Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Septembre 2006

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Vendredi 1er septembre 2006. On a été débordés, je vous cache pas que.

10h50, appel du service Bagages de British Airways pour me proposer livraison de valise entre 16h et 20h. Voix jeune, ne s'excuse pas, boulot boulot, reconnaît juste qu'on a été débordés, je vous cache pas que, et donc pas répondu au téléphone... Pas la peine d'insister. On verra après. En tout cas... Youpi ! (Sauf que ça me bloque l'aprem.)

Faut que je sorte, morbleu !
Mes pas me portent sur la montagne Sainte-Geneviève. Festival de nuages au-dessus du Panthéon.
Et la chaleur...

Déjeuner aux Fontaines, rue Soufflot. Seul. Une carte avec des choses qui sortent de l'ordinaire, comme ce succulent fondant d'artichaut au foie gras. Après, un tartare classique, c'est comme ça qu'ils l'appellent sur la carte, et il est classique, et bon. Et des frites qui, là, malheureusement, ne sont pas des frites mais des quartiers de pommes de terre frits (la frite doit être peu épaisse pour que l'intérieur et l'extérieur soient à peu près à la même température ; si on coupe gros, l'intérieur reste longtemps très chaud, et c'est un peu comme de la purée...).

Caniculaire voyage en deux bus pour arriver au Jeu de Paume, musée où je vais voir l'exposition de photographies de Cindy Sherman. L'unité de mesure, dans le travail de CS, c'est vraiment la série. Son principe, c'est l'utilisation de soi pour des mises en scène photographiques dans lesquelles réside toujours une part plus ou moins grande d'humour, d'exhibitionnisme et de détournement d'un modèle ou d'un stéréotype (cinéma, peinture, scène de crime, pornographie, etc.). Forcément, ça m'a fait souvenir de Claude Cahun.

Retour rapide pour être à la maison à 16 heures et attendre la valise... qui arrive un peu avant 19 heures. Apparemment en bon état. Mais... tiens... une roue pétée. Enfin, pas la roue elle-même mais le socle de la valise, fendu sur une vingtaine de centimètres en suivant le contour de la base de la roue... Quand on appuie, ça baille un peu... J'ouvre avec ma clé. La serrure n'a pas été abimée ni forcée... Tout est là, bien rangé, mais... trempé ! Pas à tordre, pas dégoulinant, mais imbibé. Maillots, T-shirts et chemises sont un peu comme des éponges. Un costume, un polo et un pull sont humides mais avec des taches de moisissure. C'est-à-dire depuis plusieurs jours dans cet état d'humidité (T. me confirmera plus tard qu'elle a lu quasiment la même description de contenu imbibé sur un blog d'un voyageur japonais). Bon, allez, une machine à laver de tout ce qui peut l'être. Photos de moisissures et du socle fendu. Des pièces à conviction pour le dossier, puisqu'il va falloir en faire un. Demain matin, le reste ira chez le teinturier. Je n'ai que deux chemises et une laine polaire d'utilisable...
Voilà, fin de la première semaine de mes vacances. Demain sera un autre jour.

Commentaires

1. Le vendredi 1 septembre 2006 à 09:59, par caroline :

Bravo !

2. Le vendredi 1 septembre 2006 à 17:15, par dino :

md, 10 années :
pampakampa.canalblog.com/...

3. Le samedi 2 septembre 2006 à 04:36, par cg :

ouf ! titiller du contentieux a finalement été efficace !
seul point positif : le feuilleton de la Valise a animé cette semaine de JLR d'un suspense insoutenable ...
bonne idée d'aller visiter l'expo Cindy Sherman (qui ferme demain je crois) : humour et détournement, certes, mais aussi une bonne dose de critique sociale et de désespoir
peut-être d'ailleurs les femmes (pour qui l'effet miroir de ces avatars du corps féminin joue à plein) y sont elles plus sensibles car obligées au quotidien de se prêter à une mise en scène de soi moins extrême mais souvent pesante

4. Le samedi 2 septembre 2006 à 09:18, par brigetoun :

mais vous vous consolez avec des pauses restaurants ou cafés de belle engeance.
pour encourager les femmes dans cette mise en valeur du moi, j'ai l'impression que les jeunes (30-40 ans et moins) hommes s'y mettent

5. Le samedi 2 septembre 2006 à 18:55, par Alex :

Quelle aventure !
Une valise au socle brisé et tes affaires trempées... Aurait-elle traversé la Manche à la nage ?

6. Le dimanche 3 septembre 2006 à 12:47, par Berlol :

Oui, chère Christine, je suis bien sûr maintenant que Cindy Sherman est une grande photographe, doublée d'une grande humoriste dans la veine de La Rochefoucauld ou Chamfort. Je crois bien l'avoir découverte par Philippe De Jonckheere...
Chère Brigetoun, je ne suis plus dans la tranche que vous dites, mais quand même fervent féministe...
Salut Alex. En effet, on peut se poser la question... Mais tu ne crois pas qu'il devrait y avoir des poissons et des algues... Enfin, l'essentiel est qu'il n'y ait pas d'attentats et que je survive...



Samedi 2 septembre 2006. Haute en couleurs et métaphores narration.

Même pas le temps d'écrire ma journée
Que déjà son lendemain m'emporte...
C'est comme ça (à trop vivre) que les diaristes se font avoir !

Au menu :
Déjeuner familial avec sacre du neveu de 15 mois sur fond de rosbif
Batobus par beau temps avec sœur et beau-frère
Glaces, crêpe et boissons aux environs du Champ de Mars, avec slalom entre les touristes
Reprise du Batobus jusqu'à l'arrêt Saint-Germain-des-Prés (en fait, sous le Pont des Arts)
À pied à trois jusqu'à la République pour retrouver Samantha, une amie de ma sœur
Les quatre au Troisième Bureau pour deux heures de dîner comme un film
Menu dans le menu : gelée de saumon au céleri et rognon de veau sauce échalotte
Et haute en couleurs et métaphores narration du tournant de la vie de Samantha...

Suspense... Si si, vous verrez...
Et au temps pour moi, l'espèce de dinosaure à l'entrée du Jardin des Plantes côté Mosquée de Paris n'est pas nikidesaint-phallesque, il est une œuvre de Niki de Saint-Phalle ! (voir ma photo de dimanche dernier ; ici détail de la mosaïque en verre de Murano)

Véritable histoire de Samantha de Boulogne.
Samantha, qui a fait des études d'histoire de l'art ou les beaux-arts je n'ai pas très bien entendu quelqu'un a ri derrière nous et de toute façon je ne connais pas ces filières, s'est retrouvée on ne sait à la suite de quel concours de circonstance dans la direction de la pub d'un quotidien sportif. Elle s'en est accomodée d'autant qu'elle gagne correctement sa vie. Côté amour et quoique bien de sa personne elle semble s'être ramassée pas mal de fois et s'est donc caparaçonnée qu'on ne l'y reprendrait plus. Pourtant, un gars sensible déjà muni d'une fillette d'une précédente union réussit à la convaincre de se débarrasser de son armure et de lui laisser déborder la tendresse, sans qu'elle calcule trop que ça allait un peu vite pour être vraie confiance ou profond amour. Après trois mois de composition familiale, grosse marche arrière du gars trop sensible finalement pas prêt à recommencer quelque chose, et Samantha rien que sa peau directe la douleur des semaines comme mourir. Intermède à New York avec une amie à qui un appartement était prêté, et moult dépenses compensatoires. Retour et déprime, je ne sais plus l'autre derrière a encore ri grassement et on n'est pas rue de la Folie Méricourt pour rien. Mais... Une bonne conseillère l'avait dirigée sur un psychiatre psychanalyste, moi qui ne savais pas qu'il y en avait qui faisaient les deux j'en suis resté coi. Où elle est allée un peu méfiante mais bien contente de déballer son sac à quelqu'un payé cent euros les quarante cinq minutes rien que pour ça toute la journée et qui a des cas habituellement plus... prise de tête que celui de Samantha. L'ayant flattée qu'elle était bonne analyste elle aussi et bonne raisonneuse mais en système fermé où elle avait toujours raison, il lui enseigna la mœbiale inversion ou comment voir l'envers de soi (un bout) et que croyant bien mener sa vie elle ne vivait en réalité depuis toujours que selon des principes disons ici doxiques qui n'étaient pas ses choix profonds, ses désirs pour aller vite, et que justement elle avait peut-être accepté trop vite l'homme et l'enfant d'une autre. Alors Samantha, ou l'amie de ma sœur dont le désir est de s'appeler Samantha, commença à reconsidérer toutes sortes de choses, comme la détestation de Boulogne où elle n'était venue habiter que pour être près de son travail, un travail qui n'est pas non plus son choix, et d'autres choses, des cascades, des enfilades de choses. Alors, depuis quelques jours seulement, Samantha qui n'est pas du genre à tout plaquer subitement, modifie et ajuste des petites choses dans sa tête, dans ses propos et dans son emploi du temps professionnel. Et il y a déjà de grandes répercussions qu'elle essaie de bien contrôler avant de changer d'appartement, de travail qui sait. Et se confier à ma sœur et mon beau-frère ce soir en présence d'une dangereuse chambre d'écho dont elle ignore tout, car elle ne sait rien de moi, fait partie de ces changements.
Cette véritable histoire de Samantha m'a intéressé et ému parce que Samantha a su la bien narrer tout en souriant buvant et mangeant comme nous au Troisième Bureau et rebondissant sur nos incises et nos jeux de mots comme celui de son instinct grégaire dans ma psychanalyse à deux balles vous ne pouvez pas comprendre, mais aussi parce qu'elle est symptomatique de l'aveuglement et du fourvoiement qui sont les deux mamelles de notre humaine condition.
J'espère, lecteur, que toi aussi tu apprécieras à sa juste valeur l'histoire de Samantha plus pour longtemps de Boulogne et pourras en tirer enseignement pour toi-même te bien conduire.

Commentaires

1. Le dimanche 3 septembre 2006 à 01:50, par brigetoun :

tiens si je reviens à Paris en touriste il faudra que j'essaie le bateau bus

2. Le dimanche 3 septembre 2006 à 02:06, par Dominique Fromentin :

que vous mangez bien...
moi qui me demandais toujours qui c'était tous ces gens qu'on voit tout le temps dans les restaurants à Paris comme s'ils n'avaient que ça à faire
et je suppose que c'est valise à la main pour ne plus la perdre ? et la photo d'Angot à l'intérieur pour votre table de chevet, pas trop esquintée ?

