| Jeudi 1er
mars 2007. D'où qu'on aille... Une journée à Kyoto. Grand soleil. Enfin un peu de temps pour découvrir la gare. D'habitude, on la traverse du sud au nord pour aller vers le centre-ville. Or, tout change en tournant de 90 ° pour prendre les 200 mètres d'escalators en ligne... vers la plateforme d'hélicoptère. Et redescendre par une royale enfilade d'escalators à l'intérieur d'un grand magasin Isetan. Bus 17. J'ai potassé dans le shinkansen : le seul qui mène directement à l'Institut franco-japonais du Kansai, au nord-est de la ville. Photos de derrière le chauffeur où je me suis perché. Midi dix, j'y suis, Alain et Éric descendent l'escalier (avec Alain, la dernière fois, c'était sur le trottoir près de Censier...). Ça faisait plusieurs années que je n'étais pas entré dans le bâtiment. Belle restitution de la façade, épure du jardin et ample modernisation de l'intérieur. Midi trente, nous sommes dans les bois, à l'assaut d'une colline, pour déjeuner au restaurant Mo An — Bravo, Éric ! Un excellent choix ! Et introuvable si on n'est pas initié. Grosse chaleur, surtout à force de marcher avec laine polaire et parka. On a laissé Alain reprendre sa tâche de direction des cours, j'accompagne Éric à son bureau, quelque part dans l'université de Kyoto, de l'autre côté de la rue (nouveaux bâtiments, je ne reconnais rien). Puis, un petit kilomètre à pied sous un quasi-cagnard, pour atteindre le Kyoto Handicraft Center où il concentre ses achats de cadeaux (il part en France demain). Je l'attends au coin livres, pour me refroidir aussi, après avoir trouvé un très beau livre sur la porcelaine japonaise à l'ère d'Edo (Imari), en français et en anglais, avec lequel j'apprends ce qu'est la couverte, ou les pernettes (le genre de choses qui me font espérer la retraite et la déconnexion totale...).
Longeons le Heian pour aller au salon de thé Au Temps perdu (en fait, derrière le musée où T. et moi sommes venus voir l'expo Fujita l'été dernier), thé moyen mais excellent baba à la crème et au rhum (je n'ai pas goûté le pudding au thé d'Éric, mais ça avait l'air bon). Le soleil baisse, la fraîcheur saisit, je referme la laine polaire pendant que nous revenons vers la rivière Kamo, en face de l'hôtel Okura. Berge où nous nous quittons (il a à faire ses bagages et le poignet foulé de dimanche l'handicape un peu). Je m'engage vers le centre, par les ruelles de Pontocho, tout est déjà allumé, paré pour la nuit et les dépenses somptuaires qui ont cours par ici. Quelques courses dans l'Isetan de la
gare (où tout le monde se
presse, à Kyoto comme ailleurs, il est bientôt 19
heures).D'où qu'on aille, petits cadeaux à ramener pour les siens. Aux lecteurs, cette composition florale à l'entrée du restaurant Mo An. Retour à Nagoya par le shinkansen de 19h09, bondé. Pages de Chevillard dans trains et métros, j'en reviens avec plaisir à Démolir Nisard, lâchement abandonné il y a quelques mois... « L'ivoire des crânes les plus durs est le beurre de ses tartines.» (p. 56) Commentaires1. Le jeudi 1 mars 2007 à 21:44, par Manu : Alain et Eric, mais je les connais (un peu) tous les deux ! 2. Le jeudi 1 mars 2007 à 22:14, par caroline : Comment abandonner "démolir Nisard" ? Je n'ai pas pu m'en décoller dès que je l'ai acheté. 3. Le vendredi 2 mars 2007 à 00:16, par brigetoun : je ne connais rien ni personne, mais j'ai aimé les photos, la ballade même si vraiment très rapide et savoir que pour une fois je connaissais quelque chose que vous ignoriez (la couverte) 4. Le vendredi 2 mars 2007 à 02:48, par Yasmine : Quel beauté le restaurant Mo An (cela veut-il dire quelque chose?) ... lui aussi qui fait rêver de déconnexion ! (Cela dit lorsqu'on a un enfant, on se dit que la connexion perdurera malgré soi !). J'avais vu déjà des photos de Kyoto, magnifique, depuis un lien chez vous Colour Lounge. En tous cas, la nourriture a la part belle dans vos notes, et donne souvent l'eau à la bouche ! Et ces trois petites fleurs toutes simples sont toutes belles dans ce beau pot en pierre. Décidément, tout semble prétexte à voyager dans vos journées et dans les posts de vos journées. On lit à propos des pernettes (qui rappelle une poète !) et on se retrouve en Italie et à Majorque quelques siècles en arrière. Du voyage dans le voyage dans le voyage ... c'est chouette. 5. Le vendredi 2 mars 2007 à 03:56, par Berlol : "An"
c'est une cabane et "mo" c'est des herbes qui poussent. Donc, peut-être
"cabane au milieu des herbes", voire "cabane d'herbes"... S'il y a des
spécialistes... 6. Le vendredi 2 mars 2007 à 06:36, par Dom : An,
c'est plus qu'une cabane, c'est un terme quasi technique pour désigner
les ermitages bouddhistes ou les retraites des lettrés. Mo, ce n'est
pas simplement les herbes qui poussent, la connotation est à proprement
dire celle de luxuriance, foisonnant, richesse, magnificence, etc.,
plutôt au sens propre pour le feuillage que pour les herbes. 7. Le vendredi 2 mars 2007 à 08:19, par Yasmine : Dieu que c'est riche ... merci pour les précisions, cela fait rêver en vérité. 8. Le samedi 3 mars 2007 à 03:49, par eric : Depuis
Paris, où j'ai été cueilli par une pluie torrentielle, j'abonde dans le
souvenir déjà nostalgique de cette belle journée de jeudi. Et merci à
Dom pour cette notule érudite qui, la prochaine fois, donnera encore
plus de prix à la jouissance de ce locus amoenus. 9. Le samedi 3 mars 2007 à 05:41, par Manuzik : Avec plaisir ! 10. Le samedi 3 mars 2007 à 05:47, par Berlol : D'ailleurs, y'a des chances, Éric, que tu connaisses aussi Dom... |
| Vendredi 2 mars 2007. Soleil,
nuages, pluie, au mépris. Je regarde alternativement la fenêtre de notes à l'écran et le livre La Télévision (pour préparer le cours de demain). En fait, là, je regarde la couverture du livre, dans la collection Double de Minuit, avec une photo d'un écran neigeux qui éclaire deux pieds nus et croisés. Sans doute des pieds d'homme. Je me disais que Toussaint (Jean-Philippe) pouvait encore écrire dans les années 90 qu'on regardait la télévision, dans le sens direct, défini, le plus dénotatif qui soit, et sans entourloupe. Ce matin par exemple, je ne regardais pas la télévision. Je regardais un écran de télévision avec une chaîne japonaise, dans le seul but de voir les prévisions météo. Et d'un autre côté de la pièce, je regardais l'écran d'un ordinateur dans lequel une fenêtre accueillait le journal de 20 heures de France 2, à ma demande de 8h15 heure japonaise soit 0h15 heure française. Plus souvent sur le programme français, pour voir les personnalités et les sujets traités, mes yeux ne faisaient que de brèves incartades vers le téléviseur, surtout pour les petits logos soleil, nuages, pluie, au mépris des émissions people et cuisine du matin. Quinze ans après Toussaint, il vaut donc mieux que je dise que je regarde de la télévision. Qu'y a-t-il dans ce passage du défini au partitif ? C'est toute une histoire, me disais-je pendant la réunion matinale de la faculté... Préfixe et radical, télé et vision, nomment d'abord un phénomène (on le sait mais on l'oublie), celui de voir ce qui est loin, ce qui n'est pas devant mes yeux, dans mon champ de vision naturelle, avant d'être le nom d'une technologie ou d'un objet. Téléviseur : viseur de ce qui est loin... D'ailleurs étonnant, ce fait de viser (d'où les mires, peut-être), et que ce ne soit pas visionneur, ou visionneuse... Imaginez-vous disant : j'ai acheté une télévisionneuse... L'abréviation en télé tout court fait l'économie lexicale de la vision puisqu'elle est là, de toute façon. Mais alors, il y a télévision quand je découvre cet historique de JCB — multivision, même, et lui avouer que je n'avais pas fait cette rétrovision de son site, qu'il fait bien de la proposer. Et télévision quand je parcours quotidiennement des yeux les blogs de mon choix, découvrant par exemple les versions rénovées de ceux d'Emmanuelle Pagano (flambant neuf) et de Chloé Delaume (bien retapé, sans plus). Et télévision quand vous lisez ceci : ceci est en ce moment votre télévision ! (Dingue, non ?) Et
il y a télévision aussi dans ma tête
quand,
dans le shinkansen remontant la côte vers Tokyo,
j'écoute
en enfilade plusieurs épisodes du feuilleton Dylan, ou le
remarquable Surpris par
la nuit récemment consacré
à la Samaritaine.Bref, si l'objet apparu dans les années 60 du siècle dernier perd sa place centrale dans la communication nationale, au profit (?) d'une multiplicité d'écrans techniquement sans frontières (réception satellite, câble, réseau, etc.), il est normal que le mot télévision perde lui aussi son aspect défini pour passer dans le domaine du fractionnable, du multiple, de l'imprécis — et du partageable. L'attention qui s'est focalisée sur cet objet pendant quarante ans d'une lente dégradation vers le profit et l'abêtissement des masses peut sans problème (?) se reporter sur une infinité de propositions en réseau. Ce qui n'empêche pas la surprise. C'est ainsi qu'en dînant à la maison d'un superbe plat de takenokos (c'est la saison), après être allé boire un verre de vin avec T. et deux autres amis au Saint-Martin, je me passionne à revoir un film américain qui décortique un (mortel) jeu psychologique entre cadres de l'espionnage qui ne quittent pas leur QG, la jubilation provenant de l'écran opérationnel que l'un d'eux arrive à construire dans la tête des autres (qui ne sont pas les premiers venus) tandis qu'il téléguide en secret et sur sa prime de retraite une opération de sauvetage dans une prison chinoise... (Dernièrement, le cinéma américain d'espionnage et de guerre n'était pas très jubilatoire... Ce Spy-Game (T. Scott, 2001) d'avant la série 24 Heures Chrono — qui ne brille guère par son humour — fait exception.) |
| Samedi 3 mars 2007.
