Journal LittéRéticulaire de Berlol
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Littéréticulaire : néol., adj. (de littéraire et réticulaire), propriété d'un texte où s'associent, aux valeurs traditionnelles et aux figures classiques du texte littéraire, les significations et effets de sens provoqués par les liens hypertextuels au sein d'un réseau (l'internet par exemple), qu'ils aient été voulus ou non par l'auteur.







Mai 2007

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Mardi 1er mai 2007. Dans le style je transvase plusieurs fois.

J'ai oublié d'écrire hier que nous avions replanté le citronnier. Il végétait. Sa terre était très pauvre. La poussière du chantier voisin, depuis plus d'un an, ne l'a pas aidé. Tout à l'heure, nous avons vu un petit citronnier devant un restaurant, avec trois gros citrons et plein de boutons de fleurs. Cela nous a fait de la peine pour le nôtre. J'ai eu envie de venir l'échanger en pleine nuit...
Il y a des jasmins en fleur partout, même chez nous. La pluie les développe. Dans l'ombre des rues, ça fait comme un sillage pour se guider.

J'ai oublié depuis plusieurs semaines d'écrire que la recherche du mot flaubertible dans le moteur interne, ou dans n'importe quel moteur du web, d'ailleurs, permet d'obtenir toutes mes pages flauberto-élucubratives. J'ai mis des balises, très simples, du texte blanc. Ce n'est pas une catégorie, ce sont des repères pour amateurs.

Le programme des Mardis littéraires me le rappelle (Lucot, Massera, Person et Wallet — quel carré !) : j'ai mis dans ma prochaine commande de livres (que je finaliserai dans deux semaines et qui contient déjà le Lucot) les deux dernières parutions de Jean-Charles Massera. Pour les luttes sociales d'aujourd'hui, le fleuret est préférable au gourdin. Dans le domaine des mots, bien entendu. Il n'est donc pas du tout étonnant que Lucot et Massera soient invités en même temps. J'espère que ce sera bien...

J'ai oublié de consigner qu'on nous a offert avant-hier un thé extraordinaire, du 四季春 de Taiwan. Après le dîner, j'en ai préparé à la chinoise (vous savez, dans le style je transvase plusieurs fois pour oxygéner...) et T., mi-ensorcelée à sa fragrance, mi-saisie de sa vigueur, s'est vite remise à préparer ses cours de demain alors qu'elle était vannée de ceux d'aujourd'hui.

Sinon j'ai pris des notes, fait un peu avancer l'index des patronymes du JLR, d'août à septembre (2006 — j'ai donc revu mes pages sur Paris sans bagages...). Puis j'ai enregistré les trois conférences disponibles sur la page de l'Université Populaire du Lieu unique de Nantes, canal des Sentiers de la création de France Culture (c'est long) : la présentation du cycle et deux cours sur Quignard.
Le son est bon...

Non, je plaisantais. J'aurai d'autres commentaires à faire quand j'écouterai attentivement. En tout cas, je discuterais volontiers avec Bruno Blanckeman de littérature contemporaine !...

Sur TV5 Monde, je crois que c'est la première fois que je regarde un film, donc en direct par l'internet, et sans tripoter clavier ou souris pour faire autre chose. Je pensais avoir à m'y astreindre mais finalement le film lui-même m'a entraîné. Il s'agissait de La Dilettante de Pascal Thomas (1999). La désinvolture d'attitude et de parole, les changements de métier, le portrait acide des enfants de l'héroïne (Catherine Frot), la prison qui succède à l'appartement de luxe m'ont fait penser à quelque chose d'un autre temps, mais je n'ai pas eu le temps de chercher quoi — quand est arrivée en clausule une exergue de Casanova. C'était donc cela, et c'est vraiment bien fait. (Dans des critiques, j'ai lu que certains faisaient référence à Sacha Guitry ! Quel aveuglement !)


Mercredi 2 mai 2007. Trianguler historiquement la chose.

Petite journée car peu d'activités.
[Canapé flaubertible]
Notes sur le paroxysme du roman Madame Bovary — qui n'est pas le paroxysme de Madame Bovary elle-même. enfin, c'est mon analyse. Un peu comme il y a le pôle géographique et le pôle magnétique. Le paroxysme d'Emma, c'est son empoisonnement, ou juste avant, quand « La clef tourna dans la serrure [...] y fourra sa main, et, la retirant pleine d'une poudre blanche, elle se mit à manger à même.» (III, 8, p. 367) Mais en réalité, à ce moment-là, tout est déjà joué depuis longtemps.
Le paroxysme du texte, dans son économie d'ensemble, c'est-à-dire le moment où il change d'inflexion pour passer d'espoirs déçus mais renouvelés au désespoir se muant progressivement en désespérance, c'est la chute d'Emma apercevant Rodolphe s'enfuir sans elle : « Tout à coup, un tilbury bleu passa [...] Emma poussa un cri et tomba roide par terre [...] Emma l'avait reconnu à la lueur des lanternes qui coupaient comme un éclair le crépuscule.» (II, 13, p. 246)
Entre les deux paroxysmes, un regain, symbolisé par le bouleversement du jardin (II, 14, p. 257) (à comparer, encore une fois, avec le rétablissement de Lol. V. Stein), puis Léon, qui ne sera qu'un pis-aller (comme avant), lui-même annoncé, abymé par Lucie de Lammermoor (opéra très récent au moment de la rédaction du roman — un peu comme si on illustrait aujourd'hui un roman avec un opéra de Pascal Dusapin...).

Pas de déjeuner avec Manu, au deuxième jour de possible rendez-vous. Trop accaparé par ses nouveaux collègues, il omet de m'appeler avant midi, ou ne sait pas encore s'il est disponible. Pas grave. On verra lundi, mais il vaudrait mieux le décider à l'avance que de me faire dépendre des autres...
Je déjeune rapidement et finis d'écouter les en effet excellents Mardis littéraires d'hier. La série de La Fabrique de l'histoire sur l'histoire de la consommation de masse est aussi passionnante.
Je rejoins T. après ses cours à l'université Meiji dans un café de Kanda, le quartier historique des bouquinistes. Je lis Flaubert en l'attendant. Il fait très beau, elle est très belle. Après, on rentre à pied, par Kudanshita.

Et vers le soir, quand je photographie du jasmin, c'est toujours son parfum que je crois emprisonner.

Ça faisait un bon moment sans Ce soir ou Jamais !... Et ça manquait sacrément, dans mon PAF ! J'y passe par hasard (sur la page) et je vois que ça a repris hier soir. Très fort, pour une reprise : le porno, ses dérives et influences, avec un beau « déconseillé aux moins de 16 ans » en bas à droite ! Comme si Frédéric Taddeï se dépêchait de caser ça avant que la chape de plomb du quart-hongrois ne s'abatte sur les médias.
Alors que F. Taddeï souhaite valoriser l'influence esthétique et culturelle du porno, voire du porno artistique (Catherine Millet et Gaspard Noé sont là pour en parler) ou de l'art pornoïde (Fabrice Hyber), Vincent Cespedes, bellement contredit par Frédéric Joignot et Jean-François Davy, rappelle que la pornographie est d'abord, et massivement, une entreprise commerciale et masturbatoire. Une fois calés entre ces deux positions du curseur dans un sens, et perpendiculairement entre un réalisme pu(ri)tain et une fantasmatique caricaturale, les propos n'ont d'intérêt qu'anecdotique — mais ils ont au moins celui-là, que ce soit avec l'actrice Katsuni ou la romancière Héléna Marienské.
Pour la sortir du simple onanisme, on pourra trianguler historiquement la chose en disant qu'elle concerne à la fois commerce, art et politique — Dieu, que c'est banal ! (Donc, mieux vaut voir l'émission.)

Commentaires

1. Le mercredi 2 mai 2007 à 07:35, par Manu :

Désolé pour les 15 minutes de retard. Oui, effectivement, il vaudrait mieux fixer le rendez-vous quitte à l'annuler si empêchement de dernière minute. Ceci dit, rien ne t'empêchait de m'appeler ou m'écrire si tu voulais être fixé !

2. Le mercredi 2 mai 2007 à 08:41, par alain :

Ou bien illustrer de l'opéra VILLA DES MORTS, composé par Aurélien Dumont sur un magnifique livret de Dominique Quélen, mis en scène par Eric Durand, et qui sera donné vendredi 4 mai 2007, à Haubourdin (5 mn de Lille)...

Je saisis la moindre perche, ah lala, pour saluer et convoquer.

3. Le mercredi 2 mai 2007 à 15:01, par Berlol :

Cher Alain, je t'y accompagnerai volontiers... Je suis assez ignare en la matière et j'ai dû réfléchir un moment avant de retrouver un nom dans ma mémoire, et le vérifier dans le web. Après, j'ai pensé aussi à Berio. Mais bon, si tu voyais les prix des places d'opéra à Tokyo !...