3. Le dimanche 3 septembre 2006 à 12:30, par Berlol :

Bah voyez Dominique, des fois, j'y suis. Et dans la vie, je n'ai pas que ça à faire. Ceci dit la vie, hein, pour quoi faire d'important ?, dites-moi un peu... écrire des livres ? allons allons, ça ou autre chose, ce n'est pas à vous que j'apprendrai qu'aveuglement et fourvoiement sont les deux mamelles de notre humaine condition... Quant à la valise, elle va aller à la poubelle : elle pue et elle est pétée du socle... et aux frais de la reine d'Angleterre, encore.

4. Le dimanche 3 septembre 2006 à 12:51, par Dominique Fromentin :

Invisus invisum divisit : c'est ça ou je me trompe ?
Allons relire Racine plutôt que se lover aux (chères) mamelles de la psychanalyse.

5. Le lundi 4 septembre 2006 à 05:29, par dino :

"rien que sa peau directe la douleur des semaines comme mourir" j'aime cette phrase, je peux vous l'empreinter, j'aimerai la mettre dans mon blogmachin truc.................

6. Le lundi 4 septembre 2006 à 14:18, par Samantha :

A la lecture de ma propre petite histoire ici narrée, je ne pouvais resister à l'envie, voir au besoin, d'y répondre! Comme il est curieux de "se lire", comme il est intéressant de constater l'analyse que les autres font de vous et de l'image que vous envoyez...et comme il est dangereux de raconter sa vie à sa vieille amie en ne se méfiant pas de son frère!!!
Lecteurs, notez ceci dans vos tablettes, et pensez à prendre renseignements sur les convives qui partagent vos tables. Un lien de filiation avec un ami n'est plus un gage suffisant! lol
Mais pour finir plus sérieusement, je suis très impressionnée par ton analyse, sa retranscription...et je suis au final, fort flattée d'avoir ainsi gagné une petite place dans ces pages!
Et si cette tranche de vie fait quelques émules, je promets de donner quelques nouvelles des trépidations de Samantha..plus de Boulogne pour encore longtemps.

7. Le lundi 4 septembre 2006 à 15:36, par Berlol :

Chère Samantha, merci de ta compréhension. Et tu es toujours la bienvenue pour donner de tes nouvelles, ou autre chose. Bonne continuation !
Dino, autorisation accordée (avec lien vers ici, comme il se doit).

8. Le lundi 4 septembre 2006 à 16:37, par dino :

Si vous passiez vous auriez vu qu'il y été déjà
le lien,
cela va sans dire, evidement,
vous me prenez pour qui

9. Le lundi 11 septembre 2006 à 08:27, par Berlol :

François Bon propose une surprenante continuation / réponse à la Véritable Histoire de Samantha de Boulogne...



Dimanche 3 septembre 2006. Elles étaient là, les chaussures de sport.

Chez mon père, déjeuner rapide. J'y suis pour tri d'affaires m'appartenant. Cinq ou six cartons, plus quelques babioles. Deux heures plus tard, grand sac pour la poubelle, et trois cartons à conserver. Je repars avec des chaussures de sport (elles étaient là, les chaussures de sport que je cherchais dimanche dernier) et une photocopie intégrale de la Corde raide de Claude Simon (1947), ce qui va me permettre de retrouver les italiques (personne ne s'étant manifesté depuis mon appel...).

Soir. Titine me demande de lui photographier une belle de nuit bicolore sur le balcon. En attendant le retour de Michel, on s'est loué Ring 2 (film japonais de Hideo Nakata, 1998, à ne pas confondre avec les remakes américains). On s'endort l'un après l'autre ou en même temps. On n'en voit que des bouts et ça ne fait pas du tout peur.

Lu dans le train de banlieue, cet après-midi, avec peut-être un début de réponse à mon questionnement de jeudi.
« Nous nous retrouvions au Mazarin, à l'ouverture duquel Simon avait participé et dont il faisait bon nombre de fermetures. Nous commencions à boire et à manger à deux ou trois pour finir à quinze et plus.
— À boire, ou je tue le chien.
— Bistrotier, apporte-nous ton mauvais vin.
— Francis, sers ta belle clientèle, elle a soif, disait Simon.
— Francis, t'occupe pas des touristes, ils ne reviendront pas. Ta nourriture est trop pitoyable. Sers-nous. Nous qui sommes là hiver comme été.
[...] Simon savait boire et il m'apprit. Il vivait en seigneur, travaillait par périodes, disposait de grandes plages pour boire avant de s'y remettre. Tony le retrouvait donc là, accompagné d'amis qu'il nous présentait par le prénom, ou embarquait tout le monde. Je suivais. Cette compagnie me satisfaisait ; je disposais de peu d'argent mais je ne m'en parlais pas. Tous me semblaient très adroits en reparties et faits d'amour, tenant bien l'alcool et vivant sur des revenus mystérieux ou de rentes.
[...] La compagnie du Mazarin, plutôt masculine, ne se renouvelait qu'en poivrots et Tony se targuait de filons de fiancées dans des quartiers capitaux où les gens faisaient des vraies choses avec plein d'énergie. C'était son mot.»
(Alain Sevestre, Le Slip, p 55-56.)


Lundi 4 septembre 2006. Ni question goût ni question solidité.

C'est la rentrée et on a plein de choses sérieuses à lire. Par exemple Christophe Bourseiller, qui bloguédite un article de 2001, et c'est très intéressant : Guy Debord, les situationnistes et l'extrême droite : récupération à tous les étages (initialement paru dans Archives et Documents situationnistes).
Parce que si on n'avait que les nouveaux auteurs, les primo-publiants ! Mais non, il y en a d'autres ! On en découvre derrière, dessous, à rebours, par des chemins tordus et des amis aussi lointains que proches... Comme ce Théo Lésoualc'h chez Grapheus Tis.
Je recommande aussi la nouvelle émission de Monique Canto-Sperber, Question d'éthique (France Culture, le samedi, 12h30-13h). On en avait besoin.

Mais la matinée passe vite. Et c'est déjà l'heure d'aller déjeuner à l'Industrie, rue Saint-Sabin, avec Dominique Meens qui me dédicage amicalement son Choucas, canard, pouillot (aux éditions Contre-Pied, 2004). Il fait partie des auteurs entendus à la radio, lus suite à bonne impression puis cités dans le JLR — et qui ont eu la bonne idée de se manifester. Spécifiquement, pour Dominique Meens, en me citant, parce que me fréquenter ne sert à rien (JLR du 12 août). Et ça se confirme. Et c'est très agréable. La conversation tourne autour de deux populations incomparables, celle des oiseaux, celle des auteurs. Je ne donne pas le contenu. Derrière nous, à une autre table, Charlotte Rampling...

Marchons jusqu'à Izrael, boutique d'épices rue François Miron, que Meens recommande, hélas fermée pour vacances jusqu'à demain. On se quitte. Passage rapide au BHV rayon valises, rien de bien, ni question goût ni question solidité, ou c'est que je ne suis pas prêt...

La bruine matinale a fait place à de la grosse chaleur. Bus et RER jusqu'à la BnF, Tour des Lettres, où j'ai rendez-vous pour la mise en place d'un projet auquel j'aurai l'honneur de participer. On en reparlera, comme dit Alain Sevestre.

« Je pars sans attendre, grille tous les autres feux, regarde les voitures dans les yeux, fonce, me faufile entre le bus et le trottoir. Rue de Richelieu, dans le couloir des bus, je force les taxis à me doubler comme un véhicule motorisé. À l'angle de la rue Montpensier et de la rue de Richelieu, je freine brutalement au nez d'une Zastava plus obstinée qui s'engage à contresens et se gare en double file. Je repars, jette un œil derrière moi, vois le type descendre de son véhicule et s'engouffrer aussitôt dans l'armurerie qui fait l'angle.» (Alain Sevestre, Le Slip, p. 68)

Angle, c'est un angle, oui. Celui d'un intersection entre deux livres, l'autre étant son Double Suicide Villa Godin (1987)...

Commentaires

1. Le mardi 5 septembre 2006 à 02:31, par caroline :

Bravo Miss Tic !



Mardi 5 septembre 2006. Guacamole, taboule et carpaccio — assurément trois bons copains.

Recherche de valise, I. C'était hier.
Recherche de valise, II. Aux Galeries Lafayette de la place d'Italie vers 11 heures. Pas de vendeuse dans le rayon, ce jour, avant 13 heures ! Un peu d'hypoglycémie à cause du café et de la rage de l'irresponsabilité dans les services, achat de petites pâtes d'amande.
Retour à la base pour prendre des informations sur les valises via les sites web des fabricants de valise (sera utile par la suite, les vendeurs ne sachant même pas le poids des valises vides alors qu'on nous demande de plus en plus dans les aéroports d'être exact à plein au kilo près).

Odéon. Déjeuner italien et cinéma allemand avec Marguerite. Mon Dieu, mais quelle nullité, ces Particules élémentaires ! Du très très mauvais cinéma, un docu-fiction tellement plat qu'on en dort et regarde sa montre toutes les cinq minutes... Je ne dirai pas que le livre était mieux parce qu'il m'avait pesé aussi mais le film est nettement pire. Il y a une fatalité qui s'acharne contre Houellebecq, son style est pauvre, son image est ruinée et les produits dérivés de ses livres sont condamnés (projets avortés de films en France, film allemand pesantissime, etc.).
De quoi choper une bonne colère.

Recherche de valise, III. Au Bon Marché vers 17h30, en bus par la rue Saint-Sulpice où il y a un chemisier JLR...
Chaleur partout et la climatisation ne fonctionne pas au rayon bagages. La vendeuse Samsonite ne renseigne pas sur les autres marques (comme Rimowa ou Delsey, par exemple), elle n'a pas tous les modèles, elle les attend pour jeudi ou vendredi. Mais je ne peux pas rester dans l'incertitude. J'en réserve une (dans les 75 centimètres de haut, juste comme celle qui... que... enfin, bon, l'ancienne) et prends sa carte pour me dédire en cas d'achat ailleurs. Je suis franc. Elle comprend.
Au moins, ça, c'est fait. Bus vers Saint-Germain puis Odéon mais pas le temps pour attendre le 96 qui n'arrive pas.