Impossibilité de l'espérance en
littérature. Des pages 183-197 de La Télévision, on retiendra surtout que Jean-Philippe Toussaint aime à balader le lecteur — cette fois, dans un musée de Dahlem pour voir des Dürer et Charles Quint. Il veille bien à nous faire croire que son narrateur connaît son musée par cœur. Ce qui aurait le don d'énerver les (mauvais) lecteurs (surtout ceux qui ont déjà un a priori contre Toussaint) est en fait une nécessité structurelle de l'œuvre littéraire : lisant le narrateur, il faut qu'on croie à son aisance dans les lieux pour qu'allant aux lieux d'aisance il se ridiculise égaré dans la chaufferie. Quantitativement, il y a bien plus de considérations de sandwich au gouda (186), tuyaux (194), écrans (195), et autres détails du monde vulgaire, que de propos sur les tableaux vus au musée... De même que le chercheur accouche plus facilement d'idées sur les idées que d'idées sur sa recherche. On rapprochera aisément cette technique de suspense déceptif de celle du mot qui fait tache. Le mot qui fait tache, ça consiste à disposer, dans un volume textuel d'une certaine tenue et d'un certain ton, un mot et un seul qui soit d'un tout autre registre, de sorte qu'il surprenne et déçoive le lecteur qui se croirait en terrain connu et comme en visite dans un monument culturel (Où qu'i s'croit, ç'ui-là ?). Ainsi du mot « caleçons » (191), quand il est question de notations dans des carnets. Ainsi du mot « enculer » (193), anodinement glissé dans un jeu de petits chiens. « Je regardais les tableaux et diverses pensées commencèrent à me venir à l'esprit, qui se faisaient et se défaisaient lentement dans mon cerveau comme l'eau se combine dans la mer pour faire naître les courants, et, de toutes ces pulsations irrégulières qui me parcouraient les neurones, de ce désordre, de ce chaos interne, naissait un sentiment de plénitude et l'apparence d'une cohérence.» (Jean-Philippe Toussaint, La Télévision, p. 188) Après le déjeuner au Saint-Martin, je rentre pour lire. Et enregistrer des émissions de radio, activité en retard cette semaine. À noter, une belle envolée de Régis Jauffret, à la fin de la deuxième partie du Tout arrive de jeudi, sur l'impossibilité de l'espérance en littérature... (Ce qui fonde paradoxalement l'espérance en la littérature.) Céline Minard y est très bien aussi, parlant du Dernier Monde. J'espère pouvoir trouver le temps de lire les deux. Recoupant certaines de mes réflexions actuelles (et notoirement inabouties), le Surpris par la nuit intitulé « Contrôle d'identité(s) », avec Hélène Cixous, Olivier Cadiot (et al.), va, j'espère, m'aider à progresser sur ce sujet (malgré quelques problèmes dans la qualité sonore). Pendant ce temps, fin du billet d'hier, lecture de blogs et réfection partielle des liens dans ma colonne de droite. J'enlève des inactifs, j'ajoute quelques affinités littéraires — toujours peu : les portails, les moteurs et les agrégateurs ont rendu obsolètes les longues listes de favoris en ligne (c'est mon opinion). La Quinzaine littéraire fait une offre très intéressante aux étudiants. À saisir ! |
| Dimanche 4 mars 2007. On essaie
toutes les chaises. Matinée de lecture. Parmi les nouveautés de Gallica, Le Figaro depuis 1826. On peut lire cela pour toutes sortes de raisons. « Porte-plumes incaustifères* à réservoir d'encre continu Ces porte-plumes sont de la forme et de la grosseur d'un crayon ordinaire ; toutes les plumes métalliques s'y adaptent, et ils contiennent la quantité d'encre nécessaire pour écrire pendant dix-huit heures. On les porte dans la poche ou dans un portefeuille, sans crainte que l'encre vienne à s'échapper. Les hommes de loi, les médecins, négocians, agens de change, voyageurs, les élèves des écoles, et toutes les personnes qui ont souvent à prendre des notes et à écrire hors de leur domicile, apprécieront l'avantage d'une invention qui rend l'écritoire inutile. Prix : 2 francs.» (Le Figaro, 4 mars 1838, p.3 — l'orthographe est d'origine) Malheureusement,
quand le journal passe à des colonnes plus
serrées, la
version Gallica est quasiment illisible, parfois floue. Tout est
à refaire, je le crains. Idem pour L'Humanité
(de 1904 à 1937, à ce jour). On aurait par
exemple aimé lire l'article intitulé Exploitation
éhontée de la femme du 4 mars 1907, mais plus on zoome
plus on perçoit les pixels — et moins on y lit de
lettres.Si quelqu'un voit une autre solution... Il y a aussi La Croix (1883-1924), Le Supplément littéraire du Figaro (1876-1926), Le Temps (1861-1935). Tous illisibles. En revanche, la thèse de François Picavet sur Les Idéologues (1891) est parfaitement lisible. Six cent vingt-huit pages, tout de même... Qu'on se rassure, je ne l'ai pas lue ce matin. Juste parcouru quelques pages. Assez pour voir que c'est plutôt intéressant, et que les mots idéologue et idéologie n'avaient pas encore la connotation négative d'aujourd'hui. Le XXe siècle les aura usés... Et
puis on a finalisé nos feuilles d'impôts,
déjeuné de restes d'hier et de jambon de Parme,
avant
d'aller marcher au hasard. Pâle soleil un peu dans
l'après-midi et pleine lune le soir. Occasion pour moi
d'apprendre à me servir de mon enregistreur Edirol
(réglages, bruits à ne pas faire juste
à
côté, etc.). Finalement, de Jimbocho à
Ochanomizu,
puis encore, on est arrivé à Akihabara. Et comme
on
envisage d'acheter des chaises, on a visité le magasin
Onoden,
assez pas de gamme, et juste à côté Livina,
plus chic et largement plus cher. On essaie toutes les chaises. On
achète un porte-rouleau de scotch, un peu lourd pour que
ça ne bouge pas quand on en tire et détache un
morceau.