4. Le mercredi 2 mai 2007 à 15:52, par patapon :

Les mots sont importants: et je crois qu’il y a tout simplement un malentendu, qui consiste à employer le mot porno (pour parler de porno artistique) là où il vaudrait mieux dire, tout simplement: érotisme.
Autre chose qui cette me choque dans ta réflexion: tu parles du “quart-hongrois” (alors que nous sommes tous un demi, un quart ou un tiers de qqch…). Mon vote dimanche prochain sera le même que le tien, car il faut à mon sens tout faire pour contrecarrer le berlusconisme en marche (qui, soit dit en passant, bien loin d'imposer l'ordre moral, pourra faire très bon ménage avec le porno le plus grossier, du moment qu’il abrutira les masses et rapportera gros à quelques-uns…), mais il n’est pas sain d’attaquer un politique sur ses origines.

5. Le mercredi 2 mai 2007 à 16:08, par christine :

je suis d'accord avec patapon ! et puis il y a tellement d'autres excellentes raisons de l'attaquer !

est-ce que tu as vu cette nouveauté flaubertible :
www.actes-sud.fr/ficheisb...

6. Le mercredi 2 mai 2007 à 16:45, par Berlol :

Ce n'est pas une attaque, c'est une description. Si vous y voyez une attaque, c'est que vous l'y mettez... Ou bien vous reportez la connotation de "chape de plomb" sur son responsable potentiel, ce qui est tout à fait normal.
Moi, je suis bien quart-espagnol et je n'en ai pas honte. Ceci dit, je ne propose pas ce que Sarkozy propose sur l'immigration...
Dites ! J'ai écouté la moitié du débat sur le site de France 2. Ça a chauffé, on dirait !...
Merci, Christine, pour la référence, je le mets dans ma prochaine commande. Je n'ai pas vu ça dans le Bulletin Flaubert...



Jeudi 3 mai 2007. Un avion passait au moment où le téléphone sonna.

Sauvons (aussi) la Recherche, votons Ségolène Royal.

Débat écouté.
Vous avez donc d'un côté un homme providentiel, qui saura tout et décidera tout lui-même, pour qui les partenaires sociaux seront des chambres d'enregistrement et d'exécution de ses ordres — quels qu'ils soient, bons ou mauvais (monarque éclairé ou tyran borné). Et il y a des partisans pour cela. De l'autre côté, vous avez une femme pragmatique et déterminée, qui souhaite faire préparer les dossiers par des partenaires avant de prendre des décisions, tenir compte des complexités et des exceptions, et qui peut se mettre en colère quand on lui ment effrontément.
Pour diriger un pays, ces dispositions de caractère sont peut-être plus importantes que les convictions politiques...

Exemple pris à la volée, et c'est important parce que c'est un détail infime de la parole — plutôt qu'un lapsus, qui en est un accident, même s'il est fort commenté depuis hier. Un détail infime révèle un fonctionnement normal de la personne. Quand Sarkozy dit : « Nous avons eu ce débat au Parlement au moment où j'ai signé l'EPR...» (à vérifier dans la transcription en cherchant l'expression). Quelle que soit la réalité historique, on peut considérer les paroles dites stricto sensu, à savoir qu'il est normal pour lui qu'un débat ait lieu au moment où il signe. Sa signature n'attend pas, n'a pas besoin d'attendre la fin du débat, elle en est indépendante, juste synchrone, par hasard peut-être.
Un avion passait au moment où le téléphone sonna.
Un tilbury passait au moment où Emma tomba, se rappela Charles qui n'y comprenait décidément rien.
Les syndicats discutaient au moment où je sortais le 49-3. Sous-entendu : il y a la liberté d'expression mais je ne tiens aucun compte des avis.

C'est pas tout ça ! Faut que je me prépare pour un déjeuner de sayonara avec A., ancienne collègue de Nagoya, actuellement à Tokyo et qui part bientôt à San Francisco. Elle a proposé d'aller à plusieurs au restaurant de Paul Bocuse dans le nouveau Centre d'art national de Tokyo, derrière Roppongi Hills. Il y a un menu de déjeuner à 2.500 yens (environ 15 euros) ; ça devrait être bien, mais on dit qu'il faut faire la queue.
Je fais le chemin en vélo et arrive premier au troisième étage du musée à 10h50, où il y a déjà une bonne queue. Piétinant, on attendra près de deux heures — heureusement, bonne conversation — pour un déjeuner, ensuite, j'ose le dire, minable. Le nom de Bocuse est salement desservi par une cuisine d'une telle banalité : la terrine de canard est comme une du supermarché, la cuisse de poulet confit est d'un poulet nain, la sauce fade et trop grasse, le tout dans un décor de cantine et avec un service robotique. Seules les fraises sont bonnes. Et le pain. Bref, on va s'empresser de dire à qui veut l'entendre que ce n'est pas la peine de venir faire la queue ici !

Je musarde du guidon sur les voies du retour. Il fait bien beau et c'est férié, des promeneurs, pas de vrombissements. Même devant chez nous, il n'y a pas de travaux. On peut y travailler dans le calme.
[Canapé flaubertible]
« Modifier la question en demandant, contre toute évidence, pourquoi Emma a été tuée, suppose qu'on n'est pas satisfait de la logique qui anime ces réponses, pas satisfait de la relation de cause à effet qu'elles donnent comme une explication politique. Celle-ci opère en effet un court-circuit suspect entre deux ordres de raisons. Il y a les raisons fictionnelles du suicide : elles constituent l'intrigue même du livre, sa nécessité fictionnelle, et, à ce titre, elles n'appellent aucune interprétation supplémentaire. Et il y a les raisons sociales invoquées pour expliquer cette nécessité fictionnelle. Le premier problème est que les mêmes raisons s'ajustent aussi bien à toute autre nécessité fictionnelle. Elles ne sont ni plus ni moins appropriées au cas d'Emma qu'à celui d'Effi Briest ou de Tess d'Uberville et elles ne seraient pas différentes si Emma revenait à ses devoirs d'épouse ou trouvait un arrangement avec ses créanciers. Mais surtout, le saut des raisons fictionnelles internes aux raisons sociales, non fictionnelles, laisse tomber ce qui se tient entre le dedans et le dehors, entre le fictionnel et le non-fictionnel, à savoir l'invention de la fiction elle-même. Il écarte ce qui pourtant mérite d'être élucidé avant toute autre chose : pourquoi cette fiction « sociale » ? Et pourquoi s'identifie-t-elle au malheur d'un personnage qui aurait confondu la littérature et la vie ? Qu'est-ce que cela veut dire au juste que de confondre la littérature et la vie ? Qu'est-ce que cela veut dire comme thème d'une œuvre de littérature ? Or, c'est dans ce nœud de questions que se situe proprement la politique de la littérature.» (Jacques Rancière, Politique de la littérature, p. 60)

Commentaires

1. Le jeudi 3 mai 2007 à 16:07, par patapon :

C’est curieux, mais à voir les choses d’ici (et pour qui connaît ce que fut la désormais célèbre affaire de Toritsu Daigaku), il y a dans les propositions sur la recherchs émises par Napoléon-le-riquiqui comme un air de déjà vu… bizarre, vous avez dit bizarre ?

2. Le vendredi 4 mai 2007 à 19:18, par Berlol :

Espérons alors que cette "reprise" de l'Histoire sera effectivement une farce, comme le suggérait le père Marx... (Et qu'elle ne durera pas trop longtemps.)
Le problème n'est pas tellement le risque de fascisme (en tout cas, je l'espère), mais l'énergie perdue à élever tout le temps des protestations, à combattre sans arrêt contre des mesures liberticides, etc. Je crois que la pensée libérale ne tient pas compte de ces pertes d'énergie et de moral qui ruinent la productivité tant souhaitée.
Quoi qu'il en soit les 50% et quelques de Français qui éliraient ce régime politique seraient tenus responsables de ce qui arriverait, y compris et surtout s'il arrivait qu'ils aient à s'en plaindre...



Vendredi 4 mai 2007. N'y voir que coq-à-l'âne et salmigondis.

Comme on l'a pu constater hier et depuis quelques jours, ma vie actuelle est un amalgame de considérations politiques en provenance de France (plus pour longtemps), de développements d'une lecture de Madame Bovary (même s'il n'y a pas de cours demain) et de quelques anecdotes biographiques. Chacun de ces trois axes, ou champs, semble indépendant des autres, n'obéissant qu'à un au moment où... (De future triste mémoire.)
Mais le fait que ces données traversent de mêmes zones synaptiques et s'enregistrent peut-être temporairement dans une même mémoire à court terme avant d'être réparties dans des silos mémoriels différents, leur permet de s'appliquer l'une à l'autre, de déteindre un peu ou de marquer sa forme dans l'autre, de s'emboîter ou de se superposer, même brièvement, en laissant apparaître des traces analogiques, contradictoires ou complémentaires — au point que ce qui sera engrammé en profondeur ne sera pas la donnée brute d'entrée mais gardera la trace de ses relations avec d'autres choses. L'ensemble de ces traces résultant des frottements mémoriels participeraient à l'identité individuelle, dans sa permanence et dans son évolution.
Ce journal, en ne catégorisant pas a priori les données, rend possible, par la lecture entre les lignes, une certaine perception de ces interactions — sans pour autant, rien imposer au lecteur. Celui qui, par insuffisance ou mauvaise foi, veut n'y voir que coq-à-l'âne et salmigondis est laissé libre de ses jugements (à condition qu'il ne veuille pas nous les imposer).