En métro jusqu'à Jourdain pour attendre Cécile, prendre un café devant l'église et monter dîner chez Constance. Où l'on devisera jusqu'à onze heures et demi, avec guacamole, taboule et carpaccio — assurément trois bons copains.

Commentaires

1. Le mercredi 6 septembre 2006 à 01:05, par cg :

petit conseil pour ta quête du graal (je ne me prends pas pour la fée qui conseille le preux chevalier, rassure-toi, mais suis moi-même toujours en quête de la valise idéale) :
il y a beaucoup plus de choix dans les grands magasins de la rive droite : galeries lafayette ou printemps hausmann
à essayer aussi, dans le même quartier, la maroquinerie parisienne (30 rue tronchet - tout près du printemps en redescendant vers la madeleine) ou les prix sont cassés (mais pas les roulettes)

2. Le mercredi 6 septembre 2006 à 03:08, par brigetoun :

mais le 96 n'arrive jamais ! quoique le 69 ou le 61 c'est pire ! les bus c'est un luxe d'oisif

3. Le mercredi 6 septembre 2006 à 09:57, par Berlol :

Brigetoun, on a parlé de vous aussi, chez Constance, forcément...
A cause du mot "roulette", le message de CG était coincé dans le filtre. Je l'ai libéré. Merci pour le conseil. J'allais y aller demain. Mais il y a du nouveau, surprenant, vous verrez ce soir...



Mercredi 6 septembre 2006. Qu'on déballe, qu'on ouvre, qu'on teste et qu'on soupèse.

Chez le teinturier, place Monge, qui s'est occupé de mes affaires détrempées et moisies dans la valise. Impeccable. Et facture pour le dossier. Voilà que je peux enfin m'habiller. Ça tombe bien !

Train pour Orléans à 10h47, bien climatisé, il faut y garder sa veste.
Quand j'arrive, au bout du quai, Antoine Volodine m'attend. Je le reconnais, d'après photos. Jusque là tout va bien...
Le début, les premiers mots premiers pas, on ne sait jamais comment faire, ni comment ça devrait être, l'impro, et la crainte de tout plomber, de tout mal orienter par un propos aussi anodin que mal pris. Je crois que ça va, je m'en tire avec les gros travaux de construction de la nouvelle gare qui sont bien entamés alors que c'était la ruine du précédent bâtiment en mars. Antoine Volodine m'emmène dans un restaurant de la place du Martroi où, déjeunant, nous nous racontons divers éléments de nos vies dans le désordre des reparties et des associations d'idées, comme tout le monde à notre place. Je l'admire mais ne suis pas dans la révérence. Sauf que de temps en temps, je me frotte intérieurement les yeux en me disant que je suis en face de l'auteur de Bardo or not bardo et du Nom des singes (etc.), que c'est incroyable ce qui m'arrive et que c'est moi qui l'ai voulu — pour évoquer la préparation d'une éventuelle venue au Japon, elle-même reliée à un projet de traduction en japonais. Je m'aperçois assez vite que, comme je l'avais espéré et vaguement prévu, il n'est pas la personne sérieuse et sombre à laquelle des médias et des critiques ont voulu faire croire. Lui aussi doit comprendre encore plus rapidement le charlot que je suis.
On élargit la discussion au stage de mes étudiants à Orléans, à des sujets de thèse, à d'autres visiteurs du Japon, en toute liberté. Et lui ne trouve pas un bon prétexte pour se barrer vers 14 heures comme il en aurait parfaitement eu le droit. Au contraire, on attaque des pans massifs, la littérature de quelques littérateurs, des émissions de radio qui se passent plus ou moins bien, le mépris des services culturels pour ce qu'écrivent leurs invités, etc. On fait une petite balade à pied, circulaire sous le cagnard, et puis on se remet à une terrasse pour boire un coup, emportés par une foisonnante discussion partie de... Kill Bill et continuée sur le thème des films... de karaté, de Hong Kong, de Kitano, etc. Parce qu'il a pratiqué les arts martiaux. Parce qu'il a fait du chinois (et pas seulement du russe).
Du temps passe, de la franche rigolade, même, et après la sympathique dédicace de son Post-exotisme en dix leçon, leçon onze dont je m'étais muni ce matin, j'en reviens par hasard à ma valise...

Recherche de valise, IV. Chez Badinier, rue Royale à Orléans.
... j'en reviens par hasard à ma valise (merci, Jean-Claude, pour la suggestion) et Antoine Volodine me dit qu'il connaît tout près un bon magasin de bagages, qu'on peut toujours y faire un saut, ou bien ce sont mes mots mais bon à peu près, et on y va. Là, au sous-sol, caverne alibabesque, il y a tous les modèles que j'ai cherchés dans les grands magasins de Paris, et une vendeuse tout à fait à jour sur les articles. Et vas-y qu'on déballe, qu'on ouvre, qu'on teste et qu'on soupèse. Craignant d'abuser de l'amabilité d'Antoine, je lui demande si ça ne le dérange pas, suggérant que je peux continuer tout seul avec la vendeuse, toujours dans l'idée qu'un grand écrivain a forcément autre chose à faire que rester avec moi pour choisir une valise... Mais non, tout ça l'amuse beaucoup. Et le concerne aussi, visiblement. Car il voyage pas mal de son côté et que de bonnes informations sur les bagages ne sont pas à négliger. Bref, j'achète une Samsonite grise à quatre roues (même prix qu'à Paris, je précise).
Puis on remonte vers la gare tout doucement, moi roulant la valise dont, sauf nous, tout le monde ignore qu'elle est vide.
Retour en train en retard et non climatisé, une étuve dans les 45 degrés. Je dégouline de partout. Je reste debout. Dans le wagon voisin, il fait quelques degrés de moins, la transpiration s'arrête, la vie redevient possible... Pourtant il y a moins de monde. Les gens n'essaient pas, croient qu'il fait aussi chaud partout. En général, les gens n'essaient pas, ils sont quelque part et ils n'ont pas la curiosité d'aller voir ailleurs s'il fait moins chaud.

« Hein ?... Je vais répondre. Nous avions appelé cela le post-exotisme. C'était une construction qui avait rapport avec du chamanisme révolutionnaire et avec de la littérature, avec une littérature manuscrite ou apprise par cœur et récitée, car parfois pendant des années l'administration nous interdisait de posséder du matériel de papeterie ; c'était une construction intérieure, une base de repli, une secrète terre d'accueil, mais aussi quelque chose d'offensif, qui participait au complot à mains nues de quelques individus contre l'univers capitaliste et contre ses ignominies sans nombre.» (Antoine Volodine, Le Post-exotisme en dix leçons, leçon onze, Gallimard, 1998, p. 17)

Commentaires

1. Le jeudi 7 septembre 2006 à 01:19, par brigetoun :

on trouve tout en province : des valises et Volodine - pour les places de train comme pour beaucoup de chose : oui vive l'instinct grégaire

2. Le jeudi 7 septembre 2006 à 09:59, par alain :

Mince, à quelle heure suis-je parti ? Avais-je un bon prétexte pour quitter le lieu ?
Vite, une réponse, je t'en prie.

3. Le jeudi 7 septembre 2006 à 13:33, par timide :

c'est vrai, alain, que berlol est complexant à toujours raconter que sa rencontre avec untel ou une telle a été enrichissante grave et pleine de connivence et si tellement tout ... forcément lorsqu'on le rencontre on compare et, si on est un tant soit peu conscient de ses propres insuffisances, on déprime

4. Le jeudi 7 septembre 2006 à 16:47, par Berlol :

Pour Timide, je ne sais pas, mais je ne me vois pas en train de complexer Alain...

5. Le lundi 11 septembre 2006 à 05:33, par janu :

(J'ai une passion folle pour "dont, sauf nous, tout le monde ignore qu'elle est vide", qui aurait aussi fait un titre).

6. Le lundi 11 septembre 2006 à 08:06, par Berlol :

"Passion folle", comme vous y allez ! En tout cas, je suis bien content que ça plaise... Et puis maintenant que ladite valise est arrivée à Tokyo, ça lui fait déjà toute une histoire.



Jeudi 7 septembre 2006. Nos croisements et accointances webiques.

Impressionnant article de Jérôme Pintoux sur Alain Bashung, Un Dandy fuligineux. C'est tout ce qu'il est resté de mes lectures matinales. Et puis je l'avoue, j'ai beaucoup de retard dans l'agrégateur. Et tellement d'émissions de France Culture à rattraper... Puis courses et téléphonages de fin de séjour qui commence, hélas.

Aux Tuileries, d'étranges touristes sur d'étranges machines arrivent par la place de la Concorde. Les grilles m'empêchent de les photographier quand ils sont encore perchés dessus. Ils en descendent pour entrer dans les jardins, leur machine à la main. N'y voyant que deux roues, je me demande comment cela tient debout. Quelqu'un connaît-il ces engins ?

Déjeuner avec Nathalie Jungerman chez Véry. Le tarama n'y est pas mauvais, même s'il n'arrive pas à la cheville de celui que je prends chez Sitia (5, rue de Bazeilles). Que Cerisy nous semble proche, dans ce cadre végétal ! Nous faisons le tour de nos lectures. Elle boucle une Florilettres ces jours-ci, toujours passionnée — et passionnante — de poste et de correspondances. Elle me fait regretter de ne pas être en France pour Grignan et Manosque.

Détour par le Bon Marché pour la réserve de thé Kusmi que j'emporterai à Tokyo dimanche.

Puis, pendant qu'on travaille, Michel et moi, la soirée s'ordonne (par téléphone) autour du rendez-vous que j'avais pris avec Philippe De Jonckheere : Constance peut venir, puis Nathalie, Michel aussi.
L'un après l'autre, à trente minutes d'intervalle, ils arrivent à la terrasse du Monge où Constance nous offre des exemplaires vintage de 00h00.com — et ne nous offre pas le premier pdf jamais réalisé en littérature française, en 1997 si j'ai bien vu, celui de Candide, qu'elle garde dans sa collection personnelle.
Le temps s'est nettement rafraîchi, on ne dînera pas en terrasse.

