| Vendredi 1er
juin 2007. Un commissaire de police contre une
directrice d'école primaire. Hier en déjeunant (je m'en suis rappelé ce matin), je regardais Ce soir ou Jamais du 28, sur comment peut-on encore être chrétien — question de peu d'intérêt pour moi, sinon pour voir de mes yeux ce que c'est qu'un catholique borné et réactionnaire, en la personne de Christophe Geffroy. Allez-y, vous verrez, quand il mélange subtilement, croit-il, l'appel aux citoyens qui seraient libres de leurs pratiques et de leur corps, libres d'avorter, par exemple... après, toutefois, qu'on en aurait décrété l'interdiction absolue ! J'avais réécouté deux fois le passage pour me vacciner, sans besoin réel. Ce matin, je me suis aperçu que j'avais raté quelques émissions encore disponibles. J'ai donc commencé par la plus ancienne, celle du 25 avril, avec des commentaires d'étrangers au sujet des élections (entre les deux tours). Très intéressant, avec le recul ! Et cette perle, d'un journaliste américain, Peter Gumbel : « Est-ce que c'est Blanche-Neige contre Napoléon en miniature, ou est-ce que c'est plutôt un commissaire de police contre une directrice d'école primaire.» Puis attendre Tahar Ben Jelloun sur la misérable politique culturelle de la France à l'étranger, puis Zoé Valdès sur ce que c'est qu'être communiste... Oui, de beaux moments que je ne suis pas mécontent de récupérer. Edgar Morin ayant été cité comme participant de la veille, le 24 avril, je change le numéro qui termine l'adresse web de l'émission du 25 et réussis en effet à avoir celle du 24, bien qu'elle ne soit plus dans la liste des émissions disponibles. Avec un autre Edgar, au moins aussi important à écouter : Pisani. Et c'est reparti pour un tour ! — Alors que j'ai d'autres choses à faire, notamment préparer le cours sur Flaubert... M'étant ainsi rappelé à l'ordre, je ne finis pas l'émission, je déjeune puis me remets à lire et annoter... [Canapé flaubertible]
1 II, 10| ayant réussi à conduire l'adultère selon sa fantaisie ; et,
D'une incursion dans la presse du jour. — Quelle belle réussite ! quel beau parcours ! courbe parfaite ! (Je n'ai jamais apprécié l'individu et ce n'est pas demain que ça va commencer.) (Si tous les jeunes de gauche finissent vieux de droite, je crois que je vais m'éclipser un peu tôt...) « L'historien et écrivain Max Gallo a été élu à l'Académie française, jeudi 31 mai, où il occupera le fauteuil du philosophe Jean-François Revel. M. Gallo, âgé de 75 ans, a été élu au premier tour, obtenant 15 suffrages parmi les 28 votants, a annoncé la secrétaire perpétuelle de l'Académie, Hélène Carrère d'Encausse. L'autre candidat était le journaliste Claude Imbert, qui a obtenu cinq voix. Le reste des suffrages s'est réparti en 3 bulletins blancs, 4 bulletins blancs marqués d'une croix (refus des deux candidats) et une voix pour un non-candidat. Cette élection est la première d'une série qui devrait s'étaler sur environ un an pour reconstituer les rangs des académiciens. Le nombre de fauteuils vacants n'a jamais été aussi important depuis une vingtaine d'années, avec six décès — sur 40 membres — enregistrés depuis le printemps 2006 : Jean-François Revel, Bertrand Poirot-Delpech, Jean-François Deniau, Henri Troyat, Pierre Moinot et René Rémond. Historien et romancier prolifique, Max Gallo est l'auteur d'une centaine de romans, biographies et études historiques. Il avait déjà présenté sa candidature à l'Académie en juin 2000, n'obtenant alors que six voix. Né à Nice en 1932, dans une famille d'immigrés italiens, le nouvel académicien a la fibre patriotique et la passion de la République. Il s'est d'abord fait connaître comme historien, avant de toucher le grand public avec des sagas romanesques (La Baie des anges, Les Patriotes...) et des biographies historiques à succès, de Jaurès, de Gaulle ou Napoléon. Ancien militant communiste, Max Gallo a également mené une carrière politique dans les années 1980-1990. Député (1981-1983), puis porte-parole du gouvernement socialiste (1983-1984), il a depuis pris ses distances avec la gauche et rallié récemment Nicolas Sarkozy.» (Dans Le Monde du 31 mai 2007) Commentaires1. Le vendredi 1 juin 2007 à 21:05, par cacochyme : Quel âge préconisez-vous pour prendre la porte ? 2. Le vendredi 1 juin 2007 à 21:59, par Berlol : Ben, ça, c'est une vraie question ! Il faut que je me colle quelque part un détecteur de pensées de droite... 3. Le vendredi 1 juin 2007 à 23:09, par brigetoun : pour Max Gallo et Hélène Carrère d'Encausse un billet méchant et juste sur vive le feu. |
| Samedi 2 juin 2007. Puisqu'on est
dans les oiseaux rares. [Canapé flaubertible] Hier tard et ce matin tôt (juste séparés par le Beau Serge — étonnant à revoir — et quatre heures de sommeil), je me suis aperçu, en préparant les notes du cours sur Léon II, c'est-à-dire l'aventure amoureuse d'Emma et de Léon qui ne se sont pas vus pendant trois ans, que j'avais omis de traiter la semaine dernière de la suite de l'aventure avec Rodolphe, après les comices agricoles. J'ajoute donc, en reprenant d'abord l'idée de centre géométrique du roman (p. 202-204), quand Flaubert traite de la régularité et de la fréquence des rendez-vous, point de bascule entre la passion imprévoyante et l'habitude corruptrice — ce qui est très clair dans les termes employés et les micro-incidents qui commencent à se produire. Flaubert va faire chauffer le conditionnel, notamment après l'échec du pied-bot, quand Charles imagine sa petite vie à venir (à sa taille) tandis qu'Emma ne rêve que de voyages paul&virginiesques avec son Roro — lequel songe sérieusement à la plaquer mais tient — en bon bourgeois égoïste qu'il est — à user la corde jusqu'au bout. Un autre qui use et abuse, petit à petit, c'est Lheureux, le fournisseur-prêteur. Remarquons qu'alors que les échecs amoureux ramènent le compteur sentimental d'Emma près du zéro, le compte des dépenses, lui, ne redescend pas, et va continuer à monter, jusqu'en zone rouge. Car Emma ne meurt ni de chagrin amoureux, ni de remords conjugal, que je sache, mais bien de la panique et de la honte sociale qui résultent du surendettement, près de 150 ans avant la loi Neiertz... Après un an de dépression grave et de lent rétablissement, on suggère à Charles qu'il emmène Emma à l'opéra. Évidemment, la maladie de la passion, comme aurait pu dire Duras, reprend presque instantanément Emma. Elle s'identifie au personnage de Lucie de Lammermoor (de Walter Scott, via Donizetti), puis retrouve Rodolphe dans le chanteur Lagardy, jusqu'à inverser le sens de la projection quand elle croit qu'il la regarde, le chanteur, et qu'elle peut partir avec lui — son « enlève-moi, emmène-moi » ressort le même que 100 pages avant. Et c'est juste là, dans la plaie rouverte, qu'entre Léon. Au lieu des explications de texte habituellement limitées à un seul passage de quelques pages, c'est aujourd'hui une suite de sauts de puce, au travers de cette centaine de pages, pour suivre les points importants de la narration jusqu'aux épisodes du fiacre, de la mort du père de Charles et des trois jours à Rouen avec Léon. C'est au prix de cette vitesse qu'il est possible d'apercevoir la trame du récit, dans sa tension et son usure. On finit sur le piège du fiacre. Pas siège. Piège. Pourquoi piège ? Parce que Flaubert ayant choisi de ne pas nous dire ce qui se passait dans ce fiacre