Dîner dans un restaurant italien du nouveau
bâtiment Akiba, Alioli, simple et bon.Un dimanche de mars, quoi. * Le mot incaustifère ne figure ni dans le TLF ni dans le Littré (ni dans Google [sauf bientôt, pour pointer ici]), et je n'ai pas le Grand Larousse du XIXe siècle à portée de main. Si quelqu'un en trouve la définition... (Peut-être du latin causticus, « qui brûle, qui corrode », avec suffixe -fère ; peut donc signifier qui est inusable, increvable, inextinguible...) On peut se demander si ce n'était pas une publicité mensongère parce que près de cinquante ans plus tard, Flaubert s'exclame, pour Bouvard et Pécuchet : « Continuellement le grattoir et la sandaraque, le même encrier, les mêmes plumes et les mêmes compagnons ! » Commentaires1. Le dimanche 4 mars 2007 à 17:34, par Manu : "pas de gamme" ou "bas de gamme" ? 2. Le dimanche 4 mars 2007 à 17:48, par Berlol : Ouais, merci ! J'ai corrigé ! Mais c'était presque ça, Onoden, vraiment pas terrible... 3. Le dimanche 4 mars 2007 à 23:54, par Dom : ubst.:
en-caustum (encaut- ), i., n., = enkauston, the purple-red ink of the
later Roman emperors, Cod. Th. 7, 20, 1; August. contra Faust. 3, 18;
Cod. Just. 1, 23, 6 al. 4. Le lundi 5 mars 2007 à 16:58, par Berlol : Intéressant. Mais je ne vois pas le sens que ça ferait... 5. Le lundi 5 mars 2007 à 23:19, par Dom : Porte-encre,
comme aquifère, calorifère ? Je ne pense pas que le préfixe in- soit
privatif, il me semble faire partie de la racine du mot suffixé. 6. Le lundi 5 mars 2007 à 23:26, par Dom : Hum hum, en fait c'est aussi l'étymologie du mot francais "encre"... 7. Le mardi 6 mars 2007 à 00:48, par Berlol : Merci, c'est un peu plus convaincant. Donc, ça veut dire "porte-plumes... à encre" ! Une forme pédantesque qui irait bien dans le sens de l'arnaque. Ceci dit, il a bien fallu que les stylos à réservoir d'encre apparaissent à un moment donné... Ici on donne 1884 et Waterman, mais on signale un brevet de 1827 qui pourrait bien être en rapport avec notre réclame du Figaro 1826 — qui était sans doute un "mauvais instrument" ! |
| Lundi 5 mars 2007. Entre les
lourds nuages. Par hasard, comme souvent, je tombe sur le blog de Michel Onfray, ouvert en février, chez le Nouvel Obs. Je lis les derniers billets, parcours rapidement les précédents ainsi que quelques commentaires parmi les centaines de chaque billet. C'est sidérant. Il a littéralement détruit son image en cinq semaines (à mes yeux, au moins, mais j'ai l'impression de ne pas être le seul). Fatuité et suffisance. Tout le travail accumulé, celui d'un professeur de philosophie qui n'est pas lui-même philosophe, disparu derrière l'image d'un cyber-fat. Comment cela est-il possible ? Principalement par l'incompréhension ou le dénigrement de ce qu'est un blog. On est libre évidemment d'accepter ou pas les commentaires. Il en a déjà été débattu ici. On est libre également d'ouvrir les commentaires de son blog ET de ne jamais y intervenir soi-même. Mais dans ce cas, la liberté a un sens très précis : le mépris des autres par réintroduction d'une hiérarchie arbitraire dans un mode de communication réputé pour son égalitarisme. Ce qui tourne au fun total quand on connaît le côté verbalement libertaire d'Onfray. Ce mépris est d'ailleurs clairement dévoilé — après que des centaines de personnes l'ont exhorté à leur répondre — dans son dernier billet (en date) : « Habituellement je ne regarde pas les émissions télévisées enregistrées dans lesquelles je me trouve. Pas plus [que] je ne lis les articles, bons ou mauvais, qui me sont consacrés dans la presse nationale ou internationale. De même, je ne regarde pas les commentaires lâchés au pied de ce blog que vous lisez, ou je ne réponds aux lettres d’insultes, aux messages internet, ou aux lettres PTT qui exigent de moi une réponse parce que j’aurais dit, ici ou là, telle ou telle chose.» Où on lit bien (c'est moi qui souligne) que les commentaires — tous, donc — sont assimilés à des insultes. Je me suis bien gardé d'en lâcher. J'avais de l'estime pour Michel Onfray. C'est fini. Quant au contenu de ses billets, c'est juste une participation de plus dans la cacophonie de la campagne présidentielle. Ce n'est ni original ni bien écrit. En fait, si l'auteur n'était pas connu par ailleurs, ce blog passerait totalement inaperçu. On en revient au magnétisme de la notoriété et aux deux tropismes qui en résultent habituellement, les pros et les antis, les caudataires et les querelleurs, les uns prolongeant la pensée du maître dans tous les sens, les autres allant même jusqu'à faire un (ou des) contre-blog(s). Dieu que tous ces gens ont du temps à perdre ! Je retrouve T. pour le déjeuner. Elle prépare des tempuras très légères d'asperges, de tara no me et d'udo (独活). Un pur régal. Après avoir corrigé la typo d'un article pour un collègue de T., c'est l'heure d'aller au cinéma à l'Institut. Entre les lourds nuages et les forts vents tournants qui me rappellent ma première arrivée au Japon, en 1992, nous allons vers Le Concile de Pierre (G. Nicloux, 2006) sans rien savoir du film. Sommes plutôt agréablement surpris d'une bonne distraction, avec ce qu'il faut de pensée magique et de recyclage de religiosité (dont le monde a tant besoin, paraît-il). Les expériences sur le psychisme prétendument menées par des groupes marginaux dans les années 70 semblent d'ailleurs devenir un cliché, ces derniers temps. On trouve également cela à la base des constructions enterrées sur l'île du feuilleton Lost dont nous nous enfilons quatre épisodes (9-12 de la saison 2) jusqu'à pas d'heure, après avoir dîné d'un étonnant... cassoulet, au Saint-Martin — T. voulait essayer ça depuis des semaines, alors malgré la pluie battante... Commentaires1. Le mardi 6 mars 2007 à 01:18, par patapon : C’est vrai, ce blog d’Onfray est d’une désolante médiocrité. Se réclamer de la tradition grecque “hédoniste” (ou du moins non-platonicienne) pour en arriver à donner dans ce poujadisme d’aujourd’hui qu’est le josébovisme, quelle pitié… 2. Le mardi 6 mars 2007 à 01:52, par tef : "réintroduction d'une hiérarchie
arbitraire dans un mode de communication réputé pour son
égalitarisme". 3. Le mardi 6 mars 2007 à 02:12, par Berlol : Tef,
le mot important est "arbitraire". Il y a en effet une hiérarchie dans
le blog mais elle est "structurelle". C'est celle d'accepter, fermer,
modérer, supprimer, etc., les commentaires dans un espace différent de
celui des billets. C'est entendu. Dans la mesure où j'ai de la
considération pour les personnes qui prennent la peine de me commenter
et de rester courtois, que je leur réponds autant que possible (comme
maintenant), je propose "arbitrairement" une forme d'égalité, je crois.
