Journal LittéRéticulaire de Berlol
Version quotidienne ICI

Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Décembre 2006

<< . 1 . 2 . 3 . 4 . 5 . 6 . 7 . 8 . 9 . 10 . 11 . 12 . 13 . 14 . 15 . 16 . 17 . 18 . 19 . 20 . 21 . 22 . 23 . 24 . 25 . 26 . 27 . 28 . 29 . 30 . 31 . >>


Vendredi 1er décembre 2006. Ne soulève plus ni ire ni vivats.

Au Centre culturel Canadien, rue de Constantine, où l'on va encore en 63, pour la matinée du Colloque des Invalides. Quelques belles reprises d'invectives mais pas d'empoignades verbales. Même Gabriel Matzneff ne soulève plus ni ire ni vivats.
À la pause café, je vais saluer Éric Dussert, qui a fait une bonne prestation. C'est à ce moment, par la rue, qu'arrivent Cel et Bartlebooth. Surprise qui me laisse presque sans voix ! Peu de mots, donc, mais la sensation, pour moi, evec ceux-ci et celui-là, d'un sommet blogosphérique... (Encore un.)

Déjeuner dans un restaurant thaïlandais du quartier avec mes deux acolytes d'Hubert de Phalèse, j'ai nommé Henri Béhar et Michel Bernard, pour discuter de l'avenir de notre équipe de recherche. Puis eux deux vont à l'après-midi du colloque.
Bus 63 pour Odéon. Chez Champion, rue Corneille, pour le dernier livre d'Hubert Carrier.
Bus 89 pour la BnF, encore, parce que T. a repéré un livre sur Mazarin, édité par la Mazarine, qui est à 100 euros alors qu'il est partout ailleurs à plus de 120. Bizarre... On y va et j'en profite pour en acheter d'autres, pour nous et pour des cadeaux.
Puis dans la galerie du MK2 où j'achète trois dévédés. Et la librairie d'â côté où je trouve enfin King Kong Théorie.
Retour en 89 et courses rue Mouffetard pour le dîner japonais. En passant devant le marchand de journaux, je me dis pourquoi pas et en effet, il ont un dernier numéro 1 du Magazine des Livres. Je lirai ça dans l'avion...

Approximatif dîner japonais. Avec un fait-tout pour un nabe, un poulet fermier par moi découpé, une ciboulette molle et pas de chou chinois (Michel l'a mangé hier). Mais ça le fait quand même.

Commentaires

1. Le samedi 2 décembre 2006 à 06:18, par christine :

moins de " querelles et invectives " dans le colloque ainsi intitulé qu'à la bnf, alors ?... c'est un comble
Eric Dussert qui dans son blog se planque soigneusement va-t-il apprécier de voir exposée sa photo ?... ou bien son ire risque-t-elle de faire fuser des invectives ?

2. Le samedi 2 décembre 2006 à 07:11, par Laure L :

Ah, c'est Éric Dussert !
Voilà qui pourrait donner lieu à un prochain colloque à la BNF : l'intime par rebond...

3. Le samedi 2 décembre 2006 à 11:39, par Frédéric :

Alors c'est lui, Grégory et cel ?
Mais, et l'intime ?
Maintenant, on a leur photo.

4. Le samedi 2 décembre 2006 à 13:24, par Berlol :

Non et oui : c'est bien Eric Dussert. Pour Cel et Bart, je ne me serais pas permis. Dans la mesure où ED intervient dans un colloque ouvert au public, toute image prise dans ce cadre n'est ni contestable ni intime. Me trompé-je ? (Suis dans l'avion...)

5. Le samedi 2 décembre 2006 à 13:31, par Bikun :

Tu pourrais au moins nous faire un coucou de ton hublot!
Si t'avais skype sur ton portable, on pourrais presque chater ou se parler en directe!!!

6. Le samedi 2 décembre 2006 à 13:51, par Berlol :

J'ai fait des coucous, mais c'est des Russes, en dessous...

7. Le samedi 2 décembre 2006 à 16:27, par Manu :

Fais gaffe, tu risques de te faire empoisonner si tu les surveilles de trop près...
Ceci dit, tu viens sans doute d'arriver à l'heure qu'il est.

8. Le samedi 2 décembre 2006 à 16:37, par Manu :

En lisant le billet suivant, je m'aperçois que je me suis trompé. Tu es encore en vol... L'horodatage des commentaires m'a induit en erreur...

9. Le dimanche 3 décembre 2006 à 00:29, par Berlol :

Eh oui, toujours ce satané horaire américain... Ça y est, on est à la maison depuis une heure. On a tout déballé pour ranger. Presque fini. On commence à avoir faim...

10. Le dimanche 3 décembre 2006 à 08:53, par Cynthia 3000 :

Trois mots échangés sur un trottoir parisien, c'est sommaire pour un sommet ! Etre présentés, comme "blogueurs", par nos pseudonymes "Cel & Bartlebooth", à T. qui resta T., et le réflexe de sortir l'appareil (à créer de la fiction), voila qui nous laissa bouche B. (comme Bernique !).

11. Le dimanche 3 décembre 2006 à 14:37, par Berlol :

Chère Cynthia, je ne sais comment vous voulez qu'on vous appelle... J'ai deux bonnes photos à vous passer. Ne sont pas pour la diffusion publique, comme expliqué ci-dessus. J'étais moi aussi baba de vous voir. Si je n'avais eu le déjeuner déjà pris, je vous aurais proposé d'aller manger un morceau ensemble. Ce sera pour une autre fois, si vous voulez bien...

12. Le dimanche 3 décembre 2006 à 22:55, par Le Préfet maritime :

Et ben mince, ma tête dans le journal... C'est pas dieu possible... Et sans mon uniforme en plus...



Samedi 2 décembre 2006. Les deux mamelles du départ.

Bourrage et pesage de valise sont les deux mamelles du départ. On arrive au poids autorisé. Appel pour un taxi, j'ai failli indiquer une mauvaise heure, comme si je ne voulais partir, dit T., qui n'a pas tort. Derniers instants dans le canapé à prendre ces notes à la lueur de la cour pendant que tout près une jeune fille révise ses leçons avec sa mère, digne exemple d'un samedi matin dans une famille française.

Dernières courses rue Mouffetard, T. fait vidéo de tout, ça servira pour des souvenirs comme pour des cours. On croise même Frédéric Beigbeder qui fait aussi tout bonnement ses commissions. On passe à la poste, chez le boulanger. Un rosbif et des rates à sauter, des fromages droits venus de l'enfer. C'est parti pour un dernier déjeuner, familial et de grande ambiance...

Juste avant de fermer l'ordinateur, je vois rapidement que Laure Limongi, suite aux échanges de ces derniers jours, vient de poster un important récapitulatif de ses sites et activités d'écriture peu ou prou liés à l'intime, rappelant opportunément que le sujet était déjà dans la marmite et dans le désordre en septembre...
Mais voilà, y'a pas, faut fermer l'engin !
Taxi à trois heures. Embarquement à 6 et maintenant de l'avion à 9 (où la connexion est toujours gratuite, la prochaine fois mon profil créé sera reconnu et je verrai combien on me proposera de payer...).
Demain, je compléterai avec ma lecture ravageuse de la page 2 du Magazine des Livres. Si quelqu'un veut anticiper, à votre bon cœur...

Donc, quelques remarques sur la page 2 du Magazine des Livres, vol 1, novembre/décembre 2006 :
— Colonne de gauche, un encart publicitaire pour le magazine La Presse littéraire, qui est produit par la même équipe que ce magazine-ci. Dernière ligne : « Chez votre marchant de journaux » (sic).
— Milieu du paragraphe de texte : « La presse Littéraire a pour seule ambition de donner à lire ou à relire.»
— Colonne de droite, dans le « mode d'emploi du Magazine des Livres », §.2, li.5 : « Le magazine des Livres a pour ambition de donner à lire ou relire.»
— §.1, li.11 : « positionnement », mot de la LQR (il y en a beaucoup dans tout le magazine, très dans le ton chiffré, économique et soumis au pouvoir de Livres Hebdo ou des Échos).
— §.1-2 : « tous domaines confondus [...] tous styles confondus », « Loin des mouvements [...] au-delà des stratégies [...] », j'ai l'impression qu'on est déterminé à (em)brasser large, dans cette rédaction. Le choix du mot « confondus » pourrait bien être une forme d'acte manqué.
— §.4, li.3 : « la mécanique éditoriale, cette mystérieuse alchimie ». On m'avait appris à ne pas confondre la mécanique et la chimie.
— §.5, li.1 : « Un journal d'écrivains et de lecteurs », c'est-à-dire un journal sans cette lie de l'écriture que sont les journalistes ni cette plaie de la littérature que sont les critiques, où chacun, écrivain ou lecteur, peut s'improviser (ou être accepté comme) auteur d'article, quitte à ce que ce soit pour une enfilade de clichés et d'expressions toutes faites, comme nous le verrons bientôt avec le dossier des pages 4-11.

Commentaires

1. Le dimanche 3 décembre 2006 à 01:30, par Laure L :

Bon voyage ! La prochaine fois, vous aurez droit à un fromage corse à rapporter - non, ce n'est pas un piège façon Asterix... il y en a de très doux...
Encore merci pour l'invit' & à bientôt !

2. Le dimanche 3 décembre 2006 à 09:47, par grapheus tis :

Page 2 du magazine des Livres, ravageuse ?
Y'a guère que la page 19 avec la Saveur du monde de Jouanard qui échapperait à mes lacérations !
Bon retour !

3. Le dimanche 3 décembre 2006 à 14:42, par Berlol :

Faites-nous donc partager vos lacérations ! Les blogs sont là pour ça ! Dans une sombre vidéo promotionnelle, Vebret déclare son Mag. des Livres entre Lire et le Mag. littéraire. Mais y a-t-il quelque chose comme un espace libre et inconnu ente ces deux revues qui se chauvauchent déjà allègrement depuis des décennies ?

4. Le dimanche 3 décembre 2006 à 23:06, par Le Préfet maritime :

Si c'est à ce point calamiteux, on y va voir. Hop, un aller-retour en bateau.



Dimanche 3 décembre 2006. Compactant le samedi dans le dimanche.

Avant l'embarquement, assis près de l'entrée du satellite numéro 5 du dédale de Roissy, pendant que T. faisait quelques courses dans la galerie commerciale duty free, j'ai commencé la lecture de la Dame d'Auxerre dont j'avais entendu parler il y a un mois et que l'auteur m'a amicalement offert mardi au Berthoud. Non que je m'intéresse particulièrement à la sculpture ou à l'ordre dédalique mais :

« Dire qu'elle a, qu'elle est le nom de notre ignorance, ne se justifie pas seulement parce qu'on ne sait rien d'elle. D'où la question aussi, qu'est-ce que c'est que savoir quelque chose d'une œuvre d'art. C'est surtout à cause de son appellation homologuée, la Dame d'Auxerre, cette résultante à la fois familière et dérisoire, désituée — par rapport à la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace — ce reliquat de folklore qu'elle traîne, accessoire de théâtre, caillou cassé, ayant failli finir aux ordures, vendue pour un franc, entrée à la sauvette sans même être enregistrée au musée d'Auxerre avant d'être échangée par le Louvre contre un tableau de Harpignies qui valait six fois plus, six francs. Cela, c'est la part du grotesque.» (Henri Meschonnic, Le Nom de notre ignorance, la Dame d'Auxerre (Éditions Laurence Teper, 2006.)