lancé dans tous les sens de Rouen et de ses environs, il est évident que la plupart des lecteurs, sinon l'intégralité, pensera qu'Emma et Léon y ont fait l'amour. Et pourquoi pas, d'ailleurs ? Je serai bien aise d'en faire autant !, se dit chacun. Or, même si cette hypothèse est légitime, il faut tout de même savoir que Flaubert faisait mention de la « première possession » en marge d'un brouillon des trois jours à Rouen — et non de la scène du fiacre. Et puis j'annonce — hier, je tergiversais encore (Modiano, Sarraute, Stendhal, de Beauvoir, Giono...) — que le cours d'automne porterait sur l'Étranger, de Camus. Une œuvre brève pour se remettre d'une œuvre longue, après la jachère de l'été. Et que l'on reviendrait à Flaubert et à l'Éducation sentimentale au printemps 2008. Déjeuner au Saint-Martin. Sieste héritée de la trop courte nuit. Une partie de l'après-midi à la médiathèque de l'Institut (lecture d'Art Press, emprunt d'un Guide Bleu de Corse et de deux dévédés). À la maison, je regarde Camping (F. Onteniente, 2006). T. en regarde la moitié et constate un petit intérêt ethnologique du film — elle qui ne connaît pas du tout le camping. Et moins l'intérêt comique. Comme moi, quoi. Sauf que moi, j'ai aussi pas mal d'années de souvenirs de camping avec mes parents, en France et en Espagne, et que globalement le film n'est pas loin d'une vérité qui n'est au mieux qu'un pour cent de la réalité — c'est-à-dire qu'il caricature, et dessert en les stéréotypant les nombreuses populations de campeurs qu'il avait, semble-t-il, l'intention de servir. Ce ne serait pas grave si c'était complètement désopilant, mais c'en est loin ! Y'a d'l'oiseau dans l'air... Enfin, l'intégralité radiophonique de l'Ornithologie du promeneur de Dominique Meens, — soit quatre émissions produites sur plusieurs années — rassemblées cette semaine en quatre soirées de Surpris par la nuit. Moi, j'en avais déjà trois, et je me délecte de la 4e, mise en musique par Francis Gorgé. Je les remercie bien bas pour ces œuvres hors du commun. Mais il faut aussi — puisqu'on est dans les oiseaux rares — aller récupérer vite fait les 5 premiers épisodes des Pages arrachées à la correspondance de Victor Segalen. Commentaires1. Le vendredi 22 juin 2007 à 01:01, par Danielle Girard : La "Première possession" que l'on trouve dans la lune de miel, ce peut être le premier amour et pas seulement la première "baisade". Pourquoi la scène aurait-elle suscité un tel scandale ? Qu'auraient-ils fait pendant ces cinq heures d'enfermement et dans ce parcours fou dont ils ne voient rien ?www.univ-rouen.fr/flauber... |
| Dimanche 3 juin 2007. Gorges
spectaculaires et que l'on n'attendait pas ici. Lecture matinale, dans un train, pendant que T. somnole à côté et que la verdure, dehors, se fait plus nombreuse. « Tao et moi reprenons à pleins poumons : "Libérez les bébés !" Ensuite c'est au tour de Nu, la quatrième compagne de cellule. Puis les autres, toutes les anonymes des autres cages. En quelques minutes, la phrase est reprise, exaltée, scandée. Le keng qui retentit épisodiquement au cours de la journée, pour signaler de petits et grands événements, est frappé de façon continue. Les sons saccadés de l'alerte s'accélèrent comme dans un rite liturgique, quand le tumulte annonce le silence juste avant la prière. Mais tel n'est pas le cas. Un troisième bruit, celui de pas précipités, indique l'ampleur de la répression qui s'organise là-haut, dans l'allée centrale au-dessus de nos têtes, au milieu des deux rangées de cellules. On répète encore "Libérez les bébés" lorsqu'une pluie blanche s'abat sur la cellule. Quelqu'un, le visage masqué par le nuage de poudre, déverse de la chaux à travers les barreaux de la cage. La pluie devient tempête, puis ouragan. Plusieurs jarres sont ainsi vidées. L'épandeur passe d'une cellule à l'autre, tel le fossoyeur d'un tombeau collectif. On entend les exclamations de surprise et les toussotements qui s'élèvent des autres cellules. La poudre pénètre les yeux, les narines, la gorge. Toute fuite est impossible et il ne reste qu'à suffoquer en attendant que la poudre volatile se dépose sur le sol. Les crachats se teintent de sang. Une pellicule blanche reste plaquée à la peau et il est inutile de s'épousseter. Par terre, la chaux enfin retombée arrive par endroits à la hauteur des chevilles. Un second vigile, muni d'un seau d'eau, passe à son tour le long des cellules. "Cela va un peu soulager", parvient à dire Phuong. Mais à la place de la fraîcheur attendue, une grande chaleur se dégage de ma peau, et de mes cheveux. [...] La poudre de chaux est de nouveau déversée sur les cellules, mais cette fois-ci, elle devient effervescente, puis brûlante, au contact de l'eau.» (Anna Moi, Riz noir, p. 136-137) À
Kamakura à trois (avec un ami japonais) pour profiter d'une
belle journée avant les pluies et les chaleurs.Nous nous retrouvons à la gare de Kita-Kamakura. Longeons la ligne de train jusqu'au temple Kenchoji, que nous traversons pour démarrer la randonnée nommée Tenen Hiking Course, dans les collines. Pas trop de monde. L'habitude de se saluer moins respectée qu'en montagne. C'est un chemin que je n'ai jamais pris, ayant toutes les fois précédentes, avec des variantes, pris le chemin d'Enoshima. À l'altitude de 159 mètres, après plus d'une heure de montées et de descentes, nous arrivons dans une grande clairière, près d'un terrain de golf. Il y a quelques ombrages où des randonneurs se reposent ou pique-niquent ; nous en avisons une pour faire de même avec les onigiris et quelques desserts achetés ce matin à la gare de Tokyo. Un festin. Une bonne demi-heure après, nous repartons et amorçons la grande boucle de retour. La fin de la randonnée, juste avant de revenir à la zone habitée, livre ses plus beaux paysages : un filet d'eau, pendant que nous descendons, devient un petit torrent — assez calme, puisqu'il n'a pas plu depuis des jours — jusqu'en des gorges spectaculaires et que l'on n'attendait pas ici. Il
y a aussi de grands mûriers avec des fruits minuscules (et
très peu sont mûrs) et des chenilles —
au moins une,
celle que je trouve sur une branche, vraiment très poilue.Puis les habituelles ruelles de Kamakura jusqu'au temple principal, Tsurugaoka Hachimangu, d'où l'on rejoint la rue touristique — dans laquelle on s'arrêtera manger des glaces à l'italienne avant le retour à Tokyo. Par hasard, on s'installe pour le retour dans un wagon Green Sha (première classe, en fait). Excellents sièges, dossiers amovibles, la fatigue musculaire nous incite à y rester. On doit attendre un contrôleur pour payer le supplément. Il y a maintenant un système électronique, avec une carte Suica spéciale, Suica Green, qui permet de payer directement, et la petite lumière passe du rouge au vert. On paye (en monnaie normale) et on dort jusqu'à Shinagawa. Par une énième ligne
de fuite dont Christine a le secret, j'ai
découvert le site d'Emmanuelle Urien,
que j'ai trouvé intéressant —
même si ce
n'est pas un blog (car ce qu'on regrette, au-delà de la
plaisanterie, c'est l'absence de fil RSS...). Intrigué par
les
mouches, j'ai découvert le site MadMeg et
reçu un véritable choc avec les suites de dessins
intitulées le
Compte des 1001 ennuis
— cœurs fragiles, s'accrocher ! Mais
quelle justesse
