| Dimanche 1er avril 2007. Dans un
canapé flaubertible (2). Si Auchan rachète POL, il ne faudra pas attendre longtemps avant que Carrefour lance une OPA sur Gallimard... Voici, pour ma part, le poisson que j'ai envoyé aux 500 membres de Litor : « Chers membres de Litor, Nous venons de signer un pré-accord avec Google France pour une indexation des archives de Litor. À terme, cela permettra un meilleur ranking de nos discussions et points de vue dans les recherches, notamment pour les étudiants. Certains termes pourraient ensuite produire des revenus via les programmes AdSense et AdWords de Google. Revenus qu'Hubert de Phalèse conserverait pour de futures publications. Y a-t-il des personnes qui ne seraient pas d'accord pour que leurs textes ou leur identité soient indexées ? Cordialement.» À
part ça, je bosse sur Emma, qui me donne du fil à
retordre. Mais je l'aurai !Quand je sors faire des courses (jusqu'à Korakuen, à une station de métro, pour fêter sobrement ce soir l'anniversaire de T., qui va mieux mais reste à la maison), c'est avec Gustave Flaubert, le Dada de l'écriture, série de deux émissions produite pour France Culture par Marc de Biasi en 2001... Pierre-Marc de Biasi : « Comment t'interprètes la prédilection de Kafka pour L'Éducation sentimentale ? Pierre Dumayet : — ... Pierre-Marc de Biasi : — Mais toi, t'es... t'as moins d'intimité avec L'Éducation..., non ? Pierre Dumayet : — Eh oui, j'ai pas tout à fait fini de lire Bovary, alors...» (Rires.) « Avec L'Éducation sentimentale, le roman flaubertien s'empare des convulsions de l'histoire. Bizarrement, on a voulu faire de Flaubert un idéologue de droite, complice de la dictature bonapartiste, hostile à la classe ouvrière, réactionnaire. Sartre, évidemment, n'est pas tout à fait pour rien dans ce procès politique. Plus je relis Flaubert, plus je crois qu'il s'agit d'une contre-vérité. Flaubert était laïc et républicain. Il a servi de boîte aux lettres à Victor Hugo en exil, ce qui était un acte de dissidence réelle. Et puis surtout ses textes, L'Éducation... notamment, prennent résolument parti, et parti à gauche, du côté des opprimés, dans le camp de la liberté. Pour s'en assurer, il suffit de relire le roman. Le texte ne fait aucun mystère du dégoût qu'inspire à Flaubert les milieux d'affaires corrompus qui ont fait le lit du coup d'état de Louis-Napoléon. Voilà par exemple comment le narrateur décrit le salon du banquier Dambreuse, qui est en train de virer au bonapartisme : "La plupart des hommes qui étaient là avaient servi, au moins, quatre gouvernements ; et ils auraient vendu la France ou le genre humain, pour garantir leur fortune, s'épargner un malaise, un embarras, ou même par simple bassesse, adoration instinctive de la force." Même le héros du roman, Frédéric Moreau, qui ne brille pas pourtant par son courage, n'était pas tendre à leur sujet. Les termes qu'il emploie sont incroyablement violents. Le texte dit, au sujet des gens du salon Dambreuse : "La pourriture de ces vieux l'exaspérait ; et, emporté par la bravoure qui saisit quelquefois les plus timides, il attaqua les financiers, les députés, le Gouvernement, le Roi, prit la défense des Arabes [...]" La défense des Arabes, là, c'est un point de vue personnel de l'auteur. En pleine campagne d'expansion coloniale en Algérie, Flaubert, en 46, n'avait pas mâché ses mots à Louise Collet qui était toute fière, elle, des succès militaires français dans le Maghreb. Voilà ce qu'il lui a écrit : "Quant à l'idée de patrie, c'est-à-dire d'une certaine portion de terrain dessinée sur la carte et séparée des autres par une ligne rouge ou bleue... Non, la patrie est pour moi le pays que j'aime, c'est-à-dire celui que je rêve, celui où je me trouve bien. Et je ne me réjouis nullement de nos victoires sur les Arabes, parce que je m'attriste à leurs revers. J'aime ce peuple âpre, persistant, vivace qui, aux haltes de midi, couché à l'ombre, sous le ventre de ses chamelles, raille, en fumant son chibouk, notre brave civilisation qui en frémit de rage. Où suis-je ? Où vais-je ? En Orient. le Diable m'emporte. Adieu, ma sultane." Eh oui, il était anti-colonialiste, Gustave Flaubert. À peu près seul de cette espèce, à cette époque. Citoyen du monde. Anti-patriote, si la patrie veut dire l'oppression et l'impérialisme. Patriote, si le mot France veut dire culture, pensée, générosité, émancipation. S'il est du côté des Arabes, c'est parce qu'il est fondamentalement du côté des opprimés, du côté de tous ceux qui souffrent de l'injustice. Et il n'en va pas autrement dans L'Éducation sentimentale. Le roman met en scène, on le sait, la tragédie historique centrale du XIXe siècle, une tragédie qui s'est jouée en France en quelques mois. Il y a eu en février 1848 une révolution heureuse, consensuelle et pleine d'illusion, aussi, où la classe ouvrière s'est trouvée dans le même camp que la bourgeoisie pour en finir avec la Monarchie de Juillet et pour faire la République. Et puis, quelques mois plus tard, en juin 48, tout a basculé. La jeune République met un coup d'arrêt aux revendications sociales des ouvriers. Un coup d'arrêt sanglant, un véritable massacre, pour défendre la propriété bourgeoise contre les menaces du prolétariat le plus pauvre. Pour reconstituer ce scénario historique, Flaubert s'est beaucoup documenté. Or, les dossiers et les brouillons sont très clairs : aussi longtemps que le récit porte sur la période heureuse de la Révolution de Février, il va chercher ses documents dans les sources de droite, plutôt critiques, des sources qui ridiculisent un peu les illusions populaires et l'esprit de 48, les clubs, etc., mais dès que le récit aborde les Journées de Juin, ses sources, il va les chercher chez les historiens de gauche, résolument, et même dans les témoignages d'extrême-gauche. C'est si net que tout d'un coup, le récit de Flaubert rejoint purement et simplement l'analyse que fait au même moment Karl Marx dans Les Luttes de classe en France et le 18 Brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte. Il y a un personnage dans le roman qui incarne cette analyse, c'est Dussardier, le révolutionnaire au cœur pur, un personnage qui échappe totalement à la dérision, dont l'image morale reste intacte dans le roman, d'un bout à l'autre du récit. Dussardier est ouvrier, il a fait la Révolution de Février. Pour lui le mot république est un mot saint. En juin, il se range à ses côtés et c'est l'extermination. Il entrevoit que la véritable république était dans l'autre camp, chez les pauvres. Le texte dit : "[...] Il aurait dû se mettre de l'autre bord, avec les blouses ; [...] Leurs vainqueurs détestaient la République ; [...] et le brave garçon était torturé par cette idée qu'il pouvait avoir combattu la justice." Cette idée qu'il pouvait avoir combattu la justice... C'est Flaubert qui parle, quand même. L'histoire avance à grands pas, vers le coup d'état. Après avoir été dans le roman le personnage qui croyait le plus naïvement mais aussi le plus intensément à la vie, Dussardier devient un homme qui veut périr. Il y a une page bouleversante où il se confie à Frédéric. Une page écrite sans la moindre ironie. Il dit, en repensant à son erreur de juin : "Moi, je n'ai jamais fait de mal ; et, pourtant, c'est comme un poids qui me pèse sur l'estomac. J'en deviendrai fou, [...] J'ai envie de me faire tuer." Se faire tuer, Dussardier en aura l'occasion dès la fin du chapitre suivant en défendant