Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Octobre 2006

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Dimanche 1er octobre 2006. La carotte n'est pas infinie.

Couché à 4h15 en n'ayant fini qu'à 80 % ce que je voulais achever d'écrire... Pas si mal. N'oublions pas que le mieux est l'ennemi du bien. T. avait d'ailleurs donné ce proverbe à une de ses anciennes étudiantes qui est maintenant dans une école de couture réputée. La phrase, en français accompagnée de sa traduction, a fait le tour de la classe et... a été prononcée quand un exercice difficile n'avait pu être mené parfaitement à bien — et l'enseignante estomaquée de demander qui leur avait dit ça... Puis elle aurait reconnu que ce n'était pas si faux...

Avec retard, j'ai écouté Jonathan Littell dans les Matins de France Culture du 22 septembre... C'était intéressant, le personnage est agréable et son projet pas né d'un conseil de marketing. Ceci dit, au terme de l'entretien, je n'ai pas été conduit à vouloir lire son livre. J'en essaierai quelques pages quand il passera à ma portée, pour me faire par moi-même une idée de cette écriture.

En début d'après-midi, suite du colloque Beckett. Je retourne au centre de conférences de Waseda et assiste à trois interventions instructives sous la présidence d'Évelyne Grossman (Fujiwara Yo, Julia Siboni, Mireille Raynal-Zougari), puis, après une pause café et alors que la pluie forcit dehors, trois autres interventions (Agnieszka Anna Tworek, Ôno Manako) dont celle de Bruno Clément, intéressante par la perspective vingtiémiste dans laquelle il replace Beckett, mais qui n'a rien d'originale à mes yeux. Ma mention spéciale pour l'originalité, justement, et la fraîcheur du propos va sans conteste à la camarade Manako qui a su faire entendre les voix des Actes sans paroles, les faire résonner comme des moralités des anciens temps, se démarquant ainsi des étiquettes absurdistes qui collent encore un peu aux basques de Sam. Pince-sans-rire, elle nous a dit aussi que « la carotte n'est pas infinie...»
Car dans Actes sans paroles II, ils sont deux et, parmi les péripéties, mangent l'un après l'autre d'une carotte. Ces péripéties proviennent de machines qui n'ont pas de raison de s'arrêter. Tandis que la carotte, elle... 

En soirée, de retour sur France Culture, Beckett encore, grâce à Tom Bishop et Raymond Federman dans Ça me dit, l'après midi, l'émission de Frédéric Mitterrand que j'écoute pour la première fois. Il est un peu cabotin, le Mitterrand, non ? Il flatte deux ou trois fois Tom Bishop qui, pas vaniteux pour deux sous, le remet à sa place. Parce qu'un public le voit là où l'émission est enregistrée, il se croit à la télé... Déjà, le titre de l'émission...
Enfin, il y a quand même de bons moments beckettiens, des lectures — il faudrait juste réussir, en écoutant cela, à ne pas trop se détendre.



Lundi 2 octobre 2006. Choses sérieuses, je me distrais.

Je ne vais pas faire long. J'écris déjà depuis des jours pour finir autre chose...

Juste pour sortir de ma tête et me distraire un peu — même avec des choses sérieuses, je me distrais — j'ai quand même vu et écouté.

Vu Arrêt sur images d'hier, assurément un excellent cru : décryptage de paroles sans images avec Royal, précise et intelligente recension des images de promotion d'Indigènes, avec un Pascal Blanchard magistral de franchise sur le colonialisme et la soldatesque, et, en fin d'émission, la chronique de Chloé Delaume qui revient sur le retrait de la version non montée d'Arrêt sur images sur le site et la pétition lancée pour que l'exception revienne.

Écouté l'émission Masse critique du 23 septembre sur la FNAC (oui, je sais, j'ai du retard). Intéressant mais, encore une fois, je ne vois pas pourquoi, fût-elle vendue, en faire un fromage.
J'ai été plus affecté, de par mon passé au Quartier Latin et la défense d'une librairie d'œuvres de référence, par la disparition de celle des PUF, place de la Sorbonne ! Et pourtant, dieu sait qu'ils n'étaient pas sympathiques, là-dedans !

Il a plu.
Il ne pleuvait plus quand nous sommes allés au Saint-Martin pour poulet-frites et canard-frites, toujours excellents. Il faudra que j'insiste pour que le canard-frites soit plus courant, au menu. J'ai réussi à ne pas oublier de déposer des affaires à la teinturerie et puis j'ai replongé dans la rédaction. 
Il a plu de nouveau, très fort même, quand T. était à la veillée funèbre d'un de ses anciens professeurs.
Il pleut encore, et je crois bien qu'il pleuvra demain, enfin tout à l'heure, quand je partirai. Donc, dehors, ce n'est pas drôle du tout. Mais dedans, chez nous, et quand elle était revenue, tout allait très bien.

 Je me souviens que ce matin, dans le bain, je lisais et relisais des pages de Catherine Malabou. Je me suis dit qu'il fallait que je reprenne ce que je n'ai pas bien réussi l'autre jour : la citation était trop courte, il fallait y ajouter le paragraphe suivant et en adjoindre un autre quelques pages plus loin, et cela devrait provoquer moins de problèmes de lecture...
Bon, mais pas aujourd'hui.



Mardi 3 octobre 2006. Parce que visite médicale à jeun.

Non, il ne pleuvait pas, finalement. C'était même grand soleil, quand je suis sorti prendre l'air avec ma petite valise à roulettes (une petite, noire, en tissu, pas celle d'Orléans). Dans le train, concentré comme jamais, je continue à rédiger tout le temps sur l'ordinateur portable (1h45), au sujet de ce qui continue et ne continue pas, en même temps, dans le JLR. Un peu comme la flèche qui vole et ne vole pas...

Mais revenir sur terre, deux cours à donner. Comme une lettre à la poste. Je mets un lien dans le document partagé sous Writely pour que mes étudiants du cours de conversation aillent écouter la dernière émission Masse critique sur la culture dans le mobile, c'est-à-dire tout ce qu'il est convenu d'appeler les biens culturels accessibles par téléchargement avec un téléphone mobile, et notamment la musique. Et je me disais, mais faut-il être aveugle pour accepter un son tellement pourri ?, mais non, Berlol, c'est toi qui débloques, ils n'écoutent pas la musique directement avec le haut-parleur grésillant du téléphone lui-même, sauf pour emm... les passagers d'une rame de métro. Non, pour bien écouter de la musique avec son téléphone portable, il faut des écouteurs, et c'est pour ça que tu en as vu quinze mètres de rayon, d'écouteurs, quand tu es allé à Laox vendredi matin. Et comme pour le i-pod, on doit pouvoir le poser dans une station qui en fait le centre d'une chaîne hi-fi d'aujourd'hui. Toi qui voulais changer ton rack de cinq composants Sony de 1994 dont le lecteur de 5 cédés est décédé depuis quatre ans... Faut te mettre à jour...

Enregistrement de Surpris par la nuit d'hier soir avec Bernard Lahire, son enquête a déjà fait beaucoup de bruit... J'hésite quand même à commander le livre. Et puis quand est-ce que je lirai ça ? Je ne suis pas un professionnel de la profession, en entendre parler de la sorte m'est un commerce suffisant.
Pendant ce temps, j'avance un gros paragraphe, puis je range dans le bureau, me fais deux fois du thé, peaufine le dossier administratif pour mon voyage de novembre en écoutant France Info.
Après, c'est la nuit déjà, je prends mon vélo pour aller au supermarché — et rue Monge, dans mes nuées de rêves.
Manger léger — comme si je mangeais lourd, d'habitude —  et prévoir pour demain parce que visite médicale à jeun, avec liquide blanc pour l'estomac et prise de sang.

Ce soir ou Jamais arrive en deuxième semaine ! En laissant durer suffisamment les échanges, s'excusant parfois d'avoir coupé la parole, Frédéric Taddeï fait (un peu) mentir Bernard Lahire qui parlait tout à l'heure des formats de discussion de plus en plus courts dans les médias audio-visuels (dans Surpris par la nuit, vers 21 minutes et 30 secondes).
Sujet casse-gueule : les artistes qui ont remplacé les intellectuels. Mais on s'en tire sans trop de lieux communs, avec réaffirmation que ce sont des solutions qu'on attend, pas les poses — par exemple pour le gymnase de Cachan, si possible avant qu'il n'y ait mort de faim... Puis sujet qui peut déplaire : savoir si les jeux vidéos sont de l'art. Où l'on apprend, en sus des qualités intrinsèques des jeux actuels, comment des artistes détournent des séquences produites dans le cadre d'un jeu pour en faire des œuvres fascinantes.

Commentaires

1. Le mercredi 4 octobre 2006 à 02:11, par brigetoun :

j'aime "m'est d'un commerce suffisant", et le manque de temps.
Mon seul contact avec les jeux ou même le monde de la vidéo a été longtemps, est toujours, à travers ces oeuvres les détournant



Mercredi 4 octobre 2006. Mauvaise foi du sapeur.

Livres Hebdo vient de lancer un sondage sobrement intitulé Qui aura le Goncourt ?
Au-delà de la vulgarité de la chose, j'y vois une belle possibilité de sape, le jury devant nécessairement être un jour ou l'autre mis au courant des résultats progressifs du sondage — et en être influencé, ce qui à l'avenir deviendra un problème. Sans avoir lu aucun des titres en lice, je me suis tout de même permis d'être le troisième votant, d'apporter mon suffrage à Nancy Huston et de voir que les deux précédents votes s'étaient bêtement portés sur Littell. Puis, juste après, j'ai rechargé la page et constaté qu'un autre vote avait crédité Huston. J'ai réessayé deux autres fois et ça a ajouté deux autres points à Nancy. Autrement dit, c'est du total pipeau, tu cliques mille fois sur qui tu veux et tu le fais gagner.
Mais gagner quoi ?

Dans un bureau de Livres Hebdo : 
« Eh, les mecs, c'est super cool ! Regardez, ça fait à peine trois heures qu'on l'a lancé et y a déjà 400 votes ! On va casser la baraque !
— Ouais, mais attends... T'as vu la tendance ? Fleischer et Huston ! C'est pas du tout ce qu'on avait prévu ! Le patron y va dire quoi ? »
Un troisième arrive en courant avec un accordéon en papier... 
— Euh... On a un gros problème, là. Regardez les adresses IP, y'en n'a même pas dix différentes !...
— Qu'est-ce que ça veut dire ?
— Ça veut dire qu'y'a des petits rigolos qui reloadent à donf comme si c'était un shooting game !
— Comment ça, une même personne peut voter plusieurs fois ?
— Ben... en fait on n'avait pas pensé à ça quand on a programmé le truc... Chaque auteur a une page php et y'a pas de filtre pour éjecter les IP déjà enregistrées...
— Euh... rappelez-moi votre nom, déjà...»