Michel nous emmène à l'Huître et demie, rue Mouffetard. La carte est axée poisson, mais je n'ai pas la tête à la marée, j'opterai pour le rumsteack au poivre vert (tout à fait acceptable, avec un gratin dauphinois de bon aloi).
Il est beaucoup question des activités réticulaires de chacun, de nos croisements et accointances webiques (il y a très très longtemps, sur la liste Balzac-L, si je me souviens bien, j'avais appelé ça la post-webance, aujourd'hui encore nullax de Google, c'est dire le peu d'influence que j'ai, et c'est très bien comme ça).
Ces discussions, en relation pour moi avec une actuelle réflexion sur la nature ontologique de l'intimité, m'ont fait prendre conscience d'une forme de réserve ou de complexe dans mon rapport à l'image de l'autre. Par respect de celles et ceux que je photographie mais aussi pour m'éviter certains effets pervers de la mise en ligne, j'en suis venu à presque proscrire de mes pages les photos de portrait, au détriment de détails, de silhouettes, d'à-côtés comme les plats des restaurants (dont je sais qu'ils énervent bien des lecteurs). J'ai ainsi des centaines de photos sublimes de diverses personnes (ou des photos de diverses personnes sublimes) mais je ne les diffuse pas, sauf au coup par coup, en envoi privé.
Ma thérapie commence donc aujourd'hui, après accord dûment demandé à Nathalie et à Constance (et obtenu, je les en remercie). Je ne demande pas l'accord de Philippe, on en a parlé. Ni celui de l'écrevisse, pourtant ici morte et obscène.

La bouillabaisse que propose le restaurant est en effet, de l'avis d'une Marseillaise, loin d'en être une. Ce que nous pouvons vérifier par la charte (à comparer avec la photo).
Philippe, tu n'as donc toujours pas mangé de véritable bouillabaisse ! Mettons cet objectif à notre prochaine rencontre, en novembre, si tu veux bien.
En revanche, Constance le savait. Mais d'autres propos nous ont tellement portés ailleurs qu'il n'en a nullement été question pendant.
Et puis j'ai très bien dormi.

Commentaires

1. Le vendredi 8 septembre 2006 à 05:40, par Philippe De Jonckheere :

Ah tu me bats d'une fraction de seconde, je suis vaincu j'enrage: www.desordre.net/blog/blo...

2. Le vendredi 8 septembre 2006 à 06:16, par Berlol :

Hé hé, c'est de ne pas être à jour du 5 et du 6 qui t'a retardé... Mais ce que tu apportes de réflexion sur l'intime est très précieux. On va y travailler. Pour la bouillabaisse, je vois que tu avais compris tout seul.

3. Le vendredi 8 septembre 2006 à 07:07, par caroline :

Je saute de ce pas sur le Désordre pour avoir l'autre version !!

4. Le vendredi 8 septembre 2006 à 07:30, par brigetoun :

ma foi, une bouillabaisse même fausse ! d'ailleurs les chartes n'ont rien à y faire, et il en est de multiples.
certain turban a fait des incursions dans notre sud

5. Le vendredi 8 septembre 2006 à 07:39, par brigetoun :

j'aime bien le "nul ne gagne à être connu" - mais vous avez encore un coté peut être intimidant ou lointain géographiquement.
j'ai du accepter deux déjeuners que je n'aurais pas souhaités, et je ne tiens pas un blog visible ou à contenu marquant

6. Le vendredi 8 septembre 2006 à 11:00, par Dominique Fromentin :

que ce mot "webique" est un triste néologisme : j'espère qu'il ne reflète pas vos amitiés, lorsque par hasard vous vous retrouvez loin de vos écrans
avez-vous au fait passé une fois le périphérique, hors dans le Corail d'Orléans ? (ah oui, j'oubliais Boulogne)

7. Le vendredi 8 septembre 2006 à 11:02, par joao :

les drôles de machines à deux roues :
www.segway.com/

8. Le vendredi 8 septembre 2006 à 12:46, par Berlol :

Merci, Joao ! Ne connaissant même pas leur nom, je ne pouvais pas les chercher...
DomFrom : "webique" n'est pas pire que "blog", à moins d'insister pour le prononcer "ouais, bique !" (et puis ça doit dater de 95-96, comme post-webance). Sinon, je suis allé à Choisy-le-Roi, à Yerres et à Saint-Denis, déjà pas mal pour une petite quinzaine, non ! (En revanche, je ne crois pas être allé à Boulogne, vous avez dû confondre avec Samantha...)

9. Le vendredi 8 septembre 2006 à 15:49, par Lionel :

Bush a offert un Segway à Koizumi qui a fait une démo dans l'enceinte de la résidence du PM devant les caméras, parce que à l’extérieur, l’engin n’est pas autorisé au Japon.

10. Le dimanche 10 septembre 2006 à 01:12, par pintoux :

Merci, Monsieur, pour votre commentaire bienveillant sur mon article (Bashung, dandy f). Je l'ai écrit pour essayer de recontacter mon vieux pote jean Fauque, que j'ai perdu de vue (on est allés en classe ensemble, à Niort), mais, pour l'instant, il ne s'est pas manifesté...
jerome pintoux

11. Le vendredi 6 octobre 2006 à 05:49, par Philippe :

A propos du Segway, il existe un site qui donne plein d'info. sur cette machine : www.toutsurlesegway.com/



Vendredi 8 septembre 2006. Sur le marchepied, ça sirène.

Thérapie, étape 2, trouvée grâce à l'homme qui marche cette étonnante illustration de ce qu'on pourrait appeler le culot ou le cran.
Test de Lulu.com (auto-édition) par le blogueur de La Littérature, intéressant.
Plus grave, l'avalage complet du patrimoine. Déjà l'an dernier, il y avait des rumeurs sur la finalité politique (in fine, hein, ou cybernétique, c'est pareil) de Google, eh bien voici que des choses se précisent : Google veut tout bouffer et ne laisser aucune miette de quoi que ce soit à personne. Ne ricanez pas de la métaphore, lisez attentivement Affordance et La Feuille (et d'autres, ça va rapidement faire tache d'huile). Pendant ce temps-là, les pépères européens...
Moins grave et en images, un chanteur qui aurait mieux fait de rester devant la télé. Et pour rester dans la trépidante francitude préélectorale, on centralisera l'info avec Presse 2007.
Le matin, ça dope de lire tout ça...

Rangement dans les affaires et l'ordinateur. Repos des jambes aussi, après avoir beaucoup marché depuis près de deux semaines. Je ne l'ai pas dit parce que je ne savais pas quoi en faire (et je le mets ici pour ma mémoire en cas de reprise de la chose), mais pendant quatre jours, j'ai eu une rotule, celle de droite, qui claquait un peu. Je marchais normalement et quatre pas sur dix environ, ça se déboîtait un peu et claquait pour reprendre sa place. Et puis avant-hier une sorte de douleur un peu au-dessus du genou, à l'intérieur, en accompagnement. Qui m'a fait boîter un peu pour compenser. Hier, je marchais précautionneusement et ça ne se produisait presque plus, Nathalie n'a rien remarqué, par exemple. Et aujourd'hui plus rien. Comme c'est aussi avant-hier que j'ai racheté une valise, mettant un terme momentané à l'ensemble du problème, j'ai pensé qu'il pouvait y avoir un rapport. Une forme de somatisation. Mais comme je ne trouve pas de sens, je laisse tomber. Ce sera une fatigue passagère...

Dernier rendez-vous de la quinzaine, qui était aussi le premier pris, il y a plus d'un mois. Avec François Bon, au Select, et assez brièvement du fait de son emploi du temps, entre un enregistrement et son re-Tours à la maison. Comment ai-je pu ne pas donner d'autres rendez-vous au Select ? J'adore cet endroit, surtout la salle, à l'intérieur, côté rue Péguy. Et je le connais depuis longtemps.
On se retrouve facilement maintenant, il n'y a plus de minutes de glacis comme les premières fois. Notre échange d'aujourd'hui est verbal et matériel. Verbalement, c'est inrendable, en une heure tout y passe, mais matériellement c'est un Tumulte dédicacé contre un T-shirt Tous les jours, c'est l'enfer en japonais, directement importé de Beppu via Heathrow. Je peux bien le dire maintenant puisque je les ai tous distribués, j'en ai ramené une dizaine, un peu de toutes les tailles, pas mouillés dans la valise parce qu'ils étaient bien emballés, et les ai offerts à mes ami(e)s. Le rêve, ce serait qu'ils se rencontrent par deux et par hasard un jour qu'ils l'auraient mis, voire d'organiser une rencontre où ils l'auraient tous. Philippe suggérait hier soir qu'alors, ainsi habillés, on aille dans un endroit de Paris où l'on serait sûr de croiser des Japonais, et de voir leur tête, leur surprise.
 
L'une des choses qui caractérise François Bon, c'est l'investissement, l'implication, parfois l'urgence, jamais l'hystérie ni l'exagération. Dans l'écriture, dans la lecture, dans l'internet, dans le fait de vivre des activités du domaine de la littérature, d'y trouver ressources et statut social, quitte à enrichir la SNCF.
Le mérite de cela est grand, très grand, surtout quand on ne veut pas entrer dans les combines médiatiques mais que l'on voudrait quand même être reconnu, juste pour le boulot fait, pas pour soi en tant que star mais pour l'œuvre, dans un temps où ça serait plutôt le contraire qui serait vrai.
On avise l'heure, il est 17h40. Déjà ! On paie et on sort. Fin du chic parisien et du temps sans compter.
On marche vers la gare Montparnasse. On fend difficilement la foule, dense à cette heure.
On monte des escaliers, des escalators en continuant à discuter littérature et littérateurs et littératrices. On serait à l'article qu'on en causerait encore.
On arrive en vue du quai et ça sonne. François se retourne de temps en temps pour voir si je suis, puisque j'ai voulu venir jusque là.
On s'avance vers le dernier wagon, le contrôleur est déjà sur le marchepied, ça sirène. François me salue et court. Je m'arrête pour prendre une photo avec l'heure, 17h55, l'heure du départ. C'est lui, en noir, près de la porte du wagon.
Il monte dans le train, il y est. Je m'avance et arrive à mon tour au niveau de la porte.
Il me voit et ça le fait rire que je sois aussi venu là devant. Je le prends en photo. Une jeune femme monte, pour Poitiers, mais ce n'est pas le bon train, et la porte se ferme, retenue par le contrôleur pour qu'elle puisse redescendre. Voilà, des mots que je n'entends pas, mais je vois le sourire, c'est fini. Le train est parti.