Mais aujourd'hui, ni politique ni littérature françaises. Du vélo en matinée parce qu'il fait très beau et qu'il faut faire de l'exercice (et, au passage, quelques courses et un casque de vélo Giro Indicator, destiné surtout à tranquilliser T. pendant mes sorties).

Le reste de la journée est consacré — apothéose — à notre collègue balzacien Kazuo Kiriu. Une grande fête avec buffet et musiciens, réunissant plus de 100 personnes, est organisée à l'hôtel Agnès — très pratique pour nous, on n'a que deux rues à descendre (du coup, on a prêté un poste de télé pour diffuser en boucle, près de l'entrée de la salle de réception, l'émission de Pivot avec Kiriu).
Dans un coin de la salle, une table avec le diplôme des Palmes académiques, signé du ministre, et l'insigne, deux palmes qui se rejoignent en faisant un ovale, monté avec un ruban mauve. Quand j'y passe, deux japonais âgés, peu francophones, qui me demandent ce que signifie chevalier. Je leur explique que c'est le premier niveau de décoration, avant officier et commandeur. L'un me demande s'il y a général... Mais on m'appelle. Je dois faire un petit discours (voir ci-dessous), le seul en français parmi les six ou sept prises de parole au programme. T. a bien voulu en assurer la traduction consécutive en japonais parce que tout le monde n'est pas francophone (il y a des camarades d'école ou des relations universitaires qui n'ont pas du tout appris le français).
La fête est suivie, après 18 heures, ainsi en a décidé le récipiendaire, d'un apéritif au champagne qui a lieu chez nous avec une dizaine de personnes (nous serons 14, finalement), puis, vers 19h30, d'un dîner chez Peter, au French Dining, à 12. Très animé, jovial, un magnum de rouge (pour douze, ça ne fait jamais qu'un verre chacun).
Après champagne et vin rouge, je parle japonais couramment...

Pour honorer M. Kazuo KIRIU (mon petit discours) :
« J'ai rencontré M. Kiriu quelques mois après mon arrivée au Japon, en 1992, à la Maison Franco-Japonaise, qui était encore à Ochanomizu, lors d'un colloque sur les bibliothèques et les nouvelles technologies. Nous avions les deux seuls exposés littéraires.
Tandis que je parlais de l'utilisation de Frantext, qui était une banque de plus de 2000 textes que l'on interrogeait alors par téléphone et modem, que j'en montrais tous les avantages pour les recherches littéraires, M. Kiriu fit un exposé sur l'impossibilité dans laquelle il était d'interroger cette banque depuis son université, du fait de blocages ou d'incompréhensions administratives.
J'avais un peu les mêmes problèmes mais je pensais que c'était parce que j'étais étranger... En fait, j'ai l'impression — vous me direz si je me trompe mais je crois que ça n'a pas beaucoup changé depuis — que les administrations universitaires ne demandent JAMAIS aux professeurs de quoi ils auraient besoin et comment.
Mais revenons à 92. Alors que je cherchais les enseignants-chercheurs en littérature française qui s'intéressaient à l'ordinateur, M. Kiriu m'expliquait calmement qu'il n'y en avait pas et que même s'il y en avait eu, ils n'auraient pas pu travailler. Il fallait attendre.
Il m'expliqua qu'il numérisait Balzac. Ça l'étonna peut-être un peu que j'en comprenne l'intérêt et la difficulté. C'est que j'avais moi-même numérisé tout Claude Simon trois ans auparavant. Et je savais que la reconnaissance des caractères de l'édition de La Pléiade posait bien plus de problèmes que les Éditions de Minuit...
On ne s'est pas revu souvent. J'ai vu que les textes numérisés par M. Kiriu servaient à la concordance de Balzac en ligne qu'avait réalisée le professeur Étienne Brunet, de l'Université de Nice, que j'utilisais très souvent dès 1996. Puis plus tard, quand les oeuvres de Balzac ont été disponibles en Cd-rom, puis l'intégralité des index sur le site web de la Maison de Balzac.
Aussi, quand j'ai préparé le colloque de Cerisy sur l'Internet littéraire francophone, qui a eu lieu durant l'été 2005 en Normandie, c'est tout naturellement que j'ai pensé à M. Kiriu, ainsi qu'à M. Sawada, Hajime. Au Japon, ils étaient les deux seuls — que je connaissais — à faire quelque chose dans ce domaine, littérature française et informatique.
C'est bien tombé, pour M. Kiriu, parce qu'il pouvait aussi faire l'interview avec Bernard Pivot. Vous connaissez la suite. C'est donc l'histoire d'un amateur qui devient un pionnier, dont personne ou presque ne remarque l'importance pendant quinze ans et qui triomphe, aujourd'hui, modestement. Je le remercie encore et je vous invite, en mémoire de Balzac qu'il a si fidèlement servi, à porter un toast à sa persévérance et à sa modestie.»

Commentaires

1. Le samedi 5 mai 2007 à 02:10, par brigetoun :

qu'il y ait correspondance entre des focalités différentes, je crois que tout le monde devrait l'admettre. Chez moi cela joue même sur le corps.
La photo des deux dignes messieurs devant les palmes ou le document est charmante. Et j'ai récolté encore l'adresse de la concordance Balzac. Merci. Si j'avais plus de temps vous finiriez par faire de moi une bonne femme cultivée



Samedi 5 mai 2007. Vous emberlificoterait toute une étagère de souvenirs.

Ça va aller vite. Personne n'a plus le cœur à rien. On est agacé par l'attente, comme quand une tempête est annoncée. Plus question de s'amuser à enregistrer la radio, de voir des amis, ni même de jardiner puisque vent et pluie risquent de tout ravager.
Et par là-dessus, un courriel qui nous annonce un décès, quelqu'un que nous connaissions bien, dans la famille d'un ami.

Une heure de vélo en fin de matinée (vers Akasaka, Aoyama) et une autre en fin d'après-midi (vers Akebonobashi, Yotsuya). Tout seul, pendant que T. prépare un exposé. Dans un Tokyo quasi désert puisque c'est férié. Il s'agit pour moi (outre les graisses à faire fondre) d'explorer des quartiers encore inconnus, ou dont je ne connais qu'une ou deux grandes avenues, alors que des dizaines de petites rues cachent des trésors d'architecture, d'étonnants paysages urbains, des restaurants tranquilles, des magasins merveilleux, comme cette exposition de poterie presqu'au fond d'une impasse où je n'avais jamais mis les pieds, à moins de deux kilomètres de chez nous.

« La vitesse, totalement étrange à Flaubert [...] », dit Christian D. à JCB, dans le cadre d'une énième et toujours aussi inutile comparaison Stendhal / Flaubert. Heureusement, JCB fait un clin d'œil à Pierre Dumayet en disant qu'il n'en avait pas encore fini avec madame Bovary...
Dire que Flaubert est un bourgeois et que pour cette raison, il a le temps, qu'il n'est pas pressé et que, donc, son écriture ne connaît pas la vitesse, voilà qui est, excusez-moi de le dire, parfaitement stupide contredit par le texte. (Je ne m'énerve pas, je suis en colère. — Nan, je plaisante...)
L'écriture de Flaubert est très rapide (et je me demande d'ailleurs si les comparaisons ne sont pas là pour freiner un peu la machine). Il trouve des enchaînements, tant en syntaxe qu'en narration, qui sont d'une étonnante célérité. Des raccourcis, des sauts, des parataxes qui l'ont fait passer pour un agrammatical, un fautif permanent aux yeux des puristes. Et lorsqu'on regarde l'évolution des brouillons, on voit la quantité de ce qu'il coupe ou raccourcit pour gagner en vitesse. Regardez comme avec quelques imparfait au pluriel il vous torche une scène de groupe qui dure des heures (le mariage, les comices), là où un Balzac alignerait des dizaines de pages descriptives, où un Proust vous emberlificoterait toute une étagère de souvenirs !
Balzac écrit vite parce qu'il doit gagner sa croûte, certes. Mais la vitesse du texte, ce n'est pas la même chose !

Commentaires

1. Le samedi 5 mai 2007 à 07:46, par Bikun :

Incroyable ce bâtiment!