Quelque part sur la planète : 
« Dites donc, m'sieur Berlol, z'avez pas l'impression d'être en pleine incivilité, là ? Vous ne voyez pas que vous entravez la bonne marche d'un média national, que vous décrédibilisez un titre de presse ?
— Oh moi vous savez, les titres de presse... S'ils ont mal verrouillé leur page, ce n'est pas de ma faute. Moi, j'y allais naïvement. Mais en fait, voyez-vous, quelque part, je rends service à l'Académie Goncourt. Parce que le court-circuitage que fait Livres Hebdo, c'est pas du joli joli non plus...»

Retour au bureau de Livres Hebdo : 
« Eh bah, mon gars, si tu veux garder ta place, tu vas aller faire F5 toute la journée pour Littell, hein !...
— Euh... je pourrais aussi enlever tous les reload qu'on a déjà !...
— Non, ça suffit les conneries, on va pas désincrémenter, ça se verrait !
— Bon, O.K., alors F5 ! c'est parti !...
— C'est ça ! F5 ou la porte !... »

Vers minuit...
La mauvaise foi du sapeur va même plus loin puisque le lien inséré ci-dessus est celui du vote pour Nancy Huston. Sans même le savoir, des dizaines centaines de personnes ont cliqué dessus à partir du billet court (version de midi et quelques, heure française), dans leur fenêtre d'agrégateur, et ont voté sans le savoir pour Ligne de faille. À l'heure qu'il est (16h40 à Paris), on en est à 1016 votants et 56,6% pour NH...
Une belle boulette, pour Livres Hebdo.

À part ça.
J'ai passé la visite médicale. Le pire, c'est le liquide blanc et le liquide rouge. Le liquide blanc, c'est ce qu'il faut boire avant d'aller se faire photographier l'intérieur. Allongé dans un demi-cylindre, le type de la cabine me demande de tourner deux fois sur moi-même alors que l'effervescence de la poudre me fait roter — mais il ne faut pas roter et j'aurai droit à du rab de poudre... Je m'en suis sorti quand même. Le liquide rouge, c'est mon sang. Non seulement, je n'ai pas tourné de l'œil ni ressenti de passage à vide après, mais je me suis forcé à regarder la piqûre et le sang monter dans le tube. Et ça ne m'a rien fait. Je me suis dit : « c'est joli, la couleur...» Après je me suis dit que la fille, elle savait sacrément bien piquer parce que je n'ai rien senti et qu'il n'y a déjà plus aucune trace.
Et une demi-heure après, j'étais en cours, à faire articuler bain, banc, bon, main, ment, mon, son, sang, saint...

En dînant, j'ai regardé l'encore excellent Ce soir ou Jamais, celui d'hier soir. Trois débats bien balancés. D'entrée de jeu, Romain Goupil cravate Jean Baubérot, Jul et Caroline Fourest essaient de rattraper le coup, on s'accorde pour la survie de Redeker, et stigmatiser le mot islamophobie qui amalgame encore, là où c'est déjà assez compliqué comme ça. Deuxième temps avec quatre sociétaires du Français pour parler travail, jeu d'acteurs, concurrence de la télé et pas du tout polémique de direction. C'est bien, ça recadre sur l'essentiel. Troisième temps carrément cool, sur Cuba, musique (c'est bien), tourisme sexuel (c'est mal) à l'heure du tyran sur le déclin — pour moi, résonance spéciale avec de très belles pages post-exotiques du Pura Vida de Patrick Deville.

Hier, il était question des détournements de jeux vidéos. J'ai trouvé une création de séquences de Sims sur un air de Björk, Where is the Line ? Question posée sur l'art... Et moins il y a de réponse, mieux c'est.

Commentaires

1. Le mercredi 4 octobre 2006 à 04:45, par Lionel :

Moi j'ai voté deux fois pour Huston, une voix pour chaque main. Et puis comme la page s'intitule résultat du sondage, on connait déjà le gagnant du Goncourt. C'est chouette. On vit une époque formidable, formidablement conne.

2. Le mercredi 4 octobre 2006 à 05:13, par Berlol :

Que deux fois ? T'es sûr ? Parce que là, on en est à 133 votants et 95,5% pour NH !

3. Le mercredi 4 octobre 2006 à 05:53, par vinteix :

Ben, moi j'ai voté 20 fois pour Fleisher, juste pour rigoler... car je n'ai pas lu son livre ni aucun de ceux de la liste d'ailleurs (s'agit-il de ce qu'ils appellent les "incontournables" de la rentrée ? Quel horrible mot!)
C'est super ce jeu ! On gagne quoi ?

4. Le mercredi 4 octobre 2006 à 05:59, par Berlol :

Pour une fois qu'on peut bourrer le mou à ceux qui nous le bourrent d'habitude...

5. Le mercredi 4 octobre 2006 à 07:39, par Dominique Fromentin :

oui, c'est rigolo comme jeu
je viens de faire 110 Vallejo : je ne connais pas le bouquin non plus, mais le pauvre n'avait rien, et c'était pour essayer de rattraper Vinteix

6. Le mercredi 4 octobre 2006 à 07:49, par Berlol :

Ah oui ! Il a 18 %, maintenant... Qu'est-ce qu'on rigole...

7. Le mercredi 4 octobre 2006 à 08:08, par vinteix :

110 Vallejo !!!Quel doigté ! Du coup, je suis retourné "taper" un peu du Fleischer... mais au bout d'une quarantaine, j'avais la tête qui tournais un peu... c'est dur ce jeu !

8. Le mercredi 4 octobre 2006 à 08:18, par Dominique Fromentin :

non, non, on peut automatiser : le clic souris sur le petit rond, et la touche Enter, puis reload, ça va ultra vite : j'ai dépassé Alain Fleischer, mais ça le ferait rire !
on nage vraiment dans le stupide sans limite : Libé et le Monde aussi fonctionnent avec ce genre de "sondage"

9. Le mercredi 4 octobre 2006 à 08:31, par Dominique Fromentin :

Vinteix, je m'avoue vaincue, vive Fleischer - mais quand même on a battu Berlol :-) !!!

10. Le mercredi 4 octobre 2006 à 09:06, par cgat :

c'est très rigolo ton jeu, en effet ... en quelques clics j'ai fait remonter nancy huston en 2e position ... puis je m'arrête parce que bon je suis encore au bureau il faut être raisonnable ... et je me dis que d'une certaine façon nous avons aussi augmenté les statistiques (score des votants à 18h : 2066) que livre hebdo va pouvoir fournir, par exemple aux publicitaires ... la vie et l'internet sont remplis de pièges !

11. Le mercredi 4 octobre 2006 à 11:17, par brigetoun :

j'ai bien ri - mais je ne ferai joujou qu'en rentrant du théâtre. Pour ce soir ou jamais je viens de regarder l'émission de lundi et à part Rony Brauman aucune n'a été capable de voir que si le rôle des intellectuels étaient plus faible que celui des acteurs ou des sportifs c'est peut être parce que la télévision a remplacé la lecture surtout celle qui demande du temps

12. Le mercredi 4 octobre 2006 à 11:21, par caroline :

Moi aussi j'ai voté Nancy Houston. En fait, je n'avais jamais rien lu d'elle, mais elle est venue (en personne !) dans ma bourgade rencontrer ses lecteurs et non-lecteurs puisque je faisais partie du public. Eh bien, je l'ai trouvé intéressante, sensible et profonde. Elle a lu des extraits de son dernier bouquin (que je n'ai pas acheté quand même ). Pas mal... alors j'ai lu un ancien qui s'appelle "une adoration" et j'ai trouvé que ce n'était pas mal aussi. Je en sais pas si c'est comme ça qu'on s'y prend pour donner envie de lire une auteure ou de voter pour elle dans un sondage bidon de Livre-Hebdo.

13. Le mercredi 4 octobre 2006 à 11:59, par Dominique Fromentin :

bon alors je laisse tomber l'autre que j'avais pris juste à cause du titre "ouest" mais qui ne doit pas changer beaucoup de choses à la littérature, et on s'occupe (même Vinteix) d'une mobilisation Huston (et non Houston) : ce qui est triste c'est cette façon de dire aux gens : couchez-vous, devant une sélection déjà pourrie par les galigrasseuil, les 4ème âges ramollos de tournier ou autres nourrissier etc

14. Le mercredi 4 octobre 2006 à 12:12, par Dominique Fromentin :

ça y est, je l'ai remontée de 100, à vous la suite
est-ce que c'est vrai ce que dit buzz littéraire, qu'elle aurait fait blog "lignes de fuites" sans dire son nom pour soutenir son livre "lignes de failles" ?

15. Le mercredi 4 octobre 2006 à 13:34, par cgat :

même pas vrai, Dominique Fromentin ! mon titre était choisi avant que je connaisse le sien ...
ceci dit cette convergence me plait car, si je n'ai pas encore lu le dernier (il m'attend sagement sur une étagère parmi plein d'autres car le temps manque), j'aime beaucoup les romans de Nancy Huston, notamment pour la façon dont elle parvient à faire tenir ensemble des émotions très communes (au bon sens du terme) et des constructions très intellectuelles.
 

16. Le jeudi 5 octobre 2006 à 08:01, par le consul :

je crois que je prefere faire un bon vieux Tomb Raider, que de jouer a "Qui va gagner le Goncourt", ca defoule vraiment et ca rend pas plus con.... pas moins, aussi, d accord....

17. Le jeudi 5 octobre 2006 à 08:19, par Berlol :

Enfin, là le but n'est tout de même pas seulement de "jouer". Il s'agit de dénoncer à la fois une indélicatesse (contre l'Académie Goncourt — d'accord, on peut aussi s'en foutre...) et une incompétence (celle de mettre en ligne un "sondage" qui engage à la fois les votants et les ouvrages cités et qui ne peut absolument pas être pris au sérieux). Indélicatesse et incompétence commises par un média qui prétend être une référence de la profession.

18. Le jeudi 5 octobre 2006 à 09:12, par vinteix :

euh... c'est quoi Tomb Raider ? Ca se joue aussi avec une souris ?

19. Le jeudi 5 octobre 2006 à 12:14, par Dominique Fromentin :

oui, Angelina Jolie

20. Le jeudi 5 octobre 2006 à 15:51, par le consul :

AHHH y avait de la subversion dans l acte....

21. Le lundi 9 octobre 2006 à 01:49, par sebastien :

comme quoi ça marche : vous avez tous voté, vous tous votre idée, finalement c'est pas si con la démocratie "goncourtienne" participative...
y a un grand match entre Huston et Vallejo
ceci dit Qui aura le Goncourt, c'est pas un souhait, c'est une prévision dans la question...
m'enfin : moi je note 16 000 cons qui cliquent sur un bouton pour un sondage et pas un seul commentaire sur un blog lié à l'avenir de l'édition...
et quand je vois le succès de vos commentaires sur un sujet aussi superficiel qu'un sondage sur le site de livres hebdo (alors qu'il y a quand même des choses plus importantes sur ce site ou dans d'autres), je me dit que Livres Hebdo a bien raison de lancer ce genre de conneries : ça marche.