Ce n'est visiblement pas le choix d'Onfray. 4. Le mardi 6 mars 2007 à 03:39, par christine : dans
toute communication entre personnes il y a de l'arbitraire, des
hiérarchies, plus ou moins d'écoute et de courtoisie ... mais à
l'égalité je ne crois pas trop 5. Le mardi 6 mars 2007 à 03:41, par tef : Ok, je suis. 6. Le mardi 6 mars 2007 à 03:44, par Berlol : Bien dit, Tef. Tout à fait d'accord. 7. Le mardi 6 mars 2007 à 09:03, par brigetoun : pour
Onfray je ne sais pas (ou si) mais votre blog était pour moi d'une
timidité de violette et je ne pouvais y accéder. (sans doute par la
faute de ma machine) 8. Le mardi 6 mars 2007 à 09:06, par brigetoun : votre commentaire a été envoyé. Il sera en ligne bientôt. Bien mais puisque vous êtes tolérant j'en lache un autre. Nous manquons de religiosité parait-il ? à mon humble avis nous allons périr engloutis dessous 9. Le mardi 6 mars 2007 à 15:33, par Berlol : Hélas, je le crains aussi. C'est bien pour ça que j'écrivais "paraît-il", je ne suis pas du tout solidaire de cette doxa. 10. Le mardi 6 mars 2007 à 18:32, par Manu : J'adhère également. C'est d'"éducation" dont le monde a tant besoin. |
Mardi 6 mars 2007. Sa
tragédie, elle non. Tiédeur
et éclaircies quand nous sortons et montons nos
vélos pliables. Pour la première fois de
l'année, peut-être bien... Des courses
à faire à Ichigaya et Akihabara (soit 2 km
à l'ouest puis 5 à l'est). La
différence avec le dimanche est
évidente : des voitures et des camions partout,
rapidité et agressivité des piétons.
Il faut choisir des rues, des avenues plus
dégagées, des
trottoirs plus larges, aucun problème via Suidobashi.Au retour, arrêt pour visite du grand temple de Kanda (Kanda Miyoujin, 神 田明神), très décoré et superbement entretenu. Retour par Korakuen, sans s'arrêter parce qu'on a faim. Déjeuner — c'est mon tour — d'une salade tomates, mozarella et basilic, et de deux tournedos, saisis à la graisse de foie gras (conservée du pot offert par ma sœur fin décembre). Je laisse T. à des courriers
familiaux et je vais à l'Institut voir Truands
(Frédéric Schöendoerffer, 2006). Pas de
surprise sur l'intrigue, c'est de la classique peinture de
mœurs, celles du grand banditisme. Mais pas d'enjolivement ni
d'hagiographie. Ils sont vulgaires, incultes, violents, machistes,
sexistes, xénophobes, ne respectent pas leur parole, n'ont
pour toute morale que l'argent. Un tueur solitaire, qui ne marche qu'au
contrat, essaie d'échapper à
l'enrôlement, ne veut pas ajouter la compromission du
goût à celle du crime.À noter, au milieu du film : un personnage regarde un film sur un poste de télévision, c'est une scène de la 317e Section (1964, de Pierre Schöendoerffer, père de Frédéric), quand Bruno Cremer met une grenade dégoupillée sous un mort, pour que ceux qui viendront après se fassent sauter en déplaçant le corps ; je croyais que ça servirait de mise en abyme et j'attendais le piège : quand les cousins viennent dans l'appartement du solitaire, à la fin, j'étais persuadé que tout allait péter, mais non... Évitement spéculaire comme une volonté de ne pas rendre la pareille, de ne pas entrer dans le cercle infernal de la vengeance personnelle. Puis T. me laisse pour aller
à une réunion
universitaire. Je dîne en regardant Match Point (W.
Allen, 2005). Propos en soi guère plus innovant que le
précédent. C'est un conte macabre
de
l'adultère ordinaire. Mais avec la très chic
société londonienne, l'accent, la classe. La
finesse de la mise en scène et des dialogues
n'évite pas un peu d'ennui vers le centre mou du film,
peut-être nécessaire d'ailleurs pour faire
fonctionner la
mise en
abyme, effective cette fois, du premier quart du film :
le jeune instructeur de tennis et amateur d'opéra offre
à sa future fiancée un disque d'enregistrements
rares dont il vante les accents tragiques, à quoi la jeune
femme est peu sensible... Il vivra sa tragédie, elle non. Et
puis des choses dites sur le hasard, dans une conversation badine entre
amis de fraîche date, trouveront leur illustration dans la
surprenante ironie finale du destin.
Donc, ni machiavélisme filmique ni
téléologie comportementale.S'il n'y a ni libre arbitre ni prédestination, qu'y a-t-il ? L'errance, l'hésitation, le remord, le sursis. Commentaires1. Le mercredi 7 mars 2007 à 01:56, par brigetoun : pour la dernière phrase les gens nés juste avant moi (la génération des 20 ans en 40) auraient dit "le monde contemporain" |
| Mercredi 7 mars 2007. Pensent
écrivain pensent livre. « Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées », Churchill. Beau rappel de Serge Portelli dont le chapitre de son livre Ruptures sur les Faux bilans de Nicolas Sarkozy est plus qu'instructif. Quelques lignes après Churchill : « Dans toute statistique, l’inexactitude du nombre est compensée par la précision des décimales » (Alfred Sauvy). Superbe ! Sur le site de l'Institut franco-japonais de Tokyo, l'annonce de la Journée de la Francophonie, le 21 mars : « A la rencontre des pays de la Francophonie : Belgique, Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Canada, République Démocratique du Congo, Côte d'ivoire, Djibouti, France, Gabon, Luxembourg, Madagascar, Mali, Maroc, Mauritanie, Québec, Suisse...» C'est un grand progrès de voir qu'une institution française accepte cette formulation déhiérarchisée, pour laquelle j'ai lutté (je n'étais pas seul de cet avis) quand je participais au conseil d'administration d'une association de pédagogie. Pas
mal de boulot pour préparer (imaginer,
scénariser) les
cours de la rentrée. Nous apprenons la mort de Jean
Baudrillard,
aux infos de France 2 puis dans le journal japonais. Cela m'attriste
parce qu'il savait comme personne faire danser les concepts et que
ça faisait du bien quand on voulait penser contre ceux
qui veulent que ça marche au pas. Je lui
dédie ces
quelques nuages.Sortons pour déjeuner au Saint-Martin, régler la facture à l'agence de voyage (pour un départ dans deux bonnes semaines, si mon visa est renouvelé d'ici là...). Depuis ce matin, je trouve que la lumière de l'écran m'agresse. J'essaie des distances de lecture et des tailles de caractères pour voir si ça vient de ma vision mais il semble plutôt que ça vienne de la lumière elle-même. D'ailleurs j'ai dû déjeuner en partie avec les lunettes de soleil. Et hier, je me rappelle que mes yeux larmoyaient un peu sans raison dans l'après-midi, c'est-à-dire après la sortie en vélo. Et que ce matin, j'avais un peu de névralgie au réveil... Il se pourrait bien que ce soit une forme de sensibilité au pollen, ou à la poussière, ou aux deux, combinés. À suivre de près, puisqu'il y a toujours prévision de lunettes (je ne suis pas contre, d'ailleurs, mais il faut que ce soit le bon moment). De lourds nuages
s'amoncellent
toujours délicieusement, dirais-je C'est après que... mais pas aujourd'hui camélias en sursis Après une sieste, yeux bien reposés, la douleur passe. Je prépare un chou-fleur à la vapeur, entier (ceux du Japon ne sont pas si gros que ceux qu'on trouve en France). Puis une sauce Mornay citronnée — au moins quinze ans que je n'avais pas fait ça. Enfin dans un plat, chou-fleur coupé en deux, bardé de jambon et nappé de sauce Mornay, j'enfourne 14 minutes à 200 °C. Quand je l'appelle à table, étonnement de T. qui était plongée dans le peaufinement d'un courrier congressionnel. Et c'est comestible, finalement. je suis
écrivain