de propos, et avec quelle économie de discours !Cela m'a fait souvenir qu'en une galerie tout à l'heure, dans la rue touristique de Kamakura, j'ai vu de très belles gravures, ainsi que des sculptures à base d'ossements animaux, dans la vitrine... L'artiste se nomme Yoshiharu (ou Hideharu) Mishio (rappel ici que c'est l'année du sanglier). Émission documentaire de TV5 sur Vauban. J'apprends beaucoup. Commentaires1. Le dimanche 3 juin 2007 à 07:09, par Em : E. Urien c'est très bien à lire aussi, je te le conseille : ce sont des nouvelles sombres et belles. 2. Le dimanche 3 juin 2007 à 21:40, par vinteix : "Merde à Vauban"... chanson de Léo Ferré, paroles de Pierre Seghers 3. Le lundi 4 juin 2007 à 02:46, par brigetoun : les dessins sont très beaux. Violence douce tout de même. Une certaine parenté avec Topor. Un Topor avec des histoires de femmes. Pour Moi j'ai un peu peur, égoisme 4. Le lundi 4 juin 2007 à 07:46, par Berlol : Oui, Brigetoun, je pense même que les dimensions fantasmatiques, oniriques et bricolées peuvent le faire classer dans les suites du surréalisme. À faire vérifier par des spécialistes... et merci, Vinteix, pour cette puissante parole ! |
| Lundi 4 juin 2007. Smyrne
journée. Un cauchemar ravage ma fin de nuit : je suis en cours et je veux écrire un nom d'auteur au tableau, avec quelqu'un dont j'ai maintenant oublié le premier prénom, la suite étant Smyrne Journée. Mais les lettres se forment mal et j'efface, récris, efface de nouveau, m'excusant auprès des étudiants, sans doute les adultes de l'Institut. Et chaque fois que j'écris, je sais exactement quelles lettres je veux former et ce que réalisent mon bras et ma main n'a rien à voir. Je recommence encore, c'est trop petit, tout déformé ou carrément autre chose. Je crains une maladie à effet foudroyant, je m'excuse encore, prétextant la fatigue. Je me réveille plus que perplexe. Agence de voyage, réservations effectuées. Je vais pouvoir demander l'autorisation universitaire... Avec T. au magasin Patagonia d'Ochanomizu et déjeuner rapide au Nana's Green Tea (nom à vérifier). Une
histoire de restaurant qui tourne à l'imbroglio.Rendez-vous était pris avec Marguerite, de retour deux semaines au Japon, épouse d'un ex-diplomate rangé des biscuits à la cuiller, pour dîner aux Caves Taillevent, entre la gare de Tokyo et le Palais impérial. On commence par aller choisir le vin (j'ai déjà oublié lequel, mais il était bon et pas trop cher) et puis on se met à table. La belle mécanique du service à la japonaise part en vrille dès qu'on dit que les deux dames prendront des plats à la carte et moi un menu : presque accroupi près de nos chaises, un serveur vient expliquer que pour un service synchronisé et harmonieux il faut soit que tout le monde prenne à la carte soit le menu, mais pas de mixte. On se demande si on ne va pas partir tout de suite et puis je me résigne à prendre à la carte ce que j'envisageais au menu, pour ne pas bousiller la soirée. Marguerite,
T. et moi nous exhortons à ne pas nous départir
de notre
bonne humeur. On n'aura pas d'eau quand on la demande, il faudra que T.
se lève pour aller chercher une assiette demandée
pour
faire goûter un plat à ma voisine, on n'aura
jamais su la
différence entre les deux préparations d'agneau,
un
agneau qui arrivera à table dix bonnes minutes avant mon
bœuf. Mais on a tenu bon et on ne le regrette pas pour une
raison
simple : c'était tout de même
TRÈS BON.Du saumon fumé et étuvé à la mousse de gingembre, des filets de petite truite ayu à la purée d'artichaut (d'artichaut ! moi qui adore ça !), du filet de bœuf saignant et très tendre, avec champignons et truffe, enfin un succulent bavarois à côté d'un sorbet à l'estragon. Cela rejetait les questions de logistique et de service au rang d'anecdotes amusantes. Car qu'apprendra-t-on du chef de salle ? Que depuis avril, le groupe Taillevent ne participe plus à ce restaurant d'Enoteca, qu'on négocierait pour garder le nom ici, et qu'il ne faudrait pas trop ébruiter nos difficultés de ce soir ! (Bah, tiens ! Je te comprends...) Parce que si Taillevent apprenait ça, bla bla, bla bla... (Ah Ah !) Et tout ça gratuitement, ma bonne dame, sans vous faire aucune ristourne à la caisse ! En fait, nous nous foutons complètement de ce que magouillent Enoteca et Taillevent ! Ce que nous voulons, c'est un service qui soit à la hauteur des 10.000 yens par tête, nom d'une pipe en bois ! Et qu'on ait la tête libre pour notre conversation. D'autant que Marguerite en avait de bonnes à nous raconter, sur des négociations diplomatiques entre banques suisses, japonaises et gros clients. Presqu'aussi drôles que l'étude sur Matsuoka, le ministre suicidé par ses malversations, ou que l'oukase du Syndical du Livre Français qui aboutit, selon François Bon, à saper les dernières bonnes librairies. Commentaires1. Le lundi 4 juin 2007 à 08:13, par Laure L : ... quand les nuits sont les amplifications catastrophées des jours, c'est qu'on travaille trop ! (je parle aussi pour moi...) |
| Mardi 5 juin 2007.
Façon de sortir du sirop. Comme je sais qu'il y a des amateurs, il vaut mieux que je le dise tout de suite : il y a un live de Coco Rosie dans le Ce soir ou Jamais du 23 mai ! Encore une émission qui m'avait échappé... Peut-être parce que j'avais vu le nom de Seguela — et que je n'avais pas eu le temps de voir celui de Marc Ferro. Et c'est vrai que Seguela est pénible en loukoum sarkozyen qui colle à tous les doigts sales, à tous les micros — et qui s'est toujours cru de gauche, c'est risible, non ? —, alors que Marc Ferro, François Rollin et Radu Mihaileanu essaient chacun à sa façon de sortir du sirop de la doxa — quand ils arrivent à en placer une. « Quelqu'un est exemplaire, jusqu'au moment où il ne l'est plus.» (F. Rollin, au sujet de Bernard Kouchner.) Quant à Coco Rosie, il y en a aussi pas mal sur YouTube. Bon, mais tout ça, c'est le soir. Quand la journée commence, juste tiède, c'est pour finir le Riz noir d'Anna Moï dans le train, reprendre quelques pages de Madame Bovary, somnoler sans ouvrir la bouche, déjeuner d'un petit sandwich et d'un onigiri avant de vaquer à mes deux cours — l'un pour débutants qui découvrent émerveillés la différence entre les questions est-ce que...? et qu'est-ce que...? (je les adore, quelle candeur, tout de même !), l'autre pour avancées qui surfent sur le web et auxquelles je demande de comparer les prix des camemberts ou de me trouver l'histoire du Boul'Mich. On va d'ailleurs bientôt devoir se fritter, avec un ou deux t, David et moi, contre quelques autres, parce que ça fait déjà un moment qu'on dit qu'il faut aussi faire des cours avec l'internet (ce que nous faisons, lui et moi — on en discute, justement, cet après-midi), former nos étudiants à la recherche sélective et pertinente des informations, en réinjectant dans ces activités les objectifs du français langue étrangère, et qu'on voit bien qu'ils ne le font pas et qu'ils sont seuls, ces collègues, à ne pas voir qu'ils se dévaluent eux-mêmes aux yeux de leurs étudiants en contournant la chose qui leur fait peur, le risque à prendre, celui d'un cours qui part souvent dans un sens imprévu et qu'il faut ressaisir pour en faire quelque chose de collectivement unique et motivant... (J'ai l'impression de répéter l'intervention de T. au congrès...) Quand tout ça a passé comme une comète, je me fais un thé en laissant mes yeux rêvasser sur le parc. Benoît m'écrit pour demain au sujet d'un izakaya sympa, Andreas veut finir son article quand j'entame la révision d'un des miens. Tout à l'heure, Marguerite m'appellera pour hier et Sophie pour demain. Et ça sent toujours le lilas. C'est un tel tourbillon de vie, partout, j'imagine. Je ne comprends pas que les choses n'aillent pas partout aussi simplement. Plus tard, on parlera avec Clotilde de nos (petits) placements en France, du fait que les PEL sont maintenant imposables, que le yen est devenu si cher — moi qui économisais sous à sou pour m'acheter un jour quelque chose en France, je vais devoir dépenser l'argent qui s'y trouve plutôt que de changer des yens en euros (le change coûte 25 % de plus que l'an dernier !). Mais passer des heures et des jours à boursicoter en ligne, ça, non, moi vivant, jamais, plutôt crever pauvre, j'ai trop à lire et à écrire. Commentaires1. Le mardi 5 juin 2007 à 07:57, par alain : Merci pour Coco Rosie. 