22. Le lundi 9 octobre 2006 à 04:26, par Berlol :

Sebastien, vous me décevez. Voter, en démocratie, ça veut dire donner UNE voix pour UN votant. À partir du moment où on peut donner DEUX fois sa voix, et plus, le vote est truqué et c'est le scrutin lui-même qui n'a plus aucune valeur. Si vous ne comprenez pas ça, comme préalable, ce n'est pas la peine qu'on aille plus loin. Ensuite vous parlez de "succès", je ne vois pas très bien ce que vous voulez dire. Surtout que je parlais avant-hier d'omerta (mais peut-être n'avez-vous lu que ce billet ci-dessus, tant pis). En tout cas, je n'ai encore reçu aucune invitation pour passer à la télé... (ni même à France Culture).

23. Le lundi 9 octobre 2006 à 06:28, par sebastien :

mais ce n'est ni un scrutin, ni un sondage representatif. ce n'est juste qu'un sondage d'opinion ludique (vous avez vu les autres sondages?) dans un site grand public.
ça n'a aucune valeur et ça n'a aucun impact. ça n'a rien à voir avec des études ou des mesures d'audience. les jurés n'ont pas besoin de ça pour faire leur choix, et ça ne les influencera nullement
c'est disproportionné comme réaction de votre part.
vous voulez juste vous payer un magazine pro en croyant être impertinent, décalé, plus malin parce que vous êtes bloggeur.
moi je vois ce sondage comme un jeu, amusant peut etre pas, mais qui semble divertir beaucoup de gens... comme les pronostics pour les Goncourt ou les sondages sur segolene royal.

24. Le lundi 9 octobre 2006 à 07:00, par Berlol :

Bah, c'est qu'on ne s'amuse pas des mêmes choses...
Cependant, je récuse votre idée que c'est sans conséquence ("aucun impact") : nous savons très bien que les sondages d'opinion, qu'ils soient truqués ou honnêtes, préparent et orientent les scrutins "sérieux". Le fait même d'être proposé, la façon dont les questions sont posées font de tout sondage un piège.
"plus malin parce que vous êtes bloggueur"... Je vois où va votre insinuation, et le subreptice changement de sujet. Mais non, c'est plus simple : tout citoyen a le droit de protester, c'est tout. Je dénonce un acte malhonnête dans son principe et stupide dans son fonctionnement. De là, la sape, qui peut devenir un jeu. Et pas seulement le jeu. C'est bizarre, il me semblait avoir écrit ça assez clairement, dans le billet... J'ai dû me tromper...

25. Le vendredi 13 octobre 2006 à 06:11, par Philippe Lipcare :

ah... évidemment… maintenant c'est plus dur pour faire bouger les choses. J'ai quand même réussi à faire passer M. Bataille (que je ne connais pas) de 0,1% à 1,5%! Je suis assez fier de cette réussite — au moins 300 clics quand même! Et, cerise sur le gâteau, c'est moi qui ai fait passer le nombre de votant (enfin, de votes) au delà de la barre des 20'000.
Très chouette jeu.

26. Le vendredi 13 octobre 2006 à 06:40, par Berlol :

Bienvenue au club ! Sûr qu'à ce niveau-là, on risque la crampe ! Mais vous n'en avez que plus de mérite !



Jeudi 5 octobre 2006. Des muses tissent dans mes souterrains.

Le 1er décembre, il se pourrait bien que je passe ma journée  ! Outre quelques personnes que je connais déjà, je serais très heureux de rencontrer Éric Dussert et Christophe Bourseiller !

Ouf ! Je commence, il est 2h20 du matin. J'ai enfin fini l'article sur lequel j'étais depuis des semaines. J'en dirai plus un autre jour, s'il est retenu par le comité de lecture. Je ne sais pas quand. En fait, juste maintenant que j'en sors, il m'importe plus de l'avoir fini que de le voir retenu. Demain, ce sera raisonnablement le contraire.

Je n'écris pas méthodiquement. J'accumule des notes, j'aligne des références, je cogite en faisant autre chose, n'importe quoi ne m'empêche pas de cogiter — ça étonne toujours T. qui ne travaille pas du tout comme ça. J'attends, je m'inquiète, je me désespère un peu, de voir l'échéance arriver plus que de ne pas écrire, d'ailleurs. Puis vient le moment (ou pas) où tout s'associe sans souci, sans plus regarder ni les notes ni les références. Je suis dans la bulle, j'écris. Par la suite, je blinde.

J'ai eu aussi trois cours à donner, en passant entre les averses pour rejoindre la classe ou le bureau. Pour garder la concentration flottante, je ne suis pas allé déjeuner avec mes collègues, ni au sport en fin d'après-midi. Enfin, pour ne pas me stresser pendant que des muses tissent dans mes souterrains, je me suis soûlé de clips de Björk, des Sisters of Mercy. J'ai même retrouvé Chagrin d'amour, c'est dire !
Et avant d'aller me coucher, le Sois érotique des Charlots. Oui, je sais, je ne devrais pas... Promis, demain je me remets à la littérature (d'ailleurs, je n'ai pas le choix...).

Commentaires

1. Le vendredi 6 octobre 2006 à 00:00, par Bikun :

Il manque un l à 'htm' de ton premier lien "la"...d'ou lien cassé...

2. Le vendredi 6 octobre 2006 à 03:18, par Berlol :

Arigato ! C'est réparé !

3. Le vendredi 6 octobre 2006 à 06:05, par brigetoun :

et du coup je suis moins intriguée - le fait est que ça a l'air alléchant. Et merci pour les Charlots (enfin une moitié ça devient vite lassant)

4. Le vendredi 6 octobre 2006 à 08:27, par vinteix :

Putain ! euh... pardon, j'aurais bien envie d'y être moi aussi à ce colloque, relativement atypique et qui tombe à pic (t'expliquerais plus tard... rapport à la blague Sarko)...
Belle info, en tout cas.

5. Le vendredi 6 octobre 2006 à 08:55, par Berlol :

Je comprends que ça t'intéresse ! En plus, la formule des Colloques des Invalides, c'est : intervention de 5 minutes et débat illimité... Voir l'annonce sur Fabula.

6. Le samedi 7 octobre 2006 à 01:13, par grapheus tis :

Beau titre à la note de ce jour !
Quels regrets de ne pas avoir participé au jeu de la veille !

7. Le samedi 7 octobre 2006 à 01:39, par Berlol :

Vous pouvez encore y jouer ! La page est toujours là, je viens de vérifier et Nancy caracole...



Vendredi 6 octobre 2006. Croisements de poils de carotte.

Titre mystérieux, s'il en est... et que je n'expliciterai que demain. Sorry...

Le lendemain, donc.
À peine sorti d'une bulle de rédaction de deux ou trois semaines — que je pourrais tout aussi bien appeler tunnel — et le nez levé pour entr'apercevoir des nuages lourdement accumulés sur les montagnes à l'ouest de Nagoya, qu'il me fallait replonger dans la préparation du cours sur Poil de Carotte.
De partout (sources), on me dit que l'expression se perd dans la nuit des temps. Je veux bien, mais personne ne cite aucune œuvre... Comme si ces trois mots ne figuraient ensemble dans aucun texte avant Jules Renard.
Or, dans un corpus, par recherche croisée, j'ai trouvé une occurrence... Mais je ne peux rien dire de plus pour le moment.

La journée a quand même été moins lourde que les précédentes. J'ai surtout pu aller au sport, retâter de la combinaison pédalage et lecture, la tête et les jambes version JLR, ce qui a toujours le don de me ramener à l'essentiel : qu'un corps soit suffisamment en forme pour ne pas faire obstacle à la plénitude littéraire.

« En mai 1529, Oviedo considère que ses notes sur le Nicaragua sont suffisantes. Ces centaines de feuillets de textes et de dessins constitueront le livre XLII de son Histoire générale et naturelle des Indes. Car son projet est maintenant d'une autre ambition et doit couvrir tout l'empire des Espagnols. Il vend sa maison au gouverneur Pedrarias, gagne le port de Posesión, qui plus tard aura pris le nom d'El Realejo, lorsque William Walker y débarquera du Vesta en juin 1855. [...]
Après quatre mois d'un voyage périlleux, une grave blessure encore une fois guérie à l'huile de cacao, Oviedo atteint Panama en septembre 1529. Il gagne aussitôt le Darién et embarque pour l'Espagne avec ses manuscrits, dont il fera circuler quelques copies dans l'entourage royal. Il offrira une fiole d'huile de cacao à Isabelle de Portugal, l'épouse de Charles Quint. Ces présents ne seront pas vains. Le 15 octobre 1532, une cédule lui confère la charge de chroniqueur officiel de la couronne, une pension de trente mille maravédis, ainsi que le titre de capitaine de la forteresse de Saint-Domingue au cœur des Caraïbes.
Voilà un homme de cinquante-sept ans qui ne voyagera plus que dans le passé.
Il lui aura fallu un demi-siècle de périls pour s'assurer le calme et le retrait du monde, l'assurance du gîte et du couvert. Enfermé dans l'obscurité de sa forteresse, derrière les grands murs qui suintent, il attend maintenant que le passé vienne à lui.»
(Patrick Deville, Pura Vida, p. 141 et 143-144)

Descendant de vélo, en sueur, je vis passer, saluant des copines et se dirigeant vers un des deux studios de gym, une jeune fille à gorge généreuse. Il me parut — ou était-ce concupiscence ? — que son bustier élastique et tendu ne tenait que d'une agrafe et que le fil de sa couture était prêt de se rompre (j'ai une bonne vue, la visite médicale l'a encore confirmé). Je n'allais pas jusqu'à souhaiter qu'il le fît (le fil, se rompre). Entamant sur une autre machine un programme de marches pour prolonger la suée, j'essayais au contraire d'imaginer la stupeur de la vingtaine de personnes présentes si ce fil craquait et libérait soudainement, au beau milieu de la salle des machines, ces attributs rares. Cris de surprise, rires de gêne, gestes d'aide des femmes, sourires et yeux détournés des hommes... Sans doute rien d'extraordinaire. Mais je ne pouvais me figurer l'attitude de la jeune fille elle-même car deux options opposées se présentaient à mon esprit : la honte, les pleurs, le désir de quitter les lieux au plus vite, ou au contraire le naturel, vaguement s'excusant du dérangement, riant tout de suite de la chose avec ses copines sans même une rougeur de joues. Pudique et humiliée, ou impudique et triomphante ? Sujette ou non à cette honte-là, c'était l'alternative indécidable.
Puis, regardant devant moi la couverture de Pura Vida, je me dis que l'écriture est comme cette agrafe avant la stupeur : tenir sur un fil prêt de craquer, exprimer la tension sans atteindre la rupture (la vulgarité, l'enthousiasme, le zèle, et tout ce qui en général passe les bornes — qui ne sont pas les bornes des convenances et de la bienséance mais celles de l'autonomie esthétique du texte, de l'unité pertinente de l'œuvre).

Plus tard, dans le train, tout cela m'a paru un peu fumeux, genre fallacieux prétexte pour parler de cette fille à gros seins.

Commentaires

1. Le vendredi 6 octobre 2006 à 11:56, par diNo :

Et demain, j'entendrai le mots, trou vide, de sens, la sur la plage où git le chien mort...........je penserai à vous.............