Allez, on passe aux machines à fouiller tout pour entrer dans la salle d'attente. Moi, je n'ai ni liquide ni gel, excepté le tube de crème à lèvres qui reste dans ma poche. T. a des gouttes pour les yeux secs, dans une pochette plastique, bien. Mais elle a un petit flacon de Coco de Chanel dans son écrin cartonné. Ça a beau être du parfum — je m'en mets un peu sur les doigts pour que le cerbère puisse bien le sentir —, il FAUT qu'il soit dans un sac plastique transparent (voir JLR du 6/11). C'est le règlement. Si l'on fait exception pour ça, ou pour une bouteille d'eau dont quelqu'un peut boire devant tout le monde, alors c'est la porte ouverte... (Mais la porte ouverte à quoi ?... À la reconnaissance de la débilité du règlement, peut-être... Mais je ne dis pas jusque-là... Je ne suis pas fou...) Alors que faire ? Simple, retourner en deçà du contrôle des passeports, aux boutiques pour acheter un sachet plastique aux normes, dans lequel on pourra mettre le flacon de parfum, que l'on pourra poser dans le bac pour traverser le scanner. O.K. ! T. entre en salle d'attente avec nos affaires et je retourne au contrôle des passeports où la queue me dissuade d'attendre pour sortir, j'essaie la galerie commerciale duty free et je trouve, au point presse, un sachet plastique standard à 10 centimes, reviens et passe comme on vient de le dire. Juste après, dans la salle d'attente, je revois le cerbère de tout à l'heure et lui dis qu'il y avait des sacs au point presse, sans retourner dehors. Il est content pour nous et me dit : « Vous savez, entre nous, ces sacs plastiques, ce n'est ni plus ni moins que des sacs congélation...»

Films vus dans l'avion entre les plateaux de gavages, la lecture de magazines, les connexions d'au-dessus de la Russie et les somnolences difficiles : Le diable s'habille en Prada (D. Frankel, 2006), très décevant ; Toi et moi... et Duprée (Russo, 2006), beaucoup mieux que ce que j'en imaginais ; L'Illusionniste (Burger, 2006), accrochante histoire et superbe faction.

En fait, pour nous, il n'y a pas de différence entre hier et aujourd'hui.
Nous faisons une journée continue étalée sur le week-end, compactant le samedi dans le dimanche.

D'une rue Mouffetard l'autre.
L'avion survole la Russie, d'où je me connecte et poste quelques commentaires. Et même une première version du billet d'hier. La personne devant moi ayant incliné son siège, je n'ai pas la place de mettre mes mains devant le clavier. Le portable posé sur mes jambes, le clavier sur le ventre, je tapote de deux doigts et fais court. L'extinction des feux rend mon écran très visible, me donnant l'impression d'être privé d'intimité...
Je parcours quelques blogs, quelques articles de presse. Mais il est tard, je fatigue, l'attention se relâche, et la motivation avec. Ce vendredi de détente n'a pas effacé les tensions et les fatigues de la semaine. T. réussit à s'endormir par tranches, moi j'ai du mal avec la forme du fauteuil, mon coccyx s'endolorit, mais pas la tête cette fois.
Arrivée à l'heure, sortie sans encombres (avec un bon saucisson de montagne dans ma valise), train pour Tokyo et taxi jusqu'au panneau sous ces nuages, qui annonce pour bientôt notre rue Mouffetard, la Kagurazaka.



Lundi 4 décembre 2006. Un urinoir n'est jamais qu'un urinoir.

Sorti d'une grosse huitaine d'heures de sommeil réparateur, je me réinstalle à l'enregistrement d'émissions de France Culture, celles que je n'ai pas pu écouter durant mon séjour en France, trop dense pour laisser quelque place que ce soit à la radio, ou de plus anciennes comme les pièces de Beckett des dimanches depuis trois semaines.
Pendant ce temps, je fais la tournée des blogs.
Toujours surpris de me voir cité, et ici amusé que ce soit oblique — mais surtout à me dire que cette personne était dans l'auditorium jeudi ! Pour parler de cette journée d'étude « Éditer l'intime ? » et de ses diverses conséquences blogosphériques, il serait dorénavant judicieux de se référer centripètement au billet « Ricochets d'intime » de Christine. De mon côté, j'ai ajouté au billet du 30/11 le programme mis à jour, ainsi qu'un lien vers mon intervention en audio.

Philippe De Jonckheere, répondant à ce qui ressemblait fortement à une attaque d'une éditrice, Sylvie Gillet : « Aucun désir, aucune envie que ce que vous appelez mon blog soit publié. [...] vous avez une condescendance par rapport à ce qui se trouve sur Internet qui est inversement proportionnelle à l'intérêt de ce que les éditeurs sont capables de produire chaque rentrée littéraire.»
Pour contextualiser et pour beaucoup d'autres propos passionnants des quatre intervenants et du modérateur, on peut écouter la version en ligne de Philippe (1h04min.) ou la mienne, intégrale (2h11min.).
Pour ma part, je pense que Sylvie Gillet ne souhaitait pas attaquer Philippe, qu'elle s'est laissée aller à quelque facilité rhétorique crue sans conséquence, sans savoir à qui elle avait affaire ; ce qui peut autant être mépris et condescendance que le dommage d'une non-présentation préalable. N'en parlons plus.

Avec T., déjeuner au Saint-Martin, c'était couru. Pour du poulet-frites, évident. Mais aussi avec Morvan, ça c'est la première fois. Pourtant, je le connais depuis au moins dix ans ! Entre casanier et misanthrope, il ne fréquente pas beaucoup. Nous, à coup sûr, alors que l'estime semble réciproque. D'autres, je n'y suis pas, mais je n'y crois guère. C'est chez Giono, dans des montagnes isolées, que s'il était personnage littéraire je le logerai... Une fois, nous nous épanchâmes déraisonnablement.

« La mare aux canards du Landerneau littéraire », « trébucher sur la dernière marche du podium », « ce n'est pas au vieux singe qu'on apprend à faire la grimace », « changer le cours des saisons », « les hirondelles ne font pas le printemps », « à Saint-Tropez on se calme [et] on boit frais », « la poule aux œufs d'or », « conserver leur place au soleil », « tirent leur épingle du jeu », « fondre comme neige au soleil », « Sea, sex and sun... et la nave va », « un monstre à deux têtes », « vont bon train », « jouer les Cassandres », « oiseaux de bon ou de mauvais augure », « retour vers le futur », « dans le marc de café », « pétard mouillé », « la cuvée 2006 », « le goût de bouchon », « pas dit son dernier mot », « de derrière les fagots », « la grenade dégoupillée », « le Landerneau des lettres », « l'effet d'une bombe dans le microcosme germanopratin », « enfonce le clou », « allumé la mèche », « pousse des cris d'orfraie », « les langues se délient », « à qui au juste profite le crime », « son cheval de bataille », « un vent de glasnost souffle donc sur la république bananière des lettres », « depuis que le monde est monde », « tirent depuis toujours les ficelles de cette mascarade », « se partagent les miettes du gâteau », « petits meurtres entre amis », « sont légion », « telle la liberté guidant le peuple », « duels à fleurets mouchetés », « des tambouilles en cuisine », « les bons comptes font les bons amis », « n'y allait pas par quatre chemins », « attirent le chaland comme le Label rouge sur les poulets fermiers », « pour le meilleur et pour le pire », « fait une entrée fracassante parmi l'élite », « mammouth qui écrase les prix », « ce pavé qui sonne le retour », « brille au firmament des lettres », « en quête d'un second souffle », « jeune premier de Saint-Germain-des-Prés », « plongée au cœur de l'enfer des hommes », « le sauveur de la république des lettres française » (sic), « prédisait [...] le sort funeste », « serrer les mains de ses ennemis d'hier devenus en quelques heures ses amis de toujours », « presque à l'unanimité » [en fait, 7 contre 3], « entrée fracassante dans les hit-parades » [mot composé employé trois fois], « histoire d'une success-story », « moment de grâce », « les lecteurs ont finalement le dernier mot ».
Ouf ! C'est la liste exhaustive des clichés et expressions toutes faites employées par Eli Flory dans le dossier sur la rentrée littéraire, aux pages 4-11 du numéro 1 du Magazine des Livres (une seule de ces expressions est en page 5, emplie à 80 % de citations de Stendhal, du Parisien, de Christine Ferrand, deux fois, du blog de Livres Hebdo, on cite également un sondage du site de Livres Hebdo, source dont chacun sait ici la fiabilité...). Avec la moitié, l'article serait au niveau de vulgarisation des revues scientifiques (dans lesquelles métaphores et stéréotypes ont souvent une fonction explicative), mais avec cette quantité, je crois qu'est atteint un certain niveau de vulgarité.
Eh bien, chère Elie, je préférais de loin quand vous écriviez vos billets spirituels Du coq à l'âne. Alors, je sais bien qu'il faut manger, mais de grâce, essayez d'écrire avec vos mots à vous et cessez de délayer. Si ça ne fait que trois pages, ne tirez pas à cinq. Et surtout, ne croyez pas que ça amuse qui que ce soit, c'est là l'erreur, je crois.
Certes, je ne suis pas du tout d'accord avec votre valorisation de Littell articulée sur une dévalorisation d'Angot (ce sont les deux seuls auteurs dont la présence se trouve commentée, on n'a donc pas d'autre choix que de les articuler), mais cela n'aurait aucune importance si vous écriviez personnellement. À moins que votre écriture n'ait toujours été qu'un centon de poncifs. Non, je n'ose m'y résoudre...

Qui n'a rien à voir (heureusement).
Excellent Ce soir ou Jamais que celui du 28 novembre, découvert ce soir. Fabrice Luchini promouvant La Fontaine en ouverture, extravagant, cabotin, fou, mais grandiose et touchant juste. Puis intéressant débat sur divers sujets d'actualité, dont de très sensés propos d'Éric Rochant sur le dangereux usage politique des religions. Et l'affirmation duchampesque qu'un urinoir n'est jamais qu'un urinoir.

Commentaires

1. Le lundi 4 décembre 2006 à 11:43, par Philippe De Jonckheere :

Tu sais P, tu as l'air de penser que c'était une phrase en l'air de sa part, et que je me suis emporté, la façon dont je vois les choses c'est tout le contraire, elle s'est énervée parce qu'elle se sent menacée et je suis resté en fait très calme (pour moi continuer de vouvoyer quelqu'un et ne pas utiliser des gros mots et ne pas crier, c'est rester calme).
Les éditeurs de ce pays ne font pas leur travail, ils exercent le peu de pouvoir qu'il leur reste. Cette situation assez mauvaise de fin de règne dans laquelle ils se trouvent n'est pas une fatalité, mais la marque de leur manque d'entrain à remettre leurs bases en question.
Je n'irai pas à leur enterrement.
Encore aujourd'hui je reçois cela par la poste: Cher Philippe De Jonckheere,
Nous avons bien reçu Portsmouth et vous remercions de votre confiance.
Sans nous laisser indifférents, votre livre n'a pas suscité ce « plus »
d'enthousiasme qui l'imposerait au sein de notre catalogue. Le récit ne nous a pas
complètement convaincus - peut-être parce que son écriture, certes admirablement
maîtrisée, nous a paru un peu trop « fabriquée »? - en dépit d'incontestables
qualités littéraires, soulignées par un lecteur et que nous vous transmettons ici :
« ...Et le texte a une dimension tragique remarquable. Dans la façon de tisser les
parcours de chacun, la détresse et la solitude de chacun, cette détresse qui pousse
les corps à se heurter les uns contre les autres, les peaux à se frotter les unes aux
autres sans espoir de rencontre, de consolation. [...] L'auteur est un bricoleur de
génie qui recycle infiniment le quotidien et la réalité. Il ne cherche pas à inventer
une histoire, au contraire, on pourrait presque dire qu'il cherche à l'éviter. Il
dénoue au lieu de nouer. »
Nous vous souhaitons de rencontrer un éditeur plus à même de soutenir et de défendre
votre projet.