2. Le mardi 5 juin 2007 à 14:01, par christine : c'est déjà, ce soir mardi, la 100ème de Ce soir où jamais : je pense à toi qui est fan de Taddéï en la regardant ...! 3. Le mardi 5 juin 2007 à 17:29, par Berlol : Merci, Christine. Ai vu ce matin une des
émissions de la semaine dernière, avec des
écrivains étrangers. Très intéressante... 4. Le mardi 5 juin 2007 à 19:44, par alain : Non,
aucun concert. Je n'étais pas au courant. Car tu ne l'as pas écrit et
il faudrait que je mette le nez dehors. Et je n'écoute pas la radio
sauf lorsque tu signales un lien comme celui vers Didi-Huberman,
toujours intéressant mais frustrant car trop court. |
| Mercredi 6 juin 2007. Portes
ajourées (heureusement). Un cours et deux réunions, dont, à la seconde, la présentation que je dois faire de trois méthodes de français langue étrangère en vue d'un changement l'an prochain. Ayant ausculté Spirale (Hachette), Alter Ego (Hachette) et Métro Saint-Michel (Clé International), c'est cette dernière qui a nos faveurs, David et moi. Notamment parce que nous pourrons en séparer des composantes de chaque leçon, comme nous le faisons depuis cinq ans avec Forum, pour les attribuer à l'un ou l'autre des quatre ou cinq cours hebdomadaires qui constituent, pour les étudiants, le noyau de leur matière principale. Ça se passe plutôt bien, la présence d'Annie Monnerie parmi les auteurs aide beaucoup. Décision définitive dans quelques jours... Lecture des deux premiers chapitres de Marge brute. Me fait très bonne impression. Chaque chapitre assumé par un des personnages, comme si c'était son flux de conscience, autour d'une table manageuriale. C'est un peu trop lissé à mon goût, et Laurent Quintreau aurait gagné à allonger les chapitres... Si j'étais son éditeur, ou son agent, ou sa femme, je l'aurais poussé à faire plus long (sans délayer). « Rorty apostrophe Françoise, chère Françoise, quoi de neuf depuis notre dernière réunion, où en est-on des deux départs en retraite anticipés, Françoise se redresse nerveusement sur son siège, les deux personnes se sont renseignées sur leurs droits, elles ne veulent plus partir, les primes proposées par l'entreprise ne sont pas assez élevées, elles demandent une vraie compensation financière, elles n'ont plus rien à perdre, elles sont prêtes à faire intervenir leur avocat, au mot avocat Rorty fronce et défronce les sourcils, plie et déplie les jambes, se réajuste la chemise et se croise les bras, le tout en un clin d'œil, son ton se fait ironique et cinglant, jusqu'à preuve du contraire, ce ne sont pas les salariés qui décident s'ils restent ou non dans l'entreprise et à quelle somme ils peuvent prétendre lorsqu'ils la quittent, Françoise a l'air si fatiguée, il lui fait subir une telle pression, elle qui est en train de perdre son mari, je ne voudrais pas être comme elle dans vingt ans, au fait, que ferai-je, où serai-je dans vingt ans [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, Paris : Denoël, 2006, p. 20-21) Peu après, je découvre que Denis Grozdanovitch blogue — Balles au bond — autour du tennis, chez Libération. J'en reparlerai... quand je l'aurai lu. Emmanuelle Pagano livre quelques photos de la grotte de ses Adolescents troglodytes... — C'est décousu, aujourd'hui. — Oui, je sais. C'est la faute au vécu d'une journée, qui n'est pas coercible. — Tiens !, il est minuit passé, la pluie commence. — Faut que je me dépêche de finir. Même si la plupart des paragraphes sont déjà faits (ce sont ces mots qui arrivent en dernier). Dîner avec Sophie et Benoît dans un izakaya près d'Irinaka, à quatre minutes de vélo de chez moi. Je n'étais jamais allé dans ce restaurant et je n'y retournerai qu'en cas de nécessité, car pas mauvais mais pas d'ambiance, une sorte de loge japonaise pour 4, assis par terre, avec des portes ajourées (heureusement), et des choses pas mauvaises à manger (yakitoris, crevettes sautées, par exemple) mais sans réelle originalité ou qualité. Bien sûr, on est d'abord là pour bavarder. Commentaires sur nos modes de vie au Japon, souvenirs de camping ou projet de tour du monde en catamaran, mais surprise surtout de tenir en face de soi quelqu'un qui était à New York et qui a vu de ses yeux les attentats du 11 septembre 2001, d'une salle de gym où l'on se disait — quelques secondes avant l'impact, les dernières secondes de la normalité — que cette trajectoire d'avion était bien étrange... Ce soir ou jamais élue meilleure émission de l'année ! En voilà une nouvelle ! Et qui ne m'étonne pas ! S'il y a quelqu'un qui a dit que c'était quelque chose de nouveau et d'important, et ce depuis la première émission, c'est bien moi !, malgré mes 11.000 km... Et cette première émission, du 25 septembre 2006, est toujours en ligne. Je suis certain qu'à deux ou trois émissions près (de ces deux dernières semaines), j'ai vu les 100 ! En ai chroniqué ou pointé un grand nombre... Ce nombre rond était fêté lundi soir, avec un beau plateau sur l'excès de pouvoir qui menace fortement la France. Marc Lévy ne parlait pas assez (et c'était tant mieux), Jane Birkin parlait trop (et c'était dommage), Gisèle Halimi était moins agressive qu'avec Virginie Despentes — et c'était regrettable parce que Jean d'Ormesson faisait parfois dans la provocation cynique et aurait mérité d'être un peu secoué (sans plus, eu égard à son grand âge). Bon, je ne parle pas de tout le monde, mais de ceux qui m'ont marqué. Et encore une fois, je regrette qu'il n'y ait qu'un seul plateau : on change de sujet mais avec les mêmes qui restent aux mêmes positions — et avec des discours pas très différents... Il me semble préférable d'alterner les dispositifs, les personnes et les quantités de personnes, sur la base d'une demi-heure. Frédéric Taddeï dit qu'il est plus décontracté que l'an dernier et qu'il ne lui faut que deux heures pour préparer l'émission. C'est vrai. Mais c'est peut-être parce que ce plateau est fixe et unique... À suivre sur le chat en vidéo... Commentaires1. Le jeudi 7 juin 2007 à 00:01, par brigetoun : je reprends à cause de vous le regardage de ce soir ou jamais, et malgré l'omniprésence d'Ormesson qui m'exaspère. Vrai que la chère Jane partait en vrille. Celui qui m'a étonné pour sa pertinence (reconnue d'ailleurs par Ormession) c'est Atom. 2. Le jeudi 7 juin 2007 à 00:55, par Berlol : En y repensant, vous avez tout à fait raison. Atom n'a pas parlé souvent mais avec détermination et justesse. |
| Jeudi 7 juin 2007.