2. Le samedi 7 octobre 2006 à 06:36, par cgat :

berlol fait dans le cliffhanger, diNo : étretat s'impose plutôt donc que trouville ...

3. Le samedi 7 octobre 2006 à 08:24, par cgat :

... surtout lorsqu'ayant lu la suite on découvre que le cliffhanger du jour était un fil prêt à craquer sur de généreux appâts

4. Le samedi 7 octobre 2006 à 08:27, par Berlol :

J'étais sûr que tu me mettrais un truc dans ce genre. Faut croire que le titre t'avait déjà aiguillée...

5. Le samedi 7 octobre 2006 à 08:42, par cgat :

une aiguille dans le titre ?.. je ne vois pas ... mais tout de même des poils et un appât (la carotte) : quel talent pour le suspense !

6. Le samedi 7 octobre 2006 à 10:02, par Dominique Fromentin :

un peu trop d'écriture nocturne, Berlol, ou le contact de Jules Renard ? voilà ce blog dans de drôles de zones... on dirait Sophie Marceau au festival de Cannes : on peut préférer le Lys dans la Vallée !

7. Le samedi 7 octobre 2006 à 10:06, par brigetoun :

l'écriture de Deville me semble plus claire que l'aurait été la réaction de la fille, le calme pouvant n'être que le signe d'une très bonne éducation, la rougeur d'une éducation un peu moins ferme laissant de la place à l'hypocrisie

8. Le samedi 7 octobre 2006 à 17:39, par Berlol :

"drôles de zones"... Peut-être. Mais ce n'est pas moi qui évoque les appas de SM...
Et même Blanche, finalement, à l'article, veut connaître les plaisirs avec Félix, dit-elle. Mais c'est trop triste, cette fin. Revenons à nos moutons, euh, non, tétons.

9. Le samedi 7 octobre 2006 à 17:55, par Berlol :

Je ne sais pas qui a réussi à automatiser le bazar mais côté sondage Goncourt de Livres Hebdo, on en est à 15000 votes ! et Nancy Huston toujours en tête !
Avez-vous remarqué, d'ailleurs, qu'à part chez Lignes de fuite, il n'y a eu aucun relais dans la blogosphère ? Ni du sondage, ni de l'indigence des programmeurs, ni de la sape. C'est l'omerta...

10. Le dimanche 8 octobre 2006 à 07:23, par cgat :

il est gratifiant de partager le privilège de lutter contre l'omerta, mais peut-être le terme est-il un peu excessif, non : il me semble plus probable (et plutôt sain, même) que ni les sondages de livre hebdo ni le goncourt ne passionnent les foules ?
sinon j'avoue avoir passé un petit moment nocturne (c'est addictif, ton jeu), en visionnant en parallèle Café Picouly (une autre émission parfois intéressante ... mais à déconseiller non-amateurs de talk show avec bobos qui se dandinent un verre à la main) à faire remonter nancy (par solidarité féminine et titresque(?)): sans même automatiser, il suffit de faire clic clic clic clic en continu (sans même attendre que l'actualisation soit faite) sur l'icône actualiser
 

11. Le dimanche 8 octobre 2006 à 08:35, par Berlol :

Voilà une addiction fort étonnante ! Sinon, je t'accorde qu'il est sain que la plupart des gens se désintéressent de ce sondage, voire du Goncourt (ce dont je suis un peu moins certain). Je regarderai le Café Picouly demain en pensant à toi. À l'heure qu'il est, il faut que je mette en ligne mes dernières récriminations et que j'aille me coucher...



Samedi 7 octobre 2006. Au mariage insolent du caustique et du frêle.

Pour bien apprécier Poil de Carotte, et contrairement à ce que l'on pourrait croire, il faut un minimum de mise en condition. En voici la méthode.
1. Se dire que ce n'est ni un livre pour enfants, ni un plaidoyer pour les roux.
2. Se figurer un monde d'avant l'électricité, le téléphone, la radio et la télévision, où l'on réussissait tout de même à bien vivre.
3. Prendre conscience que la France entière, ou presque, était rurale. C'était le cas en 1894, et ça le restera jusqu'au milieu des années 1960...
4. Accepter que ça commence par « Les Poules » parce que l'auteur s'appelle Renard. Ce que certains prennent pour de la blague s'appelle en réalité finesse intertextuelle.
5. Mesurer l'audace d'un livre qui ne s'ouvre pas sur l'exposition du contexte et la biographie des personnages (même si l'on sait que Balzac pouvait aussi nous jeter d'emblée dans une conversation, où sont encore ces longs paragraphes d'explications qui ne sont plus chez Renard).
6. Voir que les articles définis, les ellipses, l'effacement de certains codes typographiques et le feuilleté des discours indirects libres vont tous ensemble au mariage insolent du caustique et du frêle.

On y arrive.

Déjeuner avec T. au Saint-Martin (poulet-frites). Après deux jours de fortes pluies à Tokyo (je suis arrivé trempé hier soir, malgré mon parapluie), les vents ont tout dégagé de façon spectaculaire. La clarté et la transparence de l'air sont revigorantes.

Ce qui ne m'empêche pas de partir un peu plus tard pour une sieste réparatrice de deux grandes heures.

En soirée, je m'avale les deux derniers Ce soir ou Jamais. Ce n'est pas désagréable, sauf peut-être Finkielkraut nageant dans sa purée, mais ce ne sont pas les meilleures, et même Alain Fleischer ne me passionne pas.

Qu'est-ce que j'ai fait d'autre ?
Ah oui, par un courrier destiné au personnel de l'Institut franco-japonais, j'ai pu retirer des billets gratuits pour deux séances de cinéma dans le cadre du Festival International du film de Tokyo. Nous verrons Fauteuils d'orchestre le 22 et OSS 117 le 27.

Commentaires

1. Le samedi 7 octobre 2006 à 23:04, par brigetoun :

après un moment d'humilité un peu gênant la colère d'Edgar Morin et sa petite tête toute rose, il était superbe ! mais l'ensemble était pénible

2. Le dimanche 8 octobre 2006 à 02:55, par vinteix :

ouais, ce n'est pas trop mal, pour une émission de télé (je viens seulement de m'en faire une petite tranche de 30 mn avec E.Morin)... mais par contre quelle est cette mise en scène au fond, avec ces bobos qui se dandinent, papotent, un verre à la main !?!
Ah oui, petite question au passage :
"(...) nageant dans sa purée, mais ce ne sont pas les meilleures"... les meilleures quoi ? purées, tu veux dire ?

3. Le dimanche 8 octobre 2006 à 04:34, par Berlol :

Tu as raison, Vinteix, ce sont bien "les meilleures" (émissions Ce soir ou Jamais) mais il faut que je change "les deux derniers" en "les deux dernières". Pour l'ambiance, moi ça ne me gêne pas. D'habitude on parque le public dans des rangées de fauteuils d'où on lui demande d'applaudir, ou bien on le met en cercle sur des chaises où la caméra se promène de temps en temps. Là, c'est une sorte de soirée dans un bar, on circule entre des groupes et on retrouve des gens tantôt ici tantôt là, au gré des changements de couleur... Évidemment, les gens ont dû être triés sur le volet.
Oui, Brigetoun, pénible est bien le mot, c'est ce que j'ai ressenti aussi.

4. Le dimanche 8 octobre 2006 à 06:11, par vinteix :

ouais, t'as peut-être raison (pour l'ambiance), je dois devenir un peu vieux jeu ou vieux c... Faut que j'en regarde un peu plus... En même temps ce côté "café littéraire" ou "café philo" "à la parisienne", ça ne m'a jamais vraiment séduit... sauf une fois, tiens je me souviens, je ne sais plus dans quel café à Paris avec Gilles Châtelet, pour son "Vivre et penser comme des porcs"



Dimanche 8 octobre 2006. Crieur de sa surdité.

Un tumulte de paroles (pour FB...). Des bambous dans les coins. Comme des franges noires au bord des sables. Un gamin portant une torche. Aller vivre chez les anthropophages ! (Intratext est un des plus beaux outils de concordance disponibles.)

Prendre la mesure de la crispation d'Alain Finkielkraut est aujourd'hui possible (purée refroidie et rance). Jusqu'à maintenant, à mes yeux tout du moins, il y avait encore de la marge, du discours possible. Or la façon dont il s'est donné en spectacle hier, dans Répliques, l'instrumentalisation flagrante de Marc Weitzmann et de  Jean-Éric Boulin pour rediffuser en automate son aigreur stérile, ont achevé de le disqualifier en matière de pensée. Déjà qu'il n'était pas philosophe, contrairement au sous-titre qu'on lui avait attribué dans Ce soir ou Jamais, mais il n'est même plus penseur. Ce qu'il est ? Comment dire ? Comment dire, sans lui donner matière à se victimiser, puisque l'essentiel de ses paroles entre dorénavant dans cet entonnoir ? Crieur de sa surdité. Oui, ça irait, peut-être, crieur de sa surdité.
Vous verrez, la semaine prochaine, ce sera sûrement pire...

Pendant que je suis sur France Culture, j'en profite pour signaler un abus de langage. Ce n'est pas parce qu'un mot est nouveau qu'on peut lui faire dire n'importe quoi et ramasser les fruits de la branchitude. Dans plusieurs pages d'émission, il est question de « blog », comme ici, chez Science publique. Or, comme on peut le voir en regardant la page de l'émission de la semaine ainsi que celle d'avant et d'après, il n'y a pas vraiment d'interactivité synchrone et seuls les commentaires acceptables sont a posteriori mis en ligne. Le fait que l'on réponde succintement à certains des messages n'en fait pas non plus un blog. Il s'agit d'un « courrier des auditeurs », qui peut être pris en considération avant et après l'émission, et je trouve que cette expression n'a rien de honteux.
Essayer de faire croire à du blog alors que ce n'en est visiblement pas serait plutôt de nature à ridiculiser l'entreprise... Encore une fois, c'est parce que j'apprécie ce genre d'émissions et d'initiatives que j'estime utile de critiquer de la sorte.
Il m'arrive même de m'énerver et de ne rien dire, comme par exemple prétéritif quand je constate un certain manque d'imagination dans les noms d'invités : dans Du grain à moudre du 6, Alain Finkielkraut et Adbelwahab Meddeb, tous deux producteurs d'une émission de la chaîne ; même émission, le 4, Pascal Bruckner, invité récurrent et autre à penser, avec Finkie, qu'il n'a pas assez la parole ; dans Tout arrive du 5, Alain Fleischer et Alain Veinstein, le premier invité pour la centième fois, au bas mot, dans une émission de la chaîne, le second producteur d'au moins deux émissions de la chaîne ; dans la même émission le lendemain, Jean-Jacques Aillagon, invité des dizaines de fois quand il était ministre revient en directeur de fondation. Et on pourrait en relever des comme ça chaque semaine. La maison ronde vit-elle en autarcie ? Est-ce parce qu'on se perd dans les couloirs qu'on invite toujours les mêmes ?
En revanche j'ai bien aimé les Travaux publics du 3 octobre sur la crise de la parole avec Philippe Breton ; il y a une nécessité à réhabiliter la rhétorique, à savoir écouter et réfléchir avant de parler pour argumenter. Comme quoi...