encore une fois la République, le soir du coup d'état. Il tombe, sabré par un ancien ami, révolutionnaire doctrinaire devenu flic du prince-président, un dragon, et sa mort ouvre une sorte de béance dans le roman. Tout s'arrête, l'histoire rejoint le néant. Le récit reprend 18 ans plus tard, sans un seul mot sur toute la période de la dictature impériale, qui est envoyée comme aux poubelles de l'Histoire. L'Éducation sentimentale se termine au présent vers 1868 ou 1869, et c'est encore un présent impérial. Mais du fait de cette ellipse de 18 ans, Dussardier, dans le récit, vient juste de mourir. Et il est mort en criant un slogan qui, en 1869, se met à résonner avec une tonalité singulièrement prophétique : "Vive la République !" Alors, réactionnaire, Flaubert, non, vraiment pas. Encore un mot. Flaubert pensait que les réactionnaires de gauche ou de droite sont ceux qui veulent conclure l'Histoire, en finir avec l'Histoire. Il pensait aussi que l'Histoire, qui ne s'arrête jamais, n'est pas celle de la liberté. La liberté, en fait, est un stéréotype dont se servent tous les systèmes d'oppression. Mais celle de la libération. L'Histoire est dans le camp des opprimés. Mais qui opprime ? Madame Bovary commence par le pronom nous. "Nous étions à l'Étude, quand le Proviseur entra, suivi d'un nouveau [...]", etc. Le nouveau, c'est Charles Bovary, le petit paysan pauvre, habillé en bourgeois parce que, justement, il n'est pas bourgeois. Le nous, bah, c'est le narrateur et ses petits camarades, des enfants de familles riches et cultivées qui lisent la littérature romantique. D'où vient ce nous, ce nous qui est le premier mot du récit ? Flaubert l'a inventé en fait en finissant de rédiger la dernière page du roman, la page qui annonce le destin de la petite Berthe, fille de Charles et d'Emma, orpheline maintenant. Jusque là, dans les brouillons, le récit ne commençait pas par nous, et la petite Berthe, qui avait peut-être 8 ou 10 ans, était envoyée aux écoles gratuites. Un début pas très fameux dans la vie mais qui laissait tout de même un peu d'espoir. In extremis, dans un seul mouvement, Flaubert décide d'inscrire dans la fiction une exclusion sociale beaucoup plus violente : la petite Berthe est envoyée à l'usine, et à la première page tout commence par un nous qui rejette Charles. Un nous dans lequel le narrateur s'inclut — le narrateur reconnaît sa responsabilité —, mais un nous qui s'efface aussi pour laisser place à un je absent, impersonnel, qui a décidé d'écrire, pour constater et accuser. Les illusions romantiques et la culture sentimentale des classes dominantes ont fabriqué un monde sans pitié, qui envoie des enfants de 10 ans à l'usine, un univers où c'est la bassesse, l'argent, la bêtise qui triomphent. La victoire du commerçant Lheureux et du pharmacien Homais qui se font une clientèle d'enfer. L'avenir : "Nous allons entrer dans une ère stupide. On sera utilitaires, militaires, américains et catholiques." [Lettre à George Sand, 27 nov. 1870.] Flaubert n'était pas réactionnaire. Il a seulement essayé de penser l'Histoire, avec lucidité, sans illusions, sans indulgence. Une Histoire cruelle, presque sauvage encore. Mais Flaubert pensait que la planète Terre est encore bien jeune, à peine sortie du magma et que la culture politique des hommes commence tout juste à balbutier ses premiers mots. Le chemin sera long. Dans dix mille ans, peut-être...» (Pierre-Marc de Biasi, texte lu lors de l'émission Radio Libre intitulée Le Dada de Flaubert du 23 juin 2001.) Allez ! demain, j'arrête le blog. Commentaires1. Le dimanche 1 avril 2007 à 08:01, par christine : même pas vrai ! poisson d'avril ! (en revanche j'ai presque failli croire à celui de litor : dommage que tu ne délivres pas les réponses reçues, je me réjouissais d'avance de les lire) 2. Le dimanche 1 avril 2007 à 09:41, par atoyot : c'est une bonne journée pour arrêter votre blog. 3. Le dimanche 1 avril 2007 à 11:07, par Em : Ah cette blague elle est pas bonne, j'aime pas le 1er avril. 4. Le dimanche 1 avril 2007 à 12:52, par grapheus tis : J'ai failli y croire, et comme je sortais de la lecture de "Google-moi", l'accord m'infligeait un vrai KO. 5. Le dimanche 1 avril 2007 à 20:54, par Berlol : Ouf ! Ça y est. J'ai revérifié la transcription. Il y avait un "nousnous", une coquille dans les codes couleur et dans une référence... Me signaler autres coquilles éventuelles. Merci ! 6. Le lundi 2 avril 2007 à 00:16, par brigetoun ou brigitte célérier : pour le poisson, étonnée du manque de
réaction, mais à vrai dire, pas bien, je pensais à
autre chose 7. Le lundi 2 avril 2007 à 00:55, par Berlol : Oui,
moi aussi, je suis étonné, chère Brigetoun. Mais c'est comme ça,
maintenant. Plus personne ne s'étonne de rien... De même que dans les
blogs, on commente le moins possible, on préfère zapper, faire du
chiffre dans son agrégateur... Ou alors, il faut que ça rapporte en
visibilité, on va poser sa crotte dans les blogs à la mode... 8. Le lundi 2 avril 2007 à 07:55, par Christian : Salut! 9. Le lundi 2 avril 2007 à 15:59, par Berlol : Oui, bien reçu, Christian. Excuse-moi, je réponds au fur et à mesure... Aujourd'hui, tu seras dans le lot, je pense. |
| Lundi 2 avril
2007. Sachons toujours qu'un poisson. Seul un être au bulbe cérébral diminué — ou n'ayant jamais vu un calendrier — pourrait croire à mon assertion finale d'hier... Sachons toujours qu'un poisson peut en cacher un autre (Cf. Remue.net, ci-dessous). En
revanche, c'était bien hier l'anniversaire de T., comme
chaque année (Ah ! Ah !), chose que
j'ai ajoutée au billet en y corrigeant les coquilles de
transcription que tard je ne voyais plus, et en mettant de l'ordre dans
la gestion un peu
bordélique des codes couleur par Nvu...Elle va mieux, d'ailleurs, T. Son rhume passe, son bronzage reste. C'est l'essentiel. Elle accueille son chiffre rond comme Jean-Philippe Toussaint m'en avait l'air il y a quelques mois : avec bonhomie et fatalisme. (C'est ça ou se flinguer, en fait.) On déjeune au Saint-Martin, pour ne pas changer. Et puis on travaille tous les deux, à la maison, chacun sur son bureau, son ordinateur, ses cours à préparer. Du côté chronique familiale, il n'y a rien d'autre. Sauf que ça fait un bail que je n'ai pas passé l'aspirateur... Pédagogie, puisqu'on y était. Cette petite nouvelle (à écouter) de France Info. Et qui fait mal : selon un rapport du sénateur Adrien Gouteyron (pas encore sur le site du Sénat), le système informatique de préinscription en ligne des étudiants étrangers dans les universités françaises, via Campus France et les CEF, est un échec énorme, du fait de frais prohibitifs pour simplement soumettre une candidature et surtout de... bugs informatiques, dit-on poliment quand on ne veut pas dire manque d'argent investi dans un système efficace. On va accuser les responsables ? La belle affaire... « Depuis 1997, remue.net s'efforce de faire vivre un projet, de site personnel de François Bon il s'est élargi en une association dont son comité de rédaction s'est peu à peu enrichi pour donner à voir toutes les facettes de la littérature d'une manière accessible au plus grand nombre. Aujourd'hui de nouvelles techniques permettent à des communautés d'agir ensemble de plus en plus simplement, et il est temps que remue.net, qui a toujours eu à cœur de mettre ses lecteurs au centre de ses préoccupations, se serve de ses outils pour offrir à tous de nouvelles possibilités. Devant la complexité