Remède aztèque contre le stress. Belle revue Textimage. Lecture très instructive de Jeanne ou le mirage des frontières de Richard Galliano. Ça m'a pris hier matin dans une petite séance de ménage sur le balcon. J'ai débranché un câble, considéré qu'il me gênait pour balayer et finalement, j'ai tout démonté, la parabole, le câble, le tuner satellite acheté pour TV5 quand ça passait par SkyPerfect... Petite annonce : Vds décodeur SKY PerfectTV! de Sony, "Digital CS Tuner DST-SD5", avec parabole, fixation de balcon et bon métrage de câble. Sans abonnement. Comme neuf, 6 mois d'usage. 10.000 yens. Me contacter. Après trois cours, plus beaucoup de volonté pour faire autre chose (ni répondre à du courrier, ni corriger un article, etc.). D'autant qu'il a commencé à faire tiède. Heureusement, la climatisation a été mise en marche dans l'université. Sans en abuser, on peut éviter d'ouvrir les fenêtres et donc faire des cours dans le calme. Pas assez de courage pour aller au sport (ça sera pour demain matin), mais assez d'énergie pour deux, puis trois Ce soir ou Jamais, ceux des 30 et 31 mai, d'abord en préparant des tomates à la provençale, en les mangeant puis en les digérant. Les tomates, c'est un remède aztèque contre le stress à subir la connerie humaine, telle qu'elle suinte de la plupart de nos activités. Leur couleur réveille, leur rondeur ravit, leur pulpe excite et leur goût rassasie. Le 30, c'était la dette — et c'était captivant. J'ai pleinement profité des propos de Jacques Attali et des autres, alors qu'on a déjà eu tellement de baratin là-dessus. Je pensais être pour l'annulation de la dette, comme ça, globalement, comme base d'humanisme et de redémarrage... Mais Damien Millet défend cette idée de façon tellement utopique et idéologique, alors que les autres, malgré des sensibilités variées, débattent de causes réelles, d'actions efficaces ou de conditions effectives, de sorte que je n'y crois plus guère... Le live de Ridan sur des paroles de Joachim du Bellay est émouvant de finesse et de décalage. Quant au lendemain, sur la situation du Proche-Orient et le conflit palestino-israélien, c'était plus confus, à l'image de la situation. « La gauche, c'est une manière de respirer.» (Jean-Michel Ribes dans Ce soir ou Jamais du 4 juin, 29e minute de la meilleure des trois ! Commentaires1. Le jeudi 7 juin 2007 à 17:15, par vinteix : "La musique, c'est de la pensée qui respire" (L.R. des Forêts) 2. Le vendredi 8 juin 2007 à 11:23, par m sonnet : le problème, comme on le verra encore malheureusement dimanche, c'est qu'à gauche les poumons s'encrassent et le souffle se fait court 3. Le vendredi 8 juin 2007 à 20:53, par vinteix : La
grande sentence précédente de "m sonnet" pourrait par exemple
s'appliquer à Deleuze, dont on connaît les problèmes respiratoires...
Le fait est, "malgré tout", que sa pensée respire comme une des plus
alertes respirations. Et ce souffle du malade n'est pas le moindre des
paradoxes (seulement apparents) de la pensée comme entreprise de santé. 4. Le vendredi 8 juin 2007 à 23:17, par Berlol : Si les poumons s'encrassent, c'est qu'il y a de la crasse dans l'air. Alors comment font les autres pour courir plus vite ? Le cynisme et la décomplexion de la droite n'expliquent pas tout. Quand la gauche aura envoyé ses éléphants à la retraite, et si son renouvellement se fait sur une base d'honnêteté intellectuelle, on y respirera peut-être mieux. Hélas, Péguy pointait déjà ces problèmes de l'engagement dans la compromission et il n'y voyait guère de solution ! (Pardon, Vinteix, mes références sont plus littéraires que philosophiques...) 5. Le vendredi 8 juin 2007 à 23:28, par m sonnet : désolée que mon propos ait
été lu comme une grande sentence, c'était juste
une réflexion réaliste affligée "sortie des
urnes". 6. Le vendredi 8 juin 2007 à 23:41, par Berlol : N'ayez crainte, Vinteix plaisante, je crois... 7. Le samedi 9 juin 2007 à 00:15, par vinteix : m sonnet, n'ayez crainte en effet, il y avait de la plaisanterie dans mes propos... La respiration est souvent en effet gênée par tous les gaz de la crasse ambiante et je rejoins bien volontiers votre constat réaliste d'une gauche politicienne présente qui a, pour l'instant du moins, le souffle bien court. 8. Le samedi 9 juin 2007 à 00:51, par martine sonnet : pour le coup je respire mieux, merci 9. Le samedi 9 juin 2007 à 03:26, par christine : peut-être que 5 (ou 10!) ans à regarder la droite faire du jogging va redonner du souffle à la gauche ! |
| Vendredi 8 juin
2007. L'horlogerie arséniée me bouffe. Enfin le courage d'aller me faire suer ! Je fais l'ouverture du centre de sport à 10 heures pétées. En quarante minutes de vélo statique, je traverse trois cercles quintraliens et y entends un peu mieux le sens du titre. Les flux de conscience sont synchrones à la réunion d'entreprise qu'ils commentent, ce qui invalide ma remarque de mercredi sur la longueur insuffisante des chapitres (comme personne ne débat avec moi, surtout sur les œuvres contemporaines, je suis obligé de le faire tout seul). Ils ont lieu exactement en marge de cette réunion et se donnent pour de la pensée brute, avec des morceaux de libido dedans... « [...] je devrais peut-être faire de la gym, Rorty remercie Tissier et se propose de continuer, après ces deux agréables digressions, de revenir aux sujets qui fâchent, la mission dont il a été chargé, à savoir la réorganisation de l'entreprise, moi je m'en fiche, je n'arrête pas de gagner des budgets, je rapporte au moins six fois mon salaire, charges comprises, si on m'éjecte je retrouverai facilement du travail, enfin j'espère, je dois commencer à préparer mon topo, surtout si Rorty m'interroge sur les deux nouveaux budgets et les retards de paiement, resituer brièvement le contexte et faire ressortir les points forts de la stratégie agence qui ont su séduire le client, quant aux retards je me débrouillerai bien pour trouver une excuse, c'est horrible ce que j'ai faim, je me suis pourtant enfilée deux blinis au Nutella et deux croissants au petit déjeuner, je vais encore grossir mais je m'en fiche, au point où j'en suis, j'ai tente-six ans et je vais finir ma vie seule et sans enfants, j'ai beau avoir fait Sciences Po et un DESS en psychologie appliquée je me sens aussi décérébrée qu'un papillon [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, p. 36-37) De retour à la maison, j'accouche avec deux jours de retard sur la réunion qui m'a passablement énervé de quelques questions à poser sur nos orientations pédagogiques et sur d'éventuelles intentions cachées de certains. Je n'en dirai pas plus, mais ça percole dans la cafetière. Le café sera bon. Déjeuner au Downey avec David et un autre collègue, on parle surtout de cinéma. Shinkansen sans retard, en relisant quatre chapitres de Flaubert. Pour demain, avant-dernier cours, consacré à la mort d'Emma, je veux rassembler tous les éléments de la mécanique textuelle. L'horlogerie arséniée me bouffe ma soirée. Pendant ce temps-là, sur les bords de la Baltique, les harengs sortent. Résumé du G8... |
| Samedi 9 juin 2007.