C'était notre journée de chercheurs, sans sortir, préparant les trois repas à la maison, respectant mutuellement le silence (je mets un casque pour écouter la radio), regardant le soleil dehors, le temps de juin encore aujourd'hui, sans qu'aucun chef de bureau ne nous retienne. Nous aimons l'étude. Demain nous aimerons le sport.

« Si jamais, rêve Poil de Carotte, on me donne, comme à grand frère Félix, un cheval de bois pour mes étrennes, je saute dessus et je file.» (Jules Renard, Poil de Carotte, Éd. Pocket n°6051, p. 201)

Commentaires

1. Le dimanche 8 octobre 2006 à 09:48, par Dominique Fromentin :

merci pour le lien vers IntraText, que je ne connaissais pas
quel dommage pourtant que leur réservoir soit l'éternel champ limité des textes partout disponibles, même pas le catalogue ARTFL, et d'ailleurs, il me semble qu'ils n'ont même pas Montaigne, alors qu'il y a toutes les bulles du Vatican (grand bien leur fasse)
moi pour mes propres recherches j'aimerais plutôt chercher dans Gracq, St John Perse, Céline et même en payant la mise à disposition de l'outil en ligne
donc pour l'instant il me semble que mon propre catalogue de textes numériques sur mon disque dur vaut mieux que le leur (j'ai fait "catleya", ils n'ont même pas Proust)
ici non plus, pas fait trop de bruit ce dimanche pour respecter votre tranquillité : trois repas ? hou la la...
pour Fr Culture ou le Monde touillant la même marmite avec toujours les 3 mêmes poireaux et navets, le syndrome français ne semble pas en voie de guérison : lisons plutôt

2. Le dimanche 8 octobre 2006 à 09:52, par brigetoun :

il y a plus de cinq ans que je n'écoute plus Répliques à cause de Finkielkraut - et pour continuer les doléances au sujet de France Culture j'ai écouté dans la nuit de samedi à dimanche Maurice Bellet, que je ne connaissais pas du tout, interviewé par Francesca Piolot, j'étais assez fascinée et en quête de détails mais le site est bloqué au 27 aout. Heureusement il y a google

3. Le lundi 9 octobre 2006 à 02:22, par Florence Trocmé :

Dans le même ordre d'idées, des toujours mêmes invités, intervenants, etc. j'ai regretté qu'on ait invité à la belle émission sur Walt Whitman André Velter qui de plus a tiré la couverture à lui, ne parlant pas tant de Whitman que de Velter avec Whitman, ce qui franchement n'était pas passionnant et surtout occupation de l'espace réservé à Whitman ce qui n'est pas si fréquent (émission "une vie une oeuvre" du dimanche 1er février). En revanche, j'ai découvert récemment la possibilité de podscater les émissions de France Culture (mais si j'ai bien compris la manoeuvre à condition de le faire le jour même pour les émissions comme du Jour au lendemain)......

4. Le lundi 9 octobre 2006 à 04:03, par cgat :

très juste l'expression "crieur de sa surdité" à propos de Finkielkraut : je trouve son discours de plus en plus intéressant, à condition de le prendre au second degré, un peu comme le monologue intérieur d'un personnage romanesque de Faulkner ou de Lydie Salvayre
mais j'ai trouvé que Boulin, quoique visiblement d'abord un peu interloqué par la mauvaise foi totale du susdit, avait du répondant et ne se laissait pas instrumentaliser justement : ça m'a donné envie de lire son livre qui a priori me tentait assez peu

5. Le lundi 9 octobre 2006 à 04:36, par Berlol :

Personnage de Salvayre ! Ça devrait lui plaire, à AF ! C'est vrai que Boulin s'est bien défendu, Weitzmann moins... On devrait en faire une épreuve pour apprendre à argumenter. Celui qui aurait réussi à prendre quelques points à Finkielkraut obtiendrait un diplôme de bon rhéteur.
Florence et Brigetoun, vous me rassurez ! Je pensais me faire rabrouer, après ce billet. Du style que je cherchais la petite bête, et tout ça. Mais je vois qu'il y a d'autres personnes qui vivent assez mal l'entrisme radiophonique... Redisons-le tout de même : il y a beaucoup d'excellentes émissions sur France Culture (malgré ces quelques détails qui gênent un peu des habitués comme nous...).



Lundi 9 octobre 2006. Les réponses ne vont pas tarder.

Ce matin, j'ai mis le dernier livre de Virginie Despentes dans ma prochaine commande Amazon. La vie continue...

Pourtant, il y a deux ans, j'apprenais la mort de Jacques Derrida. Un jour comme les autres, en apparence, où j'avais commencé un cours sur La Mare au diable et revu le film Je t'aime, je t'aime ! d'Alain Resnais.
Deux ans après, d'abord, je n'ai pas du tout l'impression que cela fasse deux ans. Six mois, un an maximum. Mais non, deux ans. Plusieurs livres sont parus sur son œuvre, que je n'ai pas lus. Excepté celui de Catherine Malabou que j'ai commencé et interrompu il y a quelques jours parce qu'il y avait urgence à finir d'écrire un article (envoyé ce soir après ultime relecture). Mais je pense souvent à lui...

Des 9 octobre, il y en a eu d'autres. 1876, première ligne téléphonique. 1906, naissance de Léopold Sédar Senghor. 1947, naissance de France Gall. 1967, mort d'Ernesto Guevara. 1970, mort de Jean Giono. Celui de 1981, avec l'abolition de la peine de mort (Robert Badinter sera d'ailleurs à l'Institut franco-japonais à la fin du mois pour un colloque sur ce sujet — qu'on se le dise !).
La Corée du Nord risque bien de marquer celui de cette année. Si j'ai bien compris les infos, elle a procédé à un essai nucléaire. Et les réponses ne vont pas tarder. Franchement, je plains les Nord-Coréens, d'autant qu'ils ne sont pas vraiment responsables de la scission qui les a fait naître dans ce pays. Si on peut appeler ça un pays.

Jour férié au Japon, calme dans les rues. On sort pour déjeuner au Saint-Martin et nous promener un peu. Puis T. retourne à son travail de correction de coquilles et je vais (comme jour férié, c'est le jour du sport...) au centre de sport à Shibuya, où il y a pas mal de monde, la moitié agglutinés devant des téléviseurs, j'ai d'abord cru à un tremblement de terre en Corée du Nord...
Ça ne m'a pas empêché de bien transpirer. En sortant, je pesais un kilo de moins qu'en entrant. Et j'ai acheté un camembert et des fruits. Et j'ai préparé pour deux une grande salade de légumes. On a regardé un épisode de 24 Heures dans lequel Jack Bauer enlève un Chinois dans le Consulat chinois de Washington et braque un chirurgien en cours d'opération pour l'obliger à s'occuper de son blessé — ce qui veut dire : habituez-vous-y tous, la raison d'État est au-dessus de toutes les lois et de toutes les conventions, elle autorise l'emploi de tous les moyens par celui qui est mandaté et vous devez tous y être préparés... Et comme tout le monde aime Jack Bauer parce que c'est le héros...

« J'accumulais ainsi des notes pour une histoire du sandinisme ou même du Nicaragua. Ou de l'Amérique centrale dans son ensemble. Et éventuellement pour des récits qui rassembleraient un jour lointain certains couples historiques, sur le modèle des Vies parallèles de Plutarque, la vie et la mort de Simon Bolivar et de Francisco Morazán, de Narciso López et de Louis Schlessinger, d'Augusto César Sandino et de Tacho Somoza, d'Antonio de la Guardia et de Roque Dalton, du vrai Che Guevara et du faux, le Che punto-50... Il ne m'échappait pourtant pas, à la présenter ainsi, qu'une entreprise d'aussi vaste envergure devait de loin excéder les modestes forces à ma disposition, et que les précipiter dans une telle aventure équivaudrait à lancer une poignée d'Indiens à l'assaut des tuniques bleues en terrain découvert, ou une poignée de mercenaires au-devant de l'armée hondurienne.» (Patrick Deville, Pura Vida, p. 173-174)

Commentaires

1. Le mardi 10 octobre 2006 à 00:12, par vinteix :

Mort de Derrida, qui a suivi de si près, peut-on dire, celle de Blanchot... comme si une époque disparaissait presque... ou s'évanouissait.
Personnellement, anecdotiquement, par une pure coïncidence, j'ai quitté la France une semaine après la mort de Blanchot... (j'y ai vu par la suite comme un signe)... et j'ai un peu correspondu avec Derrida dans l'année qui a précédé sa disparition.
Mais ils sont toujours présents, bien sûr, partenaires invisibles, voix venues d'ailleurs, désormais.



Mardi 10 octobre 2006. Le terre-à-terre et mon pâle destin.

« Roque Dalton possédait toutes les qualités d'humour, d'intelligence, de liberté et de générosité, de naïveté aussi, qui peuvent pousser un poète à rejoindre la lutte politique, et le placent inévitablement, pour l'un et l'autre camp, en tête de la liste des fusillés potentiels. Tout révolutionnaire s'est au moins une fois demandé si, finalement, cet avenir radieux pour lequel il combat ne le mènera pas aussitôt dans un camp, au lendemain de la victoire, derrière des barbelés, et les poètes russes n'avaient pas eu à s'interroger très longtemps. Roque Dalton avait dû se poser la question à voix haute, lui qui avait vu de près l'image que pouvait offrir le paradis. Ernesto Cardenal m'avait confié à son sujet cette anecdote, selon laquelle, au cours de son errance, Roque Dalton avait fini par connaître suffisamment l'alphabet cyrillique pour découvrir un jour un vers surnuméraire, à la gloire du drapeau rouge, ajouté dans la traduction russe de l'un de ses poèmes.
Son beau visage souriant, en noir et blanc, est encore accroché au mur de l'hôtel Riviera [...]
[...] on l'avait fusillé dans une clairière salvadorienne.»
(Patrick Deville, Pura Vida, p. 183-184)

Dans ces conditions narratives, mon voyage en train s'efface. J'ai du mal, après, avec le terre-à-terre et mon pâle destin.
Une étudiante a l'heureuse initiative de présenter Tahiti : elle a préparé son speech et quelques adresses web, nous regardons son écran pour suivre son plan de voyage (imaginaire, c'est l'exercice), elle enchaîne ensuite sur l'Île de Pâques et s'en sort très bien. De nombreuses pistes de conversation en découlent, je laisse couler, le tout en français, bien sûr, je rectifie un mot par ci, recadre une idée par là, presque rien. Les autres essaieront de faire aussi bien la semaine prochaine.
Plusieurs fois, un problème s'est présenté avec Writely, depuis une semaine, environ. Quelqu'un veut réaliser un lien hypertexte dans le document collectif et l'enregistrement distant se bloque, de sorte que l'on doit rétablir la précédente version archivée pour reprendre le document — dans lequel les dernières modifications ne sont pas enregistrées. Si quelqu'un voit ce que je veux dire, ou a eu le même problème... Cela viendrait-il d'une trop grande quantité d'utilisateurs en un même instant ? Le plus gênant, c'est qu'à chaque fois, l'étudiant croit que c'est de sa faute. Alors que pas du tout.