des moyens à mettre en œuvre et pour être certain de vous offrir ce qui se fait de mieux, nous avons choisi de faire à nouveau évoluer notre organisation en nouant un partenariat avec flickr, un site reconnu tant pour l'importance qu'il donne à la satisfaction des internautes que pour son expertise technique. Actuellement centré autour de la photo, flickr souhaitait depuis longtemps s'allier à d'autres sites pour élargir son spectre d'activité vers de nouveaux supports, la rédaction de commentaires ayant donné à de nombreux utilisateurs le goût de l'écriture, c'est tout naturellement que remue.net a été choisi. La première étape est visible aujourd'hui : une nouvelle maquette du site qui affiche ce lien nouvellement créé. Grâce à l'équipe de flickr, elle est amenée à s'enrichir rapidement de toute une gamme d'outils : tags et commentaires seront bien sûr de la partie ainsi que de nouvelles fonctionnalités permettant une interactivité en temps réel qui feront leur apparition simultanément sur les deux sites. L'étape suivante, d'ici à cet été, consistera à réunir les deux communautés, pour qu'en quelques clicks les remueurs soient en mesure d'afficher leurs photos sur flickr, et que chacun des 600 000 utilisateurs français de flickr puissent déposer leurs textes sur remue.net. Les utilisateurs de flickr le savent : si la communauté francophone est bien visible, c'est en une multitude de langues que s'expriment ses utilisateurs, la deuxième partie de l'année sera donc consacrée à permettre à tous d'accéder à remue.net, et cette internationalisation ne se limitera pas à traduire la maquette mais permettra aussi de lire les meilleurs textes dans la langue de son choix ! Nous espérons que cette décision, qui fut difficile à prendre pour l'association, vous apparaisse aussi évident qu'il l'est maintenant pour nous, et que le plus grand nombre nous rejoigne bientôt pour mettre en ligne ses textes ! » Tel est le poisson trouvé dans mon agrégateur — et qui n'est plus, hélas, sur le site de Remue.net, aujourd'hui, mais dont on peut voir l'apparence chez Libr.Critique. C'était bien réussi ! Bravo ! Et si on veut du sérieux, il y en a. Par exemple cet entretien inédit de 2005 de Frédéric-Yves Jeannet avec Hélène Cixous. Entre hier et aujourd'hui, j'ai réussi à regarder l'impressionnant Ce soir ou Jamais du lundi 26 mars, avec de nombreux étrangers parlant de la France et de la mondialisation. Un foisonnement d'avis, d'ouvertures d'esprit, de tolérances et de dénonciations fortes. Quelques délires, notamment de l'invitée turque, mais, bon... Je ne sais pas combien de temps ça va rester en ligne, mais j'aimerais bien pouvoir le faire écouter à mes étudiants de 3e et 4e année (capables de comprendre à peu près ce qui se dit)... Dans un canapé flaubertible (3). C'est donc sous ce titre, inventé lors d'une surveillance d'examen, qu'on trouvera désormais, en titre de billet ou de paragraphe, les notes relatives au cours sur Madame Bovary, cours qui commence samedi prochain à l'Institut franco-japonais de Tokyo (s'il y a des inscrits...). Pas directement utile pour mon travail actuel mais tout de même poignant par la narration de Pierre-Marc de Biasi, voici, à écouter, l'exposé des complexes relations Flaubert-Maupassant (mêmes références radiophoniques qu'hier). À vous tirer des larmes !... Et aussi, transcrit aujourd'hui, ceci, d'autant plus impressionnant que ce n'est pas un texte écrit. Pierre Bergounioux : « Le roman, alors, est un genre neuf. C'est Balzac qui lui a donné cette substance extraordinairement concentrée, commencée avec la Comédie humaine. Balzac est mort en 50. Donc, on a une idée approximative de ce que peut être la puissance de la grande narration romanesque. Flaubert, qui avait commencé par la fantasmagorie, les grandes machines mythologiques, Smar, les premières versions de la Tentation de Saint-Antoine, ou des formes courtes, expérimentalement incisives, qui tenaient de la polémique, du libelle bien plus que de la structure romanesque, découvre insensiblement que le roman serait comme le genre naturellement congru à la domination de cette classe bourgeoise dont il est issu et contre quoi simultanément il lutte. Et après avoir expérimenté l'inappropriation évidente, manifeste après coup, des diverses formes auxquelles il avait recouru pour commencer, il s'avise que c'est peut-être la grande narration, la forme romanesque qui répond le mieux au dessein essentiellement polémique qu'il a formé dès le début, mais qu'il lui a fallu ajuster par la méthode classique de l'essai et de l'erreur. Il est très manifeste que ce qu'il a fait pour commencer ne marchait pas, n'allait pas. La preuve en était l'indifférence profonde de ceux pour qui il écrit, c'est-à-dire contre qui il écrit. Mais à compter de l'instant où il passe, où il consacre, consume cinq années de sa vie à mettre au point ce roman qui s'intitule Madame Bovary, la bourgeoisie l'empoigne par le collet et le traîne devant les tribunaux pour qu'il y réponde de l'atteinte extraordinairement grave qu'il a portée, aux yeux de la bourgeoisie et de la justice bourgeoise, aux bonnes mœurs et à la morale. Et sous ce rapport, je pense que c'est juste, les bourgeois ne s'y trompent pas. Il y a mille critères pour juger de la beauté, de la bonté, de la vérité d'une œuvre littéraire. Ces critères sont historiquement changeants puisque nous sommes nous-mêmes des créatures de part en part historiques. Mais je pense qu'à un moment donné, les sanctions pénales constituent la pierre de touche la plus exacte qui se puisse concevoir de ce qu'un livre vaut. Et je me dis, rétrospectivement : les bourgeois ne s'y sont pas trompés lorsqu'ils ont successivement désigné Baudelaire et Flaubert comme deux iconoclastes. À la limite, les meilleurs critiques de l'époque, ce n'est pas ni Barbey d'Aurevilly ni d'autres qui avaient consacré des articles de journal à Gustave Flaubert. Non. À mes yeux, les meilleurs critiques des années 1850-1860, c'est les procureurs impériaux. Et la preuve en est... Mathieu Bénézet : — Monsieur Pinard, alors... Pierre Bergounioux : — Par exemple, Pinard. Et la preuve en est que, un siècle et demi plus tard, nous ne pouvons, vous, Mathieu Bénézet, et moi, Pierre Bergounioux, que leur donner notre assentiment : vous ne vous êtes pas trompés ; avec un sens infaillible de ce qui est acéré, cristallin, coupant, adamantin, vous avez désigné dans le paysage littéraire de votre temps les œuvres les plus éminentes, c'est-à-dire celles qui avaient vocation à survivre à l'instant, le vôtre, qui les a engendrées pour continuer de toucher nos esprits et nos cœurs.» (Pierre Bergounioux, dans Les Chemins de la connaissance, série la Bêtise Flaubert, France Culture le 24 juin 2001) Commentaires1. Le mardi 3 avril 2007 à 00:37, par brigetoun ou brigitte célérier : le dire de Bergounioux, je perds tout esprit critique et ne sais qu'adhérer en bloc, trouver cela pertinent 2. Le mardi 3 avril 2007 à 02:01, par Berlol : Manu m'a envoyé l'adresse de ce document qui reprend les ratés informatiques de Campus France... 3. Le mardi 3 avril 2007 à 03:57, par Manu : Oui, j'ai lu ton blog juste après et me suis rendu compte que tu étais déjà au courant ! D'habitude je te lis avant les infos multimédias. Je l'aurais alors posté moi-même ici. 4. Le mardi 3 avril 2007 à 04:00, par Berlol : Faut pas changer les bonnes habitudes !... De toute façon, merci ! |
| Mardi 3 avril 2007.