Ce sont les éditeurs qui sont insultants, pas moi.
Amicalement
Philippe De Jonckheere

2. Le lundi 4 décembre 2006 à 13:52, par Berlol :

Non, non, je sais que tu es resté calme et cela donne d'autant plus de poids à tes paroles. Pour les propos de l'éditrice, ils n'étaient pas involontaires comme "en l'air", par hasard, mais parce qu'elle ne savait pas qui elle avait en face d'elle, et surtout parce qu'elle est plus parlée, ventriloquée par son métier qu'elle ne s'exprime elle-même, hélas (je crois qu'elle était plus elle-même à la fin qu'au début). Les éditeurs sont tellement dans la merde ! (Et je n'irai pas non plus à leur enterrement, je l'ai déjà dit.) Depuis dix ans, le monde a tellement changé, et ils n'ont presque rien fait. Nombreux sont ceux qui leur ont dit de prendre les commandes de ce changement dans leur secteur, mais ils ont préféré "assurer" avec leurs anciennes méthodes, au lieu de prendre des risques et d'innover. Aujourd'hui, petit à petit, d'autres prennent la place qu'ils auraient dû s'inventer, et ces nouveaux vont ravager un métier qu'ils ne connaissent pas et dont ils ne respecteront aucune tradition...
Et tu veux quand même être publié ?

3. Le lundi 4 décembre 2006 à 14:21, par brigetoun :

merci ! Lucchini m'exaspère, moins que d'Ormesson mais quand même, mais là il est formidable, dans son amour et sa façon de dire La Fontaine et dans sa façon d'anihiler Arrabal que pourtant j'aime assez en principe

4. Le mardi 5 décembre 2006 à 13:40, par jcb :

Merci d'avoir mis en ligne le débat, qui, après l'avoir écouté est très intéressant. Il est long, mais j'en aurais bien encore écouté plus. Franchement, il est vrai qu'à un moment on peut croire qu'il n'y en avait que contre Ph d J, et qu'il représentait tous les bloggeurs du monde. Il ne représentait là que son travail et s'en est d'ailleurs bien tiré (que l'on soit d'accord ou pas avec, mais comme face à tout artiste qui fait sa proposition, on est libre d'aimer ou pas , moi elle m'intéresse depuis deux ans ), mais ce qui était dommage c'est qu'on quittait alors le sujet du débat, ne restant que sur un cas particulier sur lequel quelques-uns semblaient vouloir tout amalgamer. Comme s'il devait supporter le poids de tous les péchés du monde ! Non, vraiment ils ne savaient pas qui ils avaient en face d'eux ! J'encaisse à mon compte tous vos reproches, ce n'est pas le genre de la maison !
Je terminerai comme Berlol : pourquoi tenir, dans ces conditions, à vouloir absolument être publié chez ces gens-là et tenir compte de leur lettre de refus ?
Si P d J met son livre en ligne, moi je veux bien l'acheter et même l'offrir à tous mes amis pour Noël. J'en réserve dix exemplaires, lecteurs de Berlol témoins.



Mardi 5 décembre 2006. Quelque chose après la sonnerie.

Retour à la base par train avec grosse valise retournant à son placard. Il fait beau. J'arrive à choper un bout de Fuji par dessus l'épaule de ma voisine pendant que je finis de corriger des copies. Gros tas de courrier à l'appartement et au bureau. Quelques dramaticules, paraît-il, dans une ou deux réunions pendant mon absence mais rien de grave (en tout cas, j'espère). Arrivée de mon fauteuil de bureau, un Okamura Baron très design et surtout très ergonomique (si c'est différent) : de quoi travailler sans se tordre le dos.
Mes étudiantes de première année semblent contentes de me revoir. Ça fait plaisir. Comme on approche de la fin de l'année et que j'ai répété cent fois qu'on peut me poser des questions, le pli commence à se marquer et l'on voit ce que l'on ne voyait jamais il y a cinq ou dix ans, des étudiantes qui lèvent la main pendant le cours ou qui viennent demander quelque chose après la sonnerie. Et au moins la moitié du groupe qui prononce bien le « r »...

Fin d'après-midi, je commence à préparer l'entretien avec Jean-Philippe Toussaint, jeudi 14. Je potasse La Mélancolie de Zidane. La panenka. Le but de Hurst en 1966 (qui n'y était pas, finalement, selon une étude de scientifiques d'Oxford). Les légendes que ça fait. Le ciel de Berlin qui renvoie direct à La Télévision.

Encore du très bon Ce soir ou Jamais hier soir ! Avec Philippe Starck en ouverture. Puis un débat d'architectes sur les tours d'habitation. Puis un débat sur la musique techno, marrant.

Philippe Starck : « [...] Moi je suis anti-Bush, profondément anti-Bush. J'ai une tendresse et une pitié pour le peuple américain qui a un problème de dépression nerveuse globale. C'est un pays qui a une dépression nerveuse. C'est un pays qui est en train d'imploser. Donc, il faut plutôt s'occuper d'eux, il faut les materner. Parce qu'ils sont quand même pas tous nuls. Évidemment, c'est des gens qui ont été tous d'accord à 74 % pour aller voler le pétrole de quelqu'un. Après, quand l'affaire a été moins rentable, ils ont été moins d'accord. Après, la première élection, ils se sont fait avoir. Évidemment, il y a eu une fausse élection, il y a eu tricherie. Mais l'erreur n'est jamais la première fois, l'erreur est toujours la deuxième fois. Ils ont réélu le même sachant qui il était. Alors là...
Frédéric Taddeï : — Vous avez parlé vous-même de l'avènement d'un totalitarisme mondial, vous n'y êtes pas allé avec le dos de la cuiller... Vous avez dit : c'est carrément un jour de deuil pour nous et nos enfants, on a perdu notre liberté...
P. S. : — Oui, il y a des gens qui, pour des raisons d'enrichissement personnel, c'est ça qu'il faut comprendre avant tout. Parce que nous, Européens, romantiques, avec une sorte d'éthique, malgré tout, on va penser que des gens veulent prendre le pouvoir pour des idéologies, pour le pouvoir, même, comme ce qui nous arrive aujourd'hui en France. Eh bien là non, c'est même pas ça, c'est simplement pour l'argent, l'argent rapide, sans aucune vision, sans aucune intelligence, simplement avec un extraordinaire professionnalisme. On peut pas le comprendre, nous, et pourtant c'est ça. On a vu le plus grand hold-up de toute l'humanité. Et le problème, c'est qu'à l'Ouest, il y a ce grand hold-up, à l'Est, se fait le même...
[Après le Soir 3] [...]
P. S. : — Moi, ce que je ne peux pas supporter, c'est les gens qui vont préméditer de réduire l'audience d'un produit en disant "Oh, je vais parler simplement à 1000 beautiful people dans le monde, et je demande plus cher, etc." Je trouve ça d'une vulgarité !... [...] Moi, je travaille en général aux deux bouts de la chose, c'est-à-dire que je dessine des biberons à 2 dollars pour une pauvre maman dans la banlieue d'Atlanta, qui lui ajoutera plus de fonctions, plus d'élégance. Et à l'autre extrême, je construis en ce moment un méga-yacht de 200 millions de dollars. Mais en fait, les deux se complètent parce que j'ai une petite stratégie de Robin des Bois. C'est-à-dire que je vole les riches pour le donner aux pauvres, c'est-à-dire que je me sers des riches comme laboratoire de recherches avancées... Et quand je vois une idée, une intuition, une technologie, quelque chose que je peux après ramener et redistribuer, c'est ce que je fais.
P. S. : — [...] Le beau, je m'en méfie parce que c'est une tarte à la crème. C'est la vaseline du commerce. Le beau, c'est dans le genre culturel, ça appelle au goût, au j'aime et au j'aime pas, au j'aime et au je n'aime plus, au ça me plaît et ça ne me plaît plus, donc à la mode et la démode. Et la mode et la démode, c'est la consommation et la surconsommation. Autrement dit, des choses qui sont totalement obsolètes, dangereuses, méprisantes. Le bon, c'est des objets... c'est, à mon avis, ce qu'on pourrait appeler, en termes cyniques, le marché du futur, j'espère, en tout cas. C'est-à-dire des objets qui n'auraient pas que des fonctions élargies, mais des fonctions simplement de rendre des services et surtout de laisser les gens s'exprimer. Parce qu'il y a quelque chose de clair : plus il y a de matière, moins il y a d'humain...»
[Etc.]
F. T. : — Par exemple, la France, vous n'avez jamais eu envie de redessiner les frontières ? [...]
P. S. : — Euh... Je ne suis pas pour les frontières. Je pense que la géographie a quasiment disparu. Je pense qu'aujourd'hui le monde est fait de tribus, de tribus sentimentales, pour ne pas dire de tribus culturelles. Et en fait, chaque ex-pays est fait d'une addition des mêmes tribus. Autrement dit, aujourd'hui, dans notre société assez schizophrénique, on ne se parle plus d'un pays à l'autre, on se parle d'une tribu à l'autre, et autrement dit la jeune fille qui est là peut être de la tribu B, moi de la tribu A, la jeune fille là de la tribu C, on n'a rien à se dire, et pourtant il y a cinquante centimètres et un mètre là, tandis que j'aurai plus de proximité avec la tribu A qui à Tokyo ou à Sydney. Donc, ça ne veut plus rien dire, c'est plus là que ça se passe.»

Des choses qui mériteraient discussion, mais avec l'esprit desquelles je suis tout à fait d'accord. Pour cette dernière idée, c'est étonnant, j'y pensais ce matin avec l'idée enthousiaste de parler de la constellation à laquelle je me sens appartenir. Celle de ceux et celles qui font le quotidien de mes visites de blogs et dont je fais partie du quotidien ou de l'hebdomadaire, je crois, sans que nous ayons à aligner ou systématiser quoi que ce soit, que je rencontre(rai) à l'occasion et qui me sont plus proches dans ma solitude essentielle et indiscutable que les voisins de pallier, de famille ou de parcours scolaire, à de rares exceptions près.
Donc pas tribu, pour moi, mot qui m'indispose, trop grégaire quand même, mais constellation, car dess(e)in commun dans le ciel réticulaire et relation pensée dans une tension, mais sans enlever les distances géographiques, car pour moi, la géographie — la géographie urbaine comme la géographie mondiale — continue d'exister, doit exister pour la respiration personnelle et le maintien des différences individuelles.

Commentaires

1. Le mardi 5 décembre 2006 à 09:04, par christine :

constellation... j'aime bien aussi, c'est beaucoup mieux que tribu, et on peut filer la métaphore : des trous noirs (les disparus), des super nova (les célèbres), des étoiles filantes, etc. etc.