je ne suis pas écrivain pour que je sois écrivain il faudrait qu'on me publie pour qu'on me publie il faudrait que je sois écrivain j'ai toujours su que j'étais écrivain et jamais souhaité qu'on me publie ni même demandé à on parce que on je ne sais pas qui c'est ni moi ni mes manuscrits ne sont soumis ni statut d'auteur ni statue d'hauteur maintenant je me publie moi-même tous les jours je me publie pour me souvenir et pas pour me subvenir je me publie je me donne je ne me vends pas je ne suis ni à vendre ni à acheter je suis à lire comme d'autres sont à lire je les suis quand je suis en train de les lire je sais s'ils sont écrivains en livre ou en ligne ils sont ou ne sont pas écrivains je plains ceux qui ne se sentent écrivains qu'étant publiés être étant publié devient un des tant publiés et qu'à tant publier il n'y a plus d'écrivains et tant de papier pour si peu d'écriture ici tant d'écriture pour si peu de papier personne ne peut nier que je suis écrivain tout le monde sait que je ne suis pas écrivain actuellement ceux qui pensent écrivain pensent livre presque personne ne peut penser écrivain sans livre je suis un écrivain qui a foison de textes néant de livres évidences en 2035 ou 2080 mais là d'un jour à l'autre personne ne peut dire si je suis écrivain ou pas pourtant ça chaque jour s'écrit qui ne peut être que de moi si on sait ce qu'est un écrivain parce que c'est un livre qu'on tient alors on ne sait rien le sait-on que l'horizon 2010 il est déjà derrière et qu'alors comme aujourd'hui je ne serai jamais écrivain parce que je l'ai toujours été Commentaires1. Le mercredi 7 mars 2007 à 10:37, par Yasmine : Oh ... en tous cas, c'est beau. 2. Le mercredi 7 mars 2007 à 11:09, par Bikun : superbe, magnifique...vraiment! Bravo Berlol! Je t'envoie tous mes bravos de Ménilmontant! 3. Le mercredi 7 mars 2007 à 12:00, par filaplomb : Je suis écrivain 4. Le mercredi 7 mars 2007 à 15:44, par christine : c'est
beau ... et ça touche forcément en un point très sensible tous les
écrivant(e)s / écrivain(e)s que nous sommes à des degrés divers 5. Le jeudi 8 mars 2007 à 01:03, par Manu : Sur un sujet se rapprochant: 6. Le jeudi 8 mars 2007 à 01:04, par Manu : Extrait: 7. Le jeudi 8 mars 2007 à 02:05, par Berlol : Intéressant, en effet. Merci, Manu ! 8. Le jeudi 8 mars 2007 à 11:08, par brigetoun : pas écrivain et datant je ne sais dire que : c'est épatant 9. Le jeudi 8 mars 2007 à 14:33, par atoyot : Est écrivain qui veut (ou) est écrivain qui peut? 10. Le samedi 10 mars 2007 à 01:33, par Berlol : Veut ? Peut ? Difficile de départager les deux. C'est souvent un effet de conscience. Les autres ne sont pas souvent d'accord... |
| Jeudi 8 mars 2007. Porc qu'aucun
masque n'arrête. Un œuf n'est pas plus plein que ma journée — mais il sera peut-être meilleur. Lever au cri des corbeaux pour aller prendre un shinkansen dans lequel je me retrouve avec un gros poupin renifleur qui s'avale deux malodorants ekibens avant 10h30. Beurk ! Effluves de bouchée vapeur au porc qu'aucun masque n'arrête. Je me concentre sur la voix d'Agnès Desarthe... À 11h10, je suis au centre des impôts de Kanayama. C'est l'affluence des derniers jours. Vingt minutes de queue serpentine à l'entrée du préfabriqué, trente minutes de queue statique debout et encore quarante minutes de queue assise — par bonheur, j'ai mon I-River et, dans le train comme dans les queues, observant le paysage ou mes congénères, j'écoute parler de Mangez-moi chez Veinstein, puis un très réussi Affinités électives avec Pierre Alferi, j'entame même une des séances du colloque Butor de la BnF. Enfin, vient mon tour, expédié en quatre minutes de vérif, les calculs de T. se révélant corrects. Je ressors vers 12h45 avec presque rien à payer (précisons que j'ai déjà été prélevé à la source et qu'il ne s'agit aujourd'hui que d'un ajustement final...). Déjeuner de tonkatsu au centre commercial voisin, en lisant Laure Limongi. « [...] c'est le fameux esprit d'escalier. Où on se remémore la scène : "Ah oui, quand il m'a dit ça, voilà ce que j'aurais dû lui dire !" Et parfois dix ans après on se dit : "mais voilà ce que j'aurais dû faire...". Mais sauf que non, parce qu'on était jeune et idiot ou alors parce qu'on était distrait et saoul ou parce que, j'en sais rien, mais ça m'est toujours apparu comme une constante et qui me touche d'autant plus qu'elle mélange le burlesque et le tragique. Parce que ça peut avoir des conséquences tragiques mais c'est quand même très drôle d'être si inapproprié sans arrêt, on est tout le temps inapproprié, on n'a jamais la bonne taille, on n'a jamais l'esprit assez large ou assez rétréci [...] » (Agnès Desarthe, dans Du jour au lendemain, le 6 septembre 2006). « [...] Cingria, c'est un écrivain d'une très très grande liberté, et d'une liberté très particulière qui fait qu'il n'a presque pas de forme. Il écrit des textes très courts, qui sont souvent des dérives, des promenades, des choses vues, mêlées à toutes sortes de souvenirs, de réflexions, etc. Et il a une sorte d'agilité, de fantaisie vraiment unique, qui est dans sa phrase même, dans sa manière de promener sa phrase et... pour moi c'est une sorte d'idéal, je dois dire, de pratique de la syntaxe comme une forme, presque, de danse [...] » (Entre 95 et 97, à propos des deux numéros de la Revue de Littérature Générale créée avec Olivier Cadiot...) « Y'avait une sorte de dépression, je dirais, pas personnelle, mais de dépression ambiante, en tout cas c'est comme ça qu'on le percevait, dans le champ de la littérature et de ce qu'on pouvait penser dans la littérature, pas forcément au sens philosophique du terme mais on pouvait théoriser les prises de position esthétiques, etc., à l'époque en 94-95, le débat de ces questions était, pas impossible, mais considéré comme nul et non avenu, et ça manquait beaucoup, enfin ça nous manquait. [...] Et le désir d'une chose collective, il est venu et en même temps il est assez vite reparti parce qu'on a commencé à faire ça tous les deux, à susciter beaucoup de gens mais qui un par un travaillaient très bien avec nous mais qui ne formaient pas un collectif cohérent, du tout, et puis on s'est dit peut-être ça va émerger peut-être qu'on va rencontrer comme ça des jeunes écrivains avec des affinités entre eux et pourquoi pas avec nous et que ça continuera sous une forme plus collective parce qu'on n'aurait pas pu continuer tout seuls, on ne faisait que ça, pendant deux ans. Et ça n'a pas eu lieu.» (La prose n'est pas l'opposée de la poésie...) « Non, en effet, mais je n'ai pas d'idées générales là-dessus, c'est une question de rythme de vie, presque, c'est vraiment des rythmes différents. La poésie — enfin, dans ma pratique, pour moi, en tout cas — est toujours liée au présent présent, au présent immédiat. Elle s'écrit en une fois. Enfin, même si ça se retravaille beaucoup, c'est assez bref pour qu'on écrive un poème d'un coup. Et tout est déterminé par cette dimension modeste, cette précision, cette présence [...] » (Pierre Alferi, extrait des Affinités électives du 28 septembre 2006) « Dans le souvenir clos d'une personne, il y a tout un monde en horizon gris changeant. Conjonction de l'archétype à l'annuaire, des abscisses et des ordonnées très personnelles. Comment raconter une histoire ? » (Laure Limongi, Je ne sais rien d'un homme quand je sais qu'il s'appelle Jacques, p.25) Quand je reprends le métro à Kanayama, je tombe sur mon collègue du département germain, il revient juste d'un stage à Okinawa. Mises à jour respectives, pendant le trajet, sur la quinzaine qui vient de s'écouler. Deux courriers importants dans la boîte aux lettres : un talon de recommandé et une carte du bureau de l'immigration pour le renouvellement de visa. Pendant que des giboulées arrivent et que le froid retombe, je selle mon vélo et galope vers la poste centrale. Le recommandé, c'est la banque, de Paris, qui m'envoie un chéquier et une carte bleue. Direction, la fac, entre les gouttes. Là aussi, pas mal de courrier interne, mais routine déjà. Parmi