Foudroyés en pleine extase. Bravement, dans mon rattrapage des émissions, j'ai vu ce matin Ce soir ou Jamais du 27 mars. Long sujet sur l'immigration et les quartiers populaires. Et là, faut bien le dire, Pierre Jourde s'est salement planté et, sans le pourrir trop, les autres le lui ont fait savoir. Et c'était étonnant. Je me demande s'il ne devrait pas rester au chaud dans un café littéraire cosy. Roger-Pol Droit est resté sage une bonne demi-heure puis il a essayé d'exfiltrer le propos jourdien, sans succès. En revanche, j'ai découvert Yamina Benguigui et Mehdi Ouraoui, et écouté avec plaisir Rost et Michaël Prazan que je connaissais déjà. Et Cédric Klapisch, alors ? On ne l'a presque pas entendu dans la première moitié et... il s'est mis à fustiger l'internet à la massue dans la seconde. Jusqu'à la fin, où tous se sont exclamés que c'est une situation très compliquée et qu'il faut y réfléchir... Décevant. En revanche, l'émission du 28, que je viens de voir pendant et après dîner, est d'excellente facture. On s'y exprime posément sur les guerres irrégulières et sur la torture, on y apprend pas mal de détails relatifs aux récents conflits (que les lecteurs réguliers de la presse connaissent peut-être, mais ce n'est pas mon cas) — mais tout de même peu sur les stratégies qui les sous-tendent (mais ça, c'est peut-être déjà bien connu de tout le monde). Il fait plus frais et il pleut. Beurk ! Par contraste, et pour maintenir une ambiance tropicale chez nous — et se trimballer en tenue légère comme à Bali —, on chauffe et on met l'humidificateur. C'est contre l'environnement, je sais, mais on s'en fout. Quand les industriels donneront l'exemple... Quand on sort, dans l'après-midi, c'est le carnage. Des millions et des millions de pétales de cerisiers, foudroyés en pleine extase pas des gouttes de pluie snipeuses et guillotinantes, gisent sur l'asphalte, le rose baveux et déjà grisé par les passages de taxis. Et dire que c'est chaque année la même hécatombe ! On passe à la banque à Ichigaya et on se dit qu'on va rentrer par Yasukuni, où T. voudrait voir, dans le parc, le cerisier référent, celui qu'on montre à la télé chaque année pour prouver que c'est officiellement la floraison. Et là, sur le trottoir, devant nous, Laurence et Christian ! Qui n'habitent pas du tout dans ce quartier ! Christian, qui a laissé un commentaire hier et à qui j'ai envoyé un courriel il n'y a pas trois heures ! Embrassades. Félicitades. Comme
ils ont un peu de temps et nous aussi, on va ensemble au sanctuaire de
Yasukuni. T. demande à un prêtre lequel parmi les
centaines de cerisiers est le référent (標本木,
ようほんぼく). Il nous le désigne, près d'un pavillon
de
théâtre, avec sa grosse branche horizontale qu'un
pilier
soutient. L'ayant dûment admiré et
photographié,
nous allons de l'autre côté de l'avenue boire un
coup (un
thé, pour moi, dans une tasse Meissen
dont la soucoupe est couverte de poussière — mais
la
maison se la pète un peu depuis qu'elle est
passée dans
le feuilleton de Kagurazaka ;
ce feuilleton, terminé depuis deux semaines,
qui continue
à nous amener des centaines de touristes, mamies et
jeunettes,
toutes fashion victims
du dorama,
dans notre quartier jusqu'alors tranquille, dirais-je en vieux beauf,
au risque de détruire l'écosystème de
calme des
rues et de modération des prix, et dont
l'héroïne
prenait des cours de français à l'Institut pour
partir
travailler en France au dernier épisode).Poussière ou pas, on fait le ménage dans nos relations, on met à jour les activités et on prend rendez-vous pour le chalet suisse dans un petit mois... Et vite rentrer avant qu'Emma refroidisse. Commentaires1. Le mardi 3 avril 2007 à 07:17, par vinteix : Salut, 2. Le mardi 3 avril 2007 à 09:52, par femmosapiense : Prenez
garde, Vinteix, c'est des coups à se retrouver vite fait dans la
catégorie "poseurs de crotte", en compagnie fort infamante,
finkielkrautienne pour ainsi dire! 3. Le mardi 3 avril 2007 à 11:29, par en responsabilité : "La violence de ses propos augure mal de son identité personnelle" 4. Le mardi 3 avril 2007 à 15:39, par Berlol : Je
pense qu'il n'est pas nécessaire d'avoir personnellement souffert des
horreurs coloniales pour demander réparation, ou pour pointer le
racisme d'État qui filtre au travers des lois, dispositions et propos
sarkoziens (et pas seulement) et qui se manifeste brillamment dans
l'attitude des forces de l'ordre — mais de quel Ordre, au juste ? 5. Le mardi 3 avril 2007 à 21:15, par vinteix : Je
ne crois pas que les propos de Jourde sentaient vraiment la
"fine-crotte"... et certes, s'il ne s'appuie pas sur des études
sérieuses, il s'appuie malgré tout sur une expérience de terrain et une
sensibilité personnelle qui n'est pas spécialement dévouée aux
dispositions de Sarkozy. Il a tout simplement pointé du doigt certains
faits, éminemment sensibles et délicats, mais que l'on ne peut ignorer.
Et d'ailleurs, quand R.-Pol Droit a repris Rost sur certaines de ses
considérations par rapport à Sarkozy (l'assimilation abusive "Sarko =
fasciste"), il se trouve qu'à ce moment-là, le philosophe n'était pas
tellement éloigné de Jourde... 6. Le mardi 3 avril 2007 à 22:17, par Berlol : Je suis d'accord avec toi et surtout pour dire que la situation est "plus complexe qu'une simple mise en opposition binaire". C'est bien l'erreur de conversation, ou de discours, que je reproche à Jourde. Si on a le loisir de réécouter l'émission trois ou quatre fois, on peut comprendre des finesses, mais pour tout le public du direct, c'est bien une opposition frontale et binaire que provoque Jourde, qui essaie de s'en défendre après, mais trop tard : l'effet est produit. 7. Le mardi 3 avril 2007 à 22:33, par vinteix : Tes dernières nuances me conviennent davantage... car je suis certain que Jourde voulait avant tout rendre compte de la complexité de cette situation, et non d'un dualisme primaire... en l'occurrence, la finesse est de rigueur et il est vrai parfois noyée dans le flot des paroles, surtout sur un plateau de télévision... 8. Le mercredi 4 avril 2007 à 01:34, par femmosapiense : L'ironie
du sieur Rost se donne sans doute à entendre dans son usage très
personnel de la proposition subordonnée et des pronoms relatifs. Il est
étonnant de constater qu'un immigré venant d'un pays francophone et
ayant déjà vécu vingt années en France, en soit encore à maltraiter
aussi consciencieusement la langue. D'autre part, son utilisation
ignominieuse du terme de rafle pour désigner de simples arrestations,
rien moins que légales, d'étrangers en infraction devrait suffire à le
discréditer définitivementpar l'analogie qu'elle suggère. Que des
professeurs de français supportent de l'écouter est instructif. Il
serait amusant de voir ceux-là amenés à vivre une ou deux semaines dans
les banlieues où s'ébattent ces avenants "c'est nous l'avenir, ouais,
ouais", et pouvoir ainsi mesurer sans l'aide d'aucun rapport de
chercheurs sociaux la grande aménité qui leur sera réservée. Il n'est
pas d'habitant de la couronne parisienne, ni d'usager du réseau de
transport de l'Ile de France, qui n'ait quasiment chaque jour
l'occasion d'entendre, et comment ces "Français qui ne demandent qu'à
aimer la France" traitent ceux qui ont le déplorable 9. Le mercredi 4 avril 2007 à 02:00, par Berlol : Il m'a fallu attendre la fin pour savoir que vous parliez de "la minorité agissante" et je ne vous demande pas de chiffrer puisque vous semblez n'apprécier que ce qui ne se chiffre pas. Il faut donc croire, à vous lire, que cette minorité réussit chaque jour l'exploit d'insulter tous les habitants de "la couronne parisienne" et tous les voyageurs du "réseau de transport de l'Ile de France". C'est qu'ils sont très actifs ! Moi qui les croyais dans les cages d'escaliers ! Ils n'ont donc pas de travail ? Et qui donc ne leur en n'a pas donné ? Et qui donc déjà n'en donnait plus à leurs parents, qu'ils en ont perdu le goût de l'école, et le goût de respecter la police, la langue, etc. ? Est-ce que votre femmosapiense pourrait nous éclairer là-dessus ? et puis pendant que vous y êtes, renseignez-nous donc sur ces "signes distinctifs, vestimentaires et langagiers" que vous semblez si bien connaître... Allez, mouillez un peu votre chemise ! Et puis dites-nous aussi votre métier, qu'on puisse vous dire en retour si vos propos y correspondent, si vous en êtes digne... 10. Le mercredi 4 avril 2007 à 06:26, par Christian : Ouh là là... |