2. Le mardi 5 décembre 2006 à 12:26, par caroline :

1°) le Fuji ? : Je vois le Ventoux. Quand on est indécrottable comme moi, on voyage avec ce qu'on a. Au printemps quand les cerisiers sont en fleurs dans la pleine et que le Ventoux est encore couvert de neige: je me dis que je suis au Japon. Idem quand je me baigne un peu tardivement dans la saison et que la piscine est couverte de brume. Je me dis qu'après, quand la brume se lèvera, le Jufi (pardon le Ventoux) sera là.
2°) Starck, j'adhère à 90% à ce qu'il dit. Pour les tribus, je parlerait plutôt de culture commune, langue commune (la religion n'étant pas un lien comme on peut le voir aujourd'hui et contrairement à son étymologie) comme les défend Ben Vautier. Sa théorie sur la régionalisation pourrait même résoudre les problèmes des pays arabes, enfin, avant que l'occident et l'islam s'en mêlent. Khalil Gibran exprimait un peu la même chose lorqu'il parlait de son pays, le Liban et de ça au XIX siècle. Il avait tout compris.
Il faudrait dire aussi à Starck, qu'il n'y a pas que les américains qui ne sont pas en forme. Même si on n'est pas en Irak (ce que regrettent nos intellectuels et on a les intellectuels qu'on peut), la France est au plus bas. Le moral dans les chaussettes. Ca donne une envie de partir ! l'Espagne ? Pourquoi pas? J'aurais du mal à changer de continent et à m'éloigner trop de mon Fuji Yama provençal.

3. Le mardi 5 décembre 2006 à 16:56, par Berlol :

Il est bon que chacun ait son Fuji Yama.

4. Le mardi 5 décembre 2006 à 17:06, par christine :

très vieux sage zen ce commentaire
mais le ventoux est une très belle montagne aussi, caroline : quand j'étais petite j'allais passer tous les mois de juillet à Malaucène juste à son pied et maintenant quand je descends au bord de la méditerranée en tgv je lève toujours le nez de mon livre pour le contempler au passage

5. Le mardi 5 décembre 2006 à 20:48, par Berlol :

Et un alexandrin, en plus...

6. Le mardi 5 décembre 2006 à 20:59, par vinteix :

La constellation, oui, très beau mot... qui me fait penser à W.Benjamin ou à Kostas Axelos qui l'emploie souvent, notamment dans "Réponses énigmatiques"...
Sinon, Starck est intéressant en effet, quand il parle... il y aurait beaucoup à dire sur les propos cités plus haut... mais moi aussi, je crois (encore) en la géographie, de manière tellurique : ce n'est pas rien (et ça conditionne ou influe sur beaucoup de choses) d'avoir ou de voir de sa fenêtre le mont Fuji ou le mont Ventoux ou la mer, etc., etc.... Les Chinois avaient compris cela depuis bien longtemps...



Mercredi 6 décembre 2006. Cet exquis effet retard.

Après quelques bonnes heures de cours et de travail au bureau, après une sortie en voiture avec David pour passer à la mairie de Showa-ku m'entendre dire que le renouvellement de ma carte d'étranger peut attendre janvier, puis être allé au supermarché Matsuzakaya de Motoyama pour acheter cinq bouteilles de vin pour demain, je me prends un moment de repos avec Ce soir ou Jamais (tentative d'écluser mon retard).
Paulette Dubost, 96 ans, doyenne du cinéma français, dans l'émission du 29 novembre :

Frédéric Taddeï : « Il paraît que vous vous êtes retrouvée à table, que vous avez dîné avec Adolf Hitler, avant qu'il soit chancelier.
Paulette Dubost : — Oui.
F.T. : — Il était assis à côté de vous ?
P.D. : — Oui. Pendant le déjeuner, il me prenait la cuisse, comme ça...
F.T. : — C'est pas vrai !
P.D. : — Ah oui.
F.T. : — Adolf Hitler !
Julie Depardieu : — Mais c'était où ?
P.D. : — À Berlin. J'ai beaucoup tourné de films à Berlin. Pendant des années j'ai tourné des films à Berlin. Et c'était très bien payé. Mieux qu'en France...
F.T. : — C'était en 1932. Il était donc pas encore chancelier. Ça n'était pas la guerre. Hitler est assis à côté de vous et il vous caresse la cuisse... Mais il vous parlait dans quelle langue ?
P.D. : — En français.
F.T. : — Il parlait français ?
P.D. : — Très bien !
Alexandre Moix : — C'est un scoop !
F.T. : — Et il vous parlait de quoi ?
P.D. : — Bah, il m'a parlé d'amour. Il ne parlait pas du tout de cinéma. Il me demandait si j'avais eu beaucoup d'amoureux dans ma vie, et si ça me plaisait, si j'aimais l'amour.
J.D. : — Vous étiez très très très jeune. Peut-être que vous lui plaisiez à fond. Vous n'avez rien fait, j'espère...
A.M. : — Ce qui me fascine, chez Paulette Dubost, c'est de se dire qu'elle avait neuf ans quand Marcel Proust a eu le Prix Goncourt pour À l'Ombre des jeunes filles en fleur. Ça, c'est fascinant...
F.T. : — Je reste fixé sur ce déjeuner avec Adolf Hitler. Il mangeait quoi ?
P.D. : — Il n'a rien mangé. Il n'a rien bu. Il se méfiait sûrement déjà.
F.T. : — Après, il est devenu chancelier, il y a eu la Seconde Guerre Mondiale, toutes les atrocités, des millions de morts. Rétrospectivement, vous ne vous dites pas : je l'avais là, devant moi ?
P.D. : — Bah, un peu, si. Bah, ah oui, ah oui, ah oui oui oui. Ça fait quelque chose, quand même. Ça remue, hein. M'enfin, qu'est-ce que vous voulez, c'était comme ça.
F.T. : — Vous pouviez pas savoir.
P.D. : — Bah, oui, bien sûr. M'enfin, si j'avais su, à l'époque, j'aurais pu le tuer. Avec une petite...
J.D. : — Une fourchette...
P.D. : — Peut-être pas une fourchette, mais un petit poison. Lui mettre dans son verre, sans qu'il s'en aperçoive. Mais ça n'aurait changé rien ! Ça n'aurait changé absolument rien, parce que tous les gens qui étaient autour de lui auraient continué à faire ce qu'il avait commencé. Même lui disparu, ça ne changeait absolument rien. Ça aurait été exactement la même chose.»

Oui, sauf que s'il n'a rien bu... même le poison n'aurait rien changé. Épatante quand même, Paulette !

Au dîner (carotte rapées, steack haché œuf à cheval), l'émission du 30 — qui passait donc en direct après le dîner au Père Fouettard, que j'aurais pu voir en attendant que T. revienne de l'avenue Théophile-Gautier, ce dont l'idée ne m'avait même pas effleuré l'esprit. Un débat sur l'autofiction que je recommande aux littéraires (suivi d'un long entretien avec Dieudonné, qui peut enfin ici essayer de s'expliquer) et dont j'extrais cet exquis effet retard littéraire et cinématographique :

Pascal Bonitzer : « Une petite crise d'autofiction... Bon, y'a eu une polémique qui était très publique entre Arnaud Desplechin et Marianne Denicourt, son actrice et ex-compagne. Et j'ai eu envie, disons, de me servir très anecdotiquement de ça pour amorcer un petit peu l'élément de la fiction...
Frédéric Taddeï : — Juste pour résumer. Elle l'a accusé, Marianne Denicourt, Arnaud Desplechin, de s'être servi d'elle, de l'avoir...
P.B. : — De s'être servi surtout des éléments les plus douloureux de sa vie pour [faire le film Rois et reine et aussi pour] les retourner contre elle d'une certaine façon parce que le personnage que joue Emmanuelle Devos dans Rois et Reine a des côtés tout de même un petit peu inquiétants. Voilà, elle l'a mal pris, etc.
F.T. : — Et elle fait un livre dans lequel...
P.B. : — Elle-même fait un portrait, assez savoureux, d'ailleurs, d'Arnaud Desplechin.
F.T. : — Qu'elle appelait Arnaud Duplancher...
P.B. : — Arnold...
F.T. : — Arnold, pardon, effectivement. Évidemment, ça semble dénoncer l'autofiction...
P.B. : — Comme je sais que ça a été publié, je peux le dire aussi. Au début de l'écriture de ce scénario, donc qui partait de ces prémices-là mais que j'avais décidé de transposer dans le monde de la littérature, j'ai fait appel à un écrivain, une écrivaine de mes amies pour travailler avec moi...
F.T. : — Christine Angot, hein...
P.B. : — Christine Angot, pour ne pas la nommer. Ce qui s'est passé, c'est que je me suis aperçu au bout d'un moment que c'était en fait moi qui travaillais pour elle et donc je me suis un petit peu retrouvé dans un de ses livres.
F.T. : — Alors en effet, elle vous a pour ainsi dire brûlé la politesse puisque dans son livre vous êtes là, y'a même des passages de votre film qu'on entend dans ce livre, elle raconte votre histoire d'amour avec une comédienne, votre histoire d'amour à vous, vous êtes un personnage d'autofiction...
P.B. : — C'est pas une comédienne, c'est une cinéaste qui effectivement était ma compagne à l'époque.
F.T. : — Vous vous êtes retrouvé donc en personnage d'un roman d'autofiction...
P.B. : — Bah, sauf que justement, ça, c'était pas tout à fait de l'autofiction parce que je crois qu'elle essayait d'en sortir, en l'occurrence avec ce livre qui était écrit précisément justement à la troisième personne et pas à la première. Bon, je suis mal placé pour juger du livre en question, en jugeant justement si elle est arrivée à en sortir. Elle a fait plutôt une sorte de mixte. Elle a fait plutôt comme font les romanciers, c'est-à-dire qu'elle s'est servie de plusieurs modèles, disons, en l'occurrence elle est pas allée les chercher très loin puisqu'il y avait moi et ma compagne, effectivement, et puis il y avait elle-même et son compagnon à l'époque.
F.T. : — Comme quoi, un film comme le vôtre, il y a plein de clés que la plupart des gens qui l'ont vu hier, par exemple, peut-être ignorent.
P.B. : — Ça n'a aucune importance. On n'est pas du tout obligé de savoir ça. C'est ce par quoi l'autofiction est quelque chose que j'aime pas trop c'est qu'elle suppose, elle implique, elle connote du déballage.»

Paraît que la chaîne d'information internationale France 24 démarre ce soir. J'essaierai demain...

Commentaires

1. Le mercredi 6 décembre 2006 à 19:33, par Manu :

Et oui, la gaikokujintorokushou, après l'anniversaire, pas avant !
Je viens de cliquer sur France 24, ouah, l'image est grande et nette, ça change d'iTélé et consorts.



Jeudi 7 décembre 2006. La boue d'une tranchée de neurones.

Faut que je m'y (re)fasse, c'est une condition matérielle de base, mais n'être pas à Paris empêche d'assister à toutes sortes de choses... Florence, par exemple, était où je n'étais pas : chez Tschann, le 3, pour écouter Henri Meschonnic. Apparemment, c'était un bien bon moment autour de la Dame d'Auxerre.

Il en était question dans le 20-heures de France 2, ça s'appelle le yoga bikram, je n'aurais pas pu l'inventer. Comment j'avais dit, l'autre fois, quand T. y était allée ?...

Ça c'était dans le 20-heures de France 2, au petit déjeuner, comme d'habitude. Puis, mon cerveau s'étant un peu désembrumé, je me suis souvenu de France 24 et j'ai essayé l'adresse.
Miiiiraaaaaaaacle !!!!!!! Enfin, une chaîne francophone, directe, gratuite et permanente. J'ai laissé tourner plusieurs heures au bureau et le flux ne provoque pas d'erreur réseau, ni de bloquage quelconque. J'ai juste remarqué, par instants, un problème de son, dans les intermèdes quasi silencieux, où une rémanence faible d'anglais et d'arabe se fait entendre...
Ceci dit, comme on disait plus tard avec David, au Japon, il n'y a quasiment rien de réticulaire chez les médias audio-visuels, juste quelque petits bouts de programmes de rien du tout en ligne, aucun envergure. Pourquoi ? Parce qu'il y a déjà saturation de formules payantes... Cela veut-il dire qu'une majorité de Japonais aiment mieux payer pour de la merde que d'avoir de la qualité gratuite ? Y'a d'ça, je crois... Ou bien je fais erreur.