2. Le dimanche 6 mai 2007 à 02:06, par pradoc :

Ce n'est pas tellement la vitesse de son écriture qui caractérise Flaubert, elle est trop respectueuse de sa durée et trop classique dans sa forme pour être vraiment rapide, mais il y a chez lui souvent des raccourçis et des condensations de temps. La scène fameuse qui termine Bovary quand en trois lignes passe dix ans en est un très bon exemple.
Ici une émission sur Flaubert de très bonne qualité : www.fdlm.org/hll/20.mp3

3. Le dimanche 6 mai 2007 à 04:55, par christine :

la lenteur n'est pas non plus une tare, et il me semble qu'être capable alternativement d'une infinie lenteur et d'une fulgurante vitesse est ce qui caractérise l'écriture des "grands zécrivains"

ainsi je ne peux pas non plus te laisser écrire impunément que l'écriture de Proust n'est pas rapide : "emberlificotée" certes (au sens où elle restitue la complexité des choses), mais toujours aussi susceptible de transitions et de translations brutales - à la vitesse des synapses et des métaphores

4. Le dimanche 6 mai 2007 à 05:02, par Berlol :

Je te l'accorde volontiers (et pas seulement pour éviter la punition...).
Pradoc, merci pour l'adresse !

5. Le dimanche 6 mai 2007 à 05:33, par christine :

comme tu y vas ... "impunément" n'était qu'un mot, je ne donne pas encore dans la "punition" (même en ce jour d'extrême tension électorale)

6. Le dimanche 6 mai 2007 à 06:27, par Berlol :

À tout prendre, j'aurais préféré ta punition à celle qui risque de nous être infligée dans quelques heures ! Et pour au moins 5 ans !



Dimanche 6 mai 2007. De quoi en oublier les élections.

Je ne pense à rien, je me mets en demeure de faire mon devoir sans défaitisme et m'en vais sous la pluie (qui vient de cesser mais qui reprendra, toute la journée, comme un signe avant-coureur des torrents de larmes à venir). Je dispose mentalement deux contre-feux autour de cet acte simple, voter, que tous les sondages rendent a priori inutile. Le premier, c'est Madame Bovary que j'emporte encore et toujours lire et griffonner dans le métro (preuve qu'où le scénario est funeste, le style peut être salutaire). Le second, c'est de démarrer avant de partir l'enregistrement des trois heures et quelques d'une partie des Transformateurs Lyotard, colloque du Collège international de Philosophie des 25-27 janvier 2007, avec Bernard Stiegler et ses « Télégraphies du jugement réfléchissant ».

Au passage, j'ai mis un lien vers la plate-forme CNRTL, qui intègre et redistribue de façon pratique le TLF, avec quelques fonctions supplémentaires. À découvrir : la fonction proxémie, par exemple avec maison (il y a un applet à installer), c'est beau et ça tourne (le mot choisi est fixe dans le graphe); en observant la rotation, on comprend à peu près ce qui se passe....
Quant à la concordance, là, ça me scotche sur place ! (De quoi en oublier les élections.) J'avais justement besoin de celle d'adultère pour coincer Emma...

Mais revenons-en au scrutin, à l'Ambassade de France, Tokyo, Japon. Pas beaucoup de monde quand j'arrive, vers 10h30, sous les gouttelettes. En revanche, quand je sors, un quart d'heure plus tard, la queue commence à s'allonger. Le temps d'attendre Lionel, Jean-Claude, puis Christian, de saluer Annabelle, Olivier, Michel et quelques autres, la queue est devenue un long serpent de parapluies entrechoqués dans la cour d'entrée, il doit maintenant y en avoir pour une heure d'attente. À quatre, nous allons prendre un café (même endroit qu'il y a deux semaines). Je leur décoche mon proverbe du jour : « Vote pluvieux, vote heureux ! » (Qui est toujours vrai pour la majorité des voies...)
Après, je rentre déjeuner avec T. et écouter la pluie battante, maintenant.

Mon fil RSS d'alerte Google sur l'expression « Nouveau Roman » me mène à un article de la revue Sens public : "Tel quel et le Nouveau Roman", par Peter Dytrt. Je trouve cela un peu (trop) court, (trop) caricatural pour l'un et l'autre mouvements, mais il y a, dans la première moitié, une assez bonne synthèse de ce que fut Tel Quel (même s'il est étonnant — est-ce intentionnel ? — que l'essai historique de Philippe Forest ne soit pas du tout cité).
Dans la même revue, je me suis mieux et longuement nourri d'un article d'Yves Cusset, sous-titré Libres réflexions autour de Jacques Rancière sur l'incivilité politique contemporaine. Avec une question qui prend tout son sens aujourd'hui même, ce soir à 20 heures (3 heures du matin, pour moi). On peut aussi y écouter Michel Deguy qui se demandait récemment : La poésie fait mal ?

« L'amour de la démocratie doit conduire à se défier des incivilités dont peut vite faire preuve le pouvoir dans un cadre démocratique, du fait de sa haine quintessentielle de l'égalité. Comme je l'ai laissé entendre, le discours de haine de la démocratie, même s'il trouve à s'exprimer chez quelques intellectuels jaloux de leur pouvoir, ne peut pas encore tout à fait accéder à la légitimité publique (pour combien de temps encore ?), il passe plutôt par une série discrète d'incivilités dans le discours de ceux qu'on est en droit d'appeler désormais "les élites".» (Yves Cusset, Faut-il haïr la démocratie ?, 30 janvier 2007 — c'est moi qui souligne.)

Donc, j'ai beau faire autre chose, essayer de m'élever au-dessus du terrain bourbeux, tout me remet le nez dedans...
Le mieux que j'aie à faire est d'aller me coucher, me lever vers 3 heures moins 10 pour regarder la tendance. Et, qui que ce soit, me recoucher. Demain sera toujours un autre jour.

Commentaires

1. Le dimanche 6 mai 2007 à 07:21, par F :

il t'a donc fallu un quart d'heure pour te décider ? sale moment ici à voir ceux qui affichaient déjà à 12h30 une arrogance de vainqueurs, ça promet

2. Le dimanche 6 mai 2007 à 07:45, par Berlol :

Non, c'était déjà fait, mais il y avait quand même quelques personnes avant moi, etc. Si tu as besoin de fuir, il y a de la place ici...

3. Le dimanche 6 mai 2007 à 07:53, par F :

on gagnerait un empereur ? apparemment c'est pas la peine que tu te relèves à 3h
www.lalibre.be/
www.letemps.ch/

4. Le dimanche 6 mai 2007 à 08:44, par alain :

Bon sang, non, même égratigné, vire le portrait. Impossible de venir ici et passer devant pour lire ce qui suit.
En France, ici, ce n'est pas encore annonccé, mais tout semble déjà dit. Il est 18 h 50.
À boire.

5. Le dimanche 6 mai 2007 à 09:12, par Marcel :

Pas la peine de se relever
18:30
Sarko 53% Royal 47%

6. Le dimanche 6 mai 2007 à 09:25, par alain :

Et puis je regarde La Maman et la Putain que je viens de hacker.
Je ne vais certainement pas me farcir une putain de soirée électorale.
Jean-Pierre Léaud.
J'emmerde la droite.
19 h 33

7. Le dimanche 6 mai 2007 à 09:36, par christine :

sur un blog japonais je suppose que j'ai le droit avant 20h de dire moi aussi que j'ai honte des français et que je suis très déprimée

8. Le dimanche 6 mai 2007 à 09:47, par alain :

sale soir.
Mais Jean-Pierre Léaud.
Je suis triste mais ma tristesse c'est la mélancolie aussi de tout ce film dès le début, cette tragédie.
J'emmerde la droite.

9. Le dimanche 6 mai 2007 à 09:57, par Berlol :

Moi aussi, Alain ! Le miracle n'a pas eu lieu. C'était prévu. (J'ai un peu serré la photo pour t'éviter la blessure...)
« Restez mobilisés ! » dit-elle... Et je crois qu'il va y avoir de quoi.

10. Le dimanche 6 mai 2007 à 10:22, par alain :

oui la photo.
Faudrait qu'elle soit passée par les mains de Raymond Hains. Mêlée de strates, rapiécée de couches.
Qu'elle ne soit plus qu'un souvenir.
Cependant que c'est un cauchemar qui commence.

11. Le dimanche 6 mai 2007 à 10:24, par Berlol :

Sur ce (puisque cauchemar il y a), je me recouche !

12. Le dimanche 6 mai 2007 à 13:17, par Olivier :

Je trouve déjà inquiétante... Cette perfection des chiffres... qui répondent si justement à ceux des sondages... Vague sensation d'un copier-coller...
Mais dites-moi que je suis parano...
En tout cas, je déprime comme vous tous...



Lundi 7 mai 2007. Cette belle fenêtre de tir...

Sales sentiments longtemps rentrés
et qui vont sortir pousser fleurir
jusqu'en atrocité
les béquilles des faibles
longtemps lorgnées avec envie
on va enfin pouvoir shooter dedans

Car ce qui est à craindre dès à présent, plus encore que (et avant même) les mesures d'un gouvernement, c'est la joie, l'empressement, le zèle de tous ceux — citoyens frustrés de la base, cheffaillons stressés, entrepreneurs s'enrichissant — qui sont heureux de voir leur souhait exaucé, leur droite décomplexée. Ils voudront être les premiers à insulter l'indigent et à dénoncer le sans papier.
Ce n'est pas visible comme une bande de jeunes, ça ne prend qu'une ou deux minutes par jour, ça n'a pas souvent de témoin, ça travaille le tissu social dans l'intérieur de la fibre. On n'a pas vu ça depuis la Collaboration, cette belle fenêtre de tir...
Et ceux qui ont suivi le mirage mais n'ont pas ce zèle en eux, comme ils vont vite se retrouver dans le sable ! Car l'Eldorado n'est pas pour tout le monde (j'ai entendu tout à l'heure un jeune sarkozyen dire que c'était la possibilité d'un nouvel Eldorado — on croit rêver, quand on entend ça...).