Jusqu'à la limite de la prostitution. [Canapé flaubertible] Morte, encore. Des millions de fois morte. Chaque lecteur, une fois de plus, morte. Chaque lecteur qui ouvre le livre intitulé Madame Bovary met involontairement en marche la machination de cette mort. Les plus coupables sont celles et ceux qui le rouvrent, qui le relisent, qui réenclenchent consciemment le processus mis en place par un certain Gustave Flaubert dans les années 1850. D'autres grands coupables sont ceux qui enseignent cette mort. Surtout s'ils font bien leur travail et qu'ils vont jusqu'à instruire le procès de la vraie fausse société bourgeoise qui bride les rêves romantiques et naturalistes d'une femme qui n'aspire qu'à la liberté, le procès d'une société qui la contraint à l'endettement progressif jusqu'à la limite de la prostitution — et qu'elle ne tombe pas dedans, qu'elle ne se prostitue pas sera retenu contre elle. Car cette société aime les gens qui plient pour assouvir leurs rêves. Je n'allais pas du tout commencer comme ça. Ça a découlé de morte, encore... D'ailleurs, en cours, à l'Institut, je n'ai pas du tout commencé comme ça. Reprenons le fil. La mort d'Emma, c'est une construction de Flaubert, qui commence avec la mise à disposition incidente de l'arsenic, prolepse ouverte en attente d'un besoin de mourir. Comme le dit très bien Jacques Rancière dans Politique de la littérature, les conditions faites à Emma ne devaient pas mécaniquement ou socialement entraîner sa mort. La faire mourir, c'est donc vouloir aller plus loin. Je ne refais pas l'article de Rancière. Je le corrobore en y ajoutant ceci : si la situation de mourir est créée par la pression du surendettement et la déception des adultères (ses amants ne la méritaient pas), le coup de grâce est donné par la chanson de l'aveugle, qui passe par là avec ses gros sabots. Cette « petite chanson », déjà entendue, deux chapitres plus tôt, par une Emma qui devait bien reconnaître dans l'aveugle une sorte d'indigence qui n'était pas si loin de son propre nihilisme, avait été consignée par Flaubert dans son brouillon 7 du volume 5 et suivie, fait rarissime, d'une référence : « Restif de la Bretonne, l'Année des dames nationales, tome 1er » (hélas, pas (encore) disponible dans Gallica). Voir, de Louis Binet, les belles illustrations des Contemporaines, du Paysan perverti, ou ses Hommes et Femmes aillés (on se souvient qu'Emma demandait des ailes...). Le Binet de Flaubert est heureux de son art « ne servant à rien »... ou devenu inutile, ou attendant des époques plus propices. Déjeuner au Saint-Martin avec T., ma pauvre chérie, qui doit dorénavant, depuis les résultats d'un test reçus cette semaine, surveiller son cholestérol. Sieste bien méritée. Impossibilité d'aller au théâtre de Komaba comme je m'y étais engagé (places proposées aux enseignants de l'Institut). Surprise d'avoir un commentaire de Pierre Pachet (plaisir d'offrir, joie de recevoir...), auquel je réponds, ainsi qu'en privé pour m'assurer qu'il peut bien télécharger les 9/10e de sa conférence enregistrés par mes soins (et il arrive souvent que personne d'autre n'enregistre, ou ne fasse savoir qu'il l'a fait). À défaut de se téléphoner, on va peut-être s'écrire. Courses et dîner en regardant (pour la seconde fois, pour moi) 36, Quai des Orfèvres (O. Marchal, 2004). Commentaires1. Le samedi 9 juin 2007 à 09:21, par brigetoun : Sade et même l'ami Restif chantres de la libération de la femme ? j'ai toujours un doute instinctif 2. Le samedi 9 juin 2007 à 15:25, par Berlol : Chantres, je ne sais pas, mais proposant, pour l'époque, une forme de libération, de réflexion sur ce sujet, oui ! 3. Le samedi 9 juin 2007 à 21:58, par vinteix : On
ne peut douter de l'engagement réel de Restif et de Sade dans le sens
d'une libération de la femme. Pour ce qui est de l'oeuvre de Sade, la
figure centrale et dominante de tous ses livres, c'est bien Juliette,
dont l'histoire n'est au fond que celle de sa quête de la liberté, un
être, comme disait Apollinaire, "dont on n'a pas encore idée, qui se
dégage de l'humanité, qui aura des ailes et qui renouvellera
l'univers". Cet être pose physiquement, "dans le boudoir", la question
de la liberté, rejetant tous les rôles féminins (fille, mère, épouse,
putain) rattachés à une fatalité dite "naturelle" ou organique et bien
sûr sociale, contre toutes ces déterminations et ces fatalités
(physiques, sentimentales, sociales). 4. Le samedi 9 juin 2007 à 23:07, par JoseAngel : Flaubert ressentirait-il une affinité ou une obscure admiration pour M. Homais? Celui-là résiste bien l'ironie de l'auteur, et les chahuts de la vie; c'est un objet bien solide. Se pourrait-il que l'auteur ait reçu la Légion d'Honneur par tiers interposé à la fin du livre? 5. Le vendredi 22 juin 2007 à 00:51, par Danielle Girard : Dans
ce moment tragique, ce qui est frappant aussi c'est l'irruption de
l'érotisme avec la chanson de l'aveugle "priapisme effréné" www.univ-rouen.fr/flauber... 6. Le vendredi 22 juin 2007 à 02:16, par Berlol : Un
grand merci, chère Danielle, pour ces cinq (premiers ?) commentaires
(je ne réponds que sur celui-ci, au billet le plus récent des quatre —
un des commentaires restait bloqué dans le filtre parce que contenant
le mot "offert", dans quoi le filtre voyait "off"...). Je suis sûr que
ces précisions et nouvelles pistes aideront d'autres amateurs de Mme
Bovary à relativiser mes propos, à se plonger eux-mêmes dans les
manuscrits, à continuer la chaîne des commentaires sur d'autres sites
dont, j'espère, ils nous donneront l'adresse... |
| Dimanche 10 juin 2007. Comment
demain gagner autant voire plus. Le livre n'est pas la littérature. Il se peut même que le livre tue la littérature. Et qu'un jour la littérature doive se débarrasser du livre pour survivre. S'entendre sur ce que signifie le mot littérature, par exemple en écoutant ou en lisant Jacques Rancière dans les derniers Mardis littéraires en date (l'actualité est quand même souvent dans le JLR, en effet, Alain — ces hasards m'étonnent toujours, comme Pierre Pachet dans Tout arrive de jeudi...). Si c'est du Ruquier et consorts qui promeut le livre, la littérature a tout intérêt à s'en détacher. La confusion savamment entretenue entre un support, certes pratique, certes anobli par les ans, et des contenus de toutes sortes, parmi lesquels la littérature, a pour unique visée le maintien économique d'une filière de production. Et les derniers colloques à la mode sur les nouveaux supports servent à rassurer les industriels en leur montrant comment demain gagner autant voire plus d'argent avec le numérique, littérature comprise (en levrette). Dans cinquante ans, on comprendra ce que je veux dire. Pour l'instant, même mes meilleurs amis sont des amis du livre dans la filière telle qu'elle est... On voit par ces hasards (y ajouter Jean-Yves Tadié qui parle de Walter Scott alors que j'en commentais l'importance pour Flaubert et Emma, L'Étranger de Camus en feuilleton la semaine prochaine alors que je viens de le programmer pour le cours de l'Institut à l'automne, et la psychanalyse aux Vendredis de la philosophie alors que...) que le colloque des esprits, comme les salons littéraires, seront toujours plus volatils, iront de support en support pour fuir les troupeaux de gros sabotiers toujours en train de faire du fric avec la culture, l'art et la connaissance. Prenons
un taxi pour traverser Tokyo sous un orage bruyant et aller rendre
visite à Marguerite et son époux, dans
l'hôtel
où ils logent jusqu'à mercredi, le Grand Hyatt de
Roppongi, d'où ils nous font découvrir le paysage
urbain
quand le ciel se dégage un peu. Puis déjeuner
à l'Atelier Robuchon,
quelques étages plus bas, où l'on voit que la
bonne
cuisine peut aller de pair avec le bon service (en
référence à lundi dernier, aux Caves
Taillevent).