Deuxième grand événement de la journée : la visite pour conférence chez nous du ministre-conseiller de l'Ambassade de France au Japon, Christophe Penot. Dans un amphi plein à craquer (plus de 300 étudiants et enseignants), il parle une heure durant de l'Europe, de la formation d'icelle à ses problèmes actuels et aux perspectives qui s'offrent à l'Union.
S'ensuit une demi-heure de questions, auxquelles il répond précisément. Puis un déplacement vers une salle protocolaire pour une réception à vingt-cinq, avec notre président, d'où cette mémorable photo (finalement, c'en est une autre...).

Je me déçois. Je croyais que je savais faire ça. Et j'ai découvert, après m'être tordu l'esprit pendant un bon quart d'heure, que je n'y arrivais pas, que mon esprit, dont j'étais si fier (oui, je sais, je ne devrais pas), ne venait pas à bout normalement de cette opération mentale. J'ai bien eu une petite intuition, que j'ai essayé de pousser sur un coin de bloc-note, mais le résultat ne m'apporte aucune lumière d'évidence ou de vérité et je reste perplexe.
J'aimerais bien que quelqu'un me mette sur le chemin de pensée, dans la veine de raisonnement qui mène avec clarté à la solution.
Voici de quoi il s'agit : « Lors d'une horrible guerre moyenâgeuse, 85 % des combattants perdirent une oreille, 80 % un œil, 75 % un bras et 70 % une jambe. Combien au minimum de combattants ont perdu à la fois oreille, oeil, bras et jambe ? » (c'est une énigme trouvée sur ce site, où je puise parfois des petits problèmes pour mes étudiants).
Mon intuition ? Allez !, je me lance, c'est une première (au risque de révéler au monde entier ma crasse bêtise arithmétique) : pour minimiser les taux, je considère que les 30% qui n'ont pas perdu de jambe ont perdu un bras, de sorte que seulement 45% ont perdu à la fois un bras et une jambe. Il y aurait alors 55% à ne pas avoir perdu bras et jambe, parmi lesquels seraient au maximum ceux qui auraient perdu un œil, ce qui ferait qu'il y aurait 25% à avoir perdu bras, jambe et œil. Par conséquent, 75% n'auraient pas perdu en même temps les trois, qui se retrouveraient en majorité parmi ceux qui ont perdu une oreille, de sorte qu'il ne resterait que 10%, au minimum, à avoir perdu les 4.
Maintenant que je l'ai écrit (ouf !), ça a l'air de tenir. Mais au fond je n'en sais rien... Je patauge dans la boue d'une tranchée de neurones et je n'ai pas l'impression que le ciel se dégage (d'ailleurs, il pleuviote, ce soir) — et puis, c'est con, la guerre, aussi.

Je refroidis la boîte crânienne en cliquant mollement une petite centaine de fois sur le vote Ce soir ou Jamais du nouveau sondage de (ces sourds et aveugles de) Livres Hebdo (qui n'ont toujours rien compris à l'internet)*, puis je finis la soirée avec l'émission de mardi soir : les enfants des révolutionnaires, ça m'intéresse (notamment avec Christophe Bourseiller qui n'est finalement pas venu au Colloque des Invalides, même que quelqu'un en a fait la remarque comme quoi qu'il n'aurait pas prévenu et que c'est pas poli mais qui, ce soir, est là et parle bien, comme souvent). En revanche, les débats d'actualités avec une brochette de gens qui parlent tous en même temps, notamment Alain Finkielkraut, Gisèle Halimi, Jean-Jacques Beineix, etc. Ça, c'est pas tellement recommandable, c'est juste bon si on n'a rien à faire — ce qui n'est quand même pas mon cas.

* D'ailleurs, depuis le 22 novembre, on n'a toujours pas vu venir la liste des 333 romans qui n'ont fait l'objet d'aucune critique et que chez Livres Hebdo on prétendait avoir établie, à moins que ce ne soit pas vrai.

Commentaires

1. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:17, par jenbamin :

Bon, commençons par le début : la guerre, c'est moche. Vraiment. Et dans ces conditions, faut s'entraider. Moi, j'ai été (un peu) mathématicien. Mais c'était il y a longtemps. Depuis, je suis (un peu plus) musicologue, alors pas envie de poser des équations, d'autant plus qu'en temps de guerre, pas le temps de jouer les esthètes, faut aller vite, faut s'entraider. Tout le monde doit s'y mettre, les gars, et si vous voulez qu'on minimise le nombre de ceux qui auront perdu tout à la fois bras, œil, jambe et oreille, pas question qu'il y en ait un seul qui n'y perde rien, d'autant plus que c'est que des machins qu'on a en double : deux bras, deux œils, deux jambes et deux noreilles chacun, alors commencez pas à râler. C'est ma-thé-ma-tique ! Mais, eh, oh, c'est pas tout, parce que la guerre c'est vraiment dégueulasse, alors soyez pas mesquins : quitte à revenir éclopés, z'allez pas n'y perdre qu'un seul truc, sinon c'est les petits copains qui vont morfler pour vous. Pas à discuter : plus vous perdez de bidules, et moins il y en aura qui en perdront plus. C'est ma-thé-ma-tique, j'vous dis ! Allez, allez, pas juste un schmilblick, ni même deux, au point où vous en êtes : plus vous serez nombreux à perdre trois choses, et moins y en a qui perdront tout. Ma-thé-ma-tique, pas de ma faute, quand même ! Donc, on blinde les catégories : 25% perdent œil-jambe-oreille, 30% perdent œil-bras-oreille, 20% perdent bras-jambe-oreille, et comme ça sur les inévitables 25% qui perdent œil-bras-jambe, on peut laisser deux oreilles (et la queue ?) à 15%. Et désolé pour les 10% qui restent...
Moralité : si vous aviez écouté Berlol dès le début, eh ben... eh ben... eh ben, pareil, quoi !

2. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:35, par jenbamin :

La même, en équations : pour les sceptiques, et au cas où l'un de mes élèves en maths (il m'en reste, plein !) vienne à lire ça, que je ne perde pas toute crédibilité, enfin, toute trace de crédibilité, parce que déjà...
Pour la clarté de la démonstration, je ne m'occupe pas des oreilles, en tout cas pas tout de suite. Je pose :
a = ne perdent qu'un œil ;
b = ne perdent qu'un œil et un bras ;
c = perdent œil+bras+jambe ;
d = ne perdent qu'œil et jambe ;
e = ne perdent qu'une jambe ;
f = ne perdent qu'une jambe et un bras ;
g = ne perdent qu'un bras ;
h = ne perdent rien.
on a donc :
a+b+c+d = 80 zyeux ;
c+d+e+f = 70 jambes ;
b+c+f+g = 75 bras ;
a+b+c+d+e+f+g+h = 100 gus.
je somme les trois premières équations :
a+2b+3c+2d+e+2f+g = 225 ;
je retranche la quatrième :
b+2c+d+f-h = 125 ;
mais puisque h est positif ou nul, et que b+c+d+f reste inférieur ou égal à 100, il vient :
c supérieur ou égal à 25 ;
mais puisque Berlol, puis moi-même, avons montré que cette configuration était possible (version équations : a=e=g=h=0, b=30, d=25, f=20 et, donc, c=25), elle est clairement optimale.
Il ne reste plus qu'à couper 85 oreilles... CQFD ! (Fichtre, longtemps que je n'avais pas fait ça, moi !)

3. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:43, par Dom :

C'est de Lewis Carroll. Sa réponse, très lapidaire, est là :
etext.library.adelaide.ed...
J'ai tourné aussi assez longtemps sur le fait de ramener à 100 une valeur qui dépasse. Si on ajoute les blessés au bras et à la jambe, on obtient 145, soit 45 de trop par rapport à 100 (il s'agit de pourcentage, le total ne peut être que 100), qui est la valeur minimale de recouvrement, soit de soldats blessés deux fois (ça revient à dire que tous les soldats ont été au moins blessés une fois, ce qui minimise en effet le nombre nécesaire de blessés deux fois). Et ça s'enchaîne, en prenant à chaque fois le nombre minimal de blessés n fois obtenu à l'étape précédente :
70+75-100=45
45+80-100=25
25+85-100=10
On peut aussi imaginer des intervalles qu'on fait glisser les uns sur les autres pour garder une longueur égale à 100.

4. Le jeudi 7 décembre 2006 à 15:59, par Berlol :

'Tain ! J'avais bon, alors ! Mince !... Merci à vous deux ! Et content de trouver Lewis Carroll là-dedans !

5. Le jeudi 7 décembre 2006 à 16:05, par jenbamin :

J'aime bien la solution de l'ami Lewis : compter le nombre de blessures...
70+75+80+85 = 310 oeils-bras-jambes-oreilles perdus pour 100 gus, et donc au moins 10 qui ne se contentent pas de trois pertes.
Simple, élégant, efficace.

6. Le jeudi 7 décembre 2006 à 16:45, par christine :

la démonstration de Lewis Carroll est en effet très élégante dans sa troublante simplicité algébrique (au point qu'on se dit à la première lecture que ça le fait pas et que ça doit être un gag) mais j'aime bien aussi votre première démonstration, jenbamin, qui a l'efficacité d'une fable
(là je distribue des bons points mais, mon bac scientifique étant déjà loin, et mes neurones pas très coopératifs ce soir, je faisais moins la fière il y a un moment et j'attendais lâchement que quelqu'un confirme ou infirme la solution de Berlol ...)

7. Le vendredi 8 décembre 2006 à 01:47, par brigetoun :

charmant Bourseiller mais son expérience avait été tout de même moins radicale que celle de la fille de Linhart (qui à part le lycée de sa fille n'a fait aucune concession genre fois gras ou climat intellectuel) - une belle passion contenue cette fille, et le charme de la fille Costa Gavras qui m'a donné envie de voir son film



Vendredi 8 décembre 2006. La Seine sur le siège à côté.

« Dans le contraste entre modelé et abstraction, il y a du perceptible et de l'imperceptible.» (Henri Meschonnic, Le Nom de notre ignorance, la Dame d'Auxerre, p. 45)

C'est sur cette phrase, ruminée, la dernière lue sous la couette hier soir, que je me suis endormi.

Ce matin, au sport où je retourne enfin, changement de siècle.

« Il y a une fierté de domestique à devoir avancer entravées, comme si c'était utile, agréable ou sexy. Une jouissance servile à l'idée de servir de marchepieds. On est embarrassées de nos puissances. toujours fliquées, par les hommes qui continuent de se mêler de nos affaires et d'indiquer ce qui est bon ou mal pour nous, mais surtout par les autres femmes, via la famille, les journaux féminins, et le discours courant.» (p. 20)
« Qu'on se promène en ville, qu'on regarde MTV, une émission de variété sur la première chaîne ou qu'on feuillette un magazine féminin, on est frappés par l'explosion du look chienne de l'extrême, par ailleurs très seyant, adopté par beaucoup de jeunes filles. C'est en fait une façon de s'excuser, de rassurer les hommes : « regarde comme je suis bonne, malgré mon autonomie, ma culture, mon intelligence, je ne vise encore qu'à te plaire » semblent clamer les gosses en string. J'ai les moyens de vivre autre chose, mais je décide de vivre l'aliénation via les stratégies de séduction les plus efficaces.» (p. 21-22)

Et c'est comme ça depuis le début, cette superbe écriture, cette justesse du propos. Oui, je sais ce que je dis. Déjà dans le bus qui nous ramenait de la Bibliothèque nationale vendredi dernier — une semaine déjà — quand j'ai lu les premières pages de Virginie Despentes, j'étais saisi. Ça bouchonnait pour arriver au pont d'Austerlitz et j'étais content de ce retard, T. regardant la Seine sur le siège à côté, qui me permettait d'entamer en beauté sa King Kong Théorie.
J'y reviendrai. je n'ai déjà plus le temps pour aujourd'hui.
Après le déjeuner avec David, chez Downey où j'étais content de retourner bien que le déjeuner n'y était pas terrible, aujourd'hui, je suis monté au bureau finir mon dossier administratif de voyage en France (petit rapport sur la journée d'étude, factures, texte de mon intervention) et le transmettre au service en charge. Puis partir et, dans le temps d'un shinkansen, une centaine de minutes, écrire la présentation et les questions qui serviront jeudi prochain à l'entretien avec Jean-Philippe Toussaint à l'Alliance française de Nagoya.