Allez, je retourne à mes moutons...
Un seul en l'occurrence, et qui n'en est même pas un, puisque c'est Manu. Qui travaille maintenant à Kamiyacho, tout près de la Tour de Tokyo. J'y vais en vélo, après avoir choisi un itinéraire de larges trottoirs : de chez moi au sanctuaire Yasukuni par l'ouest, puis devant l'Institut italien, l'Ambassade du Royaume-Uni, puis le long des douves du Palais impérial jusqu'à Toranomon, où j'oblique plein sud et tout droit jusqu'à l'objectif. Parti avant midi, j'y suis à midi vingt, soit près de 8 kilomètres en une trentaine de minutes.
J'emploie la demi-heure qui me reste à attendre à visiter le quartier, toujours gants au guidon et casque en tête, au milieu des hordes d'employés allant à leur pitance (comme moi, somme toute).
Je monte jusqu'à l'Ambassade des Pays-Bas, d'où l'on a une vue superbe sur la Tour de Tokyo, je repère quelques restaurants, j'observe les styles vestimentaires du quartier, globalement sérieux et plus chics qu'à Kanda, où travaillait précédemment Manu. C'est un peu, pour les Parisiens, comme s'il avait travaillé près de Saint-Michel et qu'il allait maintenant avenue Marceau.
Lorsqu'il arrive, je suis en tenue de ville, bas de pantalon redescendus, gants et casque rangés et je lui dis avoir déjà vu les restaurants qu'il me propose. Choisissons l'aspect campagnard d'un bistrot qui se révélera très raisonnable, avec petite entrée (ratatouille froide) et plat d'agneau grillé sur lit de chou et de purée (nous prenons la même chose). Pendant ce temps, il me raconte son nouveau travail, son chef, ses missions, que sortir pour rencontrer des clients auxquels vendre des solutions informatiques le change positivement de la maintenance des ordinateurs en interne...
Bavardons agréablement une petite heure, durant laquelle il ne sera aucunement question des élections, sans même que nous ayons cherché à éviter ce sujet.
Retour par le même chemin et à peu près dans les mêmes temps.

Le soir, Mata Hari, la vraie histoire (Alain Tasma, 2003) sur TV5 Monde. Film sobre, à la limite de l'ennuyeux, mais tout de même prenant dans le duo de sourds entre la femme internationale et le militaire borné. Mais les dés sont pipés : le procès pour espionnage n'en est pas un. On veut la condamner pour l'exemple en temps de démoralisation, et pour broyer la cocotte que l'homme jaloux voit en toute femme libre. Je ne sais si le film est historiquement fondé mais la fiction qu'il propose se tient bravement debout, comme l'héroïne devant le peloton d'exécution.

Commentaires

1. Le dimanche 6 mai 2007 à 18:01, par Dabichan :

CONSTERNATION !

Et tous ces rapports médiatiques de Français heureux des lendemains qui désormais promettent de chanter à droite... Si seulement je pouvais m'en assurer, m'en rassurer. Pour m'apaiser ! Mais non, rien n'y fait...
Élection bien conventionnelle, par trop conventionnelle que celle de 2007 : la droite dure (maintenant il faut dire décomplexée) contre la gauche pas encore à la hauteur du défi lancé.
Pas la moindre (bonne ! ) surprise comme nous y étions habitués depuis 1965 (la surprise d'alors fut la mise en ballotage, crime de lèse-majesté, du Grand Charles). Rien que du déjà-prévu par les médias et les sondeurs... depuis près de 3 ans ! Auparavant, il fallait 20 ou 30 ans pour faire un Président de la République éligible (au sens de : qui puisse avoir de sérieuses chances d'être élu). Qu'on se rappelle seulement Mitterrand et Chirac.
Aujourd'hui, 3 ans de préparation médiatique intense auront suffi ! Permettez-moi, au risque de passer pour un aigri mauvais perdant, d'écrire 3 années de conditionnement psychologique.
3 années pour faire d'un vétéran du barnum politico-médiatique (ministre sous Balladur, Raffarin et Villepin avec les résultats sur lesquels 53,2% de braves patriotes frappés d'une violente amnésie refusent de se pencher comme le devrait tout bon-électeur-démocrate-de-bon-sens-soucieux-de-ne-pas-se-faire-berner) le messie toute catégorie (socio-professionnelle) ! Je ne vais pas vous décevoir nous a-t-il promis... Là, c'est moins sûr. Pour nombre de rêveurs d'un nouvel Eldorado, l'atterrissage risque d'être brutal.

~Mais i va pas s'taire le royaliste qui s'est fait m'tte par l'Sarko ?~

Par la force des choses, il va se taire. Car il va être tu ou il va être fait tu ! Participation massive, regain démocratique, disparition définitive de l'extrême droite... Sauf que nous verrons dans les mois qui viennent que le vrai vainqueur de cette élection, c'est lui : Jean-Marie. Les esprits effectivement considérablement lepénisés ont opté pour un Jean-Marie light, mâtiné de George Buisson à la Berlue Silvioisée. Mais seront-ils (les 53,2%) en mesure de le voir ? La critique libre (excusez le pléonasme), formellement toujours autorisée, sera-t-elle pratiquement toujours possible ? Ou connaîtra-t-elle le sort des langues mortes faute de locuteurs ?

Les Français (enfin, moi oui) n'étaient de toute évidence pas encore prêts ni pour une femme Présidente (ça aurait eu plus de gueule que ce nabot machiste flicard hérissé de tics) ni surtout pour l'association tolérante des talents dont j'espère qu'elle finira par prévaloir...

Sans qu'il n'y ait trop de casse auparavant !

2. Le dimanche 6 mai 2007 à 18:34, par Berlol :

Bouhouhou !... Snnifff, snifff... T'as raisooonnnn...
Au fait, t'as eu mon message où je te disais d'aller voir l'expo Jakuchu pendant qu'elle est à Nagoya ?

3. Le dimanche 6 mai 2007 à 19:40, par vinteix :

Hier soir, on a entendu parler "travail", "autorité", "mérite", "identité nationale"...
Il y avait une ancienne (?) devise française qui parlait de "liberté", "égalité", "fraternité"... il faut croire qu'elle en a déjà pris un coup dans l'aile... Le cynisme, l'opportunisme et la manipulation ont fait leur oeuvre et remporté le morceau. Chapeau l'artiste, il aura réussi à bluffer un maximum de gens ! J'ai honte de mon pays !
Consternation mais résistance.

4. Le dimanche 6 mai 2007 à 21:57, par brigetoun :

et pour l'espoir de réaction ou de frein, c'est la gauche se déchirant et ça a bien commencé, à la surface et en profondeur. Une des raisons de la défaite d'ailleus, après les fausses embrassades du dernier xongrès PS.
Restent les associations mais elles étaient déjà à la peine sous le dernier gouvernement, là ce sera pire

5. Le lundi 7 mai 2007 à 06:23, par 36ruevieilledutemple :

on pleure il pleut c est verlaine sur la ville qui délie sa langueur.
à circuler de blog en blog on dirait qu'il y a de quoi organiser la résistance poétique.
sous quelle forme?

6. Le lundi 7 mai 2007 à 06:58, par vinteix :

Résistance à "l'Eldorado" de Schtroumpf Ier (comme apparemment Plantu envisage de le dessiner...) !

7. Le lundi 7 mai 2007 à 22:09, par dominique :

Ah oui, "la droite décomplexée", voilà bien la pénible expression qui est devenue tendance. Alors que par nature la droite a toujours été décomplexée. C'est même à ça qu'on la reconnaît (comme Audiard - anar de droite - disait qu'on reconnaît les cons à ce qu'ils osent tout), c'est ce qui la fonde. La gauche est pleine de scrupules (d'ailleurs quand elle les perd, l'Histoire l'a montré, elle devient folle). La droite c'est "enrichissez-vous", c'est "l'avenir appartient à ceux qui ont des ouvriers qui se lèvent tôt" : où sont les complexes là-dedans ? Mais le pire, c'est que par ici il y a même une "extrême-droite décomplexée", et qui est bien toujours là, au même étiage malgré les apparences. Rilke écrit de lui, quelque part dans sa correspondance, que "jamais personne n'est resté aussi longtemps la tête tous l'eau". Apprêtons-nous à le faire cinq ans d'affilée - et, je le crains, plus longtemps encore...
(Un petit signe à Alain : ah, il faudrait pouvoir tout considérer avec ce léger décalage propre à Jean-Pierre Léaud !)

