi 15 novembre 2005 à 21:23, par Marie.Pool : M'sieur Msieur, moi je l'avais ouvert le livre mais ils l'ont envoyé dans le marécage avec des aboiements terribles et en plus il m'ont traitée... M'sieur Ms'ieur comment ils parlent les zigues avec leur bouche, hein ! Comment ils parlent ? 11. Le mardi 15 novembre 2005 à 23:24, par Christian : Aucun rapport (?) avec les sujets développés
par Berlol mais voici les commentaires de l'ambassadeur de France au Japon
sur la situation en France. 12. Le mercredi 16 novembre 2005 à 00:13, par Berlol : Merci, Christian, j'avais vu ça avant-hier. Mais ça ne me paraissait pas digne d'être signalé. On lira aussi la position quelque peu différente de Mathieu Kassovitz sur son site... 13. Le mercredi 16 novembre 2005 à 02:37, par Christian : Pas digne, c'est exactement ça... 14. Le mercredi 16 novembre 2005 à 04:34, par Berlol : En lisant ta réponse, ça m'a rappelé nos longues discussions, il y a 2 ou 3 ans. Quand on avait le temps... 15. Le mercredi 16 novembre 2005 à 05:09, par Yasuki Inoué : Absolument. |
| Mercredi 16 novembre 2005.
Où la pression importe plus que la propreté. Des termes et expressions comme nettoyer au Karcher (où la pression importe plus que la propreté), racaille (plus employé que sauvageon en son temps, qui n'avait fait que ridiculiser son énonciateur), mais aussi expulsion, privatisation, mondialisation, etc., qui émaillent certains discours ministériels, officiels et médiatiques n'ont-ils pas pour but d'assujettir l'ensemble de la population par une recomposition des représentations mentales que ces termes véhiculent en sous-main ? (La fausse monnaie serait donc la vraie...) Qui employait le verbe caillasser le mois dernier ? Strictement personne, sur aucune antenne, et ce après des années de jets de pierres (le verbe formé sur caillasse n'est d'ailleurs pas dans le TLF). En deux semaines, on l'a plus entendu qu'en cinquante ans. Quel a été le premier journaliste à l'employer ? Cela importe peu. Pourquoi ce succès ? Ça, c'est beaucoup plus important ; je ne vois que l'assonance avec racaille. Éh oui, la racaille caillasse, aïe aïe aïe ! Ça passe bien à l'antenne, non ? Il faudrait étudier la valeur guerrière et incantatoire du phonème [ka] qui revient dans les trois mots Karcher, racaille et caillasser. Attention ! Sarkozy vient de passer le relais, le micro, au tandem Larcher Accoyer ! Ceux-ci vont tenter de rallumer les voitures en train de s'éteindre à coup de polygamie et de figure paternelle ! Mesdames et messieurs, on les applaudit !... (Ne comptez pas sur moi pour défendre ou accuser la polygamie, je ne fais que relever les sons de flûte censés diriger nos opinions publiques par le bout du nez — dis donc, Sarko, elle pue, ta flûte !). Le programme Mozbot qui habille les résultats de Google permet de rechercher facilement les documents mis à jour depuis une semaine, un mois, un trimestre, un an, etc. Avec l'association racaille et caillasse, on trouve 307 documents dont 305 mis à jour depuis un mois — deux seulement étant plus anciens. Le mot racaille seul a 40.700 occurrences, dont 39.700 dans des documents des 30 derniers jours. En même temps, je me demande quelle peut être la fiabilité de Google/Mozbot puisque caillasse a 3560 occ. — dont 3570 actualisées depuis moins d'un mois ! Encore le coup d'une partie plus grande que le tout, sans doute