Samedi 9 décembre 2006. La mélancolie... Par la coquille fêlée du garnement.

Poil de carotte, avant-dernier cours à l'Institut franco-japonais.
Dans les trois chapitres intitulés « La Pièce d'argent », « Les Idées personnelles » et « La Tempête de feuilles », le cadet des Lepic découvre successivement l'effet boomerang du mensonge (il en avait déjà un peu tâté), qu'il n'est pas bon de vouloir communiquer ses idées personnelles, fussent-elles pleines d'esprit critique et bardées d'art oratoire, et enfin que le regard du solitaire peut soudain poétiser le monde d'automne — et s'inventer la mélancolie... Par la coquille fêlée du garnement pondu, pointent les signes avant-coureurs du Jules Renard...
S'il est vrai qu'il a composé les chapitres sans ordre préconçu, en faisant évoluer son projet au fur et à mesure, et s'il est également vrai qu'il a tenté diverses combinaisons pour définir l'ordre final des chapitres (ce qu'on pourrait appeler le montage), le lecteur attentif ne peut que constater à quel point l'ordre finalement choisi épouse l'évolution normale de la psychologie de l'enfant — de quand il n'a pas de parole qui puisse servir ou être crue à quand il expose en orateur son déni des liens du sang, ce dont on ne lui sait pas gré. D'où la recherche d'autres interlocuteurs et, pourquoi pas, de la feuille d'automne qui, du haut de l'arbre, lui « fait un signe » avant de se détacher — sans doute pour devenir feuille de papier.

Cinéma à l'Institut, après le déjeuner au Saint-Martin (des merguez-frites, ça réchauffe bien, alors qu'il fait humide et froid, un peu comme en Suède...) : Monika (Ingmar Bergman, 1952), ou l'histoire d'une libération sexuelle & sociale, et comme du féminisme involontaire chez une jeune fille qui veut seulement une autre vie que celle des ouvriers et des petits-bourgeois. Heureusement que je l'avais déjà vu parce qu'en suédois sous-titré japonais...
Le lien avec Virginie Despentes est vite fait, d'autant que juste après, à la médiathèque, je lis l'article de Patrick Kéchichian dans le dernier numéro de la Quinzaine littéraire, et que je n'ai pas l'impression de lire le même livre que lui. Sans doute parce que le propos de King Kong Théorie ne me vise ni ne m'atteint, attentif que j'ai toujours été à ne jamais entrer dans les jeux machistes et condescendants de la domination, de la protection ou de la possession. De plus, il concède en fin d'article qu'il s'agit bien d'un écrivain, lui reconnaissant des qualités d'écriture, alors que pour ma part c'est par là que je commencerais (et c'était bien le cas pas plus tard qu'hier).
Étonnante coïncidence, Classici Stranieri vient de proposer au téléchargement un ouvrage de 1883 de Clarisse Bader intitulé La Femme française dans les temps modernes, étude qui a l'air tout à fait sérieuse et documentée...
(D'autres ouvrages en français ont été récemment proposés, il faut se balader un peu dans le site, ou s'abonner au fil RSS.)

Revenu à la maison, je reprends les enregistrements de France Culture avec un retard dans le suivi des programmes qui frise les trois semaines... J'arrive notamment à récupérer le Promeneur retrouvé de Dominique Meens (Surpris par la nuit du 29 novembre) et Cette Fois de Samuel Beckett dans les (Perspectives contemporaines du 28 novembre).

Pendant que T. regarde The Libertine (Rochester, le dernier des libertins, L. Dunmore, 2004), dont je décroche rapidement parce que c'est maintenant de l'anglais châtié sous-titré japonais (non sans avoir reconnu la belle Kelly Reilly, la Wendy de L'Auberge espagnole et des Poupées russes), je parcours les constellations qui m'informent, en y trouvant peu de choses aussi importantes à signaler que l'actualité d'Antoine Volodine chez Remue.net, grâce à un nouveau volume des Écritures contemporaines, dirigé par Dominique Viart, chez Minard.
Volodine est, avec Échenoz, l'un des auteurs contemporains les plus étudiés, à raison. C'est, je crois, inversement proportionnel à son succès public...

Allez, pour la route, vous prendrez bien un petit Can !...

Commentaires

1. Le samedi 9 décembre 2006 à 12:25, par Dom :

Can !!

2. Le samedi 9 décembre 2006 à 12:28, par Dom :

Can. On tapait sur des cartons, on défonçait un vieil harmonium, avec un chum qui s'était fait la coiffure de Karoli, à Vigneux-sur-Seine. Et on se hurlait un peu de Neu pour bonne mesure. Et je les avais jamais vus, ou à peine. You tube ça tue.

3. Le samedi 9 décembre 2006 à 13:35, par Bikun :

J'ai regardé aussi et je suis resté scotché sur mon siège!

4. Le samedi 9 décembre 2006 à 17:51, par Grégory Haleux :

Berlol ! euh Patrick ! t'es complètement rock'n'roll ! la prochaine fois que je te croise à Paris dans un kollok mal famé, je t'emmène dans un endroit encore plus hardcore !

5. Le samedi 9 décembre 2006 à 21:25, par Manu :

Ça a l'air très bien Can !
Je me suis fait quelques autres clips au passage.

6. Le dimanche 10 décembre 2006 à 01:00, par brigetoun :

est ce parce que je suis trop vieille pour en avoir rêvé - je les trouve charmants et leur musique agréable, mais ma doué sans plus

7. Le dimanche 10 décembre 2006 à 02:04, par Berlol :

Oui, oui, oui ! Je vois que ça intéresse encore, Can, même des jeunes et des moins jeunes. Grégory, faudra que tu me dises à quel type d'endroit tu fais allusion... (Je connais peut-être...)



Dimanche 10 décembre 2006. L'animal est je ne sais où.

Je n'en ferai pas des tonnes, journée des droits de l'homme ou pas.*
On n'a pas obéi au réveil et le brunch a commencé vers 11h00. Voyant le ciel bleu, j'avais une furieuse envie de sortir, mais T., non ; elle craignait d'avoir attrapé quelque chose dans la semaine et préférait rester à la maison. Je suis allé à Hanamasa, supermarché de gros le long de l'avenue Sotobori, en passant par l'Institut. Là, j'ai vu que Jean-Philippe Toussaint avait donné une conférence vendredi soir — avec le voyage en France et les occupations au retour, je n'ai pas lu tous les courriels et j'ai dû zapper celui qui m'annonçait ça. C'est bien dommage. D'autant que l'animal est je ne sais où et qu'il faut que je le chope avant jeudi !

Virée en vélo, seul. Jusqu'à Shinjuku et autour. J'avais oublié combien il peut y avoir de monde dans ce quartier un dimanche à trois semaines de la fin de l'année : la frénésie des courses s'empare de pans entiers de la population. Être sur deux roues permet de s'immiscer dans ces mouvements de foule pour en sortir aussitôt et les voir à distance, mieux qu'en voiture et mieux qu'à pied. Dans ces cas-là, il ne faut pas se contenter des trottoirs, il faut aussi rouler à gauche des voitures, voire entre elles, voire à contre-courant. Le sentiment de liberté pousse rapidement à faire n'importe quoi et je me rappelle à l'ordre avant d'avoir, juste pour passer, des envies de meurtre.
Quelques photos de beaux nuages rose orangé quand le jour décline. Dans le quartier où il y avait autrefois des dizaines de boutiques de disques, il n'y en a plus que trois ou quatre, presque toutes fermées le dimanche. Or, c'était là que je pensais trouver des cédés et dévédés de concerts plus ou moins pirates de Led Zep, des Stones ou de Dylan, pour un ami qui m'en avait vaguement demandé... Faudra que je revienne ou que je trouve leur nouveau repaire.

Pendant que Le dernier Samouraï passe à la télé, film qui ne m'intéresse absolument pas (et témoignage s'il en faut de l'esthétisation / moralisation destinées à cacher l'hystérie masculine qu'a toujours été la guerre), je continue la lecture de Despentes, double allègrement le milieu en suivant la voie lumineuse de son récit-raisonnement.
Je vais y réfléchir dans les jours qui viennent mais je crois bien que je lui donne raison sur toute la ligne.

« Dans ces trois films [La dernière Maison sur la gauche, de Wes Craven, L'Ange de la vengeance, de Ferrara, I Spit on your Grave, de Meir Zarchi], on voit donc comment les hommes réagiraient, à la place des femmes, face au viol. Bain de sang, d'une impitoyable violence. Le message qu'ils nous font passer est clair : comment ça se fait que vous ne vous défendez pas plus brutalement ? Ce qui est étonnant, effectivement, c'est qu'on ne réagisse pas comme ça. Une entreprise politique ancestrale, implacable, apprend aux femmes à ne pas se défendre. Comme d'habitude, double contrainte : nous faire savoir qu'il n'y a rien de plus grave, et en même temps, qu'on ne doit ni se défendre, ni se venger. Souffrir, et ne rien pouvoir faire d'autre. C'est Damoclès entre les cuisses.» (Virginie Despentes, King Kong Théorie, p. 49)
« C'est étonnant qu'en 2006, alors que tant de monde se promène avec de minuscules ordinateurs cellulaires en poche, appareils photo, téléphones, répertoires, musique, il n'existe pas le moindre objet qu'on puisse se glisser dans la chatte quand on sort faire un tour dehors, et qui déchiquetterait la queue du premier connard qui s'y glisse. Peut-être que rendre le sexe féminin inaccessible par la force n'est pas souhaitable. Il faut que ça reste ouvert, et craintif, une femme. Sinon, qu'est-ce qui définirait la masculinité ? » (Ibid., p. 52)
« Et le viol sert d'abord de véhicule à cette constatation : le désir de l'homme est plus fort que lui, il est impuissant à le dominer. On entend encore souvent dire « grâce aux putes, il y a moins de viols », comme si les mâles ne pouvaient pas se retenir, qu'ils doivent se décharger quelque part. Croyance politique construite, et non l'évidence naturelle — pulsionnelle — qu'on veut nous faire croire. Si la testostérone faisait d'eux des animaux aux pulsions indomptables, ils tueraient aussi facilement qu'ils violent. C'est loin d'être le cas. Les discours sur la question du masculin sont émaillés de résidus d'obscurantismes. Le viol, l'acte condamné dont on ne doit pas parler, synthétise un ensemble de croyances fondamentales concernant la virilité.» (Ibid., p. 54-55)

* Pinochet a bien choisi son jour...