8. Le mardi 8 mai 2007 à 05:05, par Manu :

Exactement ce que je me suis dit de retour à mon bureau, "tiens, on n'a même pas parlé des élections", alors que j'étais persuadé que cela allait nous occuper une bonne partie de notre déjeuner. Sans doute parce qu'il n'y a finalement pas eu de surprise...

Sinon, je te conseille ça pour te changer les idées :
www.jamendo.com/fr/album/...
Désolé pour l'autopromotion...

9. Le mercredi 9 mai 2007 à 04:36, par christian :

Dites-moi... le suffrage universel, vous êtes pour ou contre?
Parce que si vous refusez le résultat d'un système que vous approuvez, je pense qu'il ne vous reste plus qu'à vous faire psychanalyser!

N'aurait-il pas mieux valu ne pas voter du tout?

Et le vote à bulletin secret? Vous êtes contre? (Provoc pour Berlol!)

10. Le mercredi 9 mai 2007 à 04:52, par Berlol :

On est pour, Christian. Mais la question n'est pas là. Et je crois que tu joues l'andouille en faisant comme si tu ne le savais pas... D'ailleurs, je ne me rebelle pas, je ne brûle pas de voitures et je ne soutiens pas ceux qui le font. Il se trouve qu'on est un certain nombre de (centaines de milliers de) personnes à craindre la personne même de NS, à penser que par les médias, par des coups d'éclat et de communication dans le cadre de son ministère, NS a détourné le sens des Institutions (qui nous sont chères) en "fascinant" des millions de gens (de sorte que leur vote était téléguidé) — de la même façon que le clan Bush (qui a, en plus, truqué les élections, ce qui ne semble pas être le cas en France, même si certains le subodorent...).
Tu permettras que je m'autorise à avoir une opinion sur le "choix" des Français. Et je les autorise à avoir une opinion sur moi... Tout cela est très démocratique. Mais être démocrate ne signifie pas se vider le cerveau de ses convictions pour le remplir avec celles du camp adverse quand celui-ci gagne !
Au final, ta position m'étonne. D'ailleurs, si tout le monde cachait son opinion comme tu le fais, il n'y aurait ni partis ni politique...

11. Le vendredi 18 mai 2007 à 06:54, par A.C. :

"citoyens frustrés de la base, cheffaillons stressés, entrepreneurs s'enrichissant " : questions : quelle légitimité donnez-vous pour être cheffaillons ? Produit de l'ascenceur social comme on dit ? et la base ? n'y a-t-il pas un peu de mépris dans vos propos ?
D'accord pour que l'on invoque la littérature, que l'on retourne concepts et citations pour servir ses opinions, mais l'honnêteté intellectuelle réclame une argumentation sans faille... :-)

12. Le vendredi 18 mai 2007 à 07:09, par Berlol :

On parlait ici de craintes, cela n'a rien à voir avec l'argumentation (hélas, mais il y a des blogs pour ça...). Les craintes ne sont précisément que des failles... mais elles mènent parfois à des vérités. Merci pour l'émoticon qui met du sourire dans votre passage.

13. Le lundi 4 juin 2007 à 00:23, par M.V :

Dans un texte écrit et diffusé en janvier 2006 auprès de quelques amis ("Remarques sur les émeutes de l'automne 2005 dans les banlieues françaises") j'écrivais : "L'écrasant score du candidat Chirac au second tour des dernières élections présidentielles a décomplexé une droite qui paraissait pourtant à bout de course : n'ayant pour seul argument que la surenchère sécuritaire dans laquelle elle entraînait le PS (...) Cette droite revancharde étant d'autant plus décomplexée qu'un premier galop d'essai lui donnait toute satisfaction. La faible mobilisation de la gauche, voir de l'extrême-gauche avant le vote des lois Perben-Sarkozy (les plus liberticides pourtant depuis l'époque de la guerre d'Algérie) lui permettait de réaliser ensuite de réaliser les objectifs de sa politique néolibérale sans se soucier d'éventuels revers électoraux dans des élections sans enjeux nationaux".
Ceci pour replacer l'expression (qui aujourd'hui fait florès !) dans son contexte.

Sur la démocratie et le suffrage universel je conseille la lecture de l'article "La démocratie expliquée aux ignorants" par Mephis sur le blog
www.pasdesarkozy.fr/



Mardi 8 mai 2007. Comme un crachat sur leur bulletin de vote.

Foin des scrutins et des virées maltaises ! — c'est jour de retour au boulot. En regardant dans le train Quai des orfèvres (H.-G. Clouzot, 1947). Ça me plaît beaucoup (je ne l'avais jamais vu) mais je suis frustré de la fin pour cause conjointe de batterie déchargée et d'arrivée à Nagoya — où il fait chaud.

Dans le raidillon qui mène à la fac, j'identifie le laurier-rose d'une seule inspiration. Le jasmin qui escalade depuis des années le lierre d'un mur du bâtiment dans lequel se trouve mon bureau, quant à lui, dépasse cette année le troisième étage. Aussi, comme il est en fleur, c'est la fête de la narine. Ça valait le coup de revenir. D'autant qu'il y a aussi un colis de livres, avec pas mal de classiques en FolioPlus et quelques contemporains, voire ultra-contemporains dont je traiterai au fur et à mesure...

Pour me changer les idées le soir, j'entame Slogans de Maria Soudaïeva (Éd. de l'Olivier, 2004). Étonnement. Ça interpelle au féminin et ça apostrophe en majuscules. La traduction d'Antoine Volodine vaut intime parenté. Nombreux engouements réticulaires et extraits de toute beauté dans le n° 8 de la revue Chaoïd (où il y a beaucoup à lire, on y trouvera d'ailleurs Volodine dès le n° 2, en 2000 — je me rends compte que je n'y suis pas passé depuis longtemps et que ça a superbement changé !).

« 35. OISELLES BLEU PÉTROLE, OISELLES DU RÉGIMENT SOLEIL, MAINTENANT TOUTES AVEC LA GRANDE-NICHÉE !
36. CORMORANES NOIRES, MOUETTES OPALES, TOUTES AUX CÔTÉS DE LA GRANDE-NICHÉE !
37. AVEC LA GRANDE-NICHÉE, LES VENTS NOIRÂTRES NUMBER QUATRE !
38. L'ARMÉE DES SEPT SOLDATS AVEC LA GRANDE-NICHÉE !
39. REINES SABOTEUSES, EN AVANT, FRAPPEZ !
40. SABOTEUSES GRISÂTRES, QUITTEZ VOS FLAMMES, RENAISSEZ, FRAPPEZ ! » (Maria Soudaïeva, Slogans, traduit par Antoine Volodine, Paris : Éd. de l'Olivier, 2004, p. 24)

Mais quand je vois les informations télévisées, j'ai de nouveau et déjà envie de vomir...

Rien ne sera épargné aux millions de Français dans la merde
Pas même le faste ostensible du nouveau PDG de leur pays
Comme un crachat sur leur bulletin de vote
Mais le pire, c'est l'œuf de l'exemple dans ces millions de jeunes têtes.

Commentaires

1. Le mardi 8 mai 2007 à 15:19, par Laure L :

Ah, merci de nous rappeler SLOGANS !
J'ai retrouvé une ptite note à ce propos :
rougelarsenrose.blogspot....
Allez, courage... & à bientôt !

2. Le mardi 8 mai 2007 à 15:28, par christine :

le pire c'est que ce mélange de provoc berlusconnienne et d'étalage de nouveau riche va plaire à une partie de ses électeurs ... même pauvres !

comme on en a pour au moins 5 ans, la seule solution est de s'efforcer de suivre le sage conseil de Daniel Schneidermann :
www.bigbangblog.net/artic...

3. Le mardi 8 mai 2007 à 16:04, par Berlol :

Oui, hélas ! C'est ce que j'appelle l'œuf de l'exemple...
Merci, Laure, pour la mise en ligne !
Pour le courage, je pense aux ouvriers auxquels l'immonde a serré la main devant des caméras, et qui doivent vouloir se les laver...

4. Le mardi 8 mai 2007 à 21:14, par caroline :

Je crois me souvenir qu'en fait Maria Soudeïava est le pseudo de Volodine...

5. Le mardi 8 mai 2007 à 21:50, par vinteix :

Avec Schtroumpf Ier, à peine élu et pas encore intrônisé, fini les complexes ! C'est la bonne "droite décomplexée" (doux euphémisme... ou pléonasme). Au moins, le ton est donné d'emblée. Pas de méprise sur la marchandise. C'est bien l'Eldorado dont parlait certain petit schtroumpf fan !
On est déjà tombé dans la fange... Obscène !

6. Le mercredi 9 mai 2007 à 00:05, par Berlol :

Oui, Caroline, c'est entre le possible et le probable...
Cher Vinteix, On se voit au Congrès ?
À propos du PDG de la France (comprendre le Petit Dirigeant des Gros), ça me rappelle qu'avec Chirac, on a eu la fracture, avec Sarko, on aura la facture !