résultant d'un bug ou d'un trafic d'algorithme... (À titre indicatif : sauvageon + sauvageons = environ 7000 occ.; racaille + racailles = 54.200 occ., y'a pas photo !) Que l'on parle de propagation de masse comme le faisait Victor Klemperer dans sa Langue du IIIe Reich (à la façon du virus provoquant une mutation irréversible) ou que l'on parle de rythmes langagiers comme l'écrit Pascal Michon dans la dernière livraison de la revue Sciences humaines (n° 165, p. 38-41), il semble bien qu'un choix de mots et de profération, calibrés dans le temps et l'espace de l'information soit à la base même de nos modes de vie. Et si c'était cela qui importait dans certaines nouvelles écritures (Bruce Bégout, François Bon, Jean-Charles Massera, Yves Pagès, Jean-François Paillard, Phillipe Vasset, etc.) ? Notations comme klempereriennes au jour le jour de ce que nous déversent les médias, élaborations fictionnelles par recyclages de fragments documentaires et publicitaires, enchevêtrements rythmiques mi-ironiques mi-lyriques de discours sociaux, etc. C'est toute une bribologie littéraire qui se met en place depuis une dizaine d'années, à la suite des recyclages du Nouveau Roman, eux-mêmes parents du bricolage levi-straussien. Je boirai tout le Nil, si tu ne me retiens pas ! (D)ART(Y). Après avoir fait calculer oralement des surfaces d'appartements pour connaître les prix à la location en euros et en yens, après avoir réparti à des groupes des tâches d'études relatives à la Francophonie et résumé au passage l'aventure du mot mousmé(e) à des étudiantes mi-incrédules mi-scandalisées, après une réunion, des corrections de copies et quelques autres bricoles, je me suis assis le soir venu devant une salade de carottes rapées à ma moulinette, quelques morceaux d'asperges nouvelles à point et un steak haché flanqué d'un œuf au plat — en regardant en dévédé la quintessence de la vraie fausse monnaie dénoncée ci-dessus, son icone même, kitschissime, Podium (Y. Moix, 2003-2004). Malgré un goût évident pour la déconnade, Benoît Poelvoorde et son acolyte (Jean-Paul Rouve) sont en pleine philosophie vivante. N'ayant jamais souhaité devenir des stars par eux-mêmes (comme si ce statut n'était ni enviable ni souhaitable), ils ont organisé leur vie pour jouer et être (?) des sosies de stars — et réussir. Au point qu'à trop jouer le Claude François, on peut impromptu faire Julien Clerc... Très belle leçon de paradoxe et de bribologie (starisation du sosie, récupération d'objets sans valeur, habitat d'un pavillon-témoin, etc.). Qu'on me dise maintenant que c'est un mauvais film, je rétorquerai que là n'est pas la question (à ma connaissance, la pissotière de Duchamp n'est pas une belle pissotière). Par ailleurs, je n'ai jamais spécialement aimé Claude François. Nous sommes tous des imposteurs, nous sommes tous des jouets. Ma scène culte du film sera celle de la chanson Cette année-là chantée et dansée par Bernard et ses Bernadettes sur un parking de centre commercial de banlieue, tous néons allumés, entre un Toy"R"Us et un Darty dont n'est cadré que le ART, chorégraphie parfaite, gratuité totale, 2003 reprenant 1976 qui reprenait 1962, on est dans le tube... Commentaires1. Le mercredi 16 novembre 2005 à 10:28, par Arte : polygame ? C'est un jeu vidéo ? 2. Le mercredi 16 novembre 2005 à 21:55, par vinteix : Moi aussi très ébahi par la mousmé...