Commentaires

1. Le samedi 9 septembre 2006 à 01:02, par brigetoun :

vous et l'amitié, pas mal - vous, l'homme qui marche et les genoux, pas mal aussi - je m'en vais voir comment fonctionnent les miens

2. Le samedi 9 septembre 2006 à 13:52, par k :

ouai, c'est pas raisonnable,
mais rien de ce que je fais est raisonnable
c'était pas le moment de claker
20 euros dans le rdv,
mais c'était ainsi.........................

3. Le samedi 9 septembre 2006 à 15:08, par cg :

rotule qui claque et roulette éclatée c'est pourtant limpide ... je souhaite un très douillet voyage retour aux roulettes toutes neuves de la provinciale valise nantaise (ainsi qu'aux rotules pleines d'empathie de son propriétaire)
(je vais encore avoir droit au filtre)

4. Le samedi 9 septembre 2006 à 16:32, par Berlol :

Pour le filtre, ça n'a pas raté. Tu veux un abonnement, un forfait ? La valise est... orléanaise, mais bon, c'est la direction. Merci, pour le voyage. Je suis prêt.



Samedi 9 septembre 2006. Chic si toc.

Peu
voire rien
à dire de cette journée
déjà entre deux uni
vers

D'abord rien
puis peu
puis quelque chose
qui prend son temps
pour se faire taper

Ai pris des bus
mon présent repasse
sur des séquences
de mémoire
mortes

Dans un 24
de Madeleine à Saint-Michel
un couple se sert
du champagne
chic si toc

« Et alors les freux débarquent et les corneilles et j'ose croire que vous ne les aurez pas malgré les toxiques dont vous aspergez vos labours industriels, j'écris troupe et régiment, grande armée pacifique certainement, d'un pacifisme écœurant comme ces 20 millions de pinsons du Nord déboulés un hiver dans le Jura, nous autres c'est Verdun l'empilement des cadavres nous autres c'est perdu et remplacé pour reperdre encore un coup d'autres millions de corps avec de la poésie tout autour pour s'arranger avec les mauvaises odeurs, nous autres avec un peu de musique un peu de chanson un peu d'art d'artiste pas choucas des tours pour arrondir les angles du galetas pour hypnotiser mieux pour croire que rien n'est perdu tout remplacé.» (Dominique Meens, Choucas, canard, pouillot, Éditions Contre-Pied, 2004, p. 7)

Dominique Meens est reparti à la campagne. Il s'y est installé pour volontairement n'avoir plus de connexion et écrire. Je recevrai de ses nouvelles un de ces jours par le facteur.
Et puis, changeant de bus, je change de livre.

« Qu'est-ce que c'est qu'ça ? me murmuré-je.
Une sorte de chiffon en caoutchouc bleu ciel jauni, peut-être translucide à l'origine, froncé d'un élastique distendu. J'identifie une odeur synthétique à forte charge sexuelle, me souviens des protège-cahiers en plastique, non, renifle encore et récupère un très ancien souvenir de barboteuse en plastique que ma mère me mettait par-dessus ma couche et dans laquelle, même, me changeant, m'ôtant ma couche, elle me laissait nu et les fesses mouillées le temps de je ne sais plus quoi. Là était le bon de l'affaire car je profitais de ce moment pour ramper sous les chaises, sous la table, ramassais et enfournais dans ladite barboteuse les sous-vêtements que je trouvais sur mon chemin, les chaussettes, les culottes de toute la famille abandonnées en se déshabillant la veille. Me frottant, ils me séchaient, faisaient paquet contre moi et me laissaient peu à peu dans une impuissance ravie, enivré de leur odeur de sale. L'entassant contre moi, le linge s'imbibait d'urine et exhalait ensuite des relents suaves, et je refaisais le tour encore des meubles dans l'aurore, portant aux fesses le parfum du jour précédent, la mémoire familiale dûment taxée.
Bah, c'est un bonnet de douche, dit mon ex-beau-père.
Je jette le bonnet.»
(Alain Sevestre, Le Slip, p. 83)

Moi qui ai très mauvaise mémoire, je suis à la fois incrédule et bluffé par de telles — vraisemblables (outre le romanesque et la provocation du thème) — occurrences de mémoire olfactive involontaire. Même si l'objet (l'ob-jeu) n'est pas le bon, le souvenir, lui, remonte bel et bien. Il m'arrive parfois de capter des odeurs qui me rappellent quelque chose de très lointain, ressens-je, mais je ne peux jamais déterminer précisément quoi. Je hume, je hume, comme l'autre jour avec T. sur le chemin d'Akasaka, mais aucune image ne vient.
Justement, le chemin d'Akasaka, je le reprends demain matin...

Commentaires

1. Le dimanche 10 septembre 2006 à 01:13, par brigetoun :

les souvenirs : des bus parisiens oui mais sans champagne - d'enfance : étant donné la perplexité de mes jeunes soeurs je me les recrée sans doute - olfatiques : me restent les gares du temps des trains à vapeur - l'ail sauvage - les bateaux un peu rouillés au fond de ports mais cela n'amène aucun souvenir précis juste une ambiance, une aura.
et je vous maudis de me donner autant d'envies de lectures



Dimanche 10 septembre 2006. Mes mesures de représailles.

Tout se passe à peu près bien à Roissy. (En arrivant avec près de quatre heures d'avance, c'est quand même normal.) Quand je demande si le vol British Airways partira normalement, on prend l'air mi-étonné mi-courroucé pour me demander ce que je veux dire par là... Plus pertinente, l'explication sur les bagages : on me dit qu'il reste des bagages du mois dernier non encore restitués, qu'ils sont traités à part, mais que les nouveaux sont traités normalement (sous-entendu, en temps réel et à vitesse normale).
Et alors après, que faire pendant les deux heures qui restent ? Des achats (avec les restrictions connues sur toutes les formes de liquide...) ? Se plonger dans un livre, avec le risque de ne pas entendre d'importants messages concernant mon vol, la sécurité, etc. ? Je fais bien un peu de sociologie des voyageurs mais je suis vite dégoûté. Non, il vaut mieux s'abstraire. À moins d'être un homme d'affaire qui révise ses contrats ou envoie des courriels au prix de la wifi d'aéroport, il convient de se laisser glisser dans un mode d'existence atonique. Les droits acquis ne le sont plus vraiment (n'importe quel individu badgé peut vous donner des ordres), les services ne sont plus garantis (retards, dysfonctionnements, discourtoisie proche de la soldatesque), la temporalité devient arbitraire (et même quand aucun horaire n'est respecté, il est possible que l'avion arrive à l'heure) et l'espace se réduit (aéroport, puis zone d'enregistrement, salle d'embarquement, couloirs et place d'avion). Une fois la ceinture bouclée, le corps ceinturé à quoi je suis réduit (comme tout un chacun, ici) n'a plus aucun pouvoir de décision — cette vérité n'est pas nouvelle mais la façon de la ressentir s'accentue du fait des menaces et des mesures de sécurité. Dans ces conditions, même faire une photo des nuages survolés est au-dessus de mes forces...

J'achète quand même deux disques. Une double compilation de Christophe (à cause des bandes-annonces de Quand j'étais chanteur qui m'ont rendu l'émotion première des Paradis perdus... et fait regretter de partir trois jours trop tôt) et le dernier disque de Jean-Louis Murat, Taormina (dont je lisais une bonne critique, hier, au crépuscule, à la terrasse du Barnum, devant la Mutualité — car une journée n'est jamais complètement racontée...).

Je déambule morose
Le crépuscule est grandiose
Mais...

À Heathrow, tout le temps passe en queues et contrôles. Dans le calme et l'obéissance. Le calme. L'obéissance. Des panneaux préviennent d'ailleurs que tout acte de protestation sera interprété comme une menace (sous-entendu, un acte terroriste). La ceinture aussi. Bientôt tout nu, passer le seuil...
Ça tombe bien, je n'avais pas l'intention d'acheter quoi que ce soit dans les boutiques duty free de ce p... d'aéroport. Mes mesures de représailles.

Films vus dans l'avion Londres-Tokyo : Da Vinci Code, lourd et lent. Nacho libre, excellent, aucune réserve, à diffuser mondialement. Confidence (2003), trop bavard. Wah-wah (2005), émouvant et très original. Tout cela, vu en mode atonique, donc peu fiable...

À compléter... Complété.

Commentaires

1. Le lundi 11 septembre 2006 à 07:55, par pintoux :

le Christophe, je l'ai commenté. Je pourrai vous envoyer ma chro si vous le voulez
cordialement
jerome pintoux

2. Le lundi 11 septembre 2006 à 08:10, par Berlol :

Volontiers. J'allais commenter votre autre commentaire, d'ailleurs, pour dire que j'avais pointé sur Bashung mais qu'il y en avait bien d'autres qui m'avaient plu dans vos pages... et que ça allait me faire réécouter, voire acheter des disques... et que ça nous change des articulets promotionnels sur les disques qui sont hélas devenus la "norme"...

3. Le lundi 11 septembre 2006 à 14:16, par pintoux :

Envoyez-moi votre courriel, s'il vous plaît, et je vous ferai parvenir mes deux pages sur Christophe. J'essaye d'écrire un petit ouvrage sur la chanson française, une série de monographies. J'enseigne le français en collège mais j'ai un vieux rêve de pigiste rock
amitiés
jerome



Lundi 11 septembre 2006. À l'heure et... vivant, parce que, hein !

Bien arrivé (valise itou). Fatigué mais à l'heure et... vivant, parce que, hein ! J'y reviendrai.

Dans le couloir de sortie, sur un panneau d'affichage, un mot pour moi, et une personne qui me passe un document à remplir pour dédommagement du retard de la valise et remboursement de la valise (total 70.000 yens, soit 470 euros, l'affaire sera officiellement réglée dès demain — que British Airways France en prenne de la graine !). Narita Express de 12h16 pour Tokyo et à la maison avant 14 heures. Bain, sieste et dîner japonais dans un restaurant de poulet (le Saint-Martin est fermé pour... vacances.)

Vivant, oui, disais-je.
Et T. qui voulait profiter de mon absence pour peaufiner sa soutenance n'a guère avancé. Démotivée, dit-elle. Or, d'où peut venir la démotivation, en comptant la part que peut y prendre l'achèvement d'une décennie de recherches, sinon du risque de mort qui pèse plus que d'habitude sur le vol en avion. Non que nous craignions la mort plus que d'autres, nous croyant ainsi plus important que d'autres... Non. Nous n'avons d'ailleurs aucune peur à l'idée de mourir ensemble, dans un accident, si possible rapide et violent. C'est même ce qui pourra nous arriver de mieux, mais pas tout de suite (sous-entendu juste avant que nous soyons grabataires et privés de notre libre arbitre). En revanche, mourir seul serait une trahison, un abandon de l'autre en rase campagne, le monde...