les pages web que j'ouvre, celle de Ce soir ou jamais pour voir le thème. Du coup, je me rends compte que j'ai oublié de noter la reprise de l'émission, vue hier soir après rédaction du billet. Tous ces humoristes sur un plateau, ça n'a pas donné grand-chose, une heure vite passée, quelques piques amusantes, le clivage entre civisme et cynisme apparu parfois avec une violence dérisoire et déplacée et... Guy Bedos qui s'est barré aux deux tiers, excédé par les propos délirants, lui semblait-il, de Juliette Arnaud et de Romain Bouteille. Frédéric Taddeï en est estomaqué, il s'en tire en rappelant que ça arrive maintenant sur tous les plateaux, que des invités sortent sans rien dire, juste parce qu'ils en ont marre. Quant à l'émission d'hier soir, je n'aurai pas le temps de la voir ce soir. Dîner entre collègues au restaurant Saint-Marc où, en plus du menu, on distribue régulièrement des tout petits pains maison de différents parfums pendant que de jeunes pianistes massacrent des classiques, voire de la bossa. Commentaires1. Le samedi 10 mars 2007 à 01:00, par brigetoun : maintenant se barrer d'une émission qui part en vrille, si ce n'est pas courtois ni élégant, ce peut être la seule solution raisonnable, puisque pour notre malheur les opinions, même les plus futiles, sont de plus en plus tranchées et la "conversation" étant maintenant devenue impossible 2. Le samedi 10 mars 2007 à 04:35, par Berlol : Autrefois on aurait fait un esclandre, plus récemment on aurait poussé sa gueulante, pété un câble, maintenant on prend la tangeante et basta. J'avais déjà signalé que R. Bouteille était vraiment hors sujet à tout coup et je ne suis pas sûr que Taddeï fasse bien de le réinviter autant de fois. D'autant que ça laisse croire qu'il a parfois du mal à trouver des invités... 3. Le dimanche 11 mars 2007 à 15:36, par christine : ah non ! je ne suis pas d'accord du tout : j'aime beaucoup la présence totalement décalée de Romain Bouteille (qu'on ne voit plus que là et dont je suis fan depuis le Graphique de Boscop) chez Taddeï (qui a bien précisé qu'il aimait à inviter régulièrement certains invités) même et surtout quand il fait dans la provoc : ça change du politiquement correct télévisuel 4. Le dimanche 11 mars 2007 à 16:55, par Berlol : Il y a provoc' et provoc' ! Ce qu'il dit est une bouillie informe de pensée, de pulsions, de déconnades qui ne trouvent pas d'écho dans le débat. Réécoute les quelques minutes avant le départ de Bedos, tu verras que ça ne tient absolument pas debout. Dans certains cas, il y a du répondant et ça peut valoir son pesant de cacahuètes. Mais cette fois-là, ça descend dans les tréfonds de la connerie... 5. Le lundi 12 mars 2007 à 01:40, par christine : pas si sûr ! si je me souviens bien, ce qui a énervé Bedos (qui de toute façon n'avait pas l'air en forme et ne servait ce soir là lui-même que de la bouillie) c'est la question : est-ce que vraiment les choses seraient très différentes si Le Pen était président ? qui d'abord choque nos beaux esprits de gauche et puis en y réflechissant ... mérite peut-être réflexion |
| Vendredi 09 mars 2007. La
médiocrité. Un gros bout de Ce soir ou Jamais de mercredi au petit déjeuner. Très étonnant d'entendre des personnes capables de défendre sérieusement les bilans de Castro ou de Pinochet. On recommande le film La Vie des autres, que je ne connais pas encore. De belles interventions de Pierre Rigoulot, Miguel Benassayag et Jane Birkin. C'est Ismail Kadaré que je trouve le plus fin, prenant un vrai risque intellectuel... « C'est pas éthiquement correct de le dire, mais il y a une relation cachée entre une partie du peuple et la dictature. On peut pas avoir une dictature sans une partie de la population. C'est un tiers, la moitié, deux tiers ? On ne sait jamais. Mais il y a une complicité, une sorte de relation secrète entre les foules et le dictateur. Où est la clé du secret ? Où est la clé de ça ? Je pense que la clé, c'est la médiocrité. Un dictateur, c'est un être, en général, médiocre. Et les foules ne sont pas très élevées, elles aiment beaucoup la médiocrité. Parce qu'elles trouvent quelque chose qui leur ressemble. Elles ne se l'expliquent pas de façon claire, mais elles aiment les stars médiocres. Elles n'aiment pas, jam... En Allemagne, on ne peut pas imaginer que le peuple allemand serait fasciné par Beethoven, ou par Goethe, mais il est fasciné par un petit médiocre comme l'était Hitler. Et c'est comme ça dans tous les pays. Enfin, je crois, je ne suis pas sûr. Mais je crois que cette médiocrité fait la relation entre les deux. Et voilà pourquoi une partie de la population était en extase. Parce qu'ils s'identifient, c'est leur héros. Et surtout quand sa biographie, c'est orphelin, qu'il a souffert dans sa jeunesse, il a travaillé, il était pauvre, etc., etc., alors c'est formidable pour un dictateur, il va gagner.» (Ismail Kadaré, vers 42'42", avant un témoignage émouvant de Jane Birkin sur Aung San Suu Kyi) Dernière réunion de l'année universitaire 2006, avec les calendriers de réunions de 2007 et mon nom dans deux comités thématiques. Soit deux réunions de plus chaque mois. No comment. Ça mérite urgemment d'aller pédaler, suer et retrouver un personnage amical. J'ai nommé le commissaire Adamsberg. J'avais déjà lu les chapitres de démarrage après que Bikun me l'avait offert, mais là, ça y est, me voilà dedans... « Adamsberg développait une théorie inverse à celle du grignotage, posant que la somme d'incertitudes que peut porter un seul homme dans un même temps ne peut pas croître indéfiniment, atteignant un seuil maximum de trois à quatre incertitudes simultanées. Ce qui ne signifiait pas qu'il n'en existait pas d'autres, mais que seules trois ou quatre pouvaient être en état de marche dans un cerveau humain. Que donc la manie de Danglard de vouloir les éradiquer ne lui servait en rien, car sitôt qu'il en avait tué deux, la place se libérait aussitôt pour deux nouvelles questions inédites, qu'il n'aurait pas connues s'il avait eu la sagesse d'endurer les anciennes.» (Fred Vargas, Dans les Bois éternels, Éd. Viviane Hamy, 2006, p. 45) Pas
le temps de déjeuner. Un jus de fruit en boîte et
une
sorte de chien-chaud froid suffiront. Le collègue qui a
accepté d'être mon garant pour la demande de visa
permanent me donne les documents prévus, je rassemble mes
petites affaires — il est déjà presque
15 heures
— et je file vers les bureaux de l'immigration. J'y arrive
à 15h40, présente la convocation postale, contre
un
numéro d'appel et un autre formulaire à remplir
pour le
Re-Entry Permit (taxe donnant droit d'entrer et sortir du Japon durant
le temps de validité du visa), vais acheter les timbres
fiscaux
(4000 yens pour le visa, 6000 pour le Re-Entry), les colle, reviens
remplir mon formulaire. Mon numéro est appelé
à
15h52, c'est donc l'heure de mon dernier renouvellement de visa (si ma
demande de visa permanent est acceptée, ce qui viendra en
avril
ou mai). Je file au guichet voisin tirer un numéro d'appel
pour
la demande de Re-Entry, suis appelé à 15h57,
alors que
j'étais en train de compléter quelques lignes du
formulaire, les achève sous la dictée de
l'employé
qui veut bien m'aider, prend les papiers et m'invite à
attendre.
Aucune sonnerie ne retentit. Il reste une quarantaine
d'étrangers qui attendent pour différents
guichets. Une
employée, peut-être la chef, passe à
chaque
guichet, il y en a une dizaine, avec une baguette à crochet
pour
descendre des petits rideaux de toile qui indiquent la fermeture du
bureau, y compris celui qui traite mon passeport. J'en
déduis
qu'on cesse de prendre de nouvelles demandes et qu'on finit celles en
cours. L'employé relève un peu son rideau et
m'appelle.