La décoration du restaurant est d'ailleurs une des plus
belles
que je connaisse, beaucoup de couleurs naturelles,
légumineuses
principalement, et aucune vulgarité, aucun
tape-à-l'œil.J'essaie le foie gras et la daurade, T. le gaspacho et le bar, nos amis saumon fumé et bar aussi, personne n'est déçu. Abordons des sujets très personnels, grâce à l'intercession de Flaubert, l'empoisonnement et le suicide, pour nous-mêmes, et de Marie Bonaparte, les traumatismes de l'enfance, leur remontée à la conscience ou pas, même sans entrer dans les détails, c'est déjà beaucoup dire. Prenons
ensuite un taxi à quatre pour retraverser Tokyo maintenant
ensoleillé et aller, dans Kagurazaka, chez notre marchand de
thé, où nos amis souhaitent acquérir
en bonne
quantité avant de rentrer en France de celui qu'on leur
avait
offert l'an dernier. Le patron nous offre trois tournées de
dégustation, que l'on sente comme les goûts
diffèrent.La lumière est maintenant exceptionnelle, presque blanche comme en hiver. Elle découpe les passants dans la rue fermée à la circulation, comme tous les dimanches. Sur ces images, nous nous séparons en bas de la rue, avec promesse de s'écrire. La revoyure sera pour septembre... Plus tard, en fin d'après-midi, je reprends Princesse Marie (Benoît Jacquot, avec Catherine Deneuve, 2003), emprunté à l'Institut, dont j'avais vu moins d'une heure ce matin, et qui m'avait déjà captivé. T. se joint à moi durant la seconde partie, quand Marie Bonaparte fait tout ce qu'elle peut pour convaincre Sigmund Freud de quitter Vienne avant que les nazis ne l'exterminent. Elle y réussit. Il mourra quelques temps plus tard, à Londres, homme libre. Donc, comme on parlait hier d'Emma Bovary et de libération de la femme, via Rétif et Sade, me voici découvrant l'histoire de Marie Bonaparte — que je ne connaissais pas, non, sinon de nom —, dans ce téléfilm d'une exceptionnelle qualité (de celle du Bouvard et Pécuchet ou de la Controverse de Valladolid). Voulant comprendre sa frigidité, la voilà embarquée dans la psychanalyse dans les années 1920, puis mettant sa fortune à contribution pour en faire la promotion, devenant analyste à son tour, traduisant Freud alors considéré comme un charlatan. Une délicieuse leçon de vie. Des intermèdes musicaux chargés d'images d'actualité expriment la montée progressive du nazisme. Commentaires1. Le lundi 11 juin 2007 à 01:19, par Dabichan : Le haiku du moment... 2. Le lundi 11 juin 2007 à 03:14, par Berlol : C'est quoi ? Quelque chose comme ça ? : |
| Lundi 11 juin 2007. Cerises au
dessert, nos premières. Matinée tranquille. T. me proposait d'aller chez l'opticien pour me faire faire des lunettes. Mais je ne crois pas que ce soit le bon moment. Même si Sophie s'est un peu moquée l'autre jour du geste typique d'éloignement de la carte du restaurant quand j'essayais de déchiffrer des caractères de moins d'un millimètre sous une lumière de 25 watts... Ça attendra. En relisant, en indexant, j'en suis arrivé au 18 septembre 2006, qui finissait sur un mauvais présage. Qui est maintenant la réalité de la France. Comme après 1848, comme après 1968, la France rêve de force et d'autorité, elle vote comme un seul homme, ivre de lui-même. Chacun des quidams formant la majorité des votants se croit l'étoffe d'un chef d'entreprise, d'un chanteur à la mode, d'un grand publicitaire, d'une des formes brillantes de la réussite. Quand ils se réveilleront, il sera déjà trop tard pour beaucoup d'entre eux. Au fond : « La France était très moisie, / Elle méritait Sarkozy.» (Victor Hugo, via la table tournante de Sollers...) « [...] savoir rompre avec ses habitudes, sa vision du monde, les plus grands scientifiques ont su se débarrasser des anciens paradigmes pour en adopter de nouveaux, cette ordure nous récite sa bible apprise dans je ne sais quel manuel de développement personnel, quelle bouillie infâme, quand j'étais chef d'entreprise, je n'ai jamais procédé à de tels lavages de cerveaux, j'essayais juste de leur faire comprendre leur rôle au sein du collectif, et faire en sorte que tout aille pour le mieux mais là, quelle démagogie, c'est dégueulasse, ah, ça y est, il nous sert l'holisme, tout est dans le tout et chaque élément se reflète dans le tout qui reflète chacun de ses éléments, si un seul élément est défaillant c'est l'ensemble qui est atteint, qui ne peut plus avancer, pour régénérer le tout il faut couper la partie malade, l'éradiquer, quel nazi de merde, quelle démagogie infecte, il justifie son abjection par des bondieuseries californiennes new age, avec tout le respect que j'ai pour la bande de Palo Alto, Huxley, Watzlawick, Bateson et consorts, je ne crois pas, je n'ai jamais cru à toute cette mystique de ressources humaines, on essaie de nous faire gober toutes ces conneries pour nous éloigner de notre vraie condition, des rats en cage, voilà ce que nous sommes [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, p. 60) Quand
T. revient de la piscine, je pars faire un tour de vélo,
comme
s'il fallait quelqu'un pour garder la maison. Je vais par Ichigaya
jusqu'à Yotsuya, je m'essaie à quelques
côtes et
descentes entre Yotsuya et Akasaka, je découvre
où loge
l'Ambassade de Belgique, je fais à fond un tour du Palais
impérial dans le sens trigonométrique et je finis
par
quelques courses à Hanamasa (pamplemousses, mozzarella,
etc.)
avant de remonter chez nous.T. a presque fini ses préparations de cours et je fais le dîner. On finit presque la bonne bouteille de vin rouge que nos amis nous ont donnée hier (il paraît que c'est bon pour lutter contre le cholestérol). Cerises au dessert, nos premières de l'année. Je feuillette un Guide bleu de la Corse en regardant un téléfilm sur TV5, il est question de la guerre de 14 et d'un enfant qui veut venger son père fusillé pour désertion. Très moyen. Commentaires1. Le lundi 11 juin 2007 à 07:06, par vinteix : "Tous des rats en cage"... ça me rappelle "The Departed" de Scorcese... 2. Le lundi 11 juin 2007 à 11:32, par jcb : Non, le vin rouge n'a aucun rapport avec le cholestérol. 3. Le lundi 11 juin 2007 à 13:35, par Berlol : Merci, JCB ! C'est tellement compliqué, tout ça ! De toute façon, on n'en prend qu'un verre et on fait pas mal de sport... 4. Le lundi 11 juin 2007 à 20:41, par alain : Merci pour les Jacques Rancière. Comme tes pages passent vite ! 5. Le mardi 12 juin 2007 à 14:54, par Berlol : Ce sont les jours qui passent vite ! Des fois, je n'ai même pas le temps de les écrire... |
| Mardi 12 juin 2007. Des gens
dedans qui bougent. Un temps à bloguer en caleçon de nuit. Embellie paradisiaque dans les oreilles, aussi, avec ce matin, dans le train, les premiers épisodes du récent feuilleton radiophonique sur Victor Segalen (à Tahiti, la préparation des Immémoriaux, l'arrivée en Chine). Suivie d'un autre exotisme, celui de réécouter Jean Baudrillard en 2000 et en 2004 chez Alain Veinstein... Après ça, c'est vrai que les perspectives du paysage japonais, les petites rizières inondées, les buissons de théiers, le Mont Fuji dans la brume, les routes avec toutes ces minuscules voitures à la queue-leu-leu, arrêtées devant de minuscules feux rouges, les soudaines concentrations d'habitations enchevêtrées, avec des gens dedans qui bougent, la grande courbe de freinage pour l'arrêt en gare, tout a un aspect irréel, peu important, après tout, cela passera, comme les siècles. Ce qui ne m'empêchera pas de changer mes habitudes en allant chercher un sandwich à la boulangerie Paul, plutôt que de prendre des onigiris au Seijo Ishii. Parce que je suis toujours en quête d'une meilleure solution pour le mardi. Deux cours comme une lettre à la poste. Arrivée du programme et préparation de mon dossier pour Cerisy début septembre. Un