| Mercredi 4 avril 2007. Elle
écrirait ? Elle vengerait ? Elle
sublimerait ? Journée sans nom. Je vois ce soir que c'est un mercredi... Rien fait que lire et prendre des notes, réfléchir à ma vie d'Emma. Je dis bien. Si ! Vers 11h30, je suis sorti faire quelques courses pour le déjeuner. En passant par l'Institut où je suis allé voir si j'avais des inscrits. Or, déjà deux fois plus que d'habitude dans la semaine qui précède le premier cours (il y a généralement d'autres personnes qui viennent au premier cours et s'inscrivent après si ça leur convient). Et puis vers midi et quart, les livreurs de nos chaises commandées il y a deux semaines sont arrivés. Ils ont monté les tissus sur les cadres et ont assemblé pieds, sièges et dossiers. Dix minutes chrono. Quand T. est rentrée, elle a pu déjeuner assise dessus. Dans l'après-midi, il y a eu un gros orage, avec éclairs et fortes pluies pendant près de deux heures. Mais ça ne nous a pas détournés de notre travail. Au journal télé du soir, on a montré qu'il avait neigé dans Tokyo et que la température avait baissé de 10 degrés en moins d'une heure. Rien n'a paru de tout cela dans notre milieu tropical. [Canapé flaubertible] Le dernier personnage de Madame Bovary ? S'en soucie-t-on ? C'est Berthe, la fille d'Emma et de Charles. La seule qui reste du carnage, et qui n'a sans doute rien vu, rien su, rien compris. Elle est envoyée à l'usine, elle a 10 ans. Elle est polie et bien élevée. Elle ne criera pas contre les bourgeois. Et il n'est pas sûr qu'elle trouvera jamais, telle Cosette, un Jean Valjean pour la sortir de là... Quelqu'un a-t-il écrit une vie de Berthe ? Ce serait intéressant... Elle chercherait à savoir qui étaient ses parents... Elle découvrirait. Elle écrirait ? Elle vengerait ? Elle sublimerait ? Une femme adultère, c'est terrible. On peut lui faire un procès, moral. C'est le côté mœurs de province. Mais une femme qui n'aime pas son enfant. N'est-ce pas pire ? Et plus ontologique que moral ? Même si je ne suis pas une femme, l'une de mes raisons pour ne pas avoir d'enfants, c'est bien la crainte de ne pas les aimer. Pourquoi Madame Bovary n'aime pas sa fille ? Moi, ce soir, relisant, entre sa « haine nombreuse » et la « manière de brouillard qu'elle avait dans la tête » (II, 5), j'ai vu passer le spectre de... Lol V. Stein. « Le jour blanchâtre des carreaux s'abaissait doucement avec des ondulations. Les meubles à leur place semblaient devenus plus immobiles et se perdre dans l'ombre comme dans un océan ténébreux. La cheminée était éteinte, la pendule battait toujours, et Emma vaguement s'ébahissait à ce calme des choses, tandis qu'il y avait en elle-même tant de bouleversements. Mais, entre la fenêtre et la table à ouvrage, la petite Berthe était là, qui chancelait sur ses bottines de tricot, et essayait de se rapprocher de sa mère, pour lui saisir, par le bout, les rubans de son tablier. — Laisse-moi ! dit celle-ci en l'écartant avec la main. La petite fille bientôt revint plus près encore contre ses genoux ; et, s'y appuyant des bras, elle levait vers elle son gros œil bleu, pendant qu'un filet de salive pure découlait de sa lèvre sur la soie du tablier. — Laisse-moi ! répéta la jeune femme tout irritée. Sa figure épouvanta l'enfant, qui se mit à crier. — Eh ! laisse-moi donc ! fit-elle en la repoussant du coude. Berthe alla tomber au pied de la commode, contre la patère de cuivre ; elle s'y coupa la joue, le sang sortit. Madame Bovary se précipita pour la relever, cassa le cordon de la sonnette, appela la servante de toutes ses forces, et elle allait commencer à se maudire, lorsque Charles parut. C'était l'heure du dîner, il rentrait. — Regarde donc, cher ami, lui dit Emma d'une voix tranquille : voilà la petite qui, en jouant, vient de se blesser par terre. Charles la rassura, le cas n'était point grave, et il alla chercher du diachylum. Madame Bovary ne descendit pas dans la salle ; elle voulut demeurer seule à garder son enfant. Alors, en la contemplant dormir, ce qu'elle conservait d'inquiétude se dissipa par degrés, et elle se parut à elle-même bien sotte et bien bonne de s'être troublée tout à l'heure pour si peu de chose. Berthe, en effet, ne sanglotait plus. Sa respiration, maintenant, soulevait insensiblement la couverture de coton. De grosses larmes s'arrêtaient au coin de ses paupières à demi closes, qui laissaient voir entre les cils deux prunelles pâles, enfoncées ; le sparadrap, collé sur sa joue, en tirait obliquement la peau tendue. — C'est une chose étrange, pensait Emma, comme cette enfant est laide ! » (Madame Bovary, II, 6) Commentaires1. Le mercredi 4 avril 2007 à 08:13, par christine : tout, hélas, a déjà
été écrit ("tout est dit, et l'on vient trop tard"
disait La Bruyère) 2. Le mercredi 4 avril 2007 à 12:04, par christine : tout de même, à la relecture, ta remarque sur Emma coupable surtout de ne pas aimer son enfant me dérange quelque peu : étrange et pas franchement féministe ton "même si je ne suis pas une femme" (je ne pense pas que la fibre maternelle soit davantage inscrite dans les gènes féminins!), très anachronique ton raisonnement (le culte de l'enfant est une invention assez récente et on ne choisissait pas alors d'en avoir), et, puisque tu parles de Duras, souviens-toi qu'elle avait trouvé "sublime, forcément sublime", la croyant infanticide, Christine Villemin (ce que notre époque politiquement correcte a illico mis sur le compte du gâtisme) 3. Le mercredi 4 avril 2007 à 16:53, par Berlol : Merci,
Christine, de ces références. Il me semblait bien qu'il y avait eu
quelque chose... Je ne connais pas C.-H. Buffard, mais j'aime bien
l'enjeu de la continuation et il a de la ressource, semble-t-il : "Tous
les trembles avaient été arrachés. La maladie, lui dira quelqu'un plus
tard. Il fallait dégager la perspective, dira un autre. Du coup, on
voyait à perte de vue par-dessus les bâtisses de l'école. Ça ne formait
pas un nouveau paysage, c'était simplement une mauvaise déchirure dans
l'ancien." 4. Le mercredi 4 avril 2007 à 22:25, par brigetoun : le culte de l'enfant ne date pas du 18ème siècle ? C'est bien parce qu'il existe qu'Emma se sent, un peu coupable, ou refuse de se sentir coupable - et quand elle dit qu'elle aime les enfants, je suis sure qu'elle est sincère à ce moment là mais que voulez-vous cette enfant n'est pas aimable, cependant bien sûr elle l'aime parce qu'elle le doit, parce que c'est féminin (pas mon opinion hein !). J'avais oublié. Parce que je le voulais ? 5. Le mercredi 4 avril 2007 à 23:05, par femmofoyère : "Le
Nouvel Observateur . - Quel choc a pu vous pousser à écrire, avec
«Carnets d'un voyageur zoulou dans les banlieues en feu», un livre
d'une telle violence? 6. Le jeudi 5 avril 2007 à 00:47, par vinteix : Toutes ces remarques très intéressantes
me donnent l'envie brûlante de relire (car il y a bien longtemps)
"Madame Bovary" ! 7. Le jeudi 5 avril 2007 à 01:01, par Berlol : Merci,
"femmofoyère", qui que vous soyez (!) — sans doute quelqu'un, de toute
façon —, pour cet envoi. Je ne doute pas que le livre de Jourde soit
intéressant, et je le lirai probablement, comme j'ai lu deux de ces
précédents. L'autre jour, à l'émission de F. Taddeï, il n'a pas trouvé
les mots, le ton, le sourire, le bon rythme pour faire passer son
message, il s'est même un peu braqué. Chacun a son caractère, hein !