Nous vérifions ensemble les dates des deux nouveaux
documents
collés sur mon passeport. Et c'est fini, il est 16h05. Je
range
mon passeport, j'ai presque rempli le sac acheté à
Yokohama avec ma sœur, et je pars vers mon
shinkansen, plein de
reconnaissance pour ces employés courtois et efficaces (et
pas
qu'avec moi).Soirée. Dîner avec T. en regardant deux épisodes de Lost (quand Jack sollicite Ana-Lucia pour créer un entraînement militaire, puis quand Charlie met le feu pour enlever le bébé de Claire (quel con, ce Charlie !)). Mais bon, pour moi, depuis la mort de Shannon, rien n'est plus tout à fait comme avant... Pour ne pas me coucher trop tard, pas de blog mais lecture des pages de La Télévision, soyons sérieux, pour le cours de demain... Commentaires1. Le samedi 10 mars 2007 à 03:11, par christine : la solution définitive à tes problèmes de papiers serait de publier en japonais un pavé de 900 pages bien médiatisé et doté d'un prix ! 2. Le samedi 10 mars 2007 à 04:18, par Berlol : To do Littell, you mean ? 3. Le samedi 10 mars 2007 à 09:23, par christine : that's it ... just do it |
| Samedi 10 mars 2007.
Réalité sans glace ni patins. Pour bien apprécier les pages 203-213 de La Télévision, il faut remonter où j'en étais resté la semaine dernière, c'est-à-dire au Musée de Dahlem, devant un moniteur de surveillance. Le narrateur y voit, mal, un portrait de Charles Quint par Dürer, dont l'image remémorée est bien meilleure. Mais quand il rouvre les yeux, c'est son propre reflet qu'il voit. Il y aurait ainsi, dans l'ensemble de l'œuvre de Toussaint, à s'occuper des superpositions, de leur aspect anecdotique (comique, souvent) et de leur profondeur (narrative ou ontologique, selon les cas). Ainsi devant la piscine fermée, vidée, quand le narrateur voit des gens en nettoyer le fond, brossant la mosaïque de carrelage qui représente Poséidon et, littéralement, « lui arrosaient la barbe » et « lui passaient la serpillère dans les yeux » (198). Ainsi quand nageant il observe des jeunes femmes entrant dans des cabines de bronzage dont elles ressortent, lui semble-t-il, « la peau du cou desséchée, le décolleté creusé et osseux » (201), à l'inverse du manège dont il se souvient dans La Fontaine de jouvence de Lucas Cranach. Ou dans le mouvement analogique qui lui fait concevoir le développement de la télévision comme un cancer de l'humanité (204-205). Ou dans le simple fait de jouer avec son fils, à la maison, quand celui-ci lui demande de faire « une partie de hockey sur glace en chaussettes » (209), quand il faut bien superposer les règles et les gestes d'un jeu à une réalité sans glace ni patins — et rester sur le mode ludique face à son fils qui aurait allumé la télévision « si, en catastrophe, patinant prestement en chaussettes jusqu'à lui, je n'avais arrêté sa main au dernier moment » (210). Et ainsi de suite... On s'amuse également beaucoup, dans le cours de ce matin, à décrire le renversement psychologique lors de la seconde rencontre avec le président de la Fondation (qui finance la bourse du narrateur). La condescendance qui amène celui-ci à confier ses soucis personnels au narrateur qui n'en souhaitait pas tant (202) incite ce dernier à se venger facilement après qu'il a été question d'un documentaire télé sur des banquiers de la Renaissance en demandant simplement à l'autre s'il regardait « beaucoup » la télévision (204). Manière aussi d'introduire le thème de l'enregistrement (sur magnétoscope) et de la déculpabilisation qu'il fonde en transformant les vulgaires programmes de télé, qui passent et disparaissent, en noble patrimoine, répertorié, inscrit sur un support et pieusement conservé. (Un peu comme ce que je fais avec France Culture, hi hi !) Déjeuner
au Saint-Martin avec T., Laurent et Y., qui
était déjà à cette
même table
à notre repas d'anniversaire.
Le chef, Ichige, nous a confectionné,
spécialement pour
nous et par surprise, des chaussons aux pommes (parce que j'avais dit
qu'en France, on les faisait toujours sans cannelle, il s'est dit qu'il
allait essayer...). Laurent passe ensuite à la maison pour
récupérer
deux dévédés d'opéras de
Wagner et ramasser
des tuyaux sur les dernières technologies logicielles (que
je
maîtrise à peu près et lui pas encore),
type
Bloglines et Podemus, qui lui permettront d'accéder plus
facilement à des contenus culturels audio de plus en plus
nombreux (radios, bien sûr, mais aussi Canal
Académie, le
Collège de France, la Voix du savoir, etc.).Après une sieste bien méritée, j'écoute et enregistre, ému, les Vendredis de la philosophie sur Jean Baudrillard. Tout ce que j'y entends est très juste. Malgré les polémiques qui jalonnent sa carrière, c'est quelqu'un qui a su se faire apprécier de ses contradicteurs, voire aimer de ses ennemis. Sans doute parce qu'il écrivait très bien, mais aussi parce que ses excès conceptuels ou ses paradoxes provocants n'allaient jamais dans le sens du populisme ou de la démagogie. Le film que T. a loué pour ce soir ne me disait pas des masses, a priori. Un film de plus dans un avion, un film psychologique, dans le mauvais sens du texte. Mais Flight Plan (R. Schwentke, 2005) m'a bien étonné car on finit vraiment par croire que Kyle (Jodie Foster) est cinglée, choquée par le décès de son mari et qu'elle a cru avoir sa fille avec elle... Mais l'amour maternel est plus fort (cliché) que les méchants, qui ne pensent pas à tout (cliché). Bon, pas mal, mais sans plus... J'ai raté la Journée de la femme (mais j'étais en bonne compagnie, avec les voix d'Agnès Desarthe et de Laure Limongi, non ?). J'ai oublié de signaler que Manu allait changer de poste et d'entreprise (Félicitations ! Quand on sait le temps que ça prend et l'angoisse que ça génère, toutes ces incertitudes depuis des années...). Quoi d'autre ? Des centaines de fils rss s'emmêlent, entassés dans la colonne de droite... Demain, peut-être... Commentaires1. Le samedi 10 mars 2007 à 17:08, par Manu : Merci ! Je te raconterai les détails à la prochaine occasion. |
Dimanche 11 mars 2007. Ce soir
face à l'original. Journée
tranquille.Lecture de Fred Vargas au bain. Déjeuner à la maison. Promenade avec T. sous de grands mouvements de nuages sombres. J'emporte un parapluie qui ne servira pas, le ciel se décidant au dégagement total vers 15h30. Passons d'abord au vidéo club dans la Kagurazaka pour rendre Lost et louer le premier dévédé des 4400, dont ma sœur nous avait parlé. Descendons sur Iidabashi, bifurquons vers Ichigaya par le chemin arboré qui surplombe les voies de JR. Puis allons plein sud dans des petites rues qui rappellent à T. celles de son enfance dans un quartier où il y a à la fois des habitations et d'importantes quantités de bureaux d'entreprises, d'immeubles administratifs, d'ambassades. Débouchons devant le restaurant Ajanta de Kojimachi, actuellement en travaux. Je le reconnais car j'y avais dîné avec Étienne et Lionel, juste après les avoir rencontrés (était-ce à l'Ambassade de France ?, était-ce le 14 juillet ?, était-ce en 93 ou 94 ?). Ce
qui me rappelle, dis-je à T., que j'ai vu Étienne
hier et
qu'il m'a prévenu d'une fête de ses vingt ans au
Japon le
15 avril. On en sera, bien sûr ! (Moi qui vais
bientôt