Commentaires

1. Le dimanche 10 décembre 2006 à 15:44, par brigetoun :

et je commence à avoir envie de la lire, si ce n'est que nous savons déjà ça.
Contente de trouver quelqu'un qui n'aime pas le Dernier samouraï

2. Le dimanche 10 décembre 2006 à 16:36, par olivier :

Bon, alors, voilà un certain temps que je voulais en parler ici, mais il n'y avait pas d'opportunité... Merci Berlol de la perche tendue en ce jour... En effet, puisque tu nous parles de sexe dans ce "post", pourquoi ne pas y parler d'amour aussi... Nous connaissons le "Global Warming Effect", mais que nous réserve le "Global Orgasm Effect" ??? Avez-vous, chers lecteur du "Berlol", entendu parler de "l'appel à contribution" lancé pour le 22 décembre prochain ??
Donna Sheehan et Paul Reffell "co-founded the anti-war organization Baring Witness : www.BaringWitness.org " et nous invitent à un orgasme géant le jour du solstice d'hiver !! D'après leurs informations, des scientifiques ont noté une modification "vibratoire" de la planète, au moment du raz-de-marée de 2003 en Thaïlande... Ils suggèrent donc, qu'en nous y mettant tous, nous pourrions peut-être modifier, dans un sens positif, les "vibrations" de notre belle planète... Pourquoi ne pas tenter notre chance sur ce coup ?? Et pour les sceptiques, dites-vous que, en attendant mieux, vous aurez pris "quelques grammes de tendresse dans ce monde de brutes"... Ne serait-ce pas déjà quelque chose ??
Pour ma part, je participerai à la manif' !!! Pour plus de renseignements : www.globalorgasm.org



Lundi 11 décembre 2006. Heureusement ne se périme pas.

Beau débat sur Camus (Albert) dans le Ce soir ou Jamais de mercredi dernier, que je ne vois que ce matin. Jean-Claude Brialy et Jean Daniel réaffirment l'importance d'un penseur qui a été malmené de son vivant, malgré son prix Nobel, récupéré diversement après sa mort puis mis au placard — mais qui semble devoir être relu maintenant, y compris en Algérie.
Dans un bref extrait d'actualités, on voit Camus dans une tribune de football. Si j'ai l'occasion, je replacerai ça jeudi soir...
Et moi-même, que pensé-je de Camus. Pas grand-chose. Si l'écriture de L'Étranger ne m'a pas laissé indifférent, cela ne m'a pas remué beaucoup. Et le reste, pour le peu que j'en ai lu, encore moins. Sauf La Chute, peut-être, parce que la tentative de se justifier était pitoyable. Réessayer, à l'occasion.

Très beau temps, cette lumière blanche et rasante, ces stratus effilochés, comme un tulle — encore plus déchiré que celui d'hier...
Déjeuner avec Manu à Kanda. Peu de monde au Champ de soleil, malgré l'agneau du menu (ou à cause, car on goûte assez peu l'agneau et le mouton, au Japon). Une heure de feu roulant mêlant les sujets personnels, informatiques, bloguesques. Si, de mon côté, j'ai oublié le petit cadeau que j'ai rapporté de France (qui heureusement ne se périme pas), Manu, lui, n'a pas oublié d'apporter la boîte de dévédés de la série 24 Heures (saison 2), avec des petits gâteaux secs préparés en famille hier — merci à vous quatre.
Rapide passage au Yodobashi d'Akihabara pour voir les prix des humidificateurs, le nôtre ne marchant plus qu'une fois sur dix (il faut dire qu'il a officié pendant près de 10 ans), puis retour à la maison pour reprendre des travaux à l'ordinateur, notamment (pas fait depuis juillet) l'insertion des commentaires du JLR au format blog dans les versions mensuelles en html non-interactif — Manu comprenait très bien quand je lui ai dit que je sauvais régulièrement les données du blog mais que rien ne me garantissait à 100 % qu'elles seraient effectivement réutilisables, restorables, comme disent les pros, et que donc la version texte n'est pas inutile.

Et pas grand-chose d'autre, sinon la lecture de Virginie Despentes. Aujourd'hui, chapitre sur la prostitution, aussi percutant que le précédent. je plains ceux qui, parmi les hommes, ne peuvent lire ces pages sans les lire de travers, pour leur faire dire autre chose que ce qu'elles disent pourtant avec clarté et simplicité (mais sans simplisme). C'est très certainement leur façon de se protéger... mais se protéger de quoi ?

« Comme le travail domestique, l'éducation des enfants, le service sexuel féminin doit être bénévole.» (Virgine Despentes, King Kong Théorie, p. 84)
« Cette image précise de la prostituée, qu'on aime tant exhiber, déchue de tous ses droits, privée de son autonomie, de son pouvoir de décision, a plusieurs fonctions. Notamment : montrer aux hommes qui ont envie d'aller se faire une pute jusqu'où ils devront descendre s'ils veulent le faire. Eux aussi sont ainsi ramenés dans le mariage, direction cellule familiale : tout le monde à la maison. C'est également une façon de leur rappeler que leur sexualité est forcément monstrueuse, fait des victimes, détruit des vies.» (Ibid., p. 86)
« La dichotomie mère-putain est tracée à la règle sur le corps des femmes, façon carte d'Afrique : ne tenant aucunement compte des réalités du terrain, mais uniquement des intérêts des occupants. Elle ne découle pas d'un processus « naturel », mais d'une volonté politique.» (Ibid., p. 89)
« Je ne pense pas que j'aurais un souvenir aussi positif de ces années de tapin occasionnel, sans la lecture des féministes américaines pro-sexe, Norma Jane (sic) Almodovar, Carole Queen, Scarlot Harlot, Margot (sic) St. James, par exemple. Qu'aucun de leurs textes ne soit traduit en français, que Le Prisme de la prostitution de Pheterson ne connaisse qu'une diffusion mineure, alors qu'il est un ouvrage incontournable, que le livre de Claire Carthonnet J'ai des choses à vous dire soit à peine lu, et ramené au statut de témoignage n'est pas un hasard. Le désert théorique auquel la France se condamne est une stratégie, il faut tenir la prostitution dans la honte et l'obscurité, pour protéger autant que possible la cellule familiale classique.» (Ibid., p. 90-91)

Si vous voulez du Can, il y en a encore un peu par ici... À moins que vous préfériez des remix zarbi de Sheila...

Commentaires

1. Le lundi 11 décembre 2006 à 20:12, par Manu :

Alors, vus et mangés ?

2. Le lundi 11 décembre 2006 à 20:31, par Berlol :

Oui, bons ! Y'en a un, avec une tête deux bras et deux jambes, on ne savait pas si c'était un chat ou un ourson... T. me l'a montré après l'avoir étêté...

3. Le lundi 11 décembre 2006 à 21:36, par Manu :

Un ourson, je crois, en plus ça devrait vous plaire. Certains ont perdu la tête au démoulage, d'autres à la sortie du four, ou encore, à la mise en boîte.



Mardi 12 décembre 2006. Lis sans cillements.

C'est quoi, cette histoire, François !?
(Je partage ton désarroi.)

Je vois qu'il y a de l'écho dans la blogosphère littéraire française pour s'émouvoir et s'indigner. Mais deux questions, pour moi, se détachent.
1. Pourquoi exactement Laure Adler est-elle virée ? Pour quels choix stratégiques ? Pour quelles actions ? À cause de quelles relations, actuelles ou précédentes ? (À défaut de réponse, il ne me paraît pas possible d'avoir un avis sur le bien ou le mal fondé de la chose.)
2. Pourquoi son départ stoppe-t-il ton travail préparatoire ? Est-ce la maison qui publie ou sont-ce les personnes qui dirigent des collections qui décident ? (Je t'avoue que je ne comprends pas ces choses et que cela ne fait que renforcer mon dédain des éditeurs.)

Ici, mardi froid et humide. Train sans visibilité. Mais pas de quoi se plaindre.
Après les cours, abysses administratifs : réunion pour préparer la réunion de demain.

Dîner avec un collègue allemand. Avant de venir ici, il a été trois ans dans une université où j'ai travaillé il y a fort longtemps comme chargé de cours. J'avais arrêté parce que c'était trop loin de Tokyo. Pour deux cours pas très bien payés, je perdais la journée entière et j'étais crevé. D'ailleurs, il n'y avait pas de perspectives d'avenir, le poste de titulaire était miné (du fait de relations difficiles, voire explosives, dans le département de français). Du coup, ce soir, j'ai pu avoir des nouvelles de Ketty, partie depuis en Nouvelle-Zélande. Ça m'a rappelé un week-end encore plus ancien, à Chichibu, ça devait être en 1994 ou 1995... Et puis comparer un peu nos approches pédagogiques et l'usage que nous faisons des manuels de langue. Enfin, voilà, tout cela en anglais, c'était ce genre de dîner, chez Rhubarb, avec leurs excellentes crêpes.
Et demain qui va être une longue journée.

Commentaires

1. Le mardi 12 décembre 2006 à 03:15, par brigetoun :

c'est navrant au moins pour le risque sur le lancement de cette collection
Adler dans l'expérimental ? je ne la connais pas assez, et cela ne correspond pas à l'image que j'avais eu de son passage à FC



Mercredi 13 décembre 2006. Je vais pouvoir l'introduire.

Soudain, je me suis souvenu de ce chauffeur de bus qui nous avait ouvert la porte au feu rouge du pont d'Austerlitz. Nous avions pris le 24 après avoir traversé la passerelle Simone-de-Beauvoir et voulions aller à Bastille pour ce merveilleux déjeuner italien rue de Sévigné. J'ai appuyé sur le bouton juste avant l'arrêt qui suit la gare de Lyon mais le chauffeur redémarrait déjà, après avoir été bloqué quelques mètres avant l'arrêt par d'autres véhicules, et se lançait en travers des nombreuses voies pour stopper au feu après lequel il traverserait la Seine. T. s'était levée en même temps que moi et nous restions stupides devant la porte, pensant déjà que nous allions devoir retraverser le pont, à pied ou dans un autre bus, et perdre du temps, arriver en retard. Ce qui n'était pas la fin du monde. Le conducteur nous avait repérés et avait sans doute compris ce qui s'était passé, peut-être en voyant dans son rétroviseur mon air hébété, même pas désagréable, en vérité, surpris et quand même contrarié. Alors, en une fraction de seconde, juste après avoir stoppé son bus et avoir je crois vérifié dans un rétroviseur externe qu'il n'y avait exceptionnellement pas de voitures dans les trois ou quatre voies sur la droite du bus, ni à l'horizon, il nous fit un signe mi-question mi-proposition, auquel, à nouveau surpris, j'acquiesçais. Et la porte s'ouvrit. Je descendis et mis pied à terre en regardant prudemment d'où pouvaient venir les voitures, T. finissant de descendre les deux marches et me tenant la main, quelque peu apeurée car jamais un conducteur de bus japonais n'aurait osé ouvrir de cette façon. Dans la belle lumière de ce jour-là, nous avons traversé les voies désertes, des voitures arrivaient mais encore à une bonne centaine de mètres. Il avait bien calculé notre coup. Je me retournais pour le remercier d'un signe de main et de tête, T. aussi. Le bus redémarrait déjà. Il reçut notre salut et sourit à son tour.
Après, boulevard Bourdon, il faisait presque aussi chaud qu'au début de Bouvard et Pécuchet. Nous étions heureux.