Quelques lectures en ligne achèvent de me ramener dans notre triste monde. Jean Baubérot — il a bien raison — essaie de rattraper à l'écrit (article du Monde du 6, repris sur son blog) sa piètre prestation orale du 3 (Cf. JLR du 4).

Le Ce soir ou Jamais d'hier est un bon cru ! Philippe Katerine et sa provo décalée, puis le débat sur les émeutes des cités, qu'il vaudrait mieux appeler révoltes, je ne me suis pas ennuyé un instant. (Du coup, je n'ai plus de temps pour mon journal...)

« Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte » (Hugo)

Commentaires

1. Le mercredi 11 octobre 2006 à 06:29, par brigetoun :

épatant toujours le grand Victor.
et vous me donnez envie de lire Pura Vida autrement que par mini brides



Mercredi 11 octobre 2006. Corrobore la tare.

Déjà fort tard (minuit moins une). Qu'est-ce que j'aurai le temps d'écrire avant le passage du marchand de sable ?...

Journée pluvieuse et cependant exceptionnelle à deux titres. D'abord parce qu'ayant enfin remis la main sur mon chéquier, j'ai pu préparer des courriers pour payer mes cotisations à Cerisy, à Remue.net et à l'Association des Lecteurs de Claude Simon, ce qui traînait depuis des mois.
Ensuite parce que David avait accepté de sortir le soir, pour aller dîner avec le directeur de l'Alliance afin de préparer une opération culturelle dont je reparlerai quand elle aura abouti, d'ici décembre.
La pluie avait cessé pendant que nous étions en réunion de faculté, en milieu d'après-midi, et nous nous sommes décidés pour un restaurant coréen que David connaît. Tout en grillant nos bouts de viande, nous avons défini en quelques minutes qui ferait quoi dans l'opération en question, puis avons surtout parlé d'autres choses, comme cela se fait quand on est d'accord sur l'essentiel...
J'ai d'ailleurs remarqué que souvent, dans ce genre de situation, nous sommes amenés à évoquer des gens que nous jugeons incompétents, chacun ayant une anecdote ou une remarque qui corrobore la tare — sachant et acceptant implicitement qu'ailleurs peut-être et de la sorte quelqu'un brocarde l'un d'entre nous, avec moins d'ironie que nous, espère-t-on par vanité, le monde vu par un paranoïaque devenant une infinie série d'alcôves recombinées chaque jour et d'où du mal est dit de soi.
Puis nous nous sommes translatés jusqu'au lounge du Hilton, à Fushimi, pour changer d'ambiance et boire un dernier verre, tasse en ce qui me concernait, tout en parlant de nos dernières expériences d'enseignement informatisé et de la nécessité d'essayer toutes sortes de choses... Cela faisait plusieurs années que je n'étais venu à cet hôtel, à l'époque d'OAM et avec Clotilde...

Au bureau, me détendant après un cours, j'avais eu le temps de visionner quelques séquences de YouTube avec Benoît Poelvoorde, puis, revenant à plus de sérieux, de voir la première partie de Ce soir ou Jamais d'hier (dont il était question dans Lignes de fuite), autour de Jean-Pierre Darroussin, acteur que j'apprécie depuis longtemps, plus encore depuis que j'ai vu les films du coffret Guédiguian, et qui vient, semble-t-il avec grande finesse, d'adapter un roman d'Emmanuel Bove, Le Pressentiment. La présence et les propos de Leny Escudero étaient en revanche tout à fait imprévus, tout comme la séquence rétro où on le voit il y a 35 ans, revenant du Guatemala.
La suite, avec Virginie Despentes attendra demain... Et le ralliement despentesien de Laure Limongi rajoute à ma curiosité...

Ça y est, le marchand de sable passe.

Commentaires

1. Le jeudi 12 octobre 2006 à 09:15, par cgat :

il ne passe pas, le lien vers le "marchand de sable" : dommage ! il y avait peut-être les nounours, nicolas et ségolène, pardon pimprenelle de quand j'étais petite ... ou peut-être pas ?

2. Le jeudi 12 octobre 2006 à 09:19, par Berlol :

Ça y est, c'est rectifié. Il y avait deux fois "http://". Vas-y, tu l'auras, ta Pimprenelle !...

3. Le jeudi 12 octobre 2006 à 13:17, par brigetoun :

et voilà que grace à cause de vous, je me mets à regarder la télévision. Pas sure de Despentes et Halimi auraient pu s'entendre. Elles ne parlent pas de la même chose. Et je me sens plus proche de Gisèle Halimi d'abord pour une raison de génération, je date aussi d'avant, et puis (sans aucune agressivité) le féminisme ne se borne pas comme semble le penser Virginie Despentes à une question de libération sexuelle. Des tas de professions nous étaient fermées (pas de filles à HEC, pas de pilotes, en architecture nous étions une par atelier etc..) et dans le monde du travail qui est quand même le lot de toutes les femmes "non artistes" nous avons pu obtenir des responsabilités mais ce n'est que depuis peu que nous sommes arrivées, miracle, à des salaires représentant à peu près 75% du gars faisant le même travail. Halimi est plus "bourgeoise" mais en fait elle est plus en lien avec les femmes en général. Fin du couplet

4. Le jeudi 12 octobre 2006 à 22:23, par Berlol :

Je vois que vous hésitez entre "grâce" et "à cause"... C'est vrai que la télévision provoque ce genre de contradiction. Vous avez raison de souligner qu'elles ne parlaient, hélas, pas de la même chose. Politiquement, je serais plus proche de Halimi, mais sa condescendance m'a automatiquement désolidarisé d'elle. On voyait que Despentes voulait éviter de répondre mais après un quart d'heure, elle a quand même réagi, et c'est normal. J'ai beaucoup aimé le "Y'a pas un capital dignitié qui fondrait à chaque fois qu'on suce une bite..."

5. Le vendredi 13 octobre 2006 à 03:17, par cgat :

le principal problème (qui est celui de la télé mais pas seulement, hélas) c'est que Gisèle Halimi (pour laquelle j'ai beaucoup de respect par ailleurs), très visiblement et malgré ses dénégations, n'avait pas du tout lu le livre de Despentes, au mieux feuilleté ...
en effet Despentes n'écrit absolument pas, Brigetoun, que "le féminisme se borne à une question de libération sexuelle" comme l'affirmait Halimi en ne se fondant que sur sa réputation, bien au contraire : elle écrit par exemple que grâce aux luttes féministes "les femmes de mon âge sont les premières pour lesquelles il est possible de mener une vie sans sexe, sans passer par la case couvent." (p. 19)
tout cela pour dire qu'il vaut très probablement mieux lire les livres que regarder ce qu'en disent leurs auteurs (et les autres) à la télé ! constat original s'il en est ...

6. Le vendredi 13 octobre 2006 à 05:17, par cgat :

encore une brimade anti féministe d'ailleurs : si j'écris le mot sexe je tombe dans le filtre ...!

7. Le vendredi 13 octobre 2006 à 05:22, par Berlol :

Eh eh, à la minute près, tu n'es pas tombée dans le filtre ! (Je vois que les commentaires se croisent sur deux billets, et même chez toi, ce qui veut dire que les lecteurs qui n'ont pas d'agrégateur avec les bons fils RSS n'y comprennent que dalle... désolé...)



Jeudi 12 octobre 2006. De loin et de haut.

Suite du visionnage de Ce soir ou Jamais de mardi : débat sur le féminisme ou comment Gisèle Halimi veut baiser faire la leçon à Virginie Despentes... et comment elle se ringardise elle-même dans son faire style de ne pas comprendre, de le prendre de loin et de haut (le mot « féministes rigidifiées » de Josyane Savigneau, dans Le Monde du 6 octobre, Cf. ci-bas, pourrait bien lui être appliqué...), même si son message et ses combats restent forts, légitimes et inaliénables. C'est dommage car ces deux femmes-là auraient dû avoir beaucoup à échanger, si quelque connivence préalable avait pu être établie — la faute à Frédéric Taddeï, peut-être, qui devrait parfois aménager l'entrevue préalable de certains futurs invités, quand il y a risque... Ou c'est moi qui suis trop optimiste : en réalité, pas de conciliation possible entre la distinction de classe de Mme Halimi (avec option condescendance, involontaire peut-être) et la vulgarité assumée de la môme Despentes (avec provocation intégrée et refus d'allégeance), indépendamment de leur être-femme, presque.
J'ai enchaîné ce soir sur l'émission suivante, avec un débat moyen sur l'homosexualité et un autre, beaucoup plus intéressant, modèle de débat agréable et instructif, sur « l'Afrique va mal, à qui la faute ? ».
Par ailleurs, certains se posent la question de qui joue les potiches monochromes sur le plateau. Réponse : qui en fait la demande...

Ai bien reçu les revues Formules, et La Revue littéraire... Que leurs expéditeurs respectifs, Serge Bouchardon et Laure Limongi, en soient ici remerciés. Je ne les commenterai pas de suite, faute de temps, sauf à dire que Formules, Revue des littératures à contraintes, n°10, contient un  fort dossier sur la littérature numérique (Ah si, le Su-Doku de la page 435 n'est pas correct ! Le « L » du carré central n'est pas bien placé, mais bon, ce n'est pas bien grave...), tandis que La Revue Littéraire, n°28, revue dont le n°1 m'avait inquiété et finalement déplu (en octobre 2004), contient cette fois deux dossiers qui ne manqueront pas de m'intéresser, l'un sur Hélène Bessette, l'autre sur la rentrée littéraire. J'y reviens dès que possible.

C'est-à-dire qu'il y a encore des choses que la poste achemine, comme ces revues, même si ça paraît d'un autre temps. Moi-même, après le cours du matin, suis allé au bureau de poste en vélo pour donner mes lettres par avion.

C'est aussi d'un autre temps que nous parle Étienne Chatiliez dans le prégénérique de Tanguy. Si mes étudiantes étaient capables de reconnaître la déco seventies (arrondis plastiques et couleurs pétantes), en revanche elles ne voyaient pas le sujet lié à l'accouchement et la naissance de celui qui deviendra Tanguy adulte après le générique : la relative nouveauté de l'implication du mari dans la préparation du travail, et la péridurale. Au Japon, où le fatalisme de la douleur parturiente est encore une forme bien vivace de l'infériorisation de la femme, ces images bénignes d'un film au demeurant comique peuvent édifier.
Enfin, le voilà adulte, mal élevé au sens où il n'a aucune conscience de sa négligence et du rôle de boniche qu'il laisse à sa mère. Ça, les étudiantes le captent bien, et trouvent le vocabulaire. On va jusqu'à la drague effrontée d'une... japonaise, et au premier proverbe chinois du film : « Quand la pierre tombe sur l'œuf, pauvre oeuf. Quand l'œuf tombe sur la pierre, pauvre œuf.»
Travail donné pour la semaine prochaine : choisir 5 proverbes chinois à expliquer — moyen de se remettre en douceur à la rédaction, avec Writely (qui vient pile aujourd'hui de changer de look, et d'intégrer Spreadsheet, ce qui explique peut-être les problèmes exposés mardi).