7. Le mercredi 9 mai 2007 à 00:31, par vinteix :

Excellent (enfin, façon de parler...) la f(r)acture !
Cher Berlol, oui, je serai au congrès... enfin, à la réception du samedi soir en tout cas...
A très bientôt donc !

8. Le mercredi 9 mai 2007 à 02:33, par brigetoun :

le comportement de notre nouvel impérator je crois qu'il ne faut pas trop s'y arrêter, ça fait partie, le choc au premier rang, de son plan marketing. S'y arrêter c'est entrer dans son jeu. Ce qui va compter c'est son action.
Et il est certain que cela flattera ses électeurs, surtout ceux qui galèrent, un rêve tel qu'on les a habitués à en avoir. Peut-être moins pertinent mais plus directement accessible que Slogans

9. Le mercredi 9 mai 2007 à 03:52, par F :

si tu ne retires pas le commentaire n° 9, tu vas t'attirer des problèmes côté de ton porteur de valise !

malte, c'est loin du japon, ou juste dans la direction ?

10. Le mercredi 9 mai 2007 à 05:08, par Berlol :

C'est pas tout à fait sur la route... Pour le n° 9, tu as dû faire erreur (c'est le tien). Ferais-tu allusion à l'acronyme PDG ?

11. Le mercredi 9 mai 2007 à 08:09, par alain :

En rajouter une couche côté crapule. La "femme" du président a une ""histoire"" avec un """écrivain""" célèbre. De qui s'agit-il ?

12. Le mercredi 9 mai 2007 à 09:28, par dominique :

ça alors, Alain, quel teasing ! Me voilà frémissant d'impatience... Mes neurones & synapses chauffent & turbinent de concert - en vain.
(Je t'ai fait un petit signe, mais dans les commentaires du billet précédent, ce qui fait que c'est déjà du passé.)

13. Le mercredi 9 mai 2007 à 09:33, par christine :

j'ai entendu Marc Lévy (il va falloir rajouter quelques guillemets!) ... à moins que F ne soit dans le bateau (avec pince-mi et pince-moi) ce qui expliquerait la mystérieuse disparition du commentaire n°9 ?

14. Le mercredi 9 mai 2007 à 09:41, par alain :

oui, c'est """"""""ça""""""". Je ne sais même pas comment j'ai pu avoir accès à une telle information crapuleuse.
Cependant que mon écoeurement (je n'ai pas vomi encore) est tel depuis l'élection !
Buvons.

15. Le mercredi 9 mai 2007 à 13:59, par Berlol :

Buvons encore une dernière fois
à l'amitié l'amour la joie...

16. Le mercredi 9 mai 2007 à 14:31, par Richard :

La batterie déchargée, c'était un Coucou ! de Gustave, mort le 8 mai 1880. Ce mercredi midi, sur France Musique, Dominique Sylvain ("Baka") disait aimer revoir "quai des orfèvres" quand elle est au Japon ; dans quelques jours elle rentrera à Tokyo. C'est à Osaka en janvier dernier que j'ai trouvé mon exemplaire à 500 en, Cinéma Classic n° 129, sous-titré japonais. Merci pour votre blog nourrissant et stimulant.

17. Le mercredi 9 mai 2007 à 19:40, par Berlol :

Merci, Richard ! Du coup j'ai écouté l'émission (À portée de mots)... Je vais la lire ! Et puis j'ai vu la fin de Quai des orfèvres. J'en reparlerai ce soir...



Mercredi 9 mai 2007. Des seaux de souvenirs.

Coincé entre le 8 (capitulation ennemie de 1945, mort de Flaubert) et le 10 (commémo esclavage — un esclavage qui a l'outrecuidance de cacher (gâcher) la mémoire de l'élection de Mitterrand...), le 9 mai est un jour de repos que l'on peut, si l'on est invité, passer à La Valette, pourquoi pas, ça fera de la publicité pour Malte. C'est tout naturel. Et pas besoin de vendre ma Rolex pour payer l'avion, c'est cadeau.
Moi, pareil, un de mes copains qui vient de décrocher un poste, je vais lui offrir son poulet-frites au Saint-Martin. Ça ne fera pas un pli.
Accessoirement, c'est la Journée de l'Europe, mais c'est une fête dont on ne parle pas beaucoup, ces temps-ci. Si ?

« [...] un somnambulisme de complaisance pour un nouveau fascisme [...] » (Cf. Sollers.)

Il fait chaud. Le jasmin envahit le campus, rend les réunions bénignes, les silhouettes enchanteresses. À la cantine, le plateau repas est long à venir. En plus, il n'y avait plus ce que je voulais.
Au bureau, j'enregistre le feuilleton sur le journal de Mireille Havet, écrivaine redécouverte récemment. Puis Franck Venaille aux Mardis littéraires, sa voix hésitante qui me touche toujours.

Étonnante coïncidence littéraire. Je relisais au bureau des pages de Tchouba, dernière nouvelle du recueil d'Alain Sevestre, dans lesquelles un binôme explore l'imbrication fonctionnelle de deux corps et la cocasserie des situations.
Et au centre de sport, une heure après, j'entame en pédalant un des livres reçus hier, dont le ton m'emporte tout de suite et dans lequel je retrouve le même thème — même si traité tout autrement.

« Nous arrivons dans les réunions en claquant des pieds, en brusquant les chaises. Pire. Nous ouvrons la porte, hennissons, saluons le cercle et gagnons notre place à grandes enjambées exagérées, levons les bras haut comme militairement, outrageusement, enfin nous nous asseyons. Il faut nous entendre et il faut nous voir. Assis, nous dominons. Moi, juché sur mon coussin-Staline et lui buté, muet comme un tank.» (Alain Sevestre, « Tchouba », in Chez moi, p. 139)

« Minuit est toujours avec sa sœur, il la tient comme s'il en était une excroissance, et Lise vibre de son petit frère. Quand ils montent collés, en s'entrechoquant, on dirait un monstre à deux têtes plein de reflets cuivrés. [...]
J'étais l'aîné mais je le suivais, toujours. Je le collais, il m'appelait ma colle, Colette, en riant, et malgré tout j'aimais son rire. Il se moquait souvent, et souvent en public, comme pour conjurer quelque chose, le sort, mon avenir. Et, de temps en temps, il se moquait de moi tout seul, entre nous, dans une curieuse connivence. J'aimais ça, les moqueries à deux, intimes, et son rire, comme s'il était soudain et après tout d'accord avec moi : mais oui ma colle, ma Colette, pourquoi pas, un jour tu seras une fille, mais oui tu l'es déjà, allez, mais dans un corps de garçon, dis ça à papa, tu verras.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, Paris : Éd. P.O.L., 2007, p. 24 et 36-37)

Bien sûr, ce n'est pas le même thème, tout juste le motif récurrent d'une intimité des corps proche du parasitisme réciproque. Et Emmanuelle Pagano est déjà dans autre chose, depuis les variations masculin / féminin qui sous-tendent les premières pages. Mais j'aime à penser qu'en ces temps difficiles, où il m'est difficile de terminer un livre, et forcément s'il est d'Alain Sevestre, quelqu'un(e) est justement venu(e) par son livre me prendre la main pour passer de l'un à l'autre et me voilà dans le petit autocar, dans des paysages somptueux et une temporalité aléatoire, entre les horaires du ramassage scolaire, les répétitions journalières du trajet et le puits de mémoire d'où chaque virage semble tirer des seaux de souvenirs...
J'ai beau avoir fini de pédaler, je continue ma lecture pendant les repos entre les séries de tractions abdominales que permet une machine à se recroqueviller assis.

Le soir, en dînant, je m'essaie à Arrêt sur Images et à C dans l'air. Mais cela m'ennuie profondément, je crois que ça y est, j'ai décristallisé, je ne suis plus dans l'actualité, j'abandonne la France à son sort.

Commentaires

1. Le mercredi 9 mai 2007 à 21:44, par vinteix :

Oui, on se sent passablement abattus, abrutis, lessivés, mais pas "liquidés" ! par ce qui est arrivé et à venir... Tentons malgré tout de cristalliser encore... au sens créatif de la résistance "deleuzienne"... et de toute façon, nous aurons toujours, MALGRE TOUT, d'autres raisons ou motifs de joie, notamment pour boire un verre !

2. Le jeudi 10 mai 2007 à 00:08, par Berlol :

Je dirais même mieux : notamment, boire un verre !

3. Le jeudi 10 mai 2007 à 01:18, par brigetoun :

"quelqu'un est justement venu me prendre par la main pour passer de l'un à l'autre" que j'aime ça ! en plus cela me justifie, en surface, parce que chez moi il y toujours le dilletantisme.
Et je suis aussi toujours touchée par la voix hésitante de Franck Venaille

4. Le jeudi 10 mai 2007 à 19:23, par vinteix :

"Je dirais même mieux : notamment, boire un verre !"
Assurément... et cela me donne l'occasion d'un autre petit bout de "chandelle verte" de Jarry...