"Shiranakatta" ! En regardant dans le Grand Robert, j'ai trouvé une
occurrence chez Proust. 3. Le jeudi 17 novembre 2005 à 06:02, par Berlol : Pas encore vu "Dolls". Mais si tu le recommandes... 4. Le jeudi 17 novembre 2005 à 09:27, par Bartlebooth : sur "la valeur guerrière et incantatoire du phonème
[ka]", pas besoin de penser à Artaud chez qui le phonème est
très présent, que ce soit dans ses incantations glossolaliques
ou non, pour l'interpréter comme ayant un lien avec la fonction intestinale
de rejet (caca). Cependant, et sans mettre Sarkozy et consorts sur le même
plan, il me semble évident que ces mots "Karcher, racaille et caillasser"
sont les symptômes d'un rejet pulsionnel. Je ne retrouve pas dans mes
archives un texte qui, dans la revue TXT (encore Prigent), introduisait le
n° spécial sur le caca : un extrait de Fonagy, "Les bases pulsionnelles
de la phonation". 5. Le jeudi 17 novembre 2005 à 09:32, par Bartlebooth : oublié le lien www.20six.fr/action_writi... 6. Le jeudi 17 novembre 2005 à 09:42, par Arte : sur Mousmé, rien de nouveau sans doute pour vous,
mais je ne connaissais pas le site, qui semble Intelligent ET détendu
... 7. Le jeudi 17 novembre 2005 à 16:03, par Berlol : Cher Bartlebooth, si je ne parle pas de certains auteurs,
c'est tout simplement que je ne les connais pas ou que je n'y ai pas pensé
dans le temps imparti à la rédaction du billet... Pour cette
fois, c'est surtout que je ne les connais pas, sauf Burroughs, Cadiot et
Espitallier, mais trop peu pour les convoquer. 8. Le jeudi 17 novembre 2005 à 17:58, par Arnaud : Et ça a donné quoi, le résultat de ta recherche comparée sur le tarif de l'immobiler ? Je serais très très intéressé d'en lire un petit compte-rendu ! 9. Le vendredi 18 novembre 2005 à 02:28, par Berlol : Ça a donné que les étudiants savent maintenant lire un plan en français, dire que cette chambre fait 5 mètres sur 4, c'est-à-dire 20 m², que la cuisine, etc., la salle-à-manger, etc., et que l'appartement a une surface totale de 85 m², enfin qu'à raison de 10 ou 15 €/m², ça coûte 850 ou 1275 €/mois. Et que si l'euro est à 140 yens, etc. Tu vois le genre... |
| Jeudi 17 novembre 2005. Courte
plume. La nuit dernière, Eugène Savitzkaya chez Veinstein, pour Fou trop poli... Embataillé depuis une semaine, j'avais entendu fout trop au lit... C'est grave, docteur ? À prendre aussi entre les oreilles avant dimanche (merci Éli), le Masque et la plume du cinquantenaire. Ce n'est pas que je porte cette émission dans mon cœur mais quelques extraits anthologiques la rendront utile à ceux qui comme moi s'intéressent aux climats littéraires des temps actuels et révolus. La voix de Michel Polac à la première du 13 novembre 1955 !... Ce passage sur France Inter m'a aussi permis de découvrir Altern2.sons. Histoire du psychédélisme. Pendant que des critiques parisiens des années 60 se shootaient aux sorties et rentrées littéraires, la musique psychédélique explosait aux États-Unis puis en Angleterre (sélection d'excellente qualité, commentaires pertinents). J'en profite pour cirer mes nouvelles bottines. Cirage noir, appliqué à la brosse à dents périmée, séchage et brossage. Je finis à l'évocation d'Altamont (fin de la première émission). Avant cela, j'avais regardé Cavale (2002). M'étais tu après Un couple épatant (2002) mardi soir parce que Lucas Belvaux propose une Trilogie et qu'il faut au moins avoir vu deux parties pour commencer à en parler. Superbe, comme deux calques narratifs se posent l'un sur l'autre ! On en a des illusions d'optique : alors que les tournages se sont faits en même temps, dans les mêmes décors et les mêmes lumières, j'ai l'impression que les colorations et les vitesses des histoires sont radicalement différentes. J'y reviendrai Après la vie... Courte plume ce soir peu d'entrain. Demain, je rouvre un livre, promis ! Commentaires1. Le vendredi 18 novembre 2005 à 00:33, par jcb : Ce n'est pas la longueur de la plume qui compte, mais dans
quoi on la trempe. Et si je n'aime pas trop les oiseaux, c'est justement,
sans doute, à cause de leur plumage si prétentieux souvent,
même s'il est vital chez eux. Je trouve qu'ils en font, et c'est pour
cela qu'ils peuvent être fascinants, " un peu trop ". 2. Le vendredi 18 novembre 2005 à 01:00, par alain : Pourquoi, comment meurent les disques durs ? 3. Le vendredi 18 novembre 2005 à 02:01, par Berlol : Et alors là, tu nous écris par télépathie
? 4. Le vendredi 18 novembre 2005 à 02:38, par alain : J'écris d'un portable ami parce que je ne peux m'empêcher
de venir ici meubler ou dire coucou. 5. Le vendredi 18 novembre 2005 à 11:42, par Marie.Pool : "Dans quoi on la trempe ?""Dans quoi ont la trempe ?" JCb je ne sais pas si ta formule est polysémique ou poly toys'us mais en tout cas elle percute... Vive la peinture ! |
| Vendredi 18 novembre 2005.