* *
*

« Despentes, un cri pour les femmes (Josyane Savigneau, dans Le Monde des livres, édition du 06/10/2006)

Dans cet océan d'ennui où se débattent, mauvaises nageuses, des féministes rigidifiées, des néoféministes supposées, des essentialistes qui peinent à prolonger la pensée de Simone de Beauvoir, des différentialistes devenues aussi conformistes que leurs arrière-grands-mères et dont "la propagande "pro-maternité" n'a jamais été aussi tapageuse", voici une femme qui sort la tête de l'eau, pour crier, très fort : "Assez !"
Pour elle-même et pour "toutes les exclues du grand marché de la bonne meuf". Elle n'a aucune honte "de ne pas être une super bonne meuf", ne demande aucun pardon, ne croit pas aux clichés présentant les années 1970 comme un moment de perdition, et ne voit aucune raison de cacher sa colère : "Je suis verte de rage qu'en tant que fille qui intéresse peu les hommes on cherche sans cesse à me faire savoir que je ne devrais pas être là."
Cette femme, née en 1969, a fait une irruption assez tonitruante sur la scène littéraire, en 1993, avec un roman, Baise-moi. Depuis, Virginie Despentes a prouvé qu'elle était un écrivain à la voix singulière, puissante. Et, aujourd'hui, elle publie un court texte que son éditeur présente comme un essai, mais dont le titre, King Kong théorie, déjoue d'emblée ce que le mot essai peut avoir de policé.
Il s'agit plutôt d'un manifeste, d'une proclamation, s'appuyant, certes, sur des travaux théoriques, féministes et historiques. Mais se fondant sur un récit biographique fait sans ménagement pour personne, crûment, avec ce qu'il faut de rage, de désir de vérité, de tendresse inattendue aussi. Et de style. On y parle de viol, de prostitution, de pornographie, et pas seulement de manière abstraite, avec des concepts, des convictions, mais avec la mémoire de ce qu'a vécu un corps.
Avant de pouvoir théoriser et penser ce qui lui était arrivé, Virginie Despentes a été confrontée, vraiment, à ce moment — le viol — où la guerre entre les hommes et les femmes est totale, brutale, impardonnable. Lorsqu'elle avait 17 ans et faisait du stop avec une copine, elles ont été violées par trois garçons.

AFFIRMATION DE LIBERTÉ

On ne peut pas donner ici tous les détails de ce chapitre passionnant, où Virginie Despentes tente de comprendre sa réaction, cette nuit-là - elle avait dans son blouson un couteau à cran d'arrêt, pourquoi ne l'a-t-elle pas sorti ? —, puis son silence pendant des années, "parce que je connaissais d'avance le jugement : "Ah, parce qu'ensuite tu as continué à faire du stop, si ça ne t'a pas calmée c'est que ça a dû te plaire". Elle cite Camille Paglia, féministe américaine très controversée, qui propose de "penser le viol comme un risque à prendre, inhérent à notre condition de filles", et conclut, pour elle-même : "On avait pris le risque, on avait payé le prix, et plutôt qu'avoir honte d'être vivantes on pouvait décider de se relever et de s'en remettre le mieux possible."
Il se trouve que, pour Virginie Despentes, la "reconstruction", après le viol, est passée, pendant deux ans, à partir de 1991, par la prostitution. "Raconter mon expérience. C'est difficile, avoue-t-elle, je bute toujours sur ce chapitre." On va sûrement vouloir l'enrôler dans le camp des militantes pour la légalisation de la prostitution. Peine perdue, on ne l'enrôle pas facilement. Elle ne signe pas de pétitions, elle va son chemin, elle refait et redit ce chemin, et dit clairement : "Je ne suis pas en train d'affirmer que dans n'importe quelles conditions et pour n'importe quelle femme ce type de travail est anodin." Mais elle raconte, sobrement, sa découverte d'"un monde entièrement neuf, où l'argent changeait de valeur". Et sa vision nouvelle des hommes, des clients, "attentifs, tendres. Beaucoup plus que dans la vraie vie, en fait", avec "leurs solitudes, leurs tristesses, leurs peaux blanches, leur timidité malheureuse".
Il y a, dans ce King Kong théorie, des douleurs, des plaies, des bosses. Et, pourtant, c'est un vrai bol d'air, cette véhémente affirmation de liberté, ce cri d'une femme "pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres". On pourrait offrir aux lecteurs, aux lectrices surtout, tout un florilège de phrases à méditer. Mais il vaut mieux lire tout le livre. Alors, juste une, pour mettre en appétit : "C'est l'idée que notre indépendance est néfaste qui est incrustée en nous jusqu'à l'os." Et, au passage, quelques vérités assez bonnes à entendre à quelques mois d'une élection présidentielle : "Un Etat qui se projette en mère toute-puissante est un Etat fascisant" ; "Délaisser le terrain politique comme nous l'avons fait marque nos propres réticences à l'émancipation."
En tête de chaque chapitre, Virginie Despentes cite un texte de femme, de Virginia Woolf en 1929 avec Une chambre à soi, à Annie Sprinkle, en 2001, sur la pornographie, en passant par un long extrait du Deuxième Sexe (1949). A toutes "les bonnes meufs" qui jugent Beauvoir "dépassée", on recommandera cette phrase : "Chaque fois qu'elle (la femme) se conduit en être humain, on déclare donc qu'elle s'identifie au mâle." "Dépassé", vraiment ? »

Commentaires

1. Le jeudi 12 octobre 2006 à 09:31, par cgat :

tu as raison de recopier (plutôt que de créer un lien comme je l'ai fait hier pour celui-ci : je vais ajouter un lien vers ton billet si tu m'y autorise) les articles trop tôt archivés et monnayés.
personne ne t'a envoyé les huissiers encore ?

2. Le jeudi 12 octobre 2006 à 11:31, par K :

hello, mr berlol
j'suis allé à trouville, c'était troublant, pas pu retourné le lendemain pour les roches noirs, tant pis.
Mais je compte fortement lundi soir aller voir angot faire une lecture au théâtre de la colline, moi qui aurait pu rencontré Md, ayant travaillé dans les endroit ou elle travaillé aussi, auditel, connaissant le monteuse qui était la femme de son premier mari, angot, elle faut que je lui parle, j'ai fini rendez vous hier, j'ai pleuré, avez vous lu. si c'est le cas, cela vous rappelle t'il quelque chose...........enfin voilà , je ne m'étendrais pas sur le reste de ma vie,je vous dirais bientôt
k

3. Le jeudi 12 octobre 2006 à 20:54, par vinteix :

A propos du "Japon, où le fatalisme de la douleur parturiente est encore une forme bien vivace de l'infériorisation de la femme"... je suis en partie d'accord, mais en même temps, ce "fatalisme" est aussi une manière d'être, si je puis dire, plus proche de la "nature", 'une manière plus ancienne et "naturelle" d'accoucher (un peu comme les Indiennes autrefois qui accouchaient debout...), car beaucoup de femmes japonaises préfèrent accoucher chez des sages-femmes, dans une position qui n'est pas celle de la table de travail dans un hôpital, dans des effluves d'encens qui décontractent le corps, etc., manière aussi, bien sûr, de refuser ou d'éviter, sauf en cas de complications cliniques, une péridurale ou une césarienne... C'est une manière plus traditionnelle d'accouchement qui ne me semble pas être simplement un reflet d'une infériorisation de la femme, par ailleurs tellement vive au Japon.

4. Le jeudi 12 octobre 2006 à 21:51, par Berlol :

Euh... Vinteix, l'association de la péridurale et de la césarienne, c'est pour rire ? Dis-moi.
Sinon, No Comment, on a aussi le droit de s'éclairer à la bougie (va bien avec les effluves d'encens)...
Chère Christine, oui, bien sûr, tu peux faire un lien. Quant aux huissiers, ils auront du chemin à faire !...
Chère K, comment ne pas être troublée à Trouville... Pour lundi, saluez Angot de ma part, dites-lui qu'on la lit aussi au Japon (n'ai lu qu'un vingtaine de pages de Rendez-vous, faut que je m'y remette...).

5. Le vendredi 13 octobre 2006 à 01:02, par vinteix :

Evidemment, aucune association entre césarienne et péridurale !... je résumais les choses très vite, comme encore maintenant...
Mais ce que je racontais à gros traits n'est pas du tout pour rire... cela vient du témoignage de plusieurs jeunes Japonaises de mon entourage et de celui de ma femme qui ont accouché ainsi dans les cinq années qui précèdent... (je ne parle pas du siècle dernier) et tout s'est impeccablement passé, dans une proximité et une sentiment d'intimité (avec le nouveau né comme avec l'enfant) qui n'ont rien à voir avec l'ambiance d'une maternité moderne... quant à l'encens, comme certains baumes utilisés, ce n'est pas du tout une plaisanterie, il s'agit de produits qui ont une action avérée, calmant notamment les muqueuses, dilatant l'utérus, etc. (je ne vais pas non plus entrer dans tous les détails techniques...), mais c'est un exemple, très sérieux, de méthodes traditionnelles qui fonctionnent.
On ne peut quand même pas balayer tout un pan de médecine traditionnelle, largement héritée de la médecine chinoise, d'un coup, sacrifiant aveuglément au progrès technologique, non ? Bien sûr, je ne voudrais pas avoir l'air de faire l'éloge de la douleur parturiente... mais je crois que c'est simplement une question de choix personnel, et les Japonaises que j'évoquais précédemment ont fait ce choix, librement, d'un accouchement plus "traditionnel".

6. Le vendredi 13 octobre 2006 à 01:04, par vinteix :

erratum : "...sentiment d'intimité avec le nouveau né comme avec LE MARI, présent..."

7. Le vendredi 13 octobre 2006 à 03:49, par vinteix :

Gisèle Halimi n'évolue pas, voire même "se ringardise"... Juppé retrouve son fauteuil de maire... le Hamas réaffirme qu'il ne reconnaîtra jamais Israël... les femmes enfantent toujours dans la douleur (esplièglerie)... Abe succède à Koizumi... etc., etc., bref, tout bouge sans que rien ne bouge...
et le Saint Martin ressert toujours son poulet frites...
enfin, y'a quand même des valeurs sûres...

8. Le vendredi 13 octobre 2006 à 04:00, par Dominique Fromentin :

les maris sont toujours des enfants, dans ces circonstances, magnifique lapsus

dommage par contre que votre VD n'ait pas aussi accouché d'un peu de style

9. Le vendredi 13 octobre 2006 à 04:29, par vinteix :

oui, magnifique lapsus ! c'est vrai... Nous faisons de grands enfants...
Comme disait Shakespeare, dans "Henry V", je crois :
"The son of the female is the shadow of the male"

10. Le vendredi 13 octobre 2006 à 04:46, par Berlol :

Eh ben, voilà de quoi remonter le niveau...