Parfois, c'est le contraire, d'ailleurs : on passe à la télé, bonne
prestation, et plein de gens achètent un livre qui ne leur plaît pas ou
auquel ils ne comprennent rien. La télé tire groupé, côté plateau comme
côté foyers. |
| Jeudi 5 avril 2007. Le plafond,
peut-être... Couscous au Saint-Martin. Ça arrive de temps en temps. J'ai remis un costume et une cravate ; c'est-à-dire consenti à ranger les affaires de plage et résolu de revenir dans les conventions. Il faudra après-demain, alors autant commencer aujourd'hui. Les objectifs de ma sortie d'aujourd'hui étaient : 1. de faire un essai de matériel avec mon ordinateur portable dans la classe que j'occuperai samedi matin, 2. de voir un film à l'Institut. Sans compter le permanent qui est d'avancer mon hydre de notes pour apprivoiser Emma. Le premier objectif a failli tourner vinaigre. J'ai d'abord avisé le professeur qui est en même temps responsable des matériels électriques et informatiques, qui m'a emmené dans le local technique, où le technicien n'avait pas de quoi envoyer l'image d'un ordinateur sur une télévision (puisqu'il y a une télévision dans chaque classe). En revanche, on pouvait me proposer un projecteur vidéo, à réserver à l'avance. Dans une salle de 16 m², je ne sais pas sur quoi je vais projeter ! Le plafond, peut-être... Mais bon, essayons. (Ça marche.) De plus, bien que j'aie prévenu depuis plus de trois mois que je souhaitais me connecter au réseau sans fil, on m'octroie une salle tout au bout de l'Institut, où le wifi n'arrive pas. Qu'à cela ne tienne, je chargerai les pages des manuscrits de Flaubert et les pages de concordances Intratext à l'avance. Et je dirai aux étudiants d'aller protester eux-mêmes pour avoir le full course... Le temps de ramener le projecteur dans le local technique et je monte à l'Espace Images pour voir, dans une salle quasi comble, Model Shop, un film de Jacques Demy de 1968, tourné aux États-Unis et joué en anglais, à peu près inconnu en France et projeté au Japon pour la première fois dimanche dernier ! — et donc pour la deuxième fois cet après-midi ; on comprend qu'un maximum de cinéphiles japonais fassent le déplacement. Et ça valait vraiment le coup ! On y retrouve le thème lancinant du départ d'un jeune homme à la guerre, comme dans Cléo de 5 à 7 ou dans Les Parapluies de Cherbourg, mais lui, évidemment, il est convoqué pour partir au Vietnam. Et il n'en a pas du tout envie. Il rencontre cette Française, occasionnelle poseuse, moitié fatale moitié grisette (admirablement jouée par Anouk Aimée). Du film, se dégage une ambiance douce et souple, sans doute due au port de caméra et aux moments de déplacement du héros solitaire dans Los Angeles, à moins que la musique psyché de l'époque y soit aussi pour quelque chose. Les scènes de dialogue entre Anouk Aimée et Gary Lockwood, surtout dans le troisième tiers, font vraiment penser à Cléo de 5 à 7 (film de Varda en 1961), c'est-à-dire au caressant espoir de retour de guerre que le nouvel amour suscite. Cette parenthèse fermée, je me recale sur Madame Bovary quelques heures durant... Sauf que plus tard, je repense à ces 40 ans. J'ai déjà parlé de cette sensation que j'éprouve et que je n'arrive pas encore à cerner précisément, à élaborer intellectuellement... Ce film, il a été tourné il y a 40 ans et on le regarde comme quelque chose qui est à l'intérieur de notre temps, même si on voit bien des différences. Si on reportait ce décalage sur Flaubert, et par exemple la date de sortie de Madame Bovary, 1857, quarante ans avant, c'est 1817. Est-ce que 1817, dans l'esprit de Flaubert, c'était quelque chose qui était de son temps ? Comme il était né en 1821, c'était avant sa naissance. Mais surtout, c'était trois régimes politiques avant ! Compte tenu d'une éducation principalement livresque (dans laquelle il n'y avait pas tant d'images, et bien sûr ni photo ni cinéma (faut-il le dire ?)), je pense que 1817, c'était pour lui la sensation d'un autre temps, d'un temps historique, qui suivait l'Empire, et donc la Révolution, et donc Louis XVI et ainsi de suite. Où se situerait pour chacun ce qu'on ressent être le temps historique et ce qu'on dirait être de son temps ? Pour moi, ce serait 1944-1945. Mais peut-être que pour quelqu'un qui a vingt ans aujourd'hui, ce serait justement 1968. Bref, tout cela est très confus... Pas encore démêlé... Et pas le temps... Retour à Yonville. Commentaires1. Le vendredi 6 avril 2007 à 00:44, par brigetoun ou brigitte célérier : Demy "une ambiance douce et souple", n'est ce pas toujours le cas de son cinéma et la raison pour laquelle on l'aime ? 2. Le vendredi 6 avril 2007 à 02:53, par Berlol : Oui, en effet. Mais dans le cadre américain, même côte ouest des années 60, c'est tout à fait étonnant. D'ailleurs, le film n'a pas eu de succès aux Etats-Unis. Le héros est habillé en T-shirt et pantalon en jean, et habite une minuscule maison tout près de machines qui pompent du pétrole : dès les premières secondes, il y a comme une sorte de clin d'œil au mythe de James Dean. Mais dix ans plus tard que ce dernier, le jeune homme de Demy est plus paumé que rebelle, et plus intrigué par une étrangère que plongé dans une histoire de famille... 3. Le vendredi 6 avril 2007 à 03:13, par Lionel Dersot : "Compte
tenu d'une éducation principalement livresque (dans laquelle il n'y
avait pas tant d'images, et bien sûr ni photo ni cinéma (faut-il le
dire ?)), je pense que 1817, c'était pour lui la sensation d'un autre
temps, d'un temps historique, qui suivait l'Empire, et donc la
Révolution, et donc Louis XVI et ainsi de suite." 4. Le vendredi 6 avril 2007 à 04:55, par Cédric : Bon, je vois que cela t'a plu! C'est bien. 5. Le vendredi 6 avril 2007 à 05:10, par Berlol : D'accord
avec toi, Lionel. Et on ne peut dire cela que parce que nous disposons
de documents visuels suffisamment nombreux et disponibles pour que
toute une population ait cette même conscience de ce qu'était une
époque. Je pense cependant qu'à l'époque de Flaubert (de Balzac plus
encore, puisque Flaubert est déjà dans l'époque du train et de la
photo), on avait moins recours à des documents graphiques concernant
l'Histoire pour l'instruction générale. Or, peut-être plus que les
discours et les explications, les images nous font appartenir à une
communauté d'époque sans qu'il y ait besoin d'expliciter... Nous sommes
donc familiers, sans bien nous en rendre compte, avec des époques déjà
lointaines (plus d'un siècle, voire un siècle et demi) alors que ceux
de cette époque ne pouvaient avoir une telle familiarité qu'avec
l'époque de leurs parents ou de leur propre enfance... Enfin, tout cela
est très subjectif, j'en conviens. |
| Vendredi