thé de débriefing sur le week-end avec David et appel de Sophie pour demain. J'ai regardé les deux derniers Ce soir ou Jamais, celui sur le sport (trop long) et celui avec Béatrice Dalle (assez court, mais ça suffisait largement). Ils m'ont presque déprimé, tous. Surtout sur le sport, tellement ils sont d'accord pour la compétition et le spectacle. Il y a même un martien qui n'a jamais vu de produits dopants (Bixente Lizarazu) et un enthousiaste que tout effort fait bander (Erwann Menthéour). Sauf deux. L'un, Marc Perelman, qui dit que le sport est devenu un fléau national (ça ne plaît pas du tout à Pascal Boniface, qui essaie les coups bas — on dirait qu'ils ont un contentieux, ces deux-là). L'autre, Denis Grozdanovitch, qui parle encore moins mais défend le sport amateur et les petits matchs entre copains — ouf !, il ne me déçoit pas... Heureusement, après le naturel affligeant de Dalle, il y a le live de Gong Gong, tout à fait régénérant, une vraie découverte. Si on veut se débarrasser un jour de cette société de la performance généralisée, en passe de devenir suicidairement inégalitariste, c'est bien le sport de haut niveau qu'il faudra mettre à la poubelle en premier. Car c'est lui qui propose structurellement un modèle d'inégalité absolue et de dévaluation automatique de tous ceux qui ne sont pas les champions ; modèle qui va détruire — et déjà ringardise — celui de l'égalitarisme citoyen et du respect de la diversité naturelle (la diversité non discriminante, non hiérarchisante). Les règlements et les arbitres, mis en avant comme garants de l'esprit sportif, ne sont en réalité que des garde-fous... déjà transformés en forces policières. Commentaires1. Le mardi 12 juin 2007 à 19:29, par vinteix : et
oui, mais tous ces sportifs "nous font rêver" !!! selon une de ces
expressions idiotes mais très tendance depuis quelques années
maintenant... Bien d'accord pour dire aussi (même si je reste admiratif
devant certains exploits sportifs) que le sport de haut niveau, avec
son diktat de la performance, équivalent sportif de la rentabilité
économique à court terme, participe désormais du grand abrutissement
collectif et façonnage des consciences et des comportements, au même
titre que les industries culturelles, gouvernées par le populisme (je
pense évidemment à Stiegler...) 2. Le mardi 12 juin 2007 à 22:03, par Berlol : Je ne sais pas qui ça va réconforter ?... Et moi aussi j'apprécie un bon match de tennis, voire de foot, à l'occasion. Mais ça ne domine ni ne structure mon système de pensée... (Enfin, j'espère !...) 3. Le mardi 12 juin 2007 à 22:06, par brigetoun : pour votre voeu, je crains qu'il ne soit infiniment trop tard. Les pauvres gens que nous sommes aiment se rêver en gagneurs en sport comme, ensuite, dans leur vie courante, travail, amours et si vous tentez de parler d'une autre façon de prendre le tout, vous avez droit à des regards entre incrédulité et aggressivité. On ne casse pas des rêves même de mauvaise qualité 4. Le mercredi 13 juin 2007 à 00:59, par christine : moi
j'aime pas le sport, ni le jogging, ni la performance, et même pas à
l'occasion ... et il m'arrive encore parfois de croiser quelques
mohicans qui sont d'accord avec moi 5. Le mercredi 13 juin 2007 à 07:14, par vinteix : Fantasmer, c'est beaucoup dire ! mais je trouvais cet incipit plaisant ("bloguer en caleçon de nuit"), surtout après la notalité assez "morose" du final... Après, je vous laisse fantasmer à votre guise, mesdemoiselles, mesdames, sur le "caleçon de nuit" de notre h^o^te... 6. Le mercredi 13 juin 2007 à 07:28, par Berlol : Cal'çon De nuit ! 7. Le vendredi 15 juin 2007 à 02:38, par erwann menthéour : Juste un petit mot pour te dire que je partage ton analyse concernant le sport... Une société a le sport qu'elle mérite... Heureux de constater que je ne suis pas le seul à m'apercevoir que le délire de notre civilisation s'accroît de jour en jour... Bien amicalement, mentheour 8. Le samedi 16 juin 2007 à 00:32, par Berlol : Merci du petit mot, Erwann ! |
| Mercredi 13 juin 2007.
Ça recale où ça
coinçait : dans la mission. Suis toujours amusé de voir les sujets se recouper d'un jour à l'autre. Hier, c'était l'inégalitarisme véhiculé par l'esprit de la compétition sportive. Ce matin et au déjeuner, ça revient par la tablée de cadres... « [...] elle demande à Rorty de se mettre à la place de ses employés, on n'entasse pas les êtres humains comme du bétail, on ne dispose pas de leur vie, de leur espace vital comme s'il s'agissait de détails sans importance, certains sont dans la maison depuis dix ans, vingt ans et sentent croître un sentiment d'insécurité, lors de la dernière visite médicale annuelle le médecin du travail a constaté qu'une proportion énorme et croissante de salariés du groupe était sous antidépresseurs, il en a fait un rapport qu'il va remettre à une commission paritaire chargée d'étudier la santé au niveau de la branche, pauvre, pauvre esclave, ton discours de la compassion est compassé, ton espérance de vie avoisine le zéro, l'entreprise de demain sera dure, parfaite et implacable, les faibles, les moches, les gros, les vieux, les lents et les idiots n'auront aucune chance d'y survivre, Rorty est ravi que le médecin du travail s'investisse autant et que les commissions paritaires débattent de sujets aussi passionnants que la santé physique et mentale au travail mais le changement doit s'opérer, c'est une nécessité impérieuse [...] » (Laurent Quintreau, Marge brute, p. 70-71) Entre temps, j'ai fait un cours sur la manière de lire des tableaux de sondages d'opinion. Bien sûr, ça ne se lit pas de gauche à droite et de haut en bas comme un texte, il faut piocher une information, par exemple un pourcentage, et en faire une phrase qu'on pourrait dire à quelqu'un, en combinant le nombre (de quoi ?), la question, et la réponse. Après le tâtonnement structurel, on passe à la pratique ; la compréhension des étudiants leur donne à chacun un nouveau mécanisme qu'ils font ensuite tourner à leur gré, pour les meilleurs en pensant à adapter les contraintes grammaticales au projet discursif. On a encore le temps d'élever le débat : s'interroger basiquement sur les manipulations d'opinion en faisant remarquer le glissement de sens qui s'opère entre « 21 % des personnes interrogées » et « 21 % des personnes »... La semaine prochaine, on s'entraînera avec des tableaux de sondages sortis du réticule. Une réunion, courte, carrée, impeccable. De retour au bureau, installation d'un autre logiciel de courrier (ça fait au moins dix ans que j'utilise Pegasus, je teste Thunderbird). Mais surtout, une longue et agréable discussion avec un collègue japonais sur des questions de pédagogie, d'avenir de notre département, etc. C'est rare. Ça recale où ça coinçait : dans la mission. Il en sera encore un peu question au dîner. D'abord David et moi faisons visiter notre campus à Sophie. Admirez ici les arrondis de béton, voyez comme la charte graphique est cohérente par la récurrence de la peinture orange, des auvents et des déflecteurs mobiles, conçus pour donner de l'ombre au temps où il n'y avait pas de climatisation (en ce temps-là, on ne travaillait pas au-delà de la mi-juillet). J'attends d'ailleurs incessamment des nouvelles de l'exposition consacrée à Antonin Raymond (l'architecte de notre campus). Puis David récupère sa fille (3 ans) à la crèche, Sophie et moi allons chercher Benoît à l'Alliance française, et nous voilà parti tous les cinq dans l'auto davidale vers une sushi-ya tournante d'Ikeshita. Les petites assiettes passent, on ne ponctionne que le frais, on en demande à l'envi, et du thon par ci et des œufs de saumon par là... Et les grandes bières sont grandes. Pendant que la p |