"M.FAGUET ET L'ALCOOLISME"
""N'attaquez pas l'alcoolisme !" tel est le titre d'un article de M.Emile Faguet - où il l'attaque. Quand ne sera-t-il plus besoin de rappeler que les anti-alcooliques sont des malades en proie à ce poison, l'eau, si dissolvant et corrosif qu'on l'a choisi entre toutes substances pour les ablutions et lessives, et qu'une goutte versée dans un liquide pur, l'absinthe par exemple, le trouble ?"



Jeudi 10 mai 2007. Quand on est des petits joueurs et qu'on s'aime.

Des pluies, des vents, des soleils. En force et brusquerie dans le chaos de la journée. Avant-hier, un scientifique disait de l'explosion d'une super-nova que c'était ce qui risquait de nous arriver dans quatre ou cinq milliards d'années. Ça m'a bien fait rire parce que déjà dans 100 ans nous ne savons même pas si cette petite planète d'emmerdeurs prétentieux existera encore, alors le soleil ça nous fait une belle jambe qu'il ait un flash 10.000 fois plus lumineux quand il voudra. Après le cours du matin, je m'aperçois que j'ai oublié à la maison l'ordinateur portable qui me sert à projeter le film au séminaire ; mais je ne peux pas y aller parce qu'il tombe une ondée à trente degrés de l'horizontale. Je prépare l'autre cours, sur les nombres, et quand le grain est passé, je descends prendre mon vélo et j'y vais. J'ai un peu de temps et comme le disque est dans la machine, je regarde la fin de Quai des orfèvres. Amusant de constater que la coupure de batterie s'était précisément produite mardi à l'instant le plus dramatique, Maurice vient de se couper les veines au dépôt et Jenny subit une perquisition, il va mourir et elle va tomber pour meurtre... Je redémarre au même endroit et tout part dans l'autre sens, on crie à la vue du sang et Maurice sera sauvé tandis que chez Jenny on découvre que le pistolet n'est pas du calibre de celui qui a tué, dixit l'inspecteur qui comprend que c'est le voleur de voiture qui a fait le coup, et tout finit bien pour Jenny et Maurice qui ont eu chaud aux fesses — faut pas flirter avec les magouilleurs de la haute quand on est des petits joueurs et qu'on s'aime. Clouzot nous a quand même caché autant qu'il pouvait ce que l'inspecteur savait depuis le début, que le salaud était mort par balle et non par la bouteille de champagne que Jenny lui avait balancée sur le crâne — le spectateur étant donc plutôt guidé à s'identifier avec le couple Jenny / Maurice (Suzy Delair et Bernard Blier) qu'avec le pourtant débonnaire flic (Louis Jouvet). Allez, je file parce qu'une autre averse se prépare. De retour au bureau, je cale Vipère au poing dans le portable pour répondre aux questions du jour comme pourquoi Folcoche voulait accuser son fils du vol de son portefeuille ou combien de flash-back, question qui nous amènera à regarder le procédé narratif et technique qui fait que tout le film est un flash-back dans lequel il y a des flash-back ponctuels. En mangeant un morceau, je regarde le courrier — Oh Oh ça se précise pour cet été, ça va être tourisme littéraire forcé — et puis j'écoute À Portée de mots d'hier, sur France Musique, Dominique Sylvain, en effet, qui a vécu et vit de nouveau au Japon, a publié des polars que je ne connais pas et qui dit aimer revoir notamment Quai des orfèvres, tout de même étonnant ces coïncidences ! D'autant que ça continue le soir quand après avoir lu quelques pages d'Emmanuelle Pagano je rentre dîner et regarder Ce soir ou Jamais qui me manquait beaucoup beaucoup, précisément consacré à la confusion des genres, et pas seulement les sexualités mais aussi les masques sociaux dont on ne change pas comme on voudrait bien qu'ils soient des constructions socio-historiques peu en rapport avec les parties génitales, je suis même étonné qu'Emmanuelle Pagano ne soit pas parmi les invités mais il y a en effet des pointures et la discussion est très instructive quoiqu'avec des moments où ça tourne en rond, comme cette intention répétée d'historiciser alors qu'on ne dit rien d'une part de la sexualité dans les cultures antiques ni d'autre part de Jean Lorrain ou d'Oscar Wilde, pour donner des noms connus même de moi, comme si tout ça commençait pif paf pouf au XXe siècle, mais soudain c'est déjà l'heure de croquer la cerise sur le gâteau, un entretien avec Laurent Terzieff, très rare à la télévision, pendant lequel on a droit à un flash-back de 1958 où il disait déjà d'excellentes choses...

« elle attache la ceinture de son petit frère avec des gestes que je ne lui connaissais pas et que je connais si bien. Ce détour du bras droit pour contourner une poitrine naissante, je l'avais décrypté tout jeune chez des filles plus grandes que moi, je l'avais copié très vite, et mon frère l'avait remarqué.
Au lieu de se moquer il m'avait pris à part, soucieux, il n'avait que huit ou neuf ans, il ne comprenait pas vraiment, il m'avait dit mais pourquoi tu fais ça. Je mentais que je ne faisais rien, lâchement, oui c'est ça, pourquoi tu prends pas les choses comme d'habitude, ah oui tu t'es fait mal au bras, dis, dis-moi. J'ai mal ailleurs, Axel, j'ai mal au torse, ça me vient jusqu'à l'épaule, c'est pour ça. J'avais pris l'habitude de dire torse à la place de poitrine.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, p. 48-49)

Commentaires

1. Le jeudi 10 mai 2007 à 15:10, par christine :

Ce plateau de CSOJ était un très bon cru (et puis des gens qui ont encore le droit de dire à la télé française que les orientation sexuelles ne sont pas génétiques, il faut en profiter!) : il n'y avait pas Emmanuelle Pagano, mais il y avait Isabelle Sorente, une autre romancière très intéressante

... quant à Dominique Sylvain, pour ceux qui aiment les polars, c'est vraiment très bien aussi : j'ai préféré ses derniers romans (avec le duo Lola-Ingrid) mais les premiers sont plus japonisants



Vendredi 11 mai 2007. Pour cause de soirée à la Vaubyessard.

Que telle nageuse veuille vivre sa vie, quoi de plus naturel ! M'inquiète bien plus, cette idéologie du travail forcené que scande son entraineur, et qui est tellement dans le vent politique. On croit savoir ce qu'il a voté, celui-là. Elle a déjà accumulé plus de médailles qu'il ne sait en compter, cet esclavagiste malotru.
Au-delà, c'est cet esprit pernicieux de la compétition sportive qui me paraît contraire à l'éthique et à l'hygiène du sport amateur... Le sport de haut niveau et sa médiatisation sont des auxiliaires du libéralisme et du nationalisme. (À développer.)

Je développe en alignant à droite (c'est à la mode).

Centre de sport, lecture d'Emmanuelle Pagano, m'y absorbe, en perds ma clé de vestiaire — à moins qu'elle ne soit tombée dans les interstices d'une machine à pectoraux...

(La clé, pas Emmanuelle.)
« Un jour je me suis débattue comme si le type me violait. Il s'est arrêté tout de suite, incrédule mais tendre. Il essayait de me rassurer mais je ne savais pas de quoi j'avais peur, de quoi j'avais mal, de quoi j'avais si froid. Je me sentais inexplicablement cogné, brutalisée. Je me sentais à la fois esseulé et soumise à une impudique proximité. J'avais aussi une drôle d'inquiétude. J'avais l'angoisse de rester collée à ce mec comme un frère, une sœur siamoise. C'était ridicule, exagéré, et cette fois vraiment monstrueux, pourtant ça levait mon sexe, je bandais, dégoûtée de mon corps de garçon.
Je m'étais rhabillé et assise, pour raconter cette histoire à ce type, une histoire entendue à la radio. C'était l'histoire de deux sœurs siamoises, un seul corps et deux têtes. L'une d'elles s'est mariée, et l'autre a porté plainte pour viol, attentat à la pudeur, séquestration, proxénétisme aggravé. Il s'est énervé. N'importe quoi, ça n'a rien à voir. Je me suis fait traiter de folle, malade, handicapée du cul.» (Emmanuelle Pagano, Les Adolescents troglodytes, p. 68-69)

Déjeuner avec David, deux étudiants français qui ont fini chez nous leur programme de japonais, et le directeur de l'Alliance, qui nous emmène au Paragon, nouveau restaurant plutôt thaïlandais de Motoyama. Très bon, très agréable. On y reviendra.

Sur le quai du shinkansen, rencontre d'un Français qui me dit quelque chose... En effet, c'est une personne que l'on voit, T. et moi, de temps en temps au Saint-Martin ! Superbe coïncidence. D'ailleurs, dans le train, on s'assoit juste derrière... un jeune couple de Français (que j'identifierai à leur livre, mais on ne les connaît pas ni ne leur parle). Alors que ça fait plus de sept ans que je fais ce trajet sans avoir jamais rencontré personne...
Une fois