Enfin eu contact par mail avec Jean-Philippe Toussaint, qui est à Kyoto, qui m'écrit que je n'ai rien raté vendredi dernier parce qu'il n'était pas à l'Institut franco-japonais de Tokyo mais... à celui de Yokohama. Au temps pour moi qui, après avoir manqué l'info au moment opportun, en ai tronqué une autre dans l'après-coup... (Faudrait que je me concentre un peu.)
Avons convenu protocole d'accueil pour demain, de l'hôtel à l'Alliance, sans oublier l'after dans une izakaya.
Si ça se présente bien, je vais pouvoir l'introduire (!) sur ce nouveau paradoxe qui voit Zidane sortir du stade seul au monde et cinq mois plus tard entrer en Algérie dans les foules adulantes.

« Une pensée de vanille », c'est l'expression poétique qu'une étudiante a écrite dans une dictée de recette de cuisine. Elle a confondu, comme cela arrive souvent à l'oreille nippone, les en et les in, comme dans marrant et marin.
Si cela m'a aidé à passer cette journée un peu longue, avec cours de lecture d'un tableau de l'INSEE, réunion amicale d'étudiants français et japonais, puis réunion moins amicale des membres de la faculté ?
Oui, sans doute.

Éric Chevillard et Antoine Emaz ont reçu une bourse Thyde Monnier de la SGDL. C'est bien. La SGDL a organisé le 5 décembre une sorte de colloque, fait de trois tables rondes, intitulé La création littéraire à l'heure du numérique. C'est très bien. Avec des journalistes, des éditeurs, des créateurs et des gestionnaires du numérique et pas mal d'adresses web dans le programme au format pdf : Encres vagabondes, Comme un roman (librairie), Le Littéraire.com (SGDL), Chaoïd, Jean-Pierre Balpe, Xavier Malbreil, Patrick Morelli, Romain Protat. Un des débats portait sur les nouveaux droits d'auteur. Ça aurait sans doute plu à Philippe...
Mais pas de page web dédiée (autre que le pdf de la lettre mensuelle). Et surtout... pas de diffusion ! Personne n'a pu se payer un enregistreur mp3 à 66 euros ? Et même pas d'écho depuis ! Pas un de ces messieurs-dames pour en parler quelque part, par exemple dans un blog, une chronique, que sais-je !, un forum !
Sans doute des questions de... droits... sont-elles en jeu.
(Si quelqu'un en a parlé quelque part, qu'il ou elle m'excuse, mais c'est bien caché... Et surtout qu'il ou elle se fasse connaître.)

Commentaires

1. Le mercredi 13 décembre 2006 à 12:40, par Philippe De Jonckheere :

P, pour être parfaitement honnête, j'y étais invité, mais je n'ai pas pu m'y rendre, un rendez-vous prioritaire pris de longue date, et dont il n'est pas trop intime de dire, même dans un commentaire, qu'il s'agissait d'un rendez-vous important pour Nathan.
Mais tu as raison de dire que les compte-rendus de cette journée ne sont pas légion, c'est curieux d'ailleurs parce que dans les participants j'aurais juré qu'il y avait des personnes tout à fait aptes à ce genre d'exercice.
Après tout est-ce si grave? Ne sommes-nous pas coupables, nous, ceux qui font des compte-rendus, de donner une importance disproportionnée aux occasions où nous participons?
Amicalement
Phil

2. Le mercredi 13 décembre 2006 à 14:32, par une parisienne qui n'aime pas le foot :

1. pour faire bercy - bastille, le 87 eût été direct
2. sans vouloir te décevoir, la plupart des chauffeurs de bus parisiens font cela, sinon les parisiens - moins disciplinés sans doute que les japonais - râlent et trépignent au moindre embouteillage (moi la première) et ça peut dégénérer
3. s'il faut aller écouter (et qui plus est chroniquer) tous les colloques, journées, conférences, lectures etc. intéressants, quand est-ce qu'on travaille, nouzôtres parisiens ? (d'autant que sur mon lieu de travail il y avait aujourd'hui un colloque, intéressant aussi, consacré au NetArt et à son dépôt légal !)
4. laissons un peu le mélancolique Zidane profiter des avantages de sa notoriété : on peut comprendre qu'il ait envie de faire plaisir à son papa en étant accueilli comme un chef d'état en Algérie ...
5. plus judicieux serait de demander à Jean-Philippe Toussaint (que j'aime beaucoup, je précise) pourquoi il s'est senti obligé de vendre 5 euros (je crois) un aussi court texte sur un personnage aussi vendeur : est-ce qu'il a été obligé de payer lui-même son billet pour le Japon ?

3. Le mercredi 13 décembre 2006 à 15:32, par Berlol :

Eh oui, le 87, bien sûr, mais il eut fallu que nous le chopassions...
Ta question 5 est déjà au programme. Pour le billet d'avion, je pense que c'est l'éditeur au Japon qui paie. S'il y a d'autres questions, allez-y, je ferai comme à la télé, Yves Calvi, par exemple : "alors maintenant, une question d'une internaute..."

4. Le mercredi 13 décembre 2006 à 15:53, par Bikun :

Tiens, je croyais qu'il était interdit au bus de s'arrêter en dehors des arrêts de bus?

5. Le mercredi 13 décembre 2006 à 16:04, par christine :

l'internaute n'a pas d'autre question pour l'instant et concède que les bus parisiens ne sont pas faciles à chopassionner

6. Le mercredi 13 décembre 2006 à 16:21, par Berlol :

Bon, je reconnais que je l'ai un peu chargé, ce pauvre verbe...

7. Le mercredi 13 décembre 2006 à 16:36, par christine :

c'est interdit en effet, Bikun, mais heureusement les humains (certains au moins) savent composer avec les interdits pour que la vie des autres humains soit plus fluide ... il en est de même des chauffeurs de bus
de l'autobus parisien comme métaphore de la condition humaine, quoi ! queneau l'avait bien dit ! (finalement, Berlol, tu as eu raison de raconter ce souvenir, qui nous entraîne sur des chemins quasi philosophiques)

8. Le mercredi 13 décembre 2006 à 18:41, par Berlol :

Philippe, j'ai bien lu qu'une grosse chose vous avait aimantés ailleurs. Et c'était bien normal. En ce qui concerne les comptes rendus et les enregistrements mp3 : le compte rendu prend du temps, c'est évident, et il faut plus ou moins y être autorisé, ou mandaté, donc plutôt du ressort de l'organisateur (ou de la puissance invitante), en revanche l'enregistrement mp3 peut se faire discrètement, ne coûte rien, ne prend guère de temps (celui de transférer dans l'ordinateur, de couper des bouts avant et après, des silences, etc., voire de réécouter tout en faisant la vaisselle, et de èftéper quelque part) et se diffuse facilement, même sans trop prendre de gants si ce n'est pas clairement interdit. C'est ce que je fais pour la plupart des colloques et conférences auxquels je vais, même si je ne les diffuse pas toujours (je demande, et quand ça n'est pas souhaité, je respecte).
Disons, pour être parfaitement honnête, comme tu dis, que je subodore parfois une volonté de ne pas faire œuvre utile, de ne pas rendre service gratuitement, et, venant de ceux qui construisent littéréticulairement (j'en connais au moins deux dans le pannel SGDL en question), je trouve cela fort décevant.

9. Le jeudi 14 décembre 2006 à 01:11, par brigetoun :

un restaurant italien rue de Sévigné ? c'est à ce genre de détail que je sens mon âge. De mon temps il n'y avait pas de restaurant



Jeudi 14 décembre 2006. Y être pour ne rien voir.

Bon, bah, il est plus d'une heure du matin et je viens de rentrer. Malgré la pluie, on est allé d'un restaurant à un bar pour discuter jusqu'à plus de minuit. Et c'est vrai qu'à la fin je portais un toast à Jean-Tilippe Phoussaint qui nous fit tous bien rire...

J'y reviendrai demain ou quand j'aurai le temps. Juste dire que la conférence-entretien avec Jean-Philippe Toussaint (soyons un peu sérieux) s'est bien déroulée, qu'il y avait plus de soixante-dix personnes dans la salle de l'Alliance française de Nagoya, que personne ne s'est endormi, je crois, j'avais l'œil, et que l'on a même eu droit à quelques scoops — outre le fait que c'était la première fois que Toussaint s'exprimait publiquement sur La Mélancolie de Zidane, que l'Alliance avait fait venir la librairie Maruzen pour vendre l'édition de Fuir en japonais, sorti il y a deux ou trois semaines, que des exemplaires du dernier opuscule envoyés par Minuit étaient aussi disponibles, que l'auteur a accepté une séance de signature de plus de vingt minutes, et qu'un collègue, Éric, pour ne pas le nommer, était venu de Kyoto, inversant le mouvement habituel qui voit les francophones nagoyens aller chercher pitance culturelle vers la rivière aux canards.
Nous aurons même bientôt en ligne une version audio (deux en fait : l'une, intégrale, avec la traduction consécutive en japonais, et l'autre, en français seulement) et pourquoi pas, un jour, quand David aura fait transfert, découpage et montage, quelques séquences vidéo...

Première photo avec son traducteur-interprète du jour, le professeur Kamada Takayuki (que j'ai connu doctorant à Waseda il y a treize ou quatorze ans).

Deuxième photo avec une lectrice au moment de la dédicace de son exemplaire.

Le lendemain...
Il y avait donc deux jeudis dans la journée, un premier, habituel, avec ses trois cours. Et puis un deuxième, enté sur le premier dès la fin du séminaire de cinéma, qui nous vit partir dans la voiture de David pour aller rejoindre Toussaint et Kamada à l'hôtel Rubrum d'Ikeshita, pour ultime serrage de boulons connivents, puis à quatre revenir sur Motoyama et l'Alliance, y saluer officiellement son directeur Benoît Olivier, par qui nous avons aussi eu pour la première fois une vraie affiche de conférence, avec la photo qui se trouve également dans le tirage limité de l'édition originale (celle que je suis allé chercher cher Minuit le mois dernier) — je vais en faire un scan dès que possible...

Tout d'abord, questionné par votre serviteur, également bien placé pour les photos de profil, Toussaint s'est expliqué sur la finesse de son livre, qu'il appelle parfois plaquette. Mais plus justement encore : « geste » littéraire. La Mélancolie de Zidane est un geste littéraire qui, dans sa brièveté même, répond à la brièveté du geste de Zidane. Il a voulu concentrer dans la subjectivité d'un instant les dimensions d'un paradoxe inédit : qu'il fallait être dans le stade de Berlin et assister à la finale de la Coupe du monde de football 2006, bien suivre des yeux le ballon lors de la 107e minute pour ne rien voir de ce qui se passait alors qu'une seule caméra le filmait, ce « ce » qui se passait, et le diffusait à des centaines de millions de téléspectateurs — qu'il fallait donc y être pour ne rien voir.
Ceux qui lui feraient reproche de cette brièveté en seront pour leurs frais et renvoyés avec bienveillance et irrévérence à la marchandise littéraire considérée seulement par son poids ; il y avait de quoi faire dans ce domaine en cette rentrée. Qu'on le laisse donc, à l'instar d'un Beckett, d'un Échenoz et de beaucoup d'autres hommes libres, en réalité, publier sa dizaine de pages, mais qu'on veuille bien les lire dans leurs diverses dimensions : celle de l'instant zidanien, celle du sujet Toussaint en phase avec le ciel berlinois et celle, intertextuelle, qui ramène par exemple La Salle de bains d'où fuyait déjà le robinet de la mélancolie.

« Est-ce que ça ne l'affadirait pas », s'il était le dernier texte d'un recueil des précédents écrits de Toussaint sur le football, comme c'était préalablement envisagé ?...

À venir, peut-être, sous sa plume lapidaire, un jour : Le Scandale de la brièveté.

« Tout le monde n'a pas eu la chance de ne rien voir...», dit