À compléter... Complet.

Commentaires

1. Le lundi 11 septembre 2006 à 22:26, par brigetoun :

bonne nouvelle mais.. intriguée suis

2. Le mardi 12 septembre 2006 à 09:15, par brigetoun :

un très joli complément -



Mardi 12 septembre 2006. Pas que du crabe.

Il faut croire qu'on aime ça ! Nous venons, T. et moi, et après comparaison des sites web, de réserver deux billets d'avion pour la fin novembre. Ainsi que choisir nos places et payer, le tout sans sortir de chez nous — ça tombe bien, il pleut toute la journée. Deux billets pour Paris, oui. Nous volerons ensemble, sans soucis, sur ANA. J'aurai une journée de travail et T. ira revoir ses compagnons de mazarinades. Autour, on brodera.

Sinon, la reprise n'est pas évidente, alors que j'ai encore la tête pleine de Paname... Il faut ranger des affaires dans les placards et des informations dans les ordinateurs. De plus, les tâches à finaliser s'accumulent (un article, une conférence, un cours, un livre...). Et en même temps, j'essaie de suivre d'un œil et d'une oreille la rentrée littéraire, via les blogs et la radio.
Jeux d'épreuves tient superbement la route, alors que les Mardis littéraires du 5 tournent au règlement de compte avec Chloé Delaume (du 12, on appréciera le hors-sujet), et que Du Jour au lendemain est systématiquement amputé de dix minutes du fait du changement d'horaire qui n'a pas été répercuté...

On ne sort pas. On ne regarde que la moitié d'un film idiot en finissant de déjeuner (nous ne connaîtrons jamais le sort final de Kim Basinger dans The Gateway... (à ne pas confondre avec The Getaway de Peckinpah)).
Mais quand même, après le coucher du soleil, on se prépare pour sortir faire des courses, on marche en parapluie et on finit par dîner en tabehoudai de crabe à l'hôtel Edmont (il n'y a pas que du crabe, heureusement, mais c'est du très bon, de Hokkaido).

Attention : message à l'attention des tokyoïtes amateurs de fringues chics et pas chères, tendance british et pêche à la truite. Le magasin Avon House de Iidabashi brade tout, et c'est vraiment vraiment intéressant (du coup, j'ai acheté une veste d'hiver...).

« Comme je déballe des momies de couteaux et de fourchettes et de cuillères et de petites cuillères (3 couches de papier kraft chaque fois bridées de 3 bouts de ficelle que multiplient 12 couverts que multiplient 4 = 432, plus 9 pour la louche de tout à l'heure, = 441 bouts de ficelle pour la ménagère), je me retrouve devant de grandes plages à ne pas devoir réfléchir à ce que je fais et, sous le regard de son père, c'est très longtemps que je pars en souvenir autour de Marie-Agnès au cours de ces quelques quatre cents bouts de ficelle à trancher délicatement.» (Alain Sevestre, Le Slip, p. 92)
Quelqu'un recompte ?



Mercredi 13 septembre 2006. Nouvelle économie, mêmes crabes.

Journée boulot. Ça roule... Dehors, il pleut obstinément et copieusement. Ça aide à la concentration. Ou à l'évasion vers une bulle de bleu, de l'autre côté de la terre (où j'ai entendu qu'il pleuvait aussi, maintenant).

Pause blogs dans l'après-midi. Étonnement à découvrir un peu par hasard combien le sort de Netizen est proche de ce que j'avais imaginé en mars après lecture du premier numéro. Officiellement en suspens, officieusement mort après 3 numéros, site bloqué, employés non payés, dispute entre les cadres et avec le personnel, etc., et aucune nouvelle depuis mai. Nouvelle économie, mêmes crabes. Ils ressortiront du panier, et il y aura de nouveaux imbéciles pour les suivre...

Radio : à signaler deux beaux épisodes du Carnet nomade, sur Tarquinia et ses petits chevaux, entre archéologie et durassie. Intempestifs et nécessaires : Maurice Scève et le Cardinal de Retz dans Une Vie une œuvre de ces deux derniers dimanches. Pour moi, ça suffit.
Sauf à dire — manière d'anniversaire — que ça fait un an que le JLR tourne sous Dotclear, un an que j'ai quitté la galère publicitaire de U-blog et que mon indépendance s'en porte très bien.

Commentaires

1. Le mercredi 13 septembre 2006 à 12:35, par brigetoun :

j'ai un peu abandonné France Culture (la lecture est plus absorbante que le travail) pour la musique que j'entends souvent sans l'écouter, et grace à vous je ratrappe les émissions négligées (j'aime bien durassie pour les carnet nomades, c'est tout à fait ça) mais j'ai écouté avec un mélange de plaisir et d'agacement celle sur Scève

2. Le mercredi 13 septembre 2006 à 18:28, par Manu :

Content que tu fasses un meilleur usage de DotClear que moi !



Jeudi 14 septembre 2006. Un concombre reste un concombre.

À la pause blogs, je me promène dans les nouveautés littéraires et je trouve, via La Feuille, ce post polémique de l'auteur masqué du blog La Littérature. Il y a déjà une vingtaine de commentaires et j'y vais de mon premier (ci-dessous).

« On écoutera avec attention la volée que se prend Chloé dans Les Mardis littéraires du 5 septembre. Elle fait moins la fière, là ! »

Il faut attendre la modération pour la mise en ligne, ce qui devrait n'être qu'une formalité pour mon commentaire. Et puis, pendant le dîner, ça me turlupine, cette histoire de liste d'auteurs innovants de moins de 40 ans... Alors je regarde dans mon index du JLR, et j'en trouve un bon nombre qui doivent être en deçà de l'âge de la décrépitude selon Delaume. Donc, je me fends royalement d'un deuxième commentaire, pas spécialement méchant, je pense.

« Rien qu'en regardant dans mon index, je trouve au moins une trentaine de noms d'auteurs dont l'écriture est innovante, disons, selon les critères de Chloé Delaume (de Frédérique Clémençon à Olivia Rosenthal, en passant par Laure Limongi, tiens, pour ne citer que des jeunes auteures). Et je crois qu'à plusieurs on pourrait facilement doubler ou tripler ce nombre. La question est : pourquoi Chloé réduit-elle la liste à 20 ? (et corollairement, pourquoi notre hôte la réduit-il à 3 ?)
Sans doute pour, sans y paraître, occuper elle-même beaucoup plus de place dans le panorama qu'elle nous propose (et notre hôte lui servant la soupe en rajoute dans le zèle).
Sur ce coup-là, et par son absence d'argumentation devant Thomas Clerc dans l'émission que je citai tout à l'heure, elle m'a beaucoup déçu, Chloé. Et la vulgarité n'arrange rien. Savez-vous ce qu'elle répond à Thomas Clerc sur l'accusation de ne pas avoir su exploiter la valeur poétique de la télévision ? Elle lui demande quel est son livre préféré de la rentrée, comme quoi ça éclairerait bien des choses... Le questionnement esthético-littéraire de l'un se réduit ainsi à un hit-parade des dernières nouveautés. Lamentable, non ? »

Eh bien, aucun de ces commentaires ne sera publié. Le concombre masqué de La Littérature nous sort quinze minutes après le commentaire suivant : « Petite précision sur les commentaires qui sont postés sous ce billet : SVP arrêtez de taper sur Chloé Delaume. Si vous avez des trucs à lui dire, allez lui dire en face directement sur son blog.
(obligé de refuser plusieurs commentaires trop critiques et parfois injurieux contre elle) »

Il est drôle, le concombre masqué ! Il lance un pavé dans la mare, et puis il s'étonne que la mare se rebiffe ! De plus, il essaie de nous faire croire que Chloé Delaume accepte les commentaires sur son blog. Arrfff, lol ! Ça se saurait ! (ce que je lui ai répondu, d'ailleurs, mais ça non plus n'a pas été publié, ce qui n'empêche pas qu'il se soit tout pris dans les dents, le blogueur mystère — voir mon principe de l'anonym@t non protecteur contre les blessures narcissiques).
Nouvelle question : qu'est-ce qui, dans mes deux commentaires, serait trop critique ou injurieux ? Je ne vois rien. Rien qui soit moins injurieux, en tout cas, que de dire qu'il n'y a que trois bons auteurs vivants ayant moins de 40 ans. Je crois surtout que ce blogueur novice censure parce qu'il ne souhaite pas que tout le monde soit informé de l'existence d'une émission de radio qui risque de ternir un peu celle qu'il veut faire briller... Voire de brouiller l'image de son blog.
C'est bien beau de mettre un masque, le feu et de se prétendre La Littérature, mais un concombre reste un concombre. Moi, je dis.

Après ça, quel beau moment j'ai passé avec Yves Simon !
Non, il n'était pas à Tokyo (je ne l'y ai pas vu depuis 1996), mais à la radio, dans le précis et intelligent Hasards, rencontres et création des Histoires d'écoute d'hier.

Oublié de dire (ça m'a mis dans le désordre, cette censure masquée), que j'ai déjeuné avec Christine, à la crêperie Le Bretagne de Kagurazaka, en face de Bisha Monten. Entre deux averses, il faisait plus frais et j'ai enfin pu m'habiller décemment (autre chose que short et polo). Je lui ai passé le cadeau que Marguerite m'avait donné pour elle et Thomas ce même mardi 5 (dans la matinée duquel je n'avais pas pu écouter en direct Gailliot, Delaume et Limongi chez Pascale Casanova puisque j'allais aux Galeries Lafayette pour ne pas trouver de valise...), avant que nous allions voir cette daube, disais-je, tout à l'heure en substance à Christine, cette daube de Particules élémentaires, film aussi plat qu'un épisode de l'Inspecteur Derrick, à quoi Christine me répliqua en finesse, je résume, que c'était sans doute en accord avec du Houellebecq, ce derrickisme.
Ah, j'ai oublié de te dire, Christine, Marguerite m'a dit de te dire que tu me le passes après l'avoir vu, ton cadeau... (et que je te le rendrai après, bien sûr).