Roulements de tambours... En direct de la salle de sport, le début de la sagesse. Une table de restaurant chinois : mise en abyme du changement de point de vue. « [...] ils faisaient tourner légèrement le grand plateau circulaire de la table pour mettre tel ou tel plat à la portée de leurs baguettes et picorer ici un morceau de poisson, là un fragment de porc épicé, qu'ils posaient un instant dans leur bol avant de le porter à la bouche. Je regardais le plateau tourner ainsi sous mes yeux, et, de la même manière que la perception que j'avais de la table se modifiait à chaque fois qu'ils déplaçaient le plateau — alors que les plats restaient imobiles sur leurs bases et que leurs positions relatives sur la table ne changeaient pas —, il m'apparut qu'un changement de perspectives était également en train de se dessiner dans les relations que nous entretenions tous les trois depuis la veille, et que de nombreuses questions qui m'étaient apparues jusque-là mystérieuses [...] s'éclairaient maintenant d'un jour nouveau et pouvaient même trouver une explication rationnelle des plus simples [...] » (Jean-Philippe Toussaint, Fuir, p. 74) Pour moi, c'est toujours l'horreur de voir qu'à l'autre bout du cercle quelqu'empiffré est en train de finir le plat que j'adore et dont je ne me suis toujours pas servi. Le rêve, ce serait un jour de tourner assez vite pour atteindre la vitesse de centrifugation, l'instant précis où les assiettes, de la plus lourde à la plus légère, quitteraient leur point de contact gravitationnel pour partir horizontalement, sortir du plateau et aller s'écraser sur les costumes des convives hurlants et jusqu'aux pieds des gens des tables voisines... Ceci pour que la relativité ait des extrêmes. Déjeuner avec David et JLP chez Pastel où exceptionnellement il n'y a pas trop de monde quand nous passons devant. JLP est au terme de son contrat universitaire et à la veille, presque, de son retour en France. Une très belle réalisation sur du long terme. Pourtant, interrogations d'avenir, même pour manger. Sommes trois dans la trentaine et la quarantaine et constatons amèrement qu'il n'y a plus de situations stables pour personne. Tout ce qui faisait la stabilité des situations universitaires a été insensiblement modifié — rendant plus facile la centrifuge fin de contrat. Dans l'incertitude, c'est la dignité même des personnes qui est atteinte. Et dire que notre université a la dignité humaine pour devise ! Serait-ce une plaisanterie ? Un shinkansen mi-onirique mi-durassique. Demain... Attention... Roulements de tambours... Commentaires1. Le vendredi 18 novembre 2005 à 14:31, par k : je vien de parcourir vite fai le texte sur duras sur lol
jecris comme je tape alors pas de hrlement s'ilvous pelé 2. Le vendredi 18 novembre 2005 à 14:51, par k : ben quoi c'est pas l'heur je me suit fait le camion aussi vers comme vous il y a trois ou quatre semaine, tout et dit normale que vous pensiez qu'il était dans le camion moi aussi quand duras dit le camion vous le voyez et depardieu dit ouyi je le vois. je suis dans un sale etat. dire en deux mots pas facil comme elle lol ce soire la je l'ai laissé partir avec cette douleur, mais je ne suis pas rentrée dans la folie, non il n'avait dit bonne vie alors j'ai eu une "bonne vie" pour lui ca fait 14 ans 14 ans il y a deux ans j'au lu , vu duras et j'ai su juste en la voyant cette douleur je l'avais aussi alors j'ai lu la vie matérielle, puis le ravissement, j'ai pensé à lui puis hirochima c'était toujours lui je l'ai recherché je j'avais toujours son adresse et la plus rien sur internet je l'ai retrouvé, on s'est revu m'a dit qu'il avait pensé à moi pendant tous ce temps, des moments unique impossible d'immaginer de retrouver quelqu'un 14 ans après pareil, mais la j'ai plus de nouvelle depuis 1 mois et je crois que je vais plonger dans cette folie,dans se trou dans se vide 3. Le vendredi 18 novembre 2005 à 14:52, par k : mais il est pas 14 h51 quoi ciao 4. Le vendredi 18 novembre 2005 à 15:10, par k : OUI alors oui je suis d |