6 avril 2007. Quand arriveront les lois martiales. Comme il y a pour nous, lundi, réception officielle, T. a décrété qu'elle avait besoin d'une robe. Me prêtant au jeu, je l'accompagne avec plaisir à Isetan, dans le quartier de Shinjuku. J'ai toujours aimé ce quartier, le premier que j'aie vraiment connu, à Tokyo, quand je travaillais à l'université de Waseda et que j'y allais en vélo, au lieu d'écrire ma thèse. Mon dernier passage du côté Est, celui des grands magasins et donc d'Isetan, date des premiers jours de l'année, en voiture, brièvement, de nuit, quand nous revenions de Kamakura avec ma sœur et son compagnon. J'avais ressenti un pincement comme à Paris, celui du lieu familier. Je ne crois pas que Shibuya ou Akihabara me feraient cet effet-là. La décoration intérieure d'Isetan a été complètement refaite, perspectives dégagées, éclairage uniformisé et adouci, moins d'étagères en hauteur, moins de couleurs, plus de boiseries dans les tons sombres. La classe, quoi. Bien sûr, T. sait qu'elle va trouver ce qu'elle cherche chez Max Mara. C'est ce qui arrive. Entre une veste et une robe, je conseille la robe, beige à motifs noirs. Avec le bronzage, c'est parfait. Les bretelles ont un ou deux centimètres de trop, on les reprendra à la maison. Le journal Asahi nous arrive dans sa nouvelle formule d'avril et — parmi de nombreux changements — deux nouveaux chroniqueurs hebdomadaires, dans le supplément du soir : Dora Tauzin le jeudi (un pont entre France et Japon) et Étienne Barral le vendredi (ce qu'il y a de cool au Japon). Nous verrons sur la durée les styles et intérêts de chacun mais ce qui étonne, pour aujourd'hui, c'est le choix de deux collaborateurs français alors qu'il y a tant d'étrangers de talent (je suppose) disponibles dans la capitale japonaise... En attendant de demander leur avis aux intéressés, je leur adresse mes félicitations — et tous mes encouragements pour essayer de ne pas donner dans les stéréotypes de la chronique de l'étranger. Étienne, qui va bientôt fêter ses vingt ans au Japon, fait sa première chronique sur des chemises traditionnelles dont il affectionne le tissu de soie grossière, le tsumugi (紬). Courriers électoraux. On ne sait jamais comment nos adresses parviennent aux partis politiques. Quelles collusions deviner. En deux semaines, j'ai reçu par courriel deux appels à voter, vaguement professions de foi, l'un de François Bayrou et l'autre de Nicolas Sarkozy, ce dernier faisant suivre son envoi électronique quelques jours plus tard par un courrier postal en quadrichromie cartonné. Deux insipides textes en langue de bois où il serait bien difficile d'entrevoir un quelconque programme. On en apprendra beaucoup plus sur Sarkozy dans Philosophie Magazine, ou directement avec le blog de Michel Onfray. Quand arriveront les lois martiales et les mesures d'exception, il sera bon d'en revenir à ces pages pour se dire qu'on aurait pu le savoir. Finalement, un spectacle (pas un film), Carmen, d'Antonio Gades, sur NHK 3, de très loin ce qu'il y a eu de mieux à la télévision japonaise depuis des semaines ! Du flamenco, les rythmes et les voix rauques entrent dans mes doigts au clavier, et mettent du Mérimée dans le Flaubert... Je ne sais pas ce que ça va donner demain matin, quand je commenterai l'entrée en classe de Charboravi... Commentaires1. Le vendredi 6 avril 2007 à 16:07, par patapon : Effectivement, ce texte d’Onfray est fort intéressant (bien qu’il tienne souvent ailleurs des propos de “beauf de gauche” qui m’insupportent…). Cela dit, les socialistes se sont tiré une belle balle dans le pied en choisissant d’oppposer Bécassine à Sarko. Puisque le grand méchant Nicolas menace, et que toi et moi, nous ne voulons certainement pas d'un "Patriot Act" version Sarko, je te conseille vivement le vrai “vote utile” : faire par tactique ce que je ferai personnellement par conviction: voter pour le seul candidat qui, au second tour, soit en mesure de l’emporter sur Sarko (suivez mon regard… ). 2. Le samedi 7 avril 2007 à 00:48, par brigetoun : pour
la balle merci, j'avais déjà mal à mes pieds et ça n'a pas amélioré les
choses, et le pire était que je le savais mais j'ai été batue. 3. Le samedi 7 avril 2007 à 00:49, par brigetoun : pardon, le "son" désignait Patapon |
| Samedi 7 avril 2007. Le texte ne
transporte pas l'image de ses référents. Tendu à bloc, des notes de cours comme pour assurer un siège d'une dizaine d'heures, je suis allé à l'Institut vers 9h30, pour installer le matériel informatique. Mais la priorité fut rapidement de m'occuper de ranger correctement les tables et les chaises dans la classe (avant de commencer à 10 heures). Et bien m'en prit parce qu'il vint plus de personnes que de places. À la réception, on disait aux surnuméraires que c'était complet, qu'ils ne pouvaient plus s'inscrire. Moi, je leur disais de rester, qu'on prendrait des chaises dans le couloir et qu'on réglerait ça après. Ce qui fut fait, la direction des cours s'étant avisée que je pourrai permuter la semaine prochaine avec une salle plus grande où il y avait ce trimestre un cours avec moins d'étudiants. Côté informatique, ça n'a pas marché du tout ! Le vidéo-projecteur s'est mis à communiquer avec l'ordinateur, au lieu de nous restituer son image. Du coup, l'ordinateur s'est mis à redémarrer comme un fou, trois quatre fois de suite, si bien que j'ai dû retirer la batterie pour l'éteindre... Habitué à ne pas paniquer quand la manip ne fonctionne pas, je me suis servi au moment opportun des tirages papier que j'avais préparé hier. Les redémarrages ont même détendu l'atmosphère, un peu froissée par les problèmes de places et d'inscriptions. [Canapé flaubertible] Quant au contenu, c'était assez simple : commencer un cours conventionnel d'explication de texte par les premiers paragraphes de Madame Bovary, en expliquant qu'il y aurait chaque semaine un quart d'heure de zoom génétique sur un mot ou une expression, à l'aide des transcriptions des manuscrits disponibles sur le site de l'université de Rouen. Soit d'abord le système verbal imparfait / passé simple, assumé par un nous rétrospectif, soit le topos de l'école vers 1830-1850, nouvellement réglementée par la Loi Guizot (1833), et avant la Loi Falloux (1850), ici avec son personnel et ses horaires. Soit une approche descriptive du nouveau faussement réaliste — et montrer tout de suite que Flaubert n'est pas un écrivain réaliste, par exemple en faisant comprendre que la focalisation sur la casquette « composite » n'est pas réaliste, mais discursivement préalable au ridicule du nom énoncé (Charbovari, qui provoque un charivari), au double ridicule du campagnard déguisé en bourgeois. Le zoom génétique est consacré au premier mot, « Nous ». Du premier au deuxième brouillon, puis au définitif, le pronom personnel n'apparaît qu'après quelques lignes, un peu noyé, en concurrence avec « on » ou avec « tout le monde ». Il faut attendre la correction sur le folio nommé copiste, c'est-à-dire quatre ou cinq ans après avoir commencé la rédaction, pour que le mot devienne le premier, donnant le ton, radicalisant le ridicule et l'exclusion de Charles, peut-être en rapport avec l'exclusion dont Berthe sera victime en clausule, comme l'expliquait de Biasi dans le texte transcrit la semaine dernière. À suivre, la semaine