Commentaires

1. Le jeudi 14 septembre 2006 à 08:38, par vinteix :

"Hisashiburi"... "Okaerinasai"...
Je ne suis pas au courant de tous les débats et discussions que tu évoques... notamment autour de C.Delaume, et de plus, tu connais beaucoup mieux que moi les "jeunes" (on s'en fout d'ailleurs) auteurs contemporains...
mais parmi les femmes, je te suggères le nom de Laure Fardoulis (la fille de Michel Fardoulis-Lagrange), publiée chez Joelle Losfeld...

2. Le jeudi 14 septembre 2006 à 08:43, par vinteix :

je vais jeter un coup d'oeil aux liens que tu indiques... mais de toute façon, je ne lis pratiquement aucun roman contemporain... et en général, on parle avant tout de ce que l'on appelle "roman"... enfin, je ne sais plus trop ce que je voulais dire à l'instant...
Bon, bonne nuit.

3. Le jeudi 14 septembre 2006 à 08:48, par Berlol :

Bon retour, cher Vinteix. Encore un peu brouillon... Ça ira mieux demain. Merci d'être passé. J'ajoute, tu y réfléchiras demain, que ce qu'on appelle "roman" est aujourd'hui très large, empiète largement sur l'essai, le journal ou la poésie.

4. Le jeudi 14 septembre 2006 à 10:58, par brigetoun :

lu tous les commentaires et pas trouvé le vôtre, je comprends pourquoi. Je me suis amusée, je n'y connais rien ne lisant guère de romans sauf des policiers anglais. Fait une liste de noms à tout hasard - et si je trouve que j'aime assez Emmanelle Pagano

5. Le jeudi 14 septembre 2006 à 18:06, par Berlol :

Chloé, dans la nuit, fait une mise au point et recadre, plus pour les zélotes que pour les antis, à mon avis. Et franchement, ça va mieux en le disant soi-même qu'en laissant je ne sais qui broder. Attention, son billet est beaucoup plus long que ce que j'en cite ici :
« Quand je dis : il n’y a que vingt auteurs de littérature contemporaine dont le travail m’intéresse vraiment, profondément, c’est vrai. J’aurais dû préciser : dans l’expérimental. Je parlais d’écrivains qui font œuvre, qui commencent leur œuvre. Je ne parlais pas des confirmés. D’ailleurs les confirmés qui font de l’expérimental, on les assimilent [sic] souvent aux poètes. Genre Lucot. Chez les confirmés, les très confirmés et les archi confirmés en littérature, il y a beaucoup d’auteurs dont j’aime suivre le travail. Mais il est évident que c’est davantage Salvayre, Guyotat, Surya, Desbiolles, Marie Nimier ou Jauffret que Catherine Cusset et Alexandre Jardin. Désolée.
Si j’ai un infini mépris pour les produits issus de la littérature industrielle, je n’ai aucun dédain pour les écrivains narratifs. Il y en a de très sérieux, avec une écriture brillante, singulière et tout le tralala, je ne suis pas bornée ou idiote. C’est juste que ça ne m’intéresse pas, en tant que lectrice, de retrouver des données ancestrales, de croiser du néoclassique, du néoréalisme, des vieilles recettes qui marchent, même très bien maîtrisées. Chez les très confirmés je préfère François Bon ou Antoine Volodine aux vieux de chez Grasset. Parce qu’un Marcel Moreau ou un Schuhl, c’est quand même autre chose qu’une histoire rondement menée. Je n’aime pas les histoires et je connais mes classiques. Je n’éprouve rien si la phrase se contente de transmettre des informations, si dans chaque interstice, adjectifs ponctuation il ne se passe rien, que de l’encadrement. C’est physique, depuis longtemps. Gamine déjà ça me tombait des mains.»

6. Le jeudi 14 septembre 2006 à 18:33, par Chloé :

J'ai répondu sur mon site, Berlol.
J'ajoute deux points en semi-off, ici :
1) Il n'y aura jamais de commentaires chez moi. Si tu avais une idée des problèmes que j'ai eu avec des lecteurs officiellement dérangés ces dernières années, je pense que tu comprendrais mieux le pourquoi. Je ne tiens pas à provoquer des situations communiquantes qui s'achèvent au commissariat et à l'Hotel Dieu pour moi, et à l'HP pour eux. C'est aussi perturbant que désagréable.
2) "Sans doute pour, sans y paraître, occuper elle-même beaucoup plus de place dans le panorama qu'elle nous propose ". Si je ne me bougeait pas autant le cul pour transmettre des manuscrits de jeunes auteurs ci et là, si je ne participais pas très activement à la défense d'un tas de gens méconnus du grand public, voire des initiés, le doute serait peut-être possible. Pendant que chacun défend exclusivement son petit bout de terrain, je fais partie des rares cruches qui ont un rayonnage de leur bibliothèque consacré exclusivement au dépôt de catalogues de petites maisons d'édition. Ces exemplaires me sont confiés pour que je les donne systématiquement aux journalistes et aux professionnels que je croise dans le cadre du travail, et qui seraient succeptibles d'y être attentifs. Quand je fais une lecture quelque part, j'ai toujours dans mon sac un ou deux livres de poésie ou d'expé méconnus et mal diffusés, afin des les donner au libraire en lui expliquant lourdement combien c'est important et combien il est nécessaire qu'il prenne le risque d'en commander au moins une poignée d'exemplaires. Donc si je tenais à m'imposer, à réécrire le "panorama" à mon profit, je pense que je me contenterais de parler exclusivement de mon boulot au lieu de prendre l'option sauvons le monde quand on a la taille d'une fourmi. Je passerais moins pour une emmerdeuse auprès de mes interlocuteurs. Je me fâcherais avec moins de gens, aussi. Ce serait beaucoup plus lâche mais bien plus confortable.
Jamais je n'ai tenu de propos, ou mis en place un dispositif sournois, qui laisserait sous entendre que je me place ou souhaite me placer sur le haut du panier. Je suis parfaitement lucide, je ne suis pas importante, j'intéresse peu de monde, mais ce n'est pas ce que je cherche. Je veux juste travailler en paix. Arlix, Pireyre, Noui, Bouvet, Limongi, pour prendre des exemples concrets, font un travail nettement supérieur au mien, infiniment plus intéressant, tout comme Gaillot ou Bertina. Non seulement je n'aspire pas à feindre une occupation de terrain en les occultant, mais même si j'étais animée par une telle vanité, je ne le pourrais pas. Leurs textes suffisent à la démonstration.
Je trouve ta réflexion vraiment, mais alors injuste. Et je ne le dis pas sur le ton de Caliméro. J'en tire néanmoins une leçon : il semblerait qu'il y ait un profond décalage entre ce que je fais et ce qui en est perçu. A moi d'y prendre garde.

7. Le jeudi 14 septembre 2006 à 18:38, par Chloé :

Et oui, effectivement, comme j'écris au kilomètre, je fais des fautes partout et y compris ici.

8. Le jeudi 14 septembre 2006 à 19:00, par Berlol :

Bien vu que tu avais répondu puisque je te cite ci-dessus, pour te rendre justice. Dont acte, Chloé. OK pour les (absences de) commentaires, puisque les tarés sont ce qu'ils sont. Ton "l'option sauvons le monde quand on a la taille d'une fourmi" me paraît à la fois comique et bien réel. Le problème du décalage est aussi celui de la récupération (de tes propos) par de soi-disant professionnels de la profession qui font caisse de résonance (et peu de raisonnance).

9. Le vendredi 15 septembre 2006 à 00:33, par vinteix :

Naturellement, suis bien d'accord avec ta définition large ou "élargie" du "roman" contemporain... mais c'est vrai que moi aussi, les "histoires" m'emmerdent un peu en général... Cela me rappelle Céline qui fustigeait déjà les raconteurs d'histoires, disant que des histoires, y'en a plein, plein les journaux, plein les commissariats, etc., tout le monde a une histoire.

10. Le vendredi 15 septembre 2006 à 00:40, par Berlol :

Ben, si tu veux, vue ma fréquentation intense du Nouveau Roman, je suis plus que d'accord, et sur ce point Chloé a totalement mon assentiment personnel (au cas où ça ne serait pas clair). Il y a longtemps que je ne m'intéresse qu'aux aventures des écritures (pour paraphraser Ricardou encore une fois).

11. Le vendredi 15 septembre 2006 à 01:20, par vinteix :

Joliment dit, "les aventures des écritures".

12. Le vendredi 15 septembre 2006 à 02:18, par jean-françois paillard :

Pour aller dans le sens de Berlol, publier une liste de 20 auteurs et dire : ceux-là je les suis, je les couve, et pas les autres, na. Franchement. On a envie de faire marcher la machine à claques du bon vieil Henri, non ? Excusez-moi, mais ça me fait bondir. Sapristi. D’abord cette évidence : comment peut-on tout connaître de la production des écrivains actuels, ou prétendre y parvenir, ou même prétendre vouloir y parvenir (prétendre, quoi, toujours prétendre, comme si le métier de lire et d’écrire devait être forcément d’aruspice, faisait pousser le cou et arrachait la tête de l’océan des millions d’écritures qui nous submergent en permanence. Or, tout le contraire : lire, c’est choisir de s’enfoncer dans l’angoisse de l’ignorance, c’est évoluer dans un monde de plus en plus opaque, fourmillant, riche, inconnu, plein de découvertes ahurissantes ! Plus on lit, plus on est sûr de rien, non ? Alors prétendre ne s’attacher qu’à vingt jeunezauteurspasundeplus : d’un bête ! ), même si l’on n'affecte de ne s'intéresser qu'aux écrivains expérimentaux, aux jeunes, aux femmes, aux chauves, aux borgnes : absurde, complètement absurde. Il y en aura toujours un, le vrai, le seul, qui manquera, c'est évident. On en découvre tous les jours : ici, là, derrière, des oubliés, sans parler de ceux qu'on ne " découvrira " (quel mot détestable, hein ?) jamais. Tiens, au hasard, une " découverte " que j'ai faite, tout récemment : Gwenaëlle Stubbe. Il y a six mois, j’aurais escamoté cette pépite de mon petit panthéon perso de christophe colomb des lettres, bêtement, si j’avais publié sur quelque blog ma liste. Quelle honte aujourd’hui. Ah ! Prétendre… Prétendre et juger en taupe qu’on est au centre du monde… C’est Berlol, un des intérêts de ton site de ne point tomber dans ce troula-là. Pour finir, s’agissant de ce blog Littérature dont tu parles, je suis tombé sur le même hic que toi : il y a quelques jours, une intervention mienne (il est vrai une autopromotion sauvage de mon bouquin avec renvoi sur des blogs qui en parlent, façon de dire et moi les gars, oh, j’existe aussi, comme des centaines de gars et de gates qui se jeunezautorisent à écrire ) n’a pas été publiée par le modéraptor. Il manque sûrement d’une bonne dose d’humour, celui-là. A moins qu’il n’ait lu, lui aussi, tous les livres…

13. Le vendredi 15 septembre 2006 à 05:52, par Berlol :

Merci Jean-François. S'il y a d'autres recalés des commentaires du blog "La Littérature" qui passent par ici, signalez-vous, on poura bientôt faire une "class action", comme disent les Ricains...