11. Le vendredi 13 octobre 2006 à 04:48, par vinteix :

A ce sujet d’ailleurs, sur la masculinité et la « difficulté » à être un homme, il y a un excellent livre d’Elisabeth Badinter : « XY – de l’identité masculine », qui pose très intelligemment la question de la différence des sexes, historiquement, culturellement et scientifiquement, au-delà des partis-pris sexistes et de certaines rigueurs et dérives féministes ou machistes...

12. Le vendredi 13 octobre 2006 à 04:52, par vinteix :

euh... m'sieur... mon dernier mail n'est pas passé... encore ce satané filtre ! qu'est-ce que j'ai encore dit, moi... !? serait-ce le mot "s..." ?

13. Le vendredi 13 octobre 2006 à 05:18, par Berlol :

En effet, comme l'avant-dernier commentaire de cgat. Je viens de lui rendre sa liberté. Et, soyons fou ! j'en ai profité pour retirer le mot "sex" de la liste des mots-spam. On va bien voir ce qui va se passer...

14. Le vendredi 13 octobre 2006 à 08:01, par vinteix :

Merci. (je me demandais si c'était le mot "s..." ou "Badinter"...)

Sinon, encore un petit mot cru au sujet de la parturition au Japon... au passage, petit détail, mais qui compte pour elles, les cas de femmes que j'évoquais n'ont eu à subir aucune déchirure au bas-ventre... et bien sûr cette méthode plus "naturelle" ou traditionnelle d'accoucher est précédée de tout un accompagnement et une préparation physique, qui consiste en fait surtout à bouger, faire les travaux (ménagers ou pas) habituels... la position accroupie ou baissée, commune au Japon, facilitant d'ailleurs cette "préparation" du corps à l'accouchement... car il est bien évident que la position du corps de la femme allongée sur la table de travail à l'hôpital est avant tout faite pour faciliter le travail du médecin... et s'écarte d'une position dite plus "naturelle".
Malgré tout, suis bien d'accord avec toi qu'il y a au Japon toute une culture de la douleur, pas propre d'ailleurs aux femmes, mais qui s'applique à pas mal de choses (travail, arts martiaux, etc.), liée notamment, me semble-t-il, à la recherche du "ki"...
Au passage, aimerais bien avoir une piste de lecture sur le sujet... si quelqu'un peut m'éclairer...

15. Le vendredi 13 octobre 2006 à 08:08, par vinteix :

ouy ouy ouy ! j'ai eu peur tout à coup que le filtre ne retienne dans ses filets l'expression "s'écarte d'une position..."

16. Le vendredi 13 octobre 2006 à 08:28, par Berlol :

La recherche de qui ? du quoi ?... Nan, je te vanne. Je sais ce que c'est. Je t'expliquerai... quand tu seras grand.

17. Le vendredi 13 octobre 2006 à 10:46, par k :

je sais pas encore si je vais voir angot, marre de ces train, le seul qui me ramene est à 23h, donc début de la lecture20h30 et faut que je partes à 22h pour avoir le train, c'est enervant, je fais quoi..............est ce que angot vaut 35 euros et toute cette fatigue , je le crois oui, mais c'est que je suis épuisée de tout,trouverais-je la force,..............mais il faut absolument rencontrer cette femme.......oui vraiment, elle est aussi folle que moi, je crois................

18. Le vendredi 13 octobre 2006 à 14:22, par cgat :

soyons fous libérons les mots en s... (style, par exemple, dont je ne suis pas aussi certaine que DF que VD n'en ait pas!)

ce qui serait bien, pour que les trains les valises à roulettes (2) le ki le yin et le yang circulent sans entraves, c'est que tu nous dresses (1) la liste des mots qui jettent les notres dans le filtre

(1) sinon on en vient à scruter les connotations de tous ceux qu'on emploie, par exemple j'ai un peu peur pour celui-là

(2) et il me semble me souvenir que le blocage de celui-là m'avait plongée dans des abîmes de perplexité jusqu'à ce que je pense au casino (aie!)

19. Le vendredi 13 octobre 2006 à 15:04, par Berlol :

En effet, "roulette" et "casino" sont dans la bonne pioche ! (Pas "dresses".) Mais qu'importe puisque je surveille le filtre ! Il n'y a qu'à se dire que tous les spams sont en anglais et l'on saura les mots à éviter !

20. Le vendredi 13 octobre 2006 à 22:22, par vinteix :

le sepu-qui ?

21. Le vendredi 13 octobre 2006 à 23:53, par Berlol :

La croyance selon laquelle Virginie Despentes n'aurait pas de style relève à la fois de la plus haute fantaisie et de la plus haute Égypte. C'est d'ailleurs un thème récurrent chez certains de nos commentateurs ou trices, au moins depuis la Mésopotamie, que de vouloir bannir le langage vulgaire, ordurier ou explicite — ce qui les place beaucoup plus près de la doxa qu'ils ou elles ne veulent bien le reconnaître... Ah, il y en aurait des vases grecs à repeindre pour le repos de leurs yeux !

22. Le samedi 14 octobre 2006 à 04:08, par vinteix :

euh... de la plus haute Egypte.
C'est vrai... on pourrait en bannir ainsi pas mal : Céline, Bukowski, etc.



Vendredi 13 octobre 2006. Est-ce assez cochonné ?

Deux albums de la formation Askak Maboul à saisir chez Chocorêve... (J'écoutais ça il y a très très longtemps, sans trop y faire attention, enfin si, mais dans le flot des nouvelles musiques des années 80, et ça m'a beaucoup étonné de réentendre ces pièces, leur précision, leur modernité.)

« Des petits crânes brisés du sang coule, un peu de cervelle.
— Il était temps de les lui arracher, dit-elle. Est-ce assez cochonné ?
Grand frère Félix dit :
— C'est positif qu'il ne les a pas réussies comme les autres fois.»
(Jules Renard, Poil de Carotte, chapitre « Les Perdrix »)

Faisant fi des dangers de la date, je me suis lancé suant à l'assaut d'un fier vélo statique et d'une devillienne Amérique centrale. Je ne regrette rien, pas même le kilo perdu... Ai ensuite déjeuné avec David au Downey — c'était l'heure débile où les oreilles vont siffler. Et puis le train qui fore l'Est, la somnolence qui croise les poils des carottes... Et après le dîner, je les démêle et je les trie un peu pour le cours, pendant que les commentaires se croisent entre le JLR et Lignes de fuite... Nos temps et espaces se superposent et nous faisons des journées de 40 heures.

« On peut concevoir la mémoire comme une calamité et envier les amnésiques. D'avoir dormi trop longtemps en plein après-midi, puis d'avoir compulsé mes vieux journaux, j'avais fini de m'égarer dans les dates et les lieux, et je n'aurais pas été surpris de me réveiller dans le corps d'un enfant, ou au milieu du XIXe siècle.
Je transporte avec moi, depuis le début de mon entreprise, deux catégories de vieux journaux : les très anciens achetés sur Internet, dont je manipule chaque jour des photocopies, et d'un peu moins anciens, que j'ai classés dans une autre chemise, ceux qui ont paru entre l'année 1957 et hier, et qui me rappellent tout ce qui a pu se passer pendant que j'avais le dos tourné. Parce que cette seconde moitié du XXe siècle n'est finalement pas du tout la période qui m'est la plus familière. Avec cette différence, pourtant, que c'est pendant celle-ci que j'aurai été vivant.
Ouvrir l'un de ces journaux-là, comme déboucher une bouteille de vin millésimée, m'amène toujours à me demander à quel endroit je me trouvais à l'époque des vendanges ou de la parution.»
(Patrick Deville, Pura Vida, p. 207-208)



Samedi 14 octobre 2006. Réamorcer la pompe à claques.

À l'aube, préparant mon cours, je cherche « cochonné » dans le TLF et je tombe sur cet exemple :
« Moi, j'sais faire les frites... des belles frites... Moi, quand c'est qu'j'ai un morceau d'viande, j'le mijote, j'le cochonne pas.» (René Benjamin, Gaspard, 1915, p. 56.) Ces frites sont prémonitoires de celles que nous mangerons, T. et moi, tout à l'heure. J'ajoute que le monsieur, totalement inconnu de moi, a obtenu le Goncourt en 1915.
Les trois premiers chapitres de Poil de Carotte exposent en sourdine le principe des fonctions de chacun dans la famille : l'enfant roux qui « joue à rien » sous la table devient fermeur des poules, puis bourreau des perdrix, indices d'autres fonctions qu'il n'est pas besoin de détailler — tout cela bien malgré lui, mais y'a pas, faut grandir... Peu après, il apprend à tricher, à simuler qu'il fait bien ce qu'on attend de lui, ce qui signifie qu'il en maîtrise le fonctionnement et la perception des autres. Ce sont ses premiers apprentissages dans le théâtre familial, servis par la langue pleine de raccourcis et de discours indirects libres de Jules Renard. Je crois que détail après détail — expliquant ici que « raffiner » et « cochonner » ont, pour une fois, le même sens, là l'origine tragique de la fidélité du chien Pyrame — j'ai réussi à bien faire comprendre cela.

Après le Saint-Martin, l'agneau et les merguez — avec des frites — que T. et moi y prenons, vente de livres d'occasion à l'Institut. J'en ramène, pour une somme ridicule, le Manuel du savoir-mourir d'André Ruellan avec des dessins « paniques » de Topor (chez Pierre Horay, 1963), La Pierre et l'oreiller (1955) de Christian Dotremont (Gallimard, L'Imaginaire, 2004), Du même Auteur chez le même éditeur de Jean-Pierre Verheggen (Gallimard, L'arbalète, 2004) et Les Jouets vivants de Jean-Yves Cendrey (L'Olivier, 2005). Ai regardé si le Despentes (King Kong Théorie) était à la librairie de l'Institut mais on ne savait même pas de quoi je parlais — j'ai laissé l'info sur un bout de papier. S'il arrive d'ici trois semaines, ce sera grâce à moi.

Vais ajouter cet Émile Benveniste, l'invention du discours de Gérard Dessons à ma commande Amazon et puis la faire acheminer, sinon je n'aurai pas mes livres avant d'aller en France, ce qui serait fort dommage.
En revanche, en voici que je ne commanderai pas mais qui risque de réamorcer la pompe à claques : Ôte-moi d'un doute... L'énigme Corneille-Molière, par Jean-Paul Goujon et Jean-Jacques Lefrère.

Cynthia 3000, c'est Cel et Bartlebooth (ex-lecteurs regrettés du JLR) qui se lancent dans l'édition. Je leur souhaite bonne chance, même si je reste circonspect quant aux publications livresques tirées du réticule.
Je recommande vivement l'écoute de Masse critique du jour sur Wikipédia, bien, clair, rond à l'oreille — quand vous y allez, vous êtes le 14.000ème à la seconde... (Voir aussi le dernier billet d'Olivier Ertzschied, très clair sur ce sujet.)
Et quand j'écoute les propos sur les blogs, incidemment, dans l'émission suivante, juste après, le Répliques avec Kristeva et Fumaroli (« La France est-elle encore aimable ? », déjà, rien que le titre, hein...), je me dis qu'il doit y a