prochaine : rapide résumé des chapitres 1 à 3, avant étude du chapitre 4. Après le déjeuner au Saint-Martin et le dépôt d'une bonne quantité de chemises à la teinturerie, y compris celle mouillée ce matin, je retourne à l'Institut pour voir deux films, Le bel Indifférent (Demy, 1957, 29 minutes), à quoi je m'ennuie beaucoup, et Les Demoiselles ont eu 25 ans (Varda, 1992, 63 minutes), documentaire passionnant et émouvant au possible (j'ai reniflé plus d'une fois), sur le tournage des Demoiselles de Rochefort en 1966, sur la renaissance de la ville après le succès du film et sur une fête organisée 25 ans après, en mémoire de Jacques Demy et de Françoise Dorléac. Au-delà de l'émotion propre à ce film, la problématique de ces images qui ont aujourd'hui 25 + 15 = 40 ans me ramène à ma fixette, reprise d'avant-hier, celle d'être dans les premières générations humaines dont le sentiment d'appartenance à une époque peut s'élargir considérablement par rapport à celui que pouvaient avoir les générations précédentes, par exemple celles de nos grands-parents ou arrières-grands-parents, qui étaient contemporains de la naissance puis de l'expansion du cinéma, certes, mais sans recul historique ni réelle disponibilité de quantités de films. Il est fort possible, m'avisé-je, que la vogue récente de commémorations — le commémorativisme ou le commémorationnisme, comme diront ceux qui n'aiment pas cela — ne soit pas liée qu'à la marchandisation et à la vulgarisation culturelles, voire à une fourbe volonté d'occulter des problématiques ultra-contemporaines en se focalisant sur de vieilles lunes qui font recette. Pas qu'à... Je dis bien : à mais pas qu'à. Et donc aussi à la satisfaction intellectuelle, et peut-être ontologique, que procure une conscience élargie de notre appartenance historique. Les voyant, les comprenant, dans un certain sens du verbe comprendre, je peux dire que je suis contemporain de tous les films (émotions à voir les Chaplin, les Méliès, etc.). Alors que je ne peux pas le dire avec les textes, qui passent par un autre sens du verbe comprendre. Ainsi, pour voir ce que me propose Flaubert, qui refusait farouchement toute illustration dans ses livres, je dois construire par moi-même des représentations, des images, et je ne reçois rien de ce qu'étaient (visuellement, auditivement, olfactivement, etc.) les réalités de l'époque. Parce que le texte ne transporte pas l'image de ses référents. À suivre... Commentaires1. Le samedi 7 avril 2007 à 22:11, par brigetoun : est ce notre côté désarmé, esprit critique encore dans les limbes, au réveil, je ne peux que trouver lumineuses les considérations finales (et vous remercier de donner accès à la totalité des transcriptions) 2. Le dimanche 8 avril 2007 à 21:37, par koike1970 : L'IFJT m'a appellé samdi après midi. Je peux m'inscire à ton cours. 3. Le dimanche 8 avril 2007 à 22:29, par Berlol : Oui, tu es parti trop tôt après le cours. Je suis allé à l'accueil avec trois personnes et nous avons négocié le changement de classe pour avoir plus de place. Je suis heureux que tu puisses continuer. À samedi ! 4. Le vendredi 22 juin 2007 à 01:32, par Danielle Girard : (commentaire bis - sur le "nous" - "vous" - etc.)En ce qui concerne la présence du narrateur (le nous du début) on la retrouve plus loin, de manière très affirmée dans les brouillons concernant les études de Charles. www.univ-rouen.fr/flauber... Il va même jusqu'à dire "je" bro_1_017 www.univ-rouen.fr/flauber... Nous sommes en train, avec les cinq relecteurs des manuscrits de Madame Bovary, de constituer un fichier spécial signalant les interventions diverses de narrateurs dans les divers brouillons tout au long du roman. |
| Dimanche 8 avril 2007. C'est pas
que je recule devant l'obstacle mais. Dernier dimanche avant la nouvelle année universitaire. C'est pas que je recule devant l'obstacle mais, par exemple, je ne vais pas au sport, comme pour capitaliser du repos. Alors que j'aurais pu, pendant que T. va chez le coiffeur. Mais non, je reste à la maison, plus précisément devant l'ordinateur, conscient des masses de boulot en retard (un peu comme Laure). Pendant que je colle dans le JLR mensuel de février et mars les commentaires déposés dans la version dynamique, j'écoute ou regarde, selon les moments, trois des derniers Ce soir ou Jamais. Après, c'est en faisant avancer l'index, dans lequel j'ai pris un retard substantiel puisque j'en suis encore à entrer les noms propres d'août 2006... Indiscutablement, des gens sont plus intéressants que d'autres. C'est le cas dans le Ce soir ou Jamais du 4, avec Yvan Attal, Niels Arestrup, John Paul Lepers (alors que ça ne le fait pas dans le fade débat du lendemain, sur la police). Mais ça devient carrément passionnant, la dernière demi-heure, avec Axiom et Stora. Frédéric Taddeï explique que le rappeur Axiom (voir Lille ma Médina) voulait rencontrer Benjamin Stora, après l'avoir entendu tenir récemment sur Canal + des propos qui lui paraissaient plus que sensés. Si je résume, c'est qu'on ne peut pas nier qu'il y ait du racisme. Et ce, de tous les côtés. Mais ce qui cause ce racisme, dans la plupart des cas, c'est la pauvreté et le désœuvrement — et l'acculturation, j'ajoute ce dernier terme parce que Georges-Marc Benamou le rappelle dans l'émission du 3 (vers 45 minutes). Or cette pauvreté, ce désœuvrement et cette acculturation ne sont pas des fatalités mais le résultat de politiques qui n'ont pas fonctionné, ou pas existé depuis plus de trente ans. Que Benjamin Stora le sache et le montre par le détail dans ses recherches et publications n'étonnera personne, mais qu'un rappeur — avec la réputation de ratés scolaires ou de traîne-savate qu'ont souvent les rappeurs — en soit conscient et le mette en scène dans ses clips et ses paroles en surprendra plus d'un. Pas moi, qui écoutais I Am, MC Solaar et pas mal d'autres depuis le début des années 90 (j'ai fait des cours de français avec des chansons de Prose Combat). I Am remet d'ailleurs le couvert avec une étonnante maturité musicale et, par exemple dans Ça vient de la rue, en prenant le contre-pied des considérations de sous-culture souvent attachées au rap. Des pédophiles, des suicidaires et des cancéreux de naissance... Comme il avait déjà imaginé des bébés pré-délinquants... On en parlait avant-hier, j'en entends reparler brièvement dans deux ou trois émissions de France Culture et France Info. Ce sont bien les convictions profondes de Nicolas Sarkozy, et les catégories mentales d'après lesquelles il segmentera ensuite les problèmes de la France — sans qu'il soit utile d'aller demander l'avis de spécialistes. C'est étonnant de voir comme dans son propre camp on se refuse à commenter. Vous, je ne sais pas, mais moi, je n'ai entendu aucun des ténors, des conseillers, des défenseurs, des militants défendre ce qu'avait soutenu leur leader. Ici, c'est le populiste d'extrême-droite Ishihara Shintaro qui vient d'être réélu haut la main dans la circonscription de Tokyo.. |