Vendredi 15 septembre 2006. Moi-même dans le filigrane.

Pâlot, mais quand même un peu de soleil, aujourd'hui. Matinée de travail à la maison. Déjeuner itou.
Puis travail à la médiathèque de l'Institut (je n'ai pas encore de catalogue en tube permettant de tout faire à la maison...), avec dans les oreilles, alternativement et pour comparaison, le Radio Blog Club et le Blogmusik...
Afin d'éviter de prendre racine sur nos fauteuils, nous allons marcher une bonne heure, et dîner à Jimbocho, au restaurant italien Buona Maia, qui n'est pas mal et sert de la bière blanche.

« Je ne suis toujours pas Chloé Delaume. Je suis encore plus que son corps et j'ai des choses à ajouter. Des choses comme. Si j'ai perdu le foie j'ai conservé la langue. Quinze centimètres carrés de tissus musculeux nervures volontaristes. Quinze centimètres carrés c'est tellement peu pour me défendre. Ma langue râpeuse papier de verre est isolée dernier bastion de résistance. Et puis. Surtout. J'ai peur de perdre mes mots. Les miens. A moi toute seule.» (Chloé Delaume, La Vanité des somnambules, Ed. Léo Scheer / Farrago, 2002, p. 77)

« L'os
de ma langue »

(Dominique Meens, Eux, et nous, Ed. Allia, 1996, p. 125)

Ah, oui, j'oubliais. Nathalie m'a dit qu'elle travaillait maintenant à Florilettres avec Corinne Amar, dont elle savait qu'elle avait habité à Tokyo. Je me souviens, oui. Je ne la connaissais pas vraiment, mais je me souviens d'elle, de l'avoir croisée, d'avoir échangé quelques mots.
Dans la médiathèque de l'Institut, je trouve son livre...

« En rentrant chez moi, je longe le canal d'Iidabashi. Je passe devant Kagurazaka, mon Mouffetard à moi. Il y a toujours du monde. Des groupes, des couples, des groupies, sur les trottoirs, dans les brasseries, les bars à sushi, les boui-boui à saké... Toute la vie nippone est là, rouge aussitôt d'ivresse tranquille, et bruyante, et moi je me sens toute noire...» (Corinne Amar, L'Acte d'amour, Gallimard / L'Arpenteur, 1999, p. 12)
Plus loin dans le texte (entre dépouillé et romantique, qui me rappelle un peu le style d'Yves Simon, justement), sentiment étrange d'être moi-même dans le filigrane de l'histoire... En effet, elle évoque le Salon du Livre de Tokyo de janvier 1998, où la France était invitée (et où j'ai fait travailler mes apprenants d'une formation sur les outils informatiques), puis le colloque Genet de mars 1998 (pour lequel j'ai fait des pages web et du graphisme).
De même pour le vol ANA 206, je l'ai déjà pris et je le reprendrai, mais ça, c'est déjà beaucoup plus courant....

Hier soir, avant de dormir, je m'interrogeai encore une fois sur ce qui me fait apprécier Le Slip. Je me suis rendu compte qu'avec son air de rien, ce que je prends pour une politesse supérieure en littérature, Alain Sevestre avait tantôt du Sarraute, tantôt du Pinget, sans qu'on sorte du Sevestre, car c'est ça le but du jeu, bien sûr. Je me demande combien de lecteurs, voire d'éditeurs aperçoivent ça. J'y reviendrai.

« Dans leur appartement tout frais acheté, la moquette coquille d'œuf se révélera cache-misère à un plancher pourri, taché, troué, aux lattes disjointes mais, en attendant dans la cuisine, ils s'enflamment pour ce placard d'une joie non partageable. Leur enthousiasme dépasse, selon moi, l'objet qui le provoque. J'ai du mauvais en moi, je suis difficile mais vraiment ce placard, comment l'encenser ? Bricolé autour du conduit d'évacuation des eaux usées qui, avec bruit, traverse de haut en bas la pièce, il ne calfeutre pas, on s'en rend compte au cours de la soirée, le fracas des chasses des niveaux supérieurs. Bien au contraire, il fait guitare. C'est un assemblage de planches peintes et repeintes pour masquer. Rien de plus, je vous assure. Oh non, même pas ça, ils me font bénéficier d'une complicité alors que nous ne sommes pas amis et que je suis amoureux de Sandrine. Déjà, ce placard, ils se ravissent de l'ouvrir un jour et qu'il sente les confitures et les fruits, les herbes ou les épices, et toute une ribambelle d'aliments vomitoires à destination commémorative (quatre-heures gourmands, repas fins, crème d'amis) et de provenance littéraire. Ou plutôt je me sens mal. J'entends même Sandrine répondre à la question de ce que j'ai.
— Oh ! tu sais, Alain se vexe pour un oui ou pour un non.»
(Alain Sevestre, Le Slip, p. 119)



Samedi 16 septembre 2006. Fragmentaire, partial, frustré et interrompu.

Vingt-trois heures et déjà un peu difficile d'arquer. Et même assis pour taper, avec les épaules douloureuses, ce n'est pas évident. Mon retour au sport a été magnifique et j'ai l'impression que je vais le payer cher. Donc, le plus tôt au lit sera le mieux.

Ce matin, reprise de contact avec Patrice Julien, en poste à l'Institut quand j'arrivais au Japon, aujourd'hui exerçant un métier indéfinissable... et fascinant. En quelque sorte, professeur de vie. Mais je ne dis pas cela pour me moquer de lui, au contraire. J'ai de l'amitié pour lui et de l'admiration pour sa ténacité dans une voie pas évidente il y a dix ans. Hier, 4 pages dans le journal Asahi, sur lui et son épouse ; T. me les a données. Sorte de publi-reportage où l'on associe conseils culinaires, art de vivre et... publicités pour les produits et les instruments (kitchen design shop, services à thé, Alaska Seafood, moutarde Pommery ou grossiste de viande de porc).
La plupart des magazines font ça, me direz-vous. Avec une personnalité à qui on fait endosser tous les rôles moyennant cachet. Mais avec PJ, c'est différent, car c'est assurément à partir du mode de vie qu'il s'est créé et qu'il enseigne que s'est construit le publi-reportage. Après quoi, j'ai visité son nouveau site web, puis son blog. Il est un peu plus loin sur la voie où je l'avais laissé la dernière fois, il y a deux ou trois ans... et ça m'a fait très plaisir. On va se voir.

Après le déjeuner, achat de champagne Mumm à Yamaya de Shibuya, bouteilles que je porte au restaurant Lever son verre en prévision de mardi...

Puis au sport, où je transpire beaucoup en pédalant 40 minutes et en continuant Le Slip, avant d'aller déplacer des poids dans divers sens durant une petite heure. Pas trop de monde, moins en tout cas que sur la bretelle suspendue au-dessus du carrefour devant les baies vitrées — bien que ce soit samedi, il y a toujours autant de trafic sur cette avenue.
Dans les pages que je lis, je retrouve plusieurs exercices sevestriens de soirées trop arrosées. Même si je n'ai pas d'exemple à l'esprit (de bonnes âmes en apporteront peut-être), je suis sûr que c'est un topos littéraire (avec déroulement de soirée, entrées et sorties, attitudes, conversations, disputes, dénombrement de bouteilles, de nourritures et autres substances, fins de parties). Alain Sevestre s'en tient toujours à la subjectivité de son narrateur : un récit fragmentaire, partial, frustré et interrompu par la sortie brutale ou la perte de mémoire... L'Affectation  et Revolver offraient aussi ce genre de scène, avec pas mal de similitudes.
C'est tout de même paradoxalement la difficulté de communication du personnage-narrateur qui est toujours au centre de l'écriture : il ne trouve pas les bonnes personnes, ou les bons mots au bon moment, il est ivre et maladroit, ou déconneur à contretemps, et il souffre souvent de voir les autres fusionner. Mais globalement, c'est quand même quelque chose qui semble lui plaire, où il croit toujours pouvoir réussir ce qu'il a raté la fois précédente. Je ne suis pas psychanalyste — de l'auteur et du personnage, je ne sais d'ailleurs pas qui devrait passer sur le divan. Mais c'est dans ces scènes que le ton et le phrasé me rappellent ceux de Robert Pinget.

« Randall fouille la poubelle, renverse tout, mange des sushis poissés de marc de café et de grains de riz raclés dans les assiettes débarrassées. Sur chacune de ses chaussures, un petit terril de café est tombé. Simon lui demande de ne pas bouger, bouge pas, donne-moi tes chaussures, et les lui passe sous le robinet. Maintenant, il a les pieds trempés. Bien fait. Quelqu'un sonne à la porte. Simon descend ouvrir, remonte sourcils en vrac, suivi de Tony et Roberte, le pas pompeux. C'est une entrée. Fiévreux, sarcastique, Tony rejoint un bout de la table, sort un carnet de chèques en tremblant d'un énième cartable en Nylon.
— À combien tu estimes la location de ta chambre du bas ?
— Arrête, Tony, dit Simon.
— J'ai dit à combien tu estimes mon séjour ? Voilà, je suis entré en novembre et je suis parti en avril. Ça fait six mois ?
Tito lui dit d'arrêter, qu'il est lourd.
— Toi, le turfiste, j't'ai rien demandé, fait Tony. [...] »
(Alain Sevestre, Le Slip, p. 172-173)

Commentaires

1. Le samedi 16 septembre 2006 à 09:52, par Dominique Fromentin :

rien compris au blog de votre ami : vous pourriez nous en traduire un ou deux singuliers ?