en fêter 15 ; T., n'en parlons même pas...)On passe à l'Office Depot d'Ichigaya pour du matériel de bureau et on revient dans de sublimes lumières, rasantes et blanches. Accueillons ce premier épisode des 4400 avec un intérêt mitigé. C'est la concurrence des sites web qui m'étonne plutôt... Tout à l'heure, comme pour les rentrées scolaires de mon enfance, j'ai acheté des stylos de couleurs, prévoyant d'avoir à follement m'en servir. Dans ma tête, en effet, c'est aujourd'hui que je commence... Le 12 mars 2004, je finissais sur un « destin bovarique » (qui serait épargné à la Lydia de Colomba). Me voilà ce soir face à l'original. À l'originale, devrais-je dire. Car cela fait bien des années que je n'ai pas ouvert Madame Bovary. Et qu'il le faut pour préparer le cours qui commencera en avril à l'Institut... De plus, on aura recours au manuscrit, aux transcriptions diplomatiques et aux commentaires, à tout ce matériel fantastique qui se trouve à l'université de Rouen, grâce aux transcripteurs et aux responsables du projet (que je salue en passant). Rajout du lendemain... 1. Bonne initiative de La Quinzaine qui met en ligne un article de Jean Baudrillard sur Georges Bataille en juin 1976. On y lira (ou relira, selon les personnes) par exemple que chez Bataille « l'idée centrale est que l’économie qui gouverne nos sociétés résulte d’une malversation du principe humain fondamental [...] ». 2. J'ai écouté l'allocution pur miel de Chirac de la planète Mars. Le terme de malversation, appliqué à la réalité de ces douze dernières années, ne sera pas de trop, je crois. De plus, je ne veux pas de sa déclaration d'amour. Je ne l'aime pas et je ne veux pas qu'il m'aime. Commentaires1. Le lundi 12 mars 2007 à 00:26, par brigetoun : quelle chance de relire Madame Bovary ! il faudrait que je le fasse. Pour Chirac j'avais décidé de l'écouter mais en fait de miel c'est pendant qu'il parlait que je découvrais la lettre du sucre, et cela m'a davantage intéressée 2. Le lundi 12 mars 2007 à 01:51, par christine : en effet ! relire Madame Bovary pourrait être un antidote en ces temps de campagne présidentielle toute grise et très "comice agricole" ! |
| Lundi 12 mars
2007. Avec « fièvre »
pour faire mousser. Très réussi, le Deligne d'hier ! Et porteur d'un point de vue auquel les penseurs âgés qui croient penser le monde nouveau feraient bien de s'intéresser dare-dare... Pas si loin d'ailleurs du dernier billet de Patrick Bazin dans Livres Hebdo (qui exprime posément un avis assez proche du mien, me semble-t-il, même si j'y vais en général un peu plus fort...). Encore une journée tranquille. Décidément. On va bientôt s'ennuyer ! Pendant que T. est au yoga, je vais en vélo à Korakuen, pour des courses au Seijo Ishii. Elle m'appelle juste quand je suis rentré pour qu'on se retrouve au Saint-Martin, histoire de ne pas faire la cuisine et qu'elle puisse retourner plus vite à sa traduction. Le sauté de porc est accompagné de riz, cuit à l'oignon et au thym — excellent. Or Yukie nous avait déclaré, il doit y avoir deux ans, qu'on ne verrait jamais de riz au SM — ce qu'on s'empresse de lui rappeler... Sourires. Après quelques heures de travail en toute tranquillité, je vais faire un tour à l'Institut. Café et far aux pruneaux à la cafétéria en finissant le livre de Luc Lang pour le rendre. Ce 11 Septembre mon amour m'a modérément intéressé, finalement. Question d'affinités littéraires ou de moment ? Je ne sais. Retour à la maison, visionnement du Ce soir ou Jamais de jeudi dernier (Michel Winock, oui, bien, mais rien de transcendant dans son entretien, le court-métrage sur les sans papiers, les enfants qui veulent rester, je suis d'accord, mais rien de nouveau pour peu qu'on soit déjà correctement informé, donc une émission qui a bien fait d'être courte). Puis lecture blog et presse avant le dîner. Dont ceci : « Corée-France: les manuscrits de la discorde. C'est une publicité en dernière page du Monde daté 7 mars. On y voit la couverture d'un livre manuscrit entouré d'une chaîne bouclée par un cadenas frappé d'un drapeau français. Au-dessous, un titre en rouge : "Incapable de trouver le sommeil en Corée." Le texte donne un début d'explication : "Tant que les archives Oe-Gyujanggak, pièce importante de notre patrimoine culturel, ne nous auront pas été restituées, nous, Coréens, ne trouverons pas le sommeil." Un autre texte explique que le manuscrit reproduit fait partie de 297 volumes arrachés à la Corée par la France et conservés à la Bibliothèque nationale de France (BNF). François Mitterrand, lit-on en légende, avait promis en 1993 de rendre ces archives en échange d'un contrat de construction d'un TGV sur le territoire coréen. Promesse non tenue. Cette publicité, qui ne porte aucune mention du commanditaire, a été envoyée directement à notre journal par Munhwa Broadcasting Corporation, chaîne de télévision privée coréenne à forte composante culturelle. En 1993, le président Mitterrand se rend effectivement en Corée, où il rencontre le président Kim Young-sam. Le plat de résistance de la visite est un TGV. La France aimerait que cette manifestation de la technologie française puisse se concrétiser au pays du Matin-Calme. Effectivement, les Coréens fabriquent sous licence un TGV baptisé KTX, qui depuis 2004 fonctionne entre Séoul et Pusan. A cette occasion, le président français a proposé à ses interlocuteurs coréens de leur "prêter" un des manuscrits coréens détenus par la BNF depuis le Second Empire. Le ministre de la culture, Jacques Toubon, reçoit une lettre signée du président de la République lui demandant d'autoriser la sortie de la pièce "pour un prêt croisé". Jacqueline Samson et Monique Cohen, conservatrices à la BNF, prennent l'avion pour apporter le manuscrit. Visiblement, les Coréens comprennent "restitution" et non prêt. La pièce reste à Séoul, sans contrepartie. Les 297 livres dont la Corée demande aujourd'hui la restitution sont effectivement le fruit d'un pillage. En 1866, à la suite de l'assassinat, en Corée, de neuf missionnaires français et de 8 000 de leurs ouailles, Paris envoie une expédition navale qui embarque manu militari 297 manuscrits, rituels de cérémonies religieuses ou royales — des copies pour la plupart —, reversés à la Bibliothèque nationale et oubliés. Une chercheuse coréenne les redécouvre en 1991. En 1999, une mission est confiée à Jacques Sallois, haut fonctionnaire à la Cour des comptes, pour régler le problème. Sans résultat. "Ces manuscrits sont inaliénables, comme toutes les collections publiques, explique Jean-Noël Jeanneney, président de la BNF. En revanche, en accord avec l'ambassade de Corée en France, nous avons décidé de numériser ces pièces — opération financée par la Corée et le Quai d'Orsay. Dans quelques semaines, ce travail sera achevé." Cette restitution virtuelle sera-t-elle suffisante pour calmer la fièvre nationaliste coréenne ? » Emmanuel de Roux, dans Le Monde du 11.03.07. Voilà ce que j'appelle un article bâclé. Que s'est-il réellement passé en 1866 ? Peut-on croire qu'un vol de manuscrits vengeait (équivalait ou quel autre mot ?) des massacres ? Mitterrand a-t-il réellement promis restitution des manuscrits ? Et demander restitution, est-ce spécialement faire preuve de nationalisme ? Surtout avec « fièvre » pour faire mousser comme dans un magazine people... Si on n'était pas le 12 mars, je croirais volontiers qu'on est le 1er avril ! On peut en effet regretter que M. de Roux n'ait pas (ou mal) lu les informations de Wikipédia, de l'association France-Corée, du Pr André Fabre sur le déroulement des opérations militaires, ou de la BnF (au bas de cette page) qui ne fait mention que de 31 volumes en cours de numérisation. Il ne semble pas non plus avoir pris connaissance du blog de sa consœur Élise Walter qui pose bien mieux le problème que lui. Sans pour autant qu'on puisse tout bien comprendre, tant du passé (1866) que des actuelles dispositions officielles de la France. En marge, on s'étonnera que notre ministère de la défense, dans une des ses pages officielles, ait passé ces manuscrits volés sous un quasi-silence... Commentaires1. Le mardi 13 mars 2007 à 05:36, par Dabichan : J'ignorais
complètement cet épisode des velléités colonisatrices de la France en
Extrême-Orient... Je savais que la France s'était fait gentiment
rembarrer de Taiwan, mais pas en Corée. Ah, les Coréens ! Un autre
peuple fier, bien que très mal en point en cette fin de XIXème siècle à
l'instar de l'Empire du Milieu. 2. Le mardi 13 mars 2007 à 05:55, par Berlol : En effet, tu as raison, la chose est évoquée. Mais de façon toute elliptique, sans détail du contenu de l'inventaire. Je vais transformer "silence" en "un quasi-silence". Un peu comme les nouvelles d'Orléans